L’Office central antidrogue (OCAD) va remplacer l’actuel Office central pour la rĂ©pression du trafic illicite des stupĂ©fiants (OCRTIS)

L’OCAD aura pour mission de centraliser toutes les informations.

Il aura fallu plus d’un an pour que le projet se dĂ©cante. La rĂ©forme des services chargĂ©s de la lutte contre le trafic de drogue, dont les derniers dĂ©tails ont Ă©tĂ© fignolĂ©s lors d’une rĂ©union interministĂ©rielle fin mai, devrait ĂȘtre prĂ©sentĂ©e dans les jours qui viennent au prĂ©sident de la RĂ©publique, selon les informations du Monde.

Emmanuel Macron avait appelĂ© de ses vƓux ce «plan stup», en mai 2018, pour une prĂ©sentation en juillet de la mĂȘme annĂ©e. Mais, entre l’affaire Benalla, la dĂ©mission de GĂ©rard Collomb du ministĂšre de l’intĂ©rieur et la crise des « gilets jaunes », la Place Beauvau n’avait jamais trouvĂ© le temps de rendre sa copie.

C’est dĂ©sormais chose faite. Laurent Nunez, le secrĂ©taire d’Etat auprĂšs de Christophe Castaner, ministre de l’intĂ©rieur, a pris la main sur ce dossier complexe.

Sur le modÚle de ce qui a été fait avec la DGSI

De nombreuses entitĂ©s travaillent aujourd’hui sur la lutte contre les stupĂ©fiants : l’Office central pour la rĂ©pression du trafic illicite des stupĂ©fiants l’OCRTIS, qui dĂ©pend de la police judiciaire), les sĂ»retĂ©s dĂ©partementales, les douanes et la DNRED (Direction nationale du renseignement du renseignement et des enquĂȘtes douaniĂšres), les sections et brigades de recherche des gendarmes
 Le tout plus ou moins en lien direct avec les magistrats des juridictions interrĂ©gionales spĂ©cialisĂ©es (JIRS). Une multitude d’acteurs qui opĂ©raient parallĂšlement, voire en concurrence. (Quand ils ne se montaient pas des ‘chantiers’ ou autres vilenies dont ils sont capables. Mais ça, c’Ă©tait hier!)

« L’idĂ©e directrice du plan est de dĂ©cloisonner le fonctionnement des nombreux services qui travaillent sur la lutte contre les stupĂ©fiants et de mieux partager les informations », explique-t-on place Beauvau.

Les ministĂšres de l’intĂ©rieur et de la justice, sous le contrĂŽle de Matignon, ont fini par se mettre d’accord pour dĂ©signer un nouveau chef de file de la filiĂšre « stup », sur le modĂšle de ce qui a Ă©tĂ© fait avec la direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (DGSI) pour la lutte antiterroriste.

Un Office central antidrogue (OCAD) va donc ĂȘtre crĂ©Ă©, en remplacement de l’OCRTIS, avec un rĂŽle de centralisation de toutes les informations.

Il sera sous la coupe de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), grande gagnante du bras de fer. Au dĂ©sarroi des gendarmes, qui participeront bien Ă  la nouvelle entitĂ©, mais auraient prĂ©fĂ©rĂ© la diriger. Apporteront-ils l’ensemble des connaissances acquises depuis des dĂ©cennies? Comme les Gendarmes ont eu l’habitude de la fermer, du temps oĂč ils faisaient partie de la ‘Grande muette’ il est probable que certaines infos auront du mal Ă  remonter.

Quant au ministĂšre de la justice qui avait aussi espĂ©rĂ© un temps placer un magistrat Ă  la tĂȘte de cet office, il s’est vu renvoyĂ© Ă  la stricte application du Dalloz.

Cette refonte nationale s’accompagne de la crĂ©ation de CROSS (cellules de renseignement opĂ©rationnelles sur les stupĂ©fiants) au niveau dĂ©partemental. ComposĂ©es de policiers et de gendarmes, elles seront chargĂ©es de collecter toute l’information localement avant de transmettre les Ă©lĂ©ments au procureur. Elles devront faire le lien avec la police de sĂ©curitĂ© du quotidien, en prise directe avec les quartiers les plus difficiles en termes de trafics. Des comitĂ©s de pilotage entre les prĂ©fets et les magistrats seront mis en place pour chapeauter le tout. Ce nouveau schĂ©ma s’inspire de ce qui est dĂ©jĂ  pratiquĂ© Ă  Marseille et Ă  Lille ou de la CROSS qui vient d’ĂȘtre mis en place Ă  Perpignan.

Le « plan stup » présenté au président de la République devrait enfin comporter un volet international pour améliorer la collaboration avec les pays voisins et les grands organismes comme Europol.

Mais pourra-t-on travailler avec la DEA sans avoir Ă  travailler pour la DEA?

La Douane française

La Douane, ses avions, ses gardes-cĂŽtes et son service action la DNRED avec la CELTICS et l’ensemble des Ă©chelons seront particuliĂšrement mises Ă  contribution pour lutter en amont contre l’importation des produits sachant aussi que les attachĂ©s douaniers sont des relais bien implantĂ©s au quatre coins de la planĂšte. Et pour le TRACFIN, on peut imaginer qu’il soit, lui aussi, sollicitĂ© pour frapper fort au portefeuille…

Si le phĂ©nomĂšne des mules – ces personnes qui transportent la cocaĂŻne pour passer les contrĂŽles des aĂ©roports, notamment en provenance de Guyane – inquiĂšte les autoritĂ©s, il ne reprĂ©sente « que » deux tonnes de drogue sur les 16 qui arrivent chaque annĂ©e sur le territoire, principalement par conteneurs, selon les autoritĂ©s.

A travers cette grande rĂ©organisation des services, le gouvernement espĂšre faire coup double. S’il s’agit bel et bien de changer de braquet dans la lutte contre les trafics, ce plan est surtout l’occasion de tirer un trait sur plusieurs annĂ©es de polĂ©miques concernant le fonctionnement de l’ OCRTIS, l’actuelle entitĂ© en pointe sur les « stups ».

C’Ă©tait un service tout-puissant

BasĂ©e Ă  Nanterre sous la responsabilitĂ© de la DCPJ, mais avec une compĂ©tence nationale, il a Ă©tĂ© reprochĂ© Ă  cette structure, mise en cause Ă  plusieurs reprises, sa maniĂšre de mener ses enquĂȘtes en lien parfois trop Ă©troit avec ses informateurs.

Plusieurs informations judiciaires ont Ă©tĂ© ouvertes, et l’ancien directeur, François Thierry, a Ă©tĂ© mis en examen Ă  plusieurs reprises, notamment pour « complicitĂ© de trafic de stupĂ©fiants ». Un comble pour l’homme qui a longtemps incarnĂ© la figure charismatique de la lutte antidrogue et pour un service louĂ© pour son efficacitĂ© par le pouvoir politique.

C’est en mettant en place une nouvelle doctrine de lutte contre les stupĂ©fiants, baptisĂ©e « Myrmidon», consistant Ă  privilĂ©gier le dĂ©mantĂšlement des rĂ©seaux criminels aux saisies sĂšches de marchandises, que l’office a obtenu ses meilleurs rĂ©sultats, au point de devenir un service tout-puissant et incontournable. C’est par cette mĂȘme doctrine et avec la rĂ©vĂ©lation de ses implications opĂ©rationnelles que l’OCRTIS a prĂ©cipitĂ© la rĂ©forme prĂ©sentĂ©e aujourd’hui.

La dĂ©couverte…, en octobre 2015, par la DNRED, le service de renseignement des douanes, de sept tonnes de cannabis, boulevard Exelmans, dans le 16e arrondissement de Paris, a permis de lever le voile sur des pratiques douteuses. La cargaison saisie appartenait en fait Ă  Sofiane Hambli (photo Ă  gauche), figure majeure de l’importation de cannabis en France et informateur de l’OCRTIS.

Jour de gloire Ă  la DNRED

De gauche Ă  droite, François Hollande, Michel Sapin et l’Ă©narque caviardeur Erwan Guillemin

Les enquĂȘtes judiciaires qui ont suivi ont prĂ©cisĂ© les contours de sa relation avec l’office. TraitĂ© directement par le directeur, François Thierry, il a permis Ă  celui-ci de rĂ©aliser de trĂšs belles affaires. Pour quelle contrepartie ? A-t-il continuĂ© de son cĂŽtĂ© Ă  importer du cannabis pour son propre compte ? Que savait M. Thierry des autres activitĂ©s de son informateur ? Et au final, qui a manipulĂ© qui ?

Guerre sourde

François Thierry a par exemple Ă©tĂ© jusqu’à mettre en place une fausse garde Ă  vue afin de permettre Ă  Sofiane Hambli d’ĂȘtre extrait de la prison oĂč il Ă©tait incarcĂ©rĂ© pour qu’il puisse passer des appels Ă  ses contacts trafiquants au Maroc. Un habillage de la procĂ©dure qui vaut aujourd’hui Ă  la procureure adjointe VĂ©ronique Degermann (photo Ă  droite), alors en poste au parquet de Paris et qui avait validĂ© la prolongation de cette garde Ă  vue, une mise en examen pour « faux et usage de faux ». Les policiers de l’ OCRTIS assurent qu’ils ont toujours informĂ© les parquets concernĂ©s des tenants et aboutissants de leurs opĂ©rations.(Grand bal des faux-culs en perspective.)

En crĂ©ant l’OCAD sur les cendres de l’OCRTIS, le ministĂšre de l’intĂ©rieur espĂšre renouer le lien avec les procureurs et les juges, qui parlent de leur cĂŽtĂ© de « rupture de confiance ».

C’est que, en creux, une guerre sourde a opposĂ© l’office Ă  de nombreux magistrats des JIRS. D’un cĂŽtĂ©, les policiers reprochent Ă  ces derniers de se draper dans des principes qu’ils n’avaient pas quand les rĂ©sultats Ă©taient au rendez-vous. Les magistrats estiment, en retour, que les policiers ont omis de les informer des dĂ©tails de leurs opĂ©rations et ont eu une interprĂ©tation un peu trop libre du code pĂ©nal, notamment de l’article encadrant les « livraisons surveillĂ©es », ces ventes de drogue qui s’effectuent sous le contrĂŽle des forces de l’ordre pour mettre au jour des rĂ©seaux.

Cet affrontement a eu de lourdes conséquences.

De nombreuses JIRS, Ă  Paris et Ă  Rennes par exemple, ont peu Ă  peu cessĂ© de saisir l’office sur des affaires de drogue. Il est mĂȘme arrivĂ© que certains magistrats de la JIRS de Paris doivent enquĂȘter sur les agissements de l’OCRTIS, tout en travaillant par ailleurs avec l’office sur d’autres affaires. Une situation intenable.

La rĂ©vĂ©lation rĂ©cente par « Le Monde » d’une nouvelle incartade de l’OCRTIS a accĂ©lĂ©rĂ© l’inĂ©luctable rĂ©forme de l’office. Un capitaine de police a Ă©tĂ© soupçonnĂ© d’avoir fait, Ă  Marseille, en 2018, une fausse rĂ©quisition judiciaire pour obtenir les fadettes (factures de tĂ©lĂ©phone dĂ©taillĂ©es) d’un trafiquant. Celui-ci Ă©tait suspectĂ© par un informateur de l’OCRTIS de lui avoir volĂ© de la marchandise. Le policier a-t-il transmis ces fadettes Ă  son indicateur ? Il assure que non. Toujours est-il que l’homme soupçonnĂ© d’avoir volĂ© de la drogue Ă  l’indicateur a ensuite Ă©tĂ© victime d’une expĂ©dition punitive. Cet ultime faux pas a sonnĂ© le glas de l’OCRTIS, au profit de l’OCAD.

Un simple coup de peinture sur la façade ?

Mais non, la MĂšre Denis a Ă©tĂ© appelĂ© en renfort place Beauvau et elle lave toujours plus blanc que blanc les mĂȘmes draps!

Le « plan stup » est avant tout une réforme de structure.

Il n’a pas pour objectif de rĂ©gler l’épineuse question des indics, maillons essentiels de la lutte antidrogue, par qui les affaires, mais aussi parfois les scandales, arrivent.

Ite missa est!

source: Le MONDE, l’article a Ă©tĂ© revu et illustrĂ© par NS 55 DNRED

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commentaires
  1. Latruffe. dit :

    Tout ceci n’est qu’une simple opĂ©ration « blanchiment » du nom OCRTIS, ni plus ni moins. Rien ne changera. La mĂȘme politique, les mĂȘmes mĂ©thodes, les mĂȘmes hommes, avec leurs compĂ©tences et leurs travers.
    Quant Ă  la Gendarmerie, elle n’a pas les personnels pour diriger ce type d’unitĂ©, Ă  moins qu’une rĂ©volution des esprits se produise chez ses officiers supĂ©rieurs et de direction. Ce qui relĂšve de l’impossible. Se positionner, donner l’illusion par de rares « belles » affaires vite mĂ©diatisĂ©es et le manque manifeste d’intĂ©rĂȘt de sa direction pour la PJ, constatĂ© quotidiennement par les enquĂȘteurs de ses unitĂ©s de recherches, ne lui permettront pas d’accĂ©der Ă  la direction de ce type d’office. Elle ne ferait pas mieux que l’Ocrtis en saisies de produits, en rĂ©activitĂ© et en mise en oeuvre immĂ©diate de moyens. Tout comme elle ne ferait pas mieux dans la lutte contre le crime organisĂ©. Par contre faite lui confiance pour ĂȘtre irrĂ©prochable Ă  tous points de vue !! « un parcours de carriĂšre est si vite « ralenti ».

    Aimé par 1 personne

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