Archives de 27 mai 2018

MARTINIQUE (Fort de France): Kevin Doure devant la justice

Publié: 27 mai 2018 par internationalinformant dans INFOS

Le procès de Kevin Doure s’ouvre ce lundi matin à Fort-de-France (Martinique). Considéré comme l’un des plus grands trafiquants de cocaïne français, doté d’un patrimoine que la justice estime « de l’ordre de plusieurs millions d’euros », Kevin Doure, interpellé en octobre 2013, jonglait du temps de sa splendeur avec les tonnes de poudre de blanche et les transactions financières à six chiffres.

Le réseau, dont ce natif de Fort-de-France (Martinique) est accusé d’être le boss incontesté, était capable de « répondre en quelques heures à une commande de plusieurs centaines de kilogrammes », souligne l’ordonnance de mise en accusation.

Cette dernière le renvoie, ainsi que neuf complices présumés, devant la cour d’assises spécialement composée de Martinique. Dans leur très grande majorité, les accusés contestent les faits.

Des dockers complices des deux côtés de l’océan

Pour acheminer la cocaïne en Europe, le réseau utilisait la technique dite du « rip off », qui consiste à glisser la marchandise dans un conteneur avant son chargement. Un docker de Fort-de-France, qui a admis sa complicité en la justifiant par d’importantes difficultés financières, a été renvoyé. L’implication présumée de dockers du Havre (Normandie), à l’autre bout de la chaîne, fait l’objet d’une enquête distincte.

En Martinique, Kevin Doure se reposait sur une poignée de fidèles, pour la plupart des amis d’enfance, qui assuraient la surveillance et la gestion du stock. Mais aussi le paiement des transactions. Dans les semaines qui ont précédé les interpellations du 30 octobre 2013, les enquêteurs ont surveillé plusieurs chargements. C’est ainsi qu’ils ont saisi 493 kg de cocaïne en deux prises, l’une à Fort-de-France, l’autre au Havre.

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http://m.leparisien.fr/faits-divers/kevin-doure-le-pablo-escobar-francais-devant-la-justice-27-05-2018-7738122.php

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CAP-VERT (Mindelo): « Opération Zorro » ou « Entrapment de Fox »…

Publié: 27 mai 2018 par internationalinformant dans INFOS

Ça pue!

De Natal (Brésil) à Madère (Portugal), le trajet du Rich Harvest interrompu au Cap-Vert dans l’océan Atlantique.• Crédits : Thomas Jost – Radio France

Depuis le 24 août 2017, le skipper Olivier Thomas est détenu dans une prison du Cap-Vert suite à la ‘découverte’ par la police d’ 1,2 tonne de cocaïne à bord du voilier qu’il convoyait de Natal au Brésil à l’île de Madère au Portugal.

La cellule investigation de Radio France a eu accès à un document exceptionnel qui retrace cette histoire rocambolesque, un cahier d’écolier dans lequel le Français emprisonné relate les détails de sa mésaventure : les prémisses de sa mission, la traversée émaillée d’avaries et son arrestation suite à la découverte du chargement de drogue, à bord de la goélette Rich Harvest (en français La bonne récolte).

Un skipper qui part l’esprit tranquille

Au fil d’une centaine de pages manuscrites, Olivier Thomas relate comment le 4 août 2017 il s’apprête à quitter le port de Natal d’autant plus sereinement que quelques jours auparavant la douane brésilienne est montée à bord inspecter le bateau qu’il est chargé de convoyer jusqu’à Madère, au Portugal. Les chiens anti-drogue n’ont rien détecté, comme il le consigne dans son journal de prison :

« Douze jours avant mon arrivée, la police militaire brésilienne débarque sur le bateau pour une fouille complète avec ses chiens antidrogue. Les réservoirs à gasoil sont démontés : ils sont vides. Après une journée de fouille complète, les autorités brésiliennes disent que tout est en règle. Du coup, comme je sais qu’il y a eu un contrôle antidrogue à bord, je pars l’esprit tranquille. »

Mais lorsqu’il accoste 20 jours plus tard au Cap-Vert, dans le port de Mindelo pour réparer son moteur en panne et soigner l’un de ses équipiers malade, il est reçu par un comité d’accueil bien particulier : la police capverdienne. S’en suivent deux jours d’inspection d’une précision chirurgicale. « Quatre ou cinq hommes de la marine montent à bord, avec des scies et des masses, et mettent cinq ou six heures pour découvrir la drogue, résume Jean-Yves Defay. Elle est cachée en profondeur, sous des couchettes, des réservoirs, et des revêtements métalliques soudés. »

« La cocaïne était cachée en profondeur » / Capture d’écran de l’émission Fantastico du 14 janvier 2018, sur la chaine de télévision brésilienne G1.

Le skipper français observe la scène avec incrédulité depuis le pont. Un moment-choc sur lequel il revient en détail dans son journal :

« Sous le réservoir d’eau, il y a trois trappes recouverte d’une plaque en acier boulonnée. Chaque boulon est découpé à la meuleuse électrique. Ça fume de partout, on se croirait dans un atelier de métallurgie. Les policiers sont en sueur. L’air devient irrespirable. Le dernier boulon saute. La lourde plaque d’acier pivote et là tout s’écroule : des paquets entourés de plastique sont à l’intérieur. Sur le coup, je pense à des blocs de polystyrène pour flotter en cas de naufrage. Les policiers exultent de joie. Je n’y crois toujours pas, jusqu’au moment où un policier tire une aiguille de sa mallette et pose de la poudre pour la tester : ça vire au vert… Le verdict est là, devant mes yeux : de la cocaïne pure. À ce moment-là, je réalise : on s’est fait baiser en beauté. Comment ai-je pu être aussi imbécile… C’est comme si je tombais de dix étages ! »

Extrait du cahier d’écolier du skipper Olivier Thomas.• Crédits : Radio France

« Affolant de n’être plus rien »

Neuf mois après son arrestation, Olivier Thomas est en prison. Il attend son procès en appel, la décision devrait être rendue en juin 2018. Dans son journal, il décrit son quotidien dans le quartier de haute sécurité de la prison de Mindelo au Cap-Vert, réservé aux grands criminels :

« Quel choc quand on vous emmène en cellule d’isolement. Un lit en béton, et rien, à part la grille en acier. On a l’impression d’être dans un mauvais film de série B. La cellule doit faire 1,2 mètre sur 3 mètres. Avec au fond, deux grilles de ventilation, à travers lesquelles on voit si c’est le jour ou la nuit. Dans la cellule en face, l’un de mes marins pleure tout le temps. Il faut lui remonter le moral. J’aurais préféré être seul. J’ai l’habitude des grandes navigations en solitaire. Là, je me mets dans les mêmes conditions, ça aide. Voilà comment je ressens ce moment : un vide cosmique, sidéral. Le trou noir. La chute libre qui ne s’arrête jamais. Affolant de n’être plus rien. »

Depuis fin septembre 2017, Olivier Thomas a changé de cellule et d’avocat et peut recevoir des visites. Il continue de survivre avec les moyens du bord :

« La bouffe arrive, on mange dans un cul de bouteille en plastique. C’est archi dégueulasse. J’ai mal au ventre en permanence. L’alimentation de base ici, c’est le riz, les pâtes et les haricots rouges. Il n’y a pas d’eau dans les douches, alors on se lave avec une bouteille de 5 litres d’eau. Je vais essayer de récupérer un seau avec un gobelet, comme ça, on perdra moins d’eau. Les types ici n’écrivent jamais. Personne n’a de crayon. Ils préfèrent tous fumer. »

Olivier Thomas s’est fondu dans la masse des détenus, au milieu de vrais tueurs et de vrais trafiquants tatoués jusqu’au visage, surnommé « le Professeur », car seul prisonnier à tenir un journal. Le skipper garde l’espoir qu’Interpol mette la main sur le « cerveau » présumé du trafic, le fameux « Fox », toujours en fuite dans cette affaire. En attendant, Olivier Thomas écoute la radio, RFI :

« Je mets le casque et me voilà, grâce à la radio, en train de plonger sur la barrière de corail, en en Nouvelle-Calédonie. Je ferme les yeux et m’évade de la cellule. Quel pied. Bon, le retour est hard après avoir flirté avec les tortues sous-marines, j’ai le mur dégueulasse face à moi. Et le ciel bleu : entre quatre barreaux. »

Extrait du journal d’Olivier Thomas

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