Archives de 5 janvier 2015

Les Carabiniers ont arrêté Francesco Vottari suite au meurtre de six Calabrais dans la ville allemande de Duisburg. (Reuters)

Les Carabiniers ont arrêté Francesco Vottari suite au meurtre de six Calabrais dans la ville allemande de Duisburg.

(Reuters)

Grâce au trafic de cocaïne et à sa capacité à profiter de toutes les opportunités offertes par la mondialisation, la ’Ndrangheta est devenue la plus puissante des organisations criminelles italiennes.

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Interview avec Francesco Forgione, ancien président de la Commission parlementaire antimafia.

Si, depuis quelques années, la ’Ndrangheta de Calabre (région du sud de l’Italie) se retrouve sous le feu des projecteurs, c’est notamment grâce aux travaux de la Commission parlementaire antimafia de la XVe législature (avril 2006 – avril 2008), présidée par Francesco Forgione. Depuis, l’Europe a dû se faire à l’idée que cette organisation ne concerne plus seulement la péninsule.

Dans son libre Mafia Export. Comment la ‘Ndrangheta, Cosa Nostra et la Camorra ont colonisé le monde (2009), Francesco Forgione dépeint une situation assez préoccupante. Les mafias italiennes – et tout particulièrement la ‘Ndrangheta – évoluent désormais à leur aise aux quatre coins du monde, gèrent des trafics et des capitaux colossaux qui sont un vrai cancer pour l’économie.

Pour l’ancien député de Refondation communiste, les pays européens et la Suisse devraient commencer à sérieusement songer à l’unification des règles antimafia et à l’introduction de mesures décisive pour le séquestre et la confiscation de leurs biens.

Interview.
swissinfo.ch: Comment la ‘Ndrangheta a-t-elle fait pour devenir aussi forte, jusqu’à évincer Cosa Nostra (mafia sicilienne) et la Camorra (mafia napolitaine) de la liste des organisations criminelles les plus puissantes?

Francesco Forgione: Elle a tiré profit de deux de ses caractéristiques. Elle s’est d’abord appuyée sur la grande émigration calabraise dans le monde. Elle a transformé cette émigration en une véritable colonisation des territoires. A la différence des autres organisations, lorsque les Calabrais de la ‘Ndrangheta arrivent quelque part, ils ne se contentent pas seulement de recycler leur argent, mais ils y mettent en place leurs structures en constituant des noyaux organisés qui sont reliés stratégiquement à la Calabre.

La seconde caractéristique est la capacité qu’a eue la ‘Ndrangheta de vivre cachée. Elle n’a jamais défié l’Etat italien, jamais commis de massacres comme avec Falcone et Borsellino (les juges antimafia assassinés avec leur escorte en 1992 par Cosa Nostra, ndlr), jamais menacé des politiciens importants. Les classes dirigeantes et le monde de l’information ont aussi leur part de responsabilité, car ils n’ont jamais voulu la voir.

Tout cela a permis à la ‘Ndrangheta d’accumuler les capitaux, d’augmenter sa force sans être véritablement contrée et de saisir les opportunités offertes par la mondialisation.
swissinfo.ch: Lesquelles?

F. F. : Il y en a au moins deux. La première fut la possibilité de déplacer des capitaux de part et d’autre de la planète en temps réel et sans contrôles. La seconde fut la transition du marché de l’héroïne, qui avait été pendant des décennies une exclusivité des Siciliens, vers celui de la cocaïne. Les Siciliens n’étaient pas prêts à ce changement, tandis que la ‘Ndrangheta s’est profilée comme le grand négociant international, surtout dans les trafics entre l’Amérique du Sud et l’Europe.

La ‘Ndrangheta a ainsi pu acquérir une grande puissance, non seulement au niveau criminel, mais également au niveau économique et financier.

 La suite:

http://www.swissinfo.ch/fre/la–ndrangheta–entre-tradition-et-modernit%C3%A9/32544100

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La mafia étend ses tentacules en Suisse

On connaissait l’attirance des mafias italiennes pour le Tessin et la place financière luganaise. Désormais, le crime organisé franchit les barrières cantonales et étend ses tentacules en Valais et aux Grisons pour y blanchir ses milliards.

C’est ce qu’affirme la chercheuse zurichoise Stéphanie Oesch.

La couverture du livre image bien la menace qui plane sur la Suisse.

Entretien.

Die organizierte Kriminalität – eine Gefahr für den Finanzplatz Schweiz, (Le crime organisé – un danger pour la place financière suisse ?), tel est le titre de l’ouvrage signé par Stéphanie Oesch, qui montre comment la mafia et en particulier la ‘Ndrangheta calabraise, tisse ses liens en Suisse.

Ce mal diffus et presque invisible, dont la présence dans plusieurs cantons suisses est confirmée par la Fedpol (Police fédérale), représente un danger important que la Suisse aurait tort de sous-estimer, préviennent un nombre grandissant de magistrats et experts italiens.
swissinfo.ch : Vous affirmez que la mafia italienne progresse en Suisse et étend ses activités de blanchiment à des régions jusqu’ici réputées à l’abri du crime organisé. Qu’en est-il précisément?

Stéphanie Oesch: Cela concerne les cantons de frontière, au sud. Le Tessin, le Valais, et dans une moindre mesure les Grisons. Pour le Tessin, où la situation est nettement plus aigüe qu’ailleurs, la proximité géographique, la langue et le système financier et para bancaire en particulier, exercent un attrait important sur les organisations criminelles implantées en Italie.

Celles-ci – et surtout la ‘Ndrangheta d’origine calabraise qui est devenue très puissante en Lombardie – sont obligées de recycler des sommes d’argent colossales afin de pouvoir disposer de leurs capitaux. Il s’agit pour la plus grande partie de revenus découlant du narcotrafic et de la cocaïne en particulier, de même que du trafic d’armes.

En Valais, ce sont les secteurs de l’immobilier, de la gastronomie et de l’hôtellerie qui intéressent le plus ces organisations, qui veulent y blanchir l’argent du crime en investissant dans le bâtiment. Les grands complexes immobiliers et touristiques sont particulièrement prisés par la mafia.
swissinfo.ch : Vous évoquez une infiltration de l’économie mais aussi de la politique. On croyait pourtant la Suisse épargnée par le fléau de la corruption…

S.O. : Concernant l’infiltration de l’économie, celle-ci passe notamment par des participations dans le capital d’entreprises. Et dans un contexte de crise économique, le danger est décuplé.

Quant à la politique, je ne pense pas qu’il faille craindre un danger au niveau cantonal ou fédéral, où l’exposition médiatique des politiciens est importante et le risque d’être découvert est trop grand. Il s’agit davantage de phénomènes très locaux, et partant, plus discrets.

 

LIRE  la suite sur: http://www.swissinfo.ch/fre/la-mafia-%C3%A9tend-ses-tentacules-en-suisse/8138600

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