Nous avons débuté il y a déjà quatre épisodes une recherche à propos du trafic historique de drogue arrivant en Europe.

Un trafic qui continue aujourd’hui comme on peut le constater. En rĂ©alitĂ©, tout a commencĂ© dans les annĂ©es 70 avec des transferts de plus en plus importants de cocaĂŻne partie le plus souvent de l’üle Margarita Ă  destination de l’Europe, Ă  savoir en premier lieu de l’Espagne. Toute une noria de skippers de voiliers ont Ă©tĂ© ainsi enrĂŽlĂ©s par des trafiquants colombiens pour acheminer la coke vers l’Europe, via l’archipel des Açores notamment comme relais quand ce n’était pas le Cap-Vert. Aujourd’hui encore, cette route « historique » demeure trĂšs frĂ©quentĂ©e


Le point de départ de tout le trafic: un bateau nommé « Liberté » !

Revenons à Marbella dans les années 70.

Il faut bien nourrir dĂ©sormais toute la cĂŽte en cocaĂŻne. La jet-set qui dĂ©boule Ă  faim de plaisirs. Et comme les jets ne sont pas encore trĂšs rĂ©pandus (1), c’est Ă  la voile que l’on traverse l’Atlantique avec une cargaison de coke pour les approvisionner, en passant d’abord par l’Italie (car le maĂźtre-d’Ɠuvre est la mafia, et son reprĂ©sentant de Marbella est romain d’origine !). En 2001, les douaniers et la brigade financiĂšre de Goa interceptent en mer un voilier appelĂ© le « Libera » (la LibertĂ© !) Ă  destination d’Anzio et le remorquent au port de Cala Galera, Ă  Argentario. LĂ , il l’inspectent et trouvent, aprĂšs quelques difficultĂ©s, une cargaison cachĂ©e. A bord, il y a 244 kilos de cocaĂŻne pure, un record toutes catĂ©gories pour l’époque. Un passionnant document retrouvĂ© 18 ans plus tard dans les archives du journal Repubblica nous en dĂ©taille l’arrivĂ©e (on notera bien son point de dĂ©part au passage) : « le voilier, appelĂ© « Libera », avait un double fond dans un espace creux, mais le repaire n’avait pas trompĂ© les enquĂȘteurs qui surveillaient le bateau dĂšs le 9 juin, alors qu’il avait larguĂ© ses amarres dans le port de Ile de Margarita (et oui, dĂ©jĂ , l’endroit est Ă  l’origine du trafic !!!). « Le « LibertĂ© » a Ă©tĂ© perquisitionnĂ© le 5 aoĂ»t et la nouvelle a Ă©tĂ© gardĂ©e cachĂ©e jusqu’à hier par la Guardia di Finanza, qui a travaillĂ© de concert avec la police espagnole (Ă  l’époque les vedettes de la brigade sont des Meattini de 20 m, ici Ă  droite).

Au cours des derniers jours, le juge Laviola a Ă©mis sept ordonnances de dĂ©tention provisoire en prison. Quatre personnes se sont retrouvĂ©es en prison, trois ont rĂ©ussi Ă  Ă©chapper aux menottes. Parmi les fugitifs, l’acheteur du gros lot de cocaĂŻne (1520 milliard de lires la valeur en gros, au moins le quadruple au dĂ©tail).(
).

Parmi les personnes arrĂȘtĂ©es se trouve le nom de Luigi Protani, ĂągĂ© de 47 ans, d’origine romaine mais rĂ©sidant Ă  Marbella depuis des annĂ©es, entrepreneur en bĂątiment et Ă©diteur du cĂ©lĂšbre magazine glamour (« Absolute », qui a donnĂ© son nom Ă  l’enquĂȘte des finances). Personnage cĂ©lĂšbre dans le magnifique monde de la Costa del Sol, Protani a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  la sortie de sa villa Ă  Benalmadena, un vĂ©ritable chĂąteau avec piscine et terrains de football. L’homme Ă©tait au volant d’une Ferrari avec Ă  ses cĂŽtĂ©s sa magnifique et jeune compagne, une beautĂ© de couverture de magazine qui s’est rĂ©vĂ©lĂ©e ĂȘtre totalement Ă©trangĂšre Ă  l’histoire. En prison ont Ă©tĂ© envoyĂ©s le frĂšre de Protani, Giacinto, 53 ans, de Velletri, le cousin Fabio Lommi, 35 ans, de Genzano et Luigi De Angelis, 48 ans de Zagarolo.

Outre les Catalans, on trouve aussi le bras droit de Protani, Sasha Babic, un slave cosmopolite (ah tiens la filiĂšre « balkanique » existait dĂ©jĂ  !) et le skipper du « Libera », Loris De Dominicis. Le playboy entrepreneur – et Ă©diteur – Ă©tait dĂ©jĂ  depuis quelques annĂ©es, dans le collimateur d’une vaste enquĂȘte antidrogue, mais les enquĂȘteurs n’avaient pas rĂ©ussi Ă  l’arrĂȘter. Luigi Protani a parcouru le monde de maniĂšre continue et a su Ă©viter les interceptions et les traques. Ses contacts avec les Catalans se limitent Ă  quelques conversations tĂ©lĂ©phoniques laconiques et il a fallu tous les efforts conjuguĂ©s des policiers pour identifier le trafic de cocaĂŻne qui s’est dĂ©placĂ© de l’AmĂ©rique du Sud vers la capitale. Selon les enquĂȘteurs, Protani avait organisĂ© au plus deux expĂ©ditions par an, selon les enregistrements. Sous la direction des services centraux de lutte contre la drogue, les enquĂȘteurs ont Ă©galement enregistrĂ© les derniĂšres innovations internationales dans le domaine du trafic de drogue. L’hĂ©roĂŻne « tient » et, aprĂšs la chute des talibans, les gangs tentent de planter de nouvelles cultures en AmĂ©rique du Sud. Les gangs kosovars, qui gĂšrent maintenant presque tout, ont Ă©galement essayĂ© de cultiver la coca sur leur territoire, mais sans succĂšs. Et c’est aussi une bonne nouvelle, du moins pour le moment ».

Dix ans plus tard, autre bateau qui relie directement Ă  la filiĂšre des Balkans

Libero Quotidiano nous donnera en 2012 deux autres exemples de cette organisation bien rodĂ©e. On dĂ©marre par l’affaire du Blaus VII (ici Ă  gauche) : « Les skippers cocaĂŻne ont pour la plupart une quarantaine d’annĂ©es et sont passionnĂ©s d’aventure. Vous les appelez des jeunes un peu lassĂ©s de la vie de bureau et de la routine; des difficultĂ©s qu’une tonne de cocaĂŻne pure importait d’AmĂ©rique du Sud Ă  bord de voiliers et de petits navires. Les deux personnes que nous avons rencontrĂ©es affirment avoir fait partie de l’équipage Ă  bord du Blaus VII, un bateau chargĂ© de deux ou trois tonnes de cocaĂŻne en dĂ©placement avant d’ĂȘtre saisi. Un navire si grand qu’il est maintenant utilisĂ© comme navire-Ă©cole pour les cadets de la marine portugaise ».

Le voilier appartenait Ă  la famille Bellocco (un clan de la ‘Ndrangheta); « le groupe avait achetĂ© les stupĂ©fiants par l’intermĂ©diaire d’une association basĂ©e en Bulgarie, importĂ©e en Italie et dont le centre d’opĂ©rations Ă©tait Milan. Des enquĂȘtes ultĂ©rieures coordonnĂ©es par le parquet du district anti-mafia de Milan ont montrĂ© que les Bulgares avaient apparemment exercĂ© l’activitĂ© de courtage Ă©galement en faveur des Italiens et des Ă©trangers qui importaient effectivement de la cocaĂŻne en provenance d’Argentine (
) Sept Italiens arrĂȘtĂ©s. Fabio et Lucio Cattelan, considĂ©rĂ©s comme des organisateurs de voyages et de recrutement de skippers ».

Dans l’ouvrage fondamental « ZeroZeroZero: Look at Cocaine and All You See Is Powder. Look through cocaĂŻne and you would see the world .. »de Roberto Saviano, on trouve d’autres noms de bateaux ayant Ă©tĂ© recrutĂ©s par les frĂšres Cattelan: le Mariposa, le Linnet, le Kololo II, skippĂ© par un romain de 40 ans (les deux derniers interceptĂ©s sur les cĂŽtes de Sardaigne) mais aussi le Oct Challenger, un cargo de 62 mĂštres et cette fois arrĂȘtĂ© en mĂȘme temps que le Blaus VII.

 

Selon le livre, les deux skippers Gudo Massolino et Antonio d’Ercole venus de Turin, tous deux dĂ©passant la soixantaine, auraient ratĂ© le rendez-vous aux BalĂ©ares et auraient disparu lors d’une tempĂȘte.

Un roi bulgare de la coke ?

Parmi les personnes arrĂȘtĂ©es, on trouve un Bulgare comme organisateur du rĂ©seau. « En menottes Ă©galement deux Paduans, pĂšre et fils, Antonio et Alessandro Melato.

Les deux ont pu organiser des Ă©quipages entiers transportant des croisiĂšres transocĂ©aniques chargĂ©es de cocaĂŻne, en particulier du Venezuela Ă  l’Espagne.

LIRE PLUS

http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-ccxiv-le-chainon-manquant-du-trafic-ou-un-autre-viktor-bout-e/

0000

RĂ©pondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Google. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l'aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s