OCAD ou OCIAD đŸ‡«đŸ‡· (la nouvelle dĂ©nomination de L’OCRTIS, l’Office des stups): c’est bonnet blanc et blanc bonnet

Publié: 8 juin 2019 par Marc Fievet dans Blanchiment, CELTIC, DG de la Douane française, DNRED, Douane française, Gendarmerie, Justice, Narcotrafic INFOS, OCAD, OCRTIS, Police, Secret Defense, SERVICES FRANCAIS, TRACFIN
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Par Brendan Kemmet

L’Office des stups ne semble plus devoir quitter la spirale des rĂ©vĂ©lations compromettantes.

Le mĂ©nage est fait par une magistrate qui a dĂ©couvert qu’un policier de l’office avait fait surveiller le numĂ©ro de son Ă©pouse. Selon nos informations, le patron de l’OCRTIS l’a d’abord cachĂ© Ă  la magistrate.

Quand Ă  l’étĂ© 2016 Vincent Le Beguec a franchi les portes vitrĂ©es coulissantes de la rue des Trois-Fontanot Ă  Nanterre, il n’envisageait peut-ĂȘtre pas l’ampleur du chantier qui l’attendait Ă  l’Office central pour la rĂ©pression du trafic illicite des stupĂ©fiants (OCRTIS). LibĂ©ration Ă©crivait alors que le commissaire avait pour « lourde tĂąche de redorer l’image d’un service Ă©branlĂ© par les mĂ©thodes de son ancien patron ». Moins de trois ans aprĂšs, le successeur de François Thierry se retrouve Ă  son tour en difficultĂ© et en proie aux critiques des magistrats spĂ©cialisĂ©s qui mettent en cause sa loyautĂ©.
DĂ©jĂ  secouĂ© par « l’affaire Hambli », du nom du principal indic de l’ancien patron du service, lui-mĂȘme sous le coup de deux mises en examen Ă  Bordeaux et Lyon, l’office des stups ne semble pas devoir quitter la spirale des rĂ©vĂ©lations compromettantes. Il y a d’abord eu cette hiver la mise en cause d’un expĂ©rimentĂ© chef de groupe, suspectĂ© d’avoir informĂ© son indic des allĂ©es et venues d’un rival qui l’avait flouĂ©.

Ce rival a Ă©tĂ© enlevĂ©, sĂ©questrĂ© et sĂ©vĂšrement battu, selon les rĂ©vĂ©lations du Monde que Mediapart a dĂ©taillĂ©es. Le policier est soupçonnĂ© d’avoir « glissĂ© » discrĂštement une demande de facturation dĂ©taillĂ©e (fadet) dans une enquĂȘte sans aucun rapport et menĂ©e par une juge d’instruction, appartenant Ă  la Juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e de Rennes (JIRS).

En dĂ©couvrant l’affaire, la juge bretonne a dessaisi l’OCRTIS des quatre dossiers qu’elle lui avait confiĂ©s, mais elle ne s’est pas arrĂȘtĂ©e lĂ . Comme l’a dĂ©voilĂ© Europe 1, elle a demandĂ© au chef des « stups » de justifier l’ensemble des demandes de « fadet » et de gĂ©olocalisation rĂ©alisĂ©es dans le cadre de ses procĂ©dures menĂ©es avec le prestigieux office de Nanterre. Et elle a eu une surprise en dĂ©couvrant qu’un autre policier a fait surveiller le numĂ©ro de son Ă©pouse.

Ce qui pourrait n’ĂȘtre qu’une dĂ©rive individuelle, une erreur de Post-it mĂ©langĂ©s, comme l’a expliquĂ© le fonctionnaire, se double d’un aspect plus embarrassant pour les relations policiers-magistrats dĂ©jĂ  sĂ©rieusement mises Ă  mal depuis quatre ans. Depuis la saisie de 7 tonnes de cannabis lors d’une opĂ©ration ratĂ©e de l’OCRTIS dirigĂ© alors par François Thierry et dont la justice semble avoir tout ignoré 

AprÚs la [fausse] saisie, le 18 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis à Paris. © Reuters

Selon les informations recueillies par Mediapart, quand, mi-avril, la juge d’instruction rennaise a demandĂ© Ă  qui Ă©tait attribuĂ© le numĂ©ro litigieux, le commissaire Le Beguec a d’abord rĂ©pondu qu’il s’agissait de celui « d’un policier de son service ». La magistrate est alors revenue Ă  la charge en exigeant l’identitĂ© du policier. Le patron de l’OCRTIS a fini par reconnaĂźtre qu’il ne s’agissait en rĂ©alitĂ© pas d’un fonctionnaire de son service, mais bien de l’épouse d’un fonctionnaire de son service. « On a menti Ă  un magistrat, commente une source judiciaire. C’est particuliĂšrement grave. »

Le parquet de Nanterre a Ă©tĂ© saisi. Il prĂ©cise qu’il a « reçu la semaine derniĂšre un courrier du tribunal de grande instance de Rennes » et « Ă©tudie les suites Ă  lui donner ». ContactĂ©, Vincent Le Beguec n’a pas rĂ©pondu aux sollicitations de Mediapart. Quant Ă  la direction gĂ©nĂ©rale de la police nationale, elle n’a pas souhaitĂ© non plus faire de commentaires, arguant d’une enquĂȘte en cours.

En juillet 2017, le commissaire Le Beguec avait semblĂ© plutĂŽt dĂ©semparĂ© au moment de rendre compte d’un entretien avec sa supĂ©rieure, Mireille Ballestrazzi, alors directrice centrale de la police judiciaire. Il s’entretenait avec son adjoint de l’époque, lui-mĂȘme placĂ© sous Ă©coutes judiciaires dans l’affaire Hambli. « On n’arrĂȘte pas lĂ  maintenant les conneries ? s’interrogeait M. Le Beguec. Qu’est-ce qu’il faut, alors, c’est pas encore assez, un procureur adjoint, un JLD [juge des libertĂ©s et de la dĂ©tention] qui sont Ă©galement dans le dossier ? Enfin bon
 des fois j’arrive plus Ă  comprendre. »

Il fait lĂ  rĂ©fĂ©rence Ă  deux magistrats mis en cause dans la procĂ©dure lyonnaise de François Thierry car soupçonnĂ©s d’avoir permis la fausse garde Ă  vue d’un indic. Surtout, Vincent Le Beguec concluait : « J’en ai au moins profitĂ© pour bien lui [la directrice de la PJ] redire que la JIRS, c’était mĂȘme pas la peine de penser qu’on allait travailler avec eux
 » Le commissaire parlait alors de la JIRS de Paris. DĂ©sormais, son service est aussi confrontĂ© Ă  la dĂ©fiance de celle de Rennes.

JĂ©rĂŽme Bonet, le patron de la DCPJ

La perspective d’un changement de nom de l’Office des stups, comme l’a rĂ©vĂ©lĂ© Mediapart, suffira-t-elle Ă  rĂ©tablir la confiance avec les magistrats ? Cette rĂ©forme imposĂ©e Ă  marche forcĂ©e par l’ÉlysĂ©e doit aboutir avant l’étĂ©. D’ores et dĂ©jĂ , il semble que la sortie de l’OCRTIS de la police judiciaire n’est plus au goĂ»t du jour.

En revanche, gendarmes et douaniers auront un rĂŽle renforcĂ© et un magistrat de liaison devrait s’installer Ă  demeure au sein de la nouvelle structure. Quant au nom de cette derniĂšre, les hautes sphĂšres policiĂšres hĂ©sitent entre « office central de lutte anti-drogue » (OCAD) et « office central interministĂ©riel anti-drogue » (OCIAD). MĂȘme si rien n’est gravĂ© dans le marbre. LĂ  encore, le suspense perdure, la direction gĂ©nĂ©rale de la police nationale se disant soumise Ă  la « pĂ©riode de rĂ©serve Ă©lectorale », jusqu’aux Ă©lections europĂ©ennes.Si vous avez des informations Ă  nous communiquer, vous pouvez nous contacter Ă  l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sĂ©curisĂ©e, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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