FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (consommation de drogues): Ă  quand un dĂ©bat serein sur les drogues en France ?

Publié: 16 juin 2019 par Marc Fievet dans Narcotrafic INFOS

Par DaniÚle Obono, Députée LFI de Paris

Le constat est partout unanime : seule une vraie politique de rĂ©duction des risques dans un cadre de dĂ©pĂ©nalisation de l’usage peut se rĂ©vĂ©ler efficace en matiĂšre de drogues.

Encore faut-il pouvoir en parler sans tabou.

Le vendredi 24 mai se tenait, à Paris, la XIIIe Conférence internationale sur les politiques des drogues.

Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est normal, tant le dĂ©bat serein en France sur les drogues est difficile. Pourtant, il pourrait rassembler des Ă©lus de tous bords animĂ©s par la seule prĂ©occupation d’une politique publique efficace.

C’est notre cas. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais nous avons signĂ© le 27 avril la mĂȘme dĂ©claration, en compagnie d’élus et de parlementaires du monde entier, de toutes tendances politiques. L’objet de cette dĂ©claration ? Soutenir la politique de rĂ©duction des risques en matiĂšre de drogues au niveau mondial. En marge de la XXVIe ConfĂ©rence internationale sur la rĂ©duction des risques, Ă  l’invitation de MĂ©decins du monde et du rĂ©seau de parlementaires engagĂ©s dans la lutte contre le VIH, Unite, nous avons pu dĂ©battre avec des experts, des professionnels de santĂ©, des Ă©lus de tous pays. Tous partagent le mĂȘme constat : la politique de rĂ©duction des risques en matiĂšre de drogues est une nĂ©cessitĂ© et une rĂ©ussite. Elle permet de rĂ©duire les cas de contaminations de VIH et d’hĂ©patite C de maniĂšre trĂšs importante. Mais il y a une dimension supplĂ©mentaire qui a Ă©tĂ© abordĂ©e par tous, et notamment par le professeur Michel Kazatchkine, ancien directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, tuberculose, paludisme et membre de la Commission mondiale sur la politique des drogues : la rĂ©duction des risques n’est vraiment efficace que dans un cadre de la dĂ©pĂ©nalisation de l’usage.

Le choix du Portugal, de ce point de vue, n’est pas anodin : en 2000, le pays a fait le choix de dĂ©pĂ©naliser la consommation individuelle de toutes les drogues – tandis que le trafic reste illĂ©gal. Dix-neuf ans plus tard, les rĂ©sultats sont lĂ  : le Portugal compte deux fois moins de personnes dĂ©pendantes aux opiacĂ©s qu’en 1999, le taux de dĂ©cĂšs liĂ©s aux usages de drogues a chutĂ©, il est cinq fois plus faible que la moyenne de l’Union europĂ©enne ; quant au taux de nouvelles infections au VIH liĂ©es Ă  l’injection de drogues, il a Ă©tĂ© divisĂ© par 18 en onze ans. Bien sĂ»r, une telle politique s’est accompagnĂ©e d’un effort de prise en charge par le systĂšme de santĂ©, par une politique accrue de prĂ©vention. Surtout, le plus Ă©tonnant, pour nous autres Français, est le consensus politique trĂšs large qui rĂšgne dans le pays autour de l’efficacitĂ© de cette politique. Les dĂ©bats sur les drogues existent toujours, mais sont trĂšs apaisĂ©s, fondĂ©s sur les Ă©vidences scientifiques et non sur l’idĂ©ologie, la morale ou l’émotionnel.

Quel contraste avec la France ! Tout dĂ©bat sur la dĂ©pĂ©nalisation est difficile, trĂšs vite manichĂ©en, et surtout Ă©loignĂ© de la rĂ©alitĂ© de terrain et des Ă©vidences scientifiques. La France a pourtant menĂ© une politique de rĂ©duction des risques en direction des usagers de drogues trĂšs efficace : crĂ©ation de centres d’accueil et d’accompagnement Ă  la rĂ©duction des risques pour usagers de drogues (Caarud), Ă©change de seringues, mise Ă  disposition de produits de substitution, et, plus rĂ©cemment, salles de consommation Ă  moindre risque. Cette politique est efficace du point de vue de la santĂ© publique, car elle a bel et bien permis de diminuer le nombre de dĂ©cĂšs, de rĂ©duire considĂ©rablement le taux de nouvelles infections au VIH. Pourtant, vous ne verrez jamais un ministre de la SantĂ© se vanter de ces rĂ©sultats. Parler de drogues demeure tabou, si ce n’est sur le volet rĂ©pressif. Mais cette lĂ©gislation rĂ©pressive française, produit-elle ses effets ? A l’ñge de 16 ans, les Français sont les premiers consommateurs de cannabis en Europe. Or, comment expliquer que les dangers du cannabis sont extrĂȘmement plus forts avant la formation dĂ©finitive du cerveau, si l’on en est rĂ©duit Ă  n’avoir qu’une approche sur l’interdit ?

Il est temps que s’ouvre en France ce dĂ©bat fondĂ© sur les Ă©vidences scientifiques qu’ont Ă©tĂ© capables de mener d’autres pays.

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