Après les associations en 2008, des parlementaires de l’Istiqlal et du Parti de l’authenticité et de la modernité reviennent à la charge.

Des projets de loi ont été déposés par les deux formations politiques pour demander la légalisation de la culture à des fins thérapeutiques et industrielles et solliciter l’amnistie pour les 48 000 cultivateurs qui vivent en semi-clandestinité dans le nord du pays. L’Istiqlal propose que la culture du cannabis soit limitée à cinq régions, Al Hoceima, Chefchaouen, Ouazzane, Tétouan et Taounate, tandis qu’une agence étatique devrait se charger de contrôler l’exploitation et la commercialisation. Au Maroc, la culture du cannabis est officiellement prohibée. Dans les faits, en vertu d’un dahir de 1917 (décret royal), elle est tolérée dans la région de Ketama-Issaguen, fief historique berbère situé dans les montagnes du Rif. Dans cette région rebelle qui n’a cessé de s’opposer au pouvoir, le cannabis est cultivé depuis le 15e siècle. À l’indépendance du Maroc en 1956, le roi Mohammed V, grand-père du souverain actuel, a tenté de l’interdire, mais a fait marche arrière devant la colère des Rifains. Aujourd’hui, le cannabis demeure la source principale de revenus pour les paysans. Une situation ubuesque où la culture n’est ni totalement interdite ni totalement légale.

Quatre-vingt-dix mille familles concernées

« Nous devons sortir les petits cultivateurs du trafic et des chiffres de la drogue et nous attaquer à ceux qui maîtrisent le trafic », explique Chakib Al Khayari, figure de proue du combat associatif pour la légalisation du cannabis et président de l’Association Rif des droits humains (ARDH). Il faut en effet dire que le cannabis marocain qui inonde la quasi-totalité des marchés européens rapporte principalement aux barons locaux, tandis que les petits cultivateurs végètent. Au total, près de 90 000 familles s’adonnent à la culture du cannabis.

Selon le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), paru fin juin, le Maroc continue d’être le principal producteur mondial de cannabis, avec plus de 38 000 tonnes en 2012, loin devant le Mexique (12 166 tonnes) et l’Afghanistan (1 400 tonnes). Dans le royaume chérifien, les surfaces totales cultivées sont estimées à 52 000 hectares, contre 130 000 il y a dix ans environ. Des chiffres à prendre avec des pincettes, car depuis 2005, les experts de l’ONUDC ne sont pas autorisés à venir sur place pour enquêter. De fait, ces données sont celles transmises par les autorités marocaines.

Un débat vif entre les partis

« C’est une bonne chose que les parlementaires s’emparent du débat sur la légalisation du cannabis, mais les projets de loi ont été déposés dans la précipitation. Il y a de nombreux points qui ne sont pas abordés. Le sujet mérite un débat national sur plusieurs années, avec la participation des associations et des cultivateurs, mais aussi celle d’experts, de médecins, d’économistes, de juristes », relève Chakib Al Khayari, qui craint qu’une telle précipitation ne torpille le projet. Selon la presse marocaine, l’empressement de l’Istiqlal et du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) s’expliquerait par des visées électoralistes, en vue des prochaines communales de 2015. Le Rif est un réservoir de voix non négligeable, d’environ un million d’électeurs. « Une surenchère électorale inacceptable », a ainsi déclaré Abdellah Bouanou, député du Parti de la justice et du développement, parti islamiste au pouvoir, dans une sortie fin juin à la Chambre des représentants. Pour autant, le PJD n’est pas opposé à travailler sur la question de la légalisation du cannabis, tout comme un autre parti, l’Union constitutionnelle. « Sur le fond, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) n’est pas contre. Notre collectif avait envoyé un texte à tous les groupes parlementaires dès 2012 et le PJD avait répondu favorablement à l’idée d’engager des discussions. Légaliser le cannabis n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Le but ultime c’est de développer la région du Rif et de lutter contre le trafic illicite », rappelle Chakib Al Khayari. C’est que la lutte contre le trafic de cannabis au Maroc reste un sujet délicat. Le militant en sait quelque chose. Il a déjà passé deux ans et demi en prison pour avoir dénoncé le trafic de drogue à Nador.

SOURCE: http://www.cannabis-infos.com/2014/08/legalisation-du-cannabis-le-debat.html
0000000000000000000000000000000000000
commentaires
  1. Jacques-Pierre Bernard dit :

    Ce trafic n’est pas très bon pour la santé …
    ( Le côté médicinal de cette plante reste à être démontré, vérifié, établi par de nombreuses équipes de chercheurs).
    La saisie et la destruction du cannabis à but récréatif (et de sa résine), ou d’autres drogues, s’expliquent pour une simple raison : chez le consommateur, la drogue produit rapidement une perte de la vivacité intellectuelle, un ralentissement des réflexes, et cela est dangereux pour lui et ses congénères ( au volant, dans la rue, au travail… ).
    Le reste de la société ne peut accepter ces mises en danger évitables ( après l’accident, c’est trop tard pour la victime et le fautif).

    J'aime

  2. Jacques-Pierre Bernard dit :

    Je ne pense pas qu’il faille punir les consommateurs de drogue ou les dealers ( leur retirer leur stock serait sans doute suffisant), car c’est sévir sur des gens de notre communauté, sans trouver la raison qui a incités des gens à consommer de la drogue.
    Mais il faut informer la jeunesse, à l’aide de campagnes nationales intenses faites par des pompiers, des médecins et surtout d’anciens drogués qui ont réussi à s’en sortir : leur expérience douloureuse sous l’emprise des drogues mérite d’être connue, et les jeunes retiendront les effets des drogues.

    J'aime

  3. Jacques-Pierre Bernard dit :

    Je pense que l’idée de ne pas trop punir les consommateurs est bonne.
    Mais je pense aussi que le cannabis est une drogue dure ! La pub nouvelle qui lui est faite pour des qualités médicinales est exagérée et très probablement fausse : d’autres études scientifiques affirment que « … le cannabis modifie la structure des cellules du sperme en les déformant. Donc même de petites quantités de cannabis peuvent causer une stérilité temporaire chez des hommes. La consommation de cannabis peut bouleverser le cycle menstruel des femmes… »
    Bref, comme l’opium (et l’alcool ou les psychotropes médicaux) il va sembler produire des miracles au début ; mais en fait les drogues endommagent rapidement et bien davantage le corps qu’elles ne l’aident. Il faut en consommer très, très peu

    J'aime

  4. Jacques-Pierre Bernard dit :

    La saisie des stocks de drogue, et leur destruction sont encore nécessaires.
    Les punitions actuelles ne le sont que très peu ( emprisonnements sans aide de prise de conscience).
    Il faut aller encore plus loin, plus en amont sur la chaine intellectuelle !
    Pourquoi une personne se tourne-t-elle vers les drogues à un moment de sa vie ?
    Constatons que les enfants ne pensent pas à en prendre…
    Mais à un moment certaines personnes goutent à une drogue (elles peuvent alors s’en détourner ou s’y adonner). Il s’est donc intellectuellement passé quelque chose : à un moment précis, la vie ne leur a plus du tout semblé vivable, et il leur était impossible d’envisager de continuer à vivre pareillement.
    Selon l’ humaniste américain Ron Hubbard, une explication possible est la mauvaise compréhension des mots étudiés ou entendus. Alors la personne se couperait d’une grande partie de la société : celle qu’elle ne comprend pas. Elle se crée son monde, et recherche logiquement dès lors la compagnie de personnes qui ont la même vision qu’elle sur la société.
    (Le « décrochage scolaire », dont il est question actuellement, aurait donc lieu juste avant le fait de s’adonner à une drogue, et non après. Par contre, une fois la décision prise et l‘action faite de consommer de la drogue, le décrochage scolaire s’amplifie car la décision de l‘individu est prise : il ne peut pas réussir – c’est du moins la conclusion à la quelle il est parvenu – dans cette société en continuant à se comporter comme il l‘avait fait jusque là).
    Et plus la personne pense qu’elle ne peut plus aider ou ne peut plus être aidée (à l’école, par exemple), plus elle va rechercher ce manque d’aide ( humaine, ou en ressource morale ou analytique) dans le(s) médicament(s) ou la drogue. Et bien sûr à forte doses ces produits sont très nuisibles.

    J'aime

  5. Jacques-Pierre Bernard dit :

    Mais à un danger il existe souvent un remède !
    Ainsi pour se sevrer des drogues ( légales ou non) il existe les centres Narconon.
    . Ces centres n’existent pas en France. Il faut aller en Allemagne, en Italie (plusieurs centres), au Portugal, Danemark, Suède, Espagne …

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s