Coke en stock (CVIII) : retour au Honduras où il pleut toujours des avions | CentPapiers

Publié: 18 janvier 2016 par Marc Fievet dans Aeronarcotrafic, Drogues, NARCOTRAFIC, Narcotrafic INFOS
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Coke en stock (CVIII) : retour au Honduras où il pleut toujours des avions

On revient toujours un peu à la même chose, en ce qui concerne le trafic de cocaïne  Effectivement, puisque nous retournons… au Honduras, pays complètement à la merci des gangs qui le gangrènent, comme j’ai déjà pu vous le dire ici (1). Un pays miné par l’arrivée d’avions bourrés de cocaïne, destinée à rejoindre par la route ensuite le Mexique, puis les Etats-Unis. Des avions qui atterrissent et sont parfois laissés sur place en plan en attendant qu’on vienne les reprendre… dans un étrange ballet, utilisé par des personnes de la « jet-set » qui ne sont pas toujours telles qu’elles se présentent sur le net ou même à la télévision, dans des émissions populaires…

gulf roatan 2014Ça commence d’abord par un drôle d’atterrissage, au Honduras à Roatán. Un premier avril (2014) mais ce n’est pas pour autant une farce. Ou plutôt c’en est une, mais de bien plus grande dimension. Un Gulfstream III G-1159 s’y est soudainement posé, sans en avertir l’aéroport et encore moins le colonel Gustavo Adolfo Paz Escalante le commandant de la Policía Militar y Orden Público (PMOP) et des Fuerza de Seguridad Interinstitucional Nacional (Fusina). En sont descendus tranquillement deux pilotes, Darimel Guerrero Rios, et Eric Emanuel Montes Mejia, tous deux mexicains, qui sont sortis tranquillement de l’aéroport et ne sont jamais revenus, abandonnant sur place le jet. L’avion portait le numéro d’immatriculation américain N707KD. OMAN_aircraft-ce808L’avion est donc conduit sur la base Base Hernán Acosta Mejía de Tegucigalpa, pour y être passé au peigne fin pour voir s’il aurait pu contenir de la drogue. Selon les registres, l’avion en 2013 appartenait encore à « Florida Aviation Service Technology Inc, » de West Palm Beach, une entreprise…. d’un seul employé. Et il auraît dû être vendu le 2 novembre 2013, mais la vente a été annulée. Le 7 mars 2013, on l’avait annoncé comme acheté par American Sky S.A. En 1984, au début des sa carrière, il avait appartenu au sultan d’Oman et portait alors le sigle A4O-HA (ici à droite). Fin de la première séquence.

Un crash au Venezuela

cessna_crash-425bbLa deuxième démarre dans le sang : le lendemain même de son arrivée, le 2 avril donc, le pilote Eric Emanuel Montes Mejia est déclaré mort… retrouvé au Venezuela, à Torres, avec deux autres pilotes mexicains, dans un petit Cessna 210 fort vieillot pouvant emporter jusqu’à 814 kilos de drogue au total. Son passeport est retrouvé sur place et montré à la presse. ; les deux corps sont complètement calcinés. Le journal la Prensa a particulièrement bien suivi le crash. L’avion s’est écrasé dans la ville de San Dionisio, sur la colline du Plan de los Verdes, dans la paroisse de Trinité Samuel région rurale située à environ deux heures de Carora, la capitale de la province de Torres. Selon la presse officielle, des avions gouvernementaux l’auraient pris pour cible, ce qu’aurait confirmé la population. L’appareil est en miettes, seule sa queue est intacte. Le lendemain même d’avoir fait atterrir un jet au Honduras, le pilote est déjà rentré au Mexique, pour en faire décoller un tout autre, et venir s’écraser au Venezuela. Les narco-pilotes ont des agendas plus chargés que ceux d’Air France !
Il pleut des Gulfstream
Etonnant pilote donc (du jour au lendemain, passer d’un Gulfstream réaction à un vieux Cessna à pistons)… ou erreur de passeport des autorités vénézuéliennes ? Au Honduras, on n’est pas plus fiable : les premiers textes parlent d’un Gulfstream mexicain immatriculé « MTX-01 » (et donc mexicain). En fait c’est bien le N707KD, qui a 37 ans d’âge et qui s’est posé de façon impromptue. Selon FlightAware, ce N707KD a décollé de Miami à destination de Torreon, Coahuila, au Mexique le 8 mars. Or c’est exactement ce qu’avait fait également un autre appareil similaire. Cet autre Gulfstream, avait été lui aussi abandonné à Roatan il y a tout juste un an, dans les mêmes conditions. Cet avion, le N951RK, avait été abandonné lui aussi par ses pilotes, présentés alors dans un premier temps comme étant mexicains le 22 mars 2013, et plus tard récupéré par leurs employeurs américains sans aucun problème : ils étaient bien américains. Le N951RK appartenait encore à Elite Jet Group LLC,  installé à Van Nuys, CA (on verra demain ce qu’il en est de cette société). Or surprise encore, au Honduras, où il semble pleuvoir du ciel des avions bourrés de coke, l’avion abandonné avait aussi eu un frère jumeau qui l’avait précédé.
Abandonné sur la piste
gulstream_ceiba-1f3b0Au Honduras, en effet des jets apparaissent comme par enchantement certains soirs. L’aéroport de Roatan à lui seul peut donc aussi postuler au titre de porte-avions de la drogue. « Apparemment, les pilotes ont fait irruption à l’encontre de certains règlements aériens internationaux et ont ensuite quitté l’avion sur la piste, et donc on a donné l’ordre d’envoyer l’appareil à la base militaire pour la fouille », a déclaré le colonel Javier Barrientos ». L’avion est alors effectivement renvoyé et parqué à de la Ceiba, sur la base militaire Héctor Caraccioli Moncada, où il est photographié (ici à gauche). « Des agents de la Direction de Lutte contre le trafic de drogues et tests de toxicologie seront déployés pour déterminer si des drogues ou d’autres substances interdites ont été transportés dedans. L’avion poursuivra sa détention pendant la durée du processus de recherche. Les résultats des tests réalisés restent à déterminer « , a déclaré le militaire. Selon l’accusation, le jet de luxe était piloté par Luis Lozano et Mark Gordon Solís, qui ont été détenus à Roatan. Les autorités n’ont pas déterminé leur nationalité, bien que les deux sont des résidents américains » pouvait-on lire avec un certain amusement la presse semblant ménager le possesseur de l’avion. Ou alors c’est parce qu’il en arrive trop souvent des avions de ce genre et que les autorités sont blasées.

Une vieille histoire

images-516-75ef6Le Honduras, où il pleut des avions en effet. Et si on remonte un peu en arrière, on en trouve un troisième petit frère, lui aussi abandonné. Cela date de 2006, année où on l’a « découvert » à l »aéroport international de Toncontín à Tegucigalpa, au tout début de la présidence de Manuel Zelaya (il a été investi en janvier 2006). Un avion, le Gulfstream immatriculé XB-JPL, valant 4 millions de dollars (voir ici), un appareil qui est resté-là pendant une année durant laquelle le procureur local, Leonidas Rosa, a même voyagé au Mexique pour coordonner le renvoi de l’appareil, avec des détails qui n’ont jamais été révélés à l’extérieur : l’avion avait été abandonné par deux pilotes mexicains ; Federico Rivielo et Carlos Enrique Messner. Il aura fallu attendre mars 2007, pour qu’il redécolle, une fois vendu aux enchères par le ministère public au prix dérisoire de 736 000 dollars, à la compagnie maritime américaine Cashman Equipment Corporation (CEC) et devenir N900CE… l’avion avait pourtant été réclamé par un banquier mexicain, dénommé Mario Andrade (ou Alberto) Mora, « qui n’aurait pas réussi à démontrer qu’il en était bien le propriétaire » selon les autorités : l’avion avait été manifestement volé !

Un autre encore

sula beechEt comme tout se répète au Honduras, voilà qu’un Beechraft King Air 200 joue au même jeu le 12 septembre 2008, deux ans après le XB-JPL, immatriculé cette fois XB-KSC (vu ici à San Pedro Sula – Ramon Villeda Morales, au Honduras, en juin 2010, photo Airliners), l’avion s’était posé à l’aéroport international de La Mesa de San Pedro Sula, à 180 kilomètres au nord de Tegucigalpa. L’avion venait de Maracaibo (Venezuela,, via Carthagène (Colombie). Son pilote mexicain, Flores López était tranquillement reparti par un vol classique le lendemain pour le Mexique. Un scénario qui semble rodé, donc. L’avion avait été saisi par les autorités… mais deux ans plus tard, le 1er novembre 2010, cinq hommes armés s’en étaient emparés, sur la base aérienne de San Pedro Sula, où on l’avait parqué, et l’avion avait disparu en quelques minutes. Une opération de représailles, visiblement : la veille, avait eu lieu la plus importante saisie de dollars aux narcotrafiquants au Honduras, selon les responsables de la sécurité, son montant total étant de 7,2 millions. Pour certains c’est le même avion qui avait servi à faire le show, au Venezuela, de Vladimir Padrino Lopez et de Tareck El Aissami avec un Beech 200 immatriculé YV-253 (ici à droite). Le 12 août 2011, puis qui avait été incendié pour faire croire à un avion « descendu » par les avions vénézuéliens. L’examen attentif de la queue restant visible étant assez significatif. Le dessin y figurant était bien le même…

Encore un autre jet !

hawker-2-d14beMais le plus surprenant reste peut-être cet autre appareil : un Hawker 125 F400A, immatriculé N125DH (photographici en 2010 à Toluca, et en 2011, vu au Guatemala en 201 pour un vol vers Miami) arrivé lui aussi en express un dimanche soir à l’aéroport de Goloson à La Ceiba, au Honduras, le 1er septembre 2013 sans avoir fourni de plan de vol préalable, l’avion venant de Toluca, lui aussi. Le 8 août qui précédait il avait effectué un trajet de l’aéroport d’Ontario à Tijuana, à la frontière mexicaine. Deux pilotes mexicains en descendent et quittent l’aéroport. Les autorités inspectent l’avion : ses pneus sont pleins de terre : il s’est posé quelque part sur une piste clandestine, c’est quasiment sûr. L’avion est vide, il n’y a même pas de sièges de passajet_125-33933gers à bord : ça sent fort le trafic volumineux de drogue ! Un examen découvre effectivement des traces de cocaïne à bord.  Mais les deux pilotes sont déjà repartis, par un vol commercial. Avant, ils avaient pu dire aux autorités « qu’ils étaient tout simplement payés pour piloter l’avion et laisser quelqu’un d’autre venir le reprendre » : toujours le même scénario ! « Les pilotes ont été libérés le soir même ; mais l’enquête est en cours « , selon les autorités ». avait-on pu lire, évoquant un laxisme évident sur place. Coup de théâtre le 5 décembre qui suit : on apprend que les deux procureurs qui avaient libéré les deux pilotes ont eux-mêmes été arrêtés, et que deux autres pilotes venus rechercher l’avion en ont été empêchés par les forces de l’ordre !!! Sont arrêtés en effet ce jour-là un hondurien de 45 ans, HS-125 base militaireAnge Pena Martinez, venu pour réclamer l’avion et les deux mexicains le pilote Luis Fernando Zepeda Chavarria, 38 ans, et le copilote Fajardo Arturo Bonilla, 40 ans. Selon un journal local des traces de sang (et non de cocaïne) avaient été relevés dans l’avion. Or Chavarria est bien un pilote confirmé par la FAA, qui habite… Mexico. Comme son collègue Bonilla, qui habite aussi.. Mexico. L’avion concerné était en vente chez un broker de Scottdale, Arizona : BAM (Business Aircraft Management, Inc)… connaissant le goût immodéré des trafiquants pour ce modèle d’avion, on se dit qu’on devrait le retrouver très bientôt dans de nouvelles aventures… au Venezuela !!! Car le fait est là : on utilise souvent les mêmes modèles de jet (des Hawker) pour se rendre au même endroit (le Venezuela) en partant du Mexique, et en revenant souvent par le détour du Honduras. Et s’il y a un incident, on abandonne l’avion, ou on l’incendie sur place : qu’est ce que représenter 250 000 malheureux dollars, quand au bout ce sont des millions comme bénéfices ??? L’exemple de notre BAE 700 « mormon » allait confirmer notre intuition quelques mois plus tard… (2)

Comme aux îles Caïman, ce paradis fiscal…

 Un bloggeur va fouiner un peu plus loin et découvrir des choses fort intéressantes à son sujet : « L’avion est enregistré chez Aero Investments LLC, et l’adresse sur l’enregistrement et celle d’un centre d’information de Cheyenne, Wyoming. L’enregistrement FAA Indique avion était esta Acheté en 2011 et a été fabriqué en 1971. L’adresse de dépôt pour l’enregistrement, au 2710 Thomes Ave, à Cheyenne, WY, a été présentée dans le rapport de Reuters comme étant celle de Wyoming Corporate Services. Il décrit le bureau de Thomes Street comme étant « un petit Cayman Island au milieu des Grandes Plaines », et le Wyoming Services corporatifs est décrit comme un bureau d’incorporation des entreprises spécialisées dans ce qui peut être utilisé comme des entreprises « coquilles vides », des entités de papier pour dissimuler des actifs. Au moment de l’enquête de Reuters en 2011, plus de 2000 entreprises sont en effet inscrites au seul numéro 2710 Thomes Avenue, utilisée comme étant leur adresse officielle. Ce n’est pas non plus le seul avion appartenant à Aero Investments LLC. Ils possèdent également un jet d’affaire Gulfstream, de 21 sièges et d’enregistrement N366JA.  En 2008, avant lorsque Aero Investissements a acheté N366JA, il avait été utilisé par l’ex-sénateur Obama et les agents des services secrets pour voler de Chicago à l’Afghanistan. Jusqu’en juillet, ils possédaient également un avion Aerocommander 685 à hélices de neuf places, N74CP, qu’ils ont revendu après qu’il se soit écrasé et qu’il ait subi des dommages importants au Texas en juin. L’enquête a noté que le vol était une entreprise d’affrètement à l’époque » note « Honduras Culture and Politics« . Les avions des trafiquants ont de bien étranges origines, ou véhiculent de drôles de personnalités, parfois….

L’avion était… mexicain mais il avant il avait été indien !

alchemistEn 2014,  le même scénario d’abandon d’avion s’était reproduit, au Honduras comme on l’a déjà dit avec le Gulfstream III G-1159 d’où étaient descendus tranquillement deux pilotes en abandonnant sur place le jet. L’avion portait le numéro d’immatriculation américain N707KD comme on l’a vu également. Il auraît dû être vendu le 2 novembre 2013, mais la vente a été annulée. L’adresse donnée de l’acheteur étant à San Lorenzo Huipulco… au Mexique.Le 7 mars 2013, on l’avait annoncé comme acheté par American Sky S.A. Mais l’avion portait toujours un logo marqué « Alchemist » sur la queue, comme on peut le voir ici à droite.

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Or cet avion avait suivi le même trajet que le N951RK, après avoir décollé de Miami jusque Torreon, Coahuila, au Mexique le 8 mars pour se poser au Honduras le 1er avril.  Tout le monde était en effet passé à côté de l’autre information surprenante : « Alchemist » non plus n’avait rien d’américain : c’est une société indienne, de  Chandigarh, appartenant à un politicien du nom de K.D.Singh, qui est aussi le président de la fédération indienne de hockey. Plutôt riche, note un forumeur « ses deux fils adolescents sont connus pour leur passion sans fin pour les voitures qui comprennent une Ferrari 458, une Lamborghini, une Aston Martin, une Rolls Royce, etc »). singhLe fiston s’appelle Bally et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’est pas très discret... son Facebook présente son QI d’huître. Son père dirige aussi, via Alchemist Foods Ltd une société de distribution de poulets frais ou  rôtis appelée « Republic of Chicken » qui a fait sa fortune. Il a été pincé en 2009 dans un aéroport avec des valises pleines de billets, révèle sa biographie… Le fils nommé a créé la Rich List Group, qui a acheté une des plus grandes villas de Marbella, appartenant auparavant au milliardaire Adnan Khashoggi. On ne doit pas y déguster d’ailes de poulet, mais mon petit doigt me dit que d’autres produits réduits en poudre, cette fois, doivent aussi y couler à flots. L’homme y liste ses « amis » parmi lesquels David Guetta, Pharell Williams, Sting, les Black Eyed Peas, et un rappeur bien ordinaire dénommé  « Flo Rida » (jeu de mots !) en fait  de son vrai nom Tramar Lacel Dillard, qui se tape tous les clichés du genre. « Né le 16 septembre 1979 à Miami, en Floride, c’est est un rappeur américain d’origine haïtienne et brésilienne » apprend-t-on… il est aussi le héros de « Life on Marbs », une émission de téléréalité sur la vie à Marbella signée ITVBe,… la complète !!!

Mais au final, il conviendrait plutôt de revenir sur le premier avion décrit aujourd’hui, car il est semble-t-il un sommet d’iceberg, qui nous mène à autre chose de tout aussi passionnant. Ce qu’on examinera très bientôt, je pense… ici, ou ailleurs.

http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-cviii-retour-au-honduras-ou-il-pleut-toujours-des-avions/

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