Banques et cocaïne : là aussi j’avais raison

Amusant parfois de voir la presse tradtionnelle tomber des nues, et même parfois aussi les sites d’information classiques. Lors de la capture du narcotrafiquant « El Chapo » (Joaquim Guzman Loera), espérée depuis longtemps (c’est un des plus grands barons de la drogue qui avait réussi à s’échapper de prison il y a 13 ans) cette presse a enfin fait le lien entre les banques et son organisation mafieuse. C’est tout d’abord Rue89, qui le 22 février découvre que l’organisation tentaculaire du malfrat… en daignant (enfin) regarder le copieux rapport de la DIA, qui date alors déjà d’avril 2012. Puis c’est le Parisien, qui reprend le 26 le même dossier sous un titre phare : « 82 000 français piégés par « El Chapo« … qui repose sur le fait que le trafiquant de drogue, lié à des banques de blanchiment avait permis à ces dernières d’annoncer des profits records en peu de temps. Or, à bien regarder, tout cela je vous l’avais décrit en détail dans plusieurs articles ici… et j’étais même allé un peu plus loin, car aujourd’hui encore les journalistes auront été bien frileux… en n’allant pas enquêter plus loin que le bout de leur nez et en ignorant un homme inscrit dans une banque américaine et qui avait demandé de lui sortir de quoi acheter deux gros porteurs (d’occasion !) pour aller déverser en Afrique de l’Ouest des tonnes de cocaïne (à la suite d’un premier vol réussi de tri-réacteur bourré de coke). Retour sur une bonne nouvelle (la presse mainstream finit par informer, mais avec deux ans de retard) et une mauvaise (ce n’est pas pour autant qu’elle poursuit plus loin ses investigations, alors que tous les éléments sont devant son nez). Retour sur le mal actuel de la sur information mal digérée, ou de l’embouteillage des rédactions par des choses sans aucun intérêt…. personne n’a cherché à aller plus loin, encore une fois, alors que tout était là, visible, depuis des années…

Revenons tout d’abord sur les 82 000 personnes en France grugées … de gens qui, après avoir bavé devant des promesses d’investissement à rendu maximal viennent de s’apercevoir que derrière le baron de la drogue se cachait aussi un Madoff bis qui les a bernés. Des personnes qui ne retrouveront pas un copek de leurs mise de départ : « et pour cause, Evolution Market Group (EMG), la société offshore panaméenne qui gérait plusieurs de ces sites comme Finanzas Forex ou Crown Gold, travaillait pour le compte du cartel mexicain Sinaloa, dirigé par… Joaquin Guzman, le grand baron de la drogue mexicaine. Le cartel aurait ainsi blanchi près de 150 millions d’euros préalablement extorqués à de petits investisseurs désireux de se soustraire au fisc, donc peu enclins à porter plainte. Cette arnaque à échelle mondiale reposait sur le modèle de la « pyramide », utilisé notamment par l’homme d’affaires américain Bernard Madoff, condamné à 150 ans de prison en 2009. Selon ce montage financier frauduleux, les intérêts des plus gros investisseurs étaient honorés grâce à l’argent des nouveaux entrants, premières victimes en cas de tarissements des liquidités » écrit le journal, citant le cas d’une spéculatrice bernée…. fondatrice depuis de l’association Recours Escroqueries International (ARCES International), qui espère fédérer ceux qui se sont fait avoir, aidée par l’avocat américain Francis Boyer. Comme le rappelle le journal, comme la plupart avait placé là ses économies pour échapper au fisc français, on peut difficilement attendre qu’ils se mobilisent ou même se nomment eux-mêmes… dans la crainte d’être alpagués au retour par le fisc… pour évasion fiscale dissimulée.

Pire encore en effet, rappelle le Parisien  : « les autorités américaines pourraient être tentées de fermer les yeux sur l’escroquerie en échange d’informations sur le marché de la drogue, selon un avocat défendant les intérêts de quatre Français ». Américaines, car le jugement sur les banquiers délictueux nous y mène, en Floride exactement, à Orlando, où l’on ne joue pas aux jeux d’argent que dans les Casino, semble-t-il. C’est l’article précédent qui nous en dit un peu plus sur l’arnaque. Cela commence par un « depuis deux ans, le gouvernement américain était en possession de la cartographie détaillée des réseaux contrôlés par Joaquin Guzman »... un document de l’Institut for Defense Analyses (qui était visible partout, et que la presse n’a donc pas regardé)… dans un article du 24 février, que le Parisien a donc lu attentivement, on était un peu plus précis… avec le cas d’un français ayant versé de l’argent sur un compte au fameux rendu mirifique, dans une banque de la Wells Fargo, dans le Nevada : « le 7 février 2008, Jean-Marie V. effectue un « petit » virement de 22 000 dollars sur un compte ouvert par la société Crown Gold auprès de la banque Wells Fargo, à Carson City, Nevada. Il en fera d’autres. A la même destination : 32 000 dollars le 20 février, puis 15 000 le 11 mars. Au total, le malheureux et son épouse vont jouer plus d’un million de dollars (environ 740 000 euros) sur l’autel de l’argent vite perdu ». Plus précis en effet, puisque l’article cite les quatre dirigeants de la banque et du système Crown Gold, à savoir Germán Cardona, Daniel Fernandes Rojo Filho, Pedro Benevides (écrit aussi Benavides) et Heriberto Pérez Valdés.

Selon Rue89, tout aurait été découvert le « vendredi 22 août 2008 », jour où « des enquêteurs américains travaillant pour la DEA (la police anti-drogue américaine) font une découverte spectaculaire sur des comptes ouverts en Arizona par le Brésilien Rojo Filho et l’Américano-Portugais Benevides, établis en Floride. Leur société holding, DWB, est active dans les secteurs du « global trading », de la finance, de l’énergie, de l’aviation et du commerce de l’or. L’enquête met à jour un magot : il y a là quelque 42 millions de dollars (un des comptes contient à lui seul 24 millions de dollars) ; 9 voitures de luxe ; et 294 barres d’or ». La Floride conduisant… aux banques Wells Fargo et Wachovia : « l’enquête américaine a démontré que près de trente sociétés et dix banques seraient impliquées dans le dossier EMG/DWB. Rien qu’entre décembre 2007 et mai 2008, environ 189 millions de dollars (139 millions d’euros) – provenant d’investissements dans les produits d’EMG – ont été déposés auprès de la banque Wells Fargo. De l’argent blanchi a aussi été retrouvé chez Wachovia« . La Banque dont la faillite frauduleuse (et le rachat par Wells Fargo) avait été étouffée par le paiement d’une grosse amende au gouvernement US, qui, visiblement, ne désirait donc pas qu’on vienne davantage mettre le nez dans ses trafics de cocaïne masqués, comme je vous l’avais déjà expliqué. « Un an plus tard, l’hebdomadaire britannique The Observer indiquait qu’entre 2004 et 2007, Wachovia aurait permis à Sinaloa d’ainsi blanchir 378 milliards de dollars (277 milliards d’euros), soit un tiers du produit national brut du Mexique » ajoute l’article. Les sommes sont si colossales qu’elles ont dû effrayer les journalistiques inquisiteurs, ce doit être ça sans doute !

C’était au final un vieux système pyramidal classique, en fait, chacune des nouvelles recrues harponnée par les offres alléchantes de rendement financier élevé, en cooptant d’autres, seuls le sommet de la pyramide touchant les dividendes, avec comme mise de départ… l’argent de la drogue ! Du blanchiment « new style » en quelque sorte, effectué par ces banquiers fort peu scrupuleux !!!. Or, je vous avais également parlé en détail de l’un d’entre eux, le fameux… Pedro Jose Benavides Natera. C’est un article de « The Ledger » de février 2008 qui m’avait intrigué, citant alors un des banquiers en question et indiquant surrtout à quoi lui avait servi l’argent blanchi (à acheter des avions transporteurs de coke !)  : « les trafiquants de drogue remettaient de la trésorerie en vrac à des centres d’échanges de devises à Mexico, où il y avait « des contacts de confiance. » Selon un prix fixé, le transfert d’argent servait de relais intermédiaire pour alimenter (« bourrer ») des comptes bancaires aux Etats-Unis supervisés par des gens qui étaient également « arrosés » pour régler leurs frais. Ensuite l’argent était utilisé pour acheter des avions pour le trafic de cocaïne. « La raison principale de l’existence des comptes « tampons » (intermédiaires) étant de dissimuler la véritable source de l’argent », a déclaré l’agent du FBI Michael Hoenigman dans sa déposition sous serment ». Bref, dès 2008, on savait.. ; si on cherchait à se renseigner. Les trafiquants de drogue avaient déjà mis un pied dans des banques, qui lessivaient à tour de bras leur argent sale !

Au point que les trafiquants pouvaient être comparé à d’autres entrepreneurs légaux, car eux aussi faisaient fructifier leurs revenus à l’aide de systèmes bancaires dévoyés : « en Septembre 2006, un bimoteur King Air E90 a été acheté dans ce cadre parce qu’il était « une plate-forme préférée pour le transport de la cocaïne en provenance du Venezuela au Guatemala ou vers la République dominicaine », dit la déclaration sous serment du FBI. « Cet avion a été acheté légalement auprès d’une société de Miami et envoyé au Venezuela. Le compte Benavides à la Commerce Bank était la plupart du temps resté inactif entre janvier 2005 et mai 2006, avec un solde moyen d’environ 1500 dollars. Mais, soudain, ses dépôts de bureaux de change mexicains ont bondi de plus de 430 000 dollars au cours des mois suivants et l’argent a été suivi comme ayant servi à acheter le King Air. Charles Intriago, un ancien procureur fédéral qui suit les questions de blanchiment d’argent en tant qu’éditeur de Moneylaundering.com, dit que les trafiquants considèrent que c’est du « business malin » consistant à utiliser l’argent provenant des utilisateurs américains de la drogue, pour la plupart pour réinvestir dans l’entreprise par l’achat de nouveaux avions transportant des drogues ». L’avion cité était le Beech King Air E-90 numéroté N1100M (*). Un autre appareil de Benavides, le N391SA (de Skyway, société paravent de la CIA installée à St Petersburg en Floride), sera saisi au Nicaragua sous fausse identification (N168D) vous avais-je dit dès le mois de mars 2011…. et que dès le mois de janvier déjà, j’avais évoqué le rapport entre Wachovia et Viktor Bout, celui qui pouvait faire transiter des quantités phénoménales de coke en une seule fois, grâce à des avions gros porteurs. La banque avait été suivie de près par un trader consciencieux, Martin Woods, qui s’était étonné de ses transactions vous avais-je précisé. Benavides avait acheté… 11 appareils !
J’avais tout précisé ici-même voici deux ans : « Woods avait raison de soupçonner la Casas de Cambio mexicaine. En mai 2007, la US Drug Enforcement Agency avait saisi 11 millions de dollars que Wachovia détenait dans des comptes bancaires à Miami au nom de Casa de Cambio Puebla. L’agence avait déclaré que les fonds avaient été perdus dans une affaire pénale qui reste toujours complètement hermétiquement fermée près de trois ans plus tard. En Novembre 2007, les autorités mexicaines avaient fermé Puebla et arrêté son directeur, Pedro Alatorre Damy, comme étant le cerveau financier du cartel de Sinaloa au Mexique. Le gouvernement mexicain avait déclaré qu’Alatorre avait financé une force aérienne effective de transport de drogues, y compris un DC-9 capturé avec cinq tonnes de cocaïne à bord et un Gulfstream II qui s’était écrasé dans la péninsule du Yucatan, avec plus de trois tonnes de cocaïne à bord ». Voilà, on y est… la découverte du trader est primordiale : elle nous ramène à la fois à ça, et à la fois à ça aussi. Aux transferts de drogue marqués du sceau de la CIA, et au rôle trouble de l’état de Floride et de ses aéroports comme plaques tournantes. Une banque, gestionnaire de l’argent d’un des cartels de drogue ? On croît rêver, et pourtant ! » avais-je écrit. Comme j’avais précisé et expliqué la méthode employée. « La même que celle pour le trafic d’armes. C’est en effet à Skyway Aircraft Inc qu’appartenait le DC-9 retrouvé à Mexico avec 4,5 tonnes de drogue à bord, portant des logos d’une administration américaine… aux dernières nouvelles, Parts Enterprises LLC essayait toujours de revendre son Beech E-90 N-1100M saisi par les douanes à Puerto Plata la Union en République Dominicaine, bourré de drogue… un des onze appareils de Pedro Benavides Natera. Tout le système a donc depuis été mis à jour. Des firmes américaines et des banques financent le trafic, et il est impossible que cela puisse échapper à la CIA, qui y est partie prenante. » Cela fait plus de deux ans que les lecteurs d’Agoravox savaient ce qui se tramait au Mexique, et que les banques avaient fait fortune en dissimulant les apports des trafiquants de drogue, au point que certains ont pu dire qu’à un moment, en 2008, ce sont ces trafiquants qui leur ont évité la faillite !
Bref, la presse mainstream avait exactement les mêmes documents en sa possession que moi. Et n’a jamais pour autant, comme aujourd’hui encore, et c’est flagrant, relié tout le montage aux avions commandés par Viktor Bout pour effectuer le trajet Colombie (ou plutôt Vénézuela)- Afrique de l’Ouest, en l’occurrence le Mali avec le 727… j’avais en effet écrit ceci : …« dans l’acte d’inculpation américain le concernant, on relève cette étrange manipulation financière, au sein de deux banques US, l’une à New York et l’autre à Salt Lake City, via des comptes approvisionnés au Kazakhstan, à Chypre et en Russie pour un total en dépôt de 1,7 million de dollars, pour acheter… un 727 et un 737, en plusieurs versements, au même prix que celui évoqué par les barons de la drogue lors de leur déposition de Monrovia. Acheté à deux firmes de Floride. Deux sociétés américaines, liées à des banques… américaines. A 275 000 dollars environ, le prix moyen à ce jour d’un quadriréacteur ou d’un triréacteur de cinquante ans en état de vol… ou un biréacteur un peu plus récent, quitte à ne s’en servir que pour un seul voyage : nous revoilà au tout début d’une autre histoire, débutée, je vous le rappelle en plein désert du Mali. Avec un antique 727, sacrifié sur place faute d’avoir réussi à redécoller. » Durant son procès rapidement escamoté, pas un seul mot sur les transferts de cocaïne, rien sur ses comptes bancaires chez Wachovia… en Floride, à New-York ou au Texas et à Salt Lake City dans l’Utah.

Pourtant, il y avait de quoi en parler : « le dernier acte d’accusation du procureur chercherait à saisir les comptes présumés de M. Bout chez Wachovia, l’International Bank of Commerce (une des plus grandes banques du Texas !), la Deutsche Bank, et à l’Israel Discount Bank of New York (installée aussi à Miami  !), selon le New York Daily News. Les transferts d’argent ont forcé une interdiction des États-Unis s’opposant à faire des affaires avec M. Bout, qui aurait caché son nom derrière une société écran, Samar Airlines, lors de l’achat de deux Boeing ». Car il fallait bien trouver un lien avec les états-unis, et on a prétexté l’achat par Bout d’un Boeing 727-200 et d’un Boeing 737-200 pour cela au nom de Samar Airlines au Tajikistan, à l’été 2007. « La plus récente mise en accusation alléguée était que M. Bout et son partenaire syro-américain Richard Ammar Chichakli avaient demandé environ 1,7 millions de dollars à des banques aux États-Unis pour acheter deux avions Boeing en Amérique » vous avais-je dit le 31 janvier 2011. « L’acte d’accusation allègue que les transferts d’argent pour Samar ont été faits à partir de comptes bancaires situés à Chypre et liés à Bout à travers une entité appelée Holdings Limited Wartrex et « une banque à New York », ainsi que des fonds venant du Kazakhstan sur des comptes à Salt Lake City Utah pour Aviation Company en Floride. Les accusations de fraude listent 6 virements spécifiques en 2007 allant de 52.000 à 339,977 dollars ». Samar Air, au Tajikistan, est installé à l’aéroport de Khudzhand… rue Lénine et possède comme avion des B-727, Il-76, An-12 et des AN-26. y est aussi installé JSC Atlant-Soyuz Airlines, société qui a créé un Joint Venture avec Evergreen International Airlines … la société qui détient l’ex-base de la CIA, la Marana, en Arizona, haut lieu des maquillages d’avions. »… Et pas un média pour suivre le fil de la trace bancaire dans le dossier Viktor Bout, dont pas un journal n’a relaté en détail la tenue du procès.

La découverte de 82 000 français grugés par El Chapo va peut-être au moins servir à rouvrir le dossier du cheminement de la drogue de l’Amérique du Sud vers l’Afrique de l’Ouest via des avions achetés en série par un individu enfin nommé aujourd’hui (Pedro Jose Benavides Natera), c’est déjà cela. Mais je doute fort qu’on aille plus loin, à voir comment le dossier d’Air Cocaïne a été enterré depuis. Les pilotes prétendus se sont échappés, les responsables français relâchés par le pouvoir gâce à des décisions abracadabrantesques, un baron de la drogue espagnol a reçu la clémence gouvernementale alors qu’il était l‘auteur d’un meurtre avéré… bref, les journalistes sont complètement passés à côté d’une des plus grandes affaires de ces dernières années. Faute de recul, faute d’intérêt, faute de… flair. Espérons que l’arrestation d’El Chapo incite quelques-uns à réouvrir la boîte de Pandore du système bancaire et de l’argent de la drogue.

(*) lire ici sur le 1100M :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr…

on y évoquait déjà les liens entre el-Chapo et les banques mexicaines avec Pedro Alfonso Alatorre Damy (« El Piri ») comme homme de main.

source: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/banques-et-cocaine-la-aussi-j-148560

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  1. […] Banques, Banquiers, Narcotrafiquants: que savent réellement le TRACFIN et la DNRED ?. […]

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