Dans un entretien daté de 1996, Jean-Dominique Comolli, alors PDG de la SEITA,  « haut fonctionnaire », ancien conseiller technique du ministre des Finances, puis du Premier Ministre Laurent Fabius et ancien directeur général de la Douane française expliquait dans le journal de l’entreprise que « certains experts disent que fumer génère plus d’économies du fait des retraites non versées que de dépenses d’assurance-maladie. Globalement le tabac rapporte plus à la collectivité qu’il ne coûte ».

Mais qui est donc ce Jean Dominique Comolli?

« Issu de la gauche, c’est un homme de grande qualité », disait Sarkozy lorsqu’il le nomma à la tête de l’Agence des Participations de l’Etat, un machin stratégique qui a la tutelle sur des centaines de milliards d’euros appartenant à la puissance publique, placés ici ou là.

Bras armé de Bercy, l’APE gère les intérêts de l’Etat dans 77 entreprises françaises, un actif qui pèse autour de 100 milliards d’euros – dont 60 milliards cotés en Bourse. Elle a été créée en 2004 pour éclairer les décisions de l’Etat actionnaire. Son fonctionnement et son efficacité sont régulièrement critiqués.

Cet homme qui a pratiqué dans le savant mélange des genres avait été propulsé à la tête de la SEITA en 1993, quand cette entreprise disposait du monopole du tabac en France. Son salaire annuel était l’équivalent de 180.000 euros.

Deux ans plus tard, en 1995, au nom de la libre concurrence (dogme imposé par Bruxelles), le monopole est mis à bas, la privatisation décidée et les premiers plans sociaux (saignants) arrivent. Pour prendre sa part des sacrifices subis par les salariés (ou pour s’en consoler), le PDG Jean-Dominique Comolli porte ses émoluments à 1 million d’euros, soit une augmentation de plus de 455%.

Puis c’est la fusion avec la Tabacalera SA, pour composer Altadis qui lui assure une rémunération portée à 1,2 millions d’euros à laquelle il faut ajouter deux plans de stocks options très conséquents.

Altadis devient alors une société entièrement privée, les états français (sous DSK) et espagnols ayant vendu toutes leurs participations (à un prix très amical… pour les acheteurs)

Altadis, sans aucun « noyau dur » protecteur et de surcroît très rémunératrice est à la merci du premier prédateur venu.

En 2007,  Imperial Tobacco lance une OPA que le Conseil d’administration et Comolli applaudisent. Il faut dire que les Stock-Options de ce dernier en sont très valorisées, qu’on lui en a attribuées deux paquets supplémentaires ainsi, pour faire bonne mesure, que 35.000 actions gratuites.

Résultat de recherche d'images pour "jean dominique comolli"Pour faire bonne mesure, une modeste pension (485.000 euros annuels indexés sur l’inflation) lui est promise.

Jean Dominique Comolli, décidément insatiable, se fait alors bombarder administrateur de Casino, Pernod-Ricard et Calyon, selon les bonnes vieilles habitudes du capitalisme français, foncièrement consanguin: ils sont une centaine tout au plus, les heureux administrateurs qui se croisent dans les quelques conseils qui comptent et surtout dans leurs comités de rémunération: « passe moi la rhubarbe, je te passe le séné »

« Il est important de mettre à la tête de la gestion des actifs de l’État quelqu’un qui ait à la fois une autorité politique et une expérience forte du privé », avait  justifié  le Ministère de l’économie et des finances.

C’est sûr: une telle habileté de navigateur au gré des divers courants, un tel sens de l’intérêt général et un tel altruisme qui lui fera sûrement oublier ses intérêts propres nous rassurent quant à la gestion des biens publics qui sera faite, n’en doutons pas, dans le sens de l’intérêt général.

Sources: le Canard Enchaîné. les échos.

Pots-de-vin, orgies et contrebande : la face cachée de l’industrie du tabac dévoilée dans un livre

Marc Lomazzi passe en revue de nombreuses autres facettes des multinationales du tabac : le circuit des cigarettes de contrebande, depuis les usines des « Big Four » jusqu’aux épiceries de nuit ; leur guerre contre l’e-cigarette ; le renouvellement des fumeurs qui oblige à “convaincre chaque semaine en France 10 000 adolescents et enfants de fumer, uniquement pour maintenir son marché”, selon un professeur ; le placement de produit au cinéma ou encore le parrainage sportif, censés être interdits.

Les industries du tabac rivalisent également d’inventivité pour “améliorer ce shoot nicotinique qui atteint le cerveau en 8 secondes dès la première taffe.

Outre les traces de dissolvants, d’antimites, de butane, d’insecticide, de plomb, d’arsenic”, il y a l’imparable goût menthol. Celui-ci agit comme un anesthésique local et permet ainsi à la fumée de pénétrer plus profondément dans les poumons. De ce fait, il provoque des types de cancers plus compliqués à traiter”.

Mais les menthol ne disparaitront pas avant 2020.

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