Archives de 21 juin 2019

Aviseur international bénéficiait jusqu’alors d’un référencement par le moteur de recherche Google sur les mots repris régulièrement dans ce blog d’informations régulières sur la drogue et le narcotrafic.

Douane française, DNRED, Drogue, narcotrafic, hachis, cocaïne, cannabis, héroïne… ETC.ETC.

J’ai le regret de constater qu’aujourd’hui, Google a décidé de m’écarter du système de référencement automatique.

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In einem Metallrecyclingunternehmen in der Nähe der niederländerischen Stadt Roermond sind am Mittwoch mehr als 200 Kilo Kokain gefunden worden.

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Interdire le cannabis coûte cheren répression.

C’est même en la matière la dépense publique la plus lourde (511 millions d’euros) devant le coût sanitaire.

Plus de 130 000 personnes sont interpellées chaque année pour en avoir consommé, selon l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants.

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Jeudi vers 11 h 20, les douaniers ont contrôlé une voiture immatriculée en Suisse à la barrière de péage de Schwindratzheim sur l’autoroute A4, dans le sens Paris – Strasbourg.

Deux hommes âgés de 30 et 61 ans se trouvaient à son bord.

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En finir avec une politique de répression inefficace

« Force est de constater qu’après près de 50 ans, cette loi de 1970 qui instaure un régime de prohibition [loi Mazeaud] n’empêche pas la consommation du cannabis ou d’autres drogues, estime ce jeudi sur franceinfo Vincent Charmoillaux, secrétaire général du Syndicat de la magistrature. C’est une question de santé publique. Quelle est la réponse la plus adaptée pour gérer ce problème ? Manifestement, ce n’est pas la répression pénale. »

« Le Syndicat de la magistrature est favorable à la légalisation du cannabis mais aussi des autres stupéfiants, assure Vincent Charmoillaux. On voit bien que cette politique de répression ne produit pas grand-chose de positif. Elle n’a pas fait disparaître la consommation, bien au contraire. » La note du Conseil d’analyse économique (CAE) arrive aux mêmes conclusions : « La prohibition a favorisé l’expérimentation du cannabis du fait de sa très grande disponibilité, et cela en dépit d’investissements massifs dans la répression« . Et dénonce la « politique du chiffre ». 

Le Syndicat de la magistrature va plus loin.

« La situation actuelle conduit à laisser en partie notre politique de santé publique entre les mains de groupes criminels qui assurent la production et la distribution », dénonce Vincent Charmoillaux.

Même s’il nuance: l’échec de la répression n’est pas qu’une question de doctrine, c’est aussi un problème de moyens. « La justice française est dotée globalement de moitié moins de moyens que ce qui se fait ailleurs en Europe. Donc ce problème ne va pas être résolu uniquement par une éventuelle légalisation ou dépénalisation du cannabis. »

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Au total, 26 personnes dont huit femmes, âgées de 25 à 58 ans, originaires de Loire-Atlantique, ont été interpellées mardi, a indiqué la procureure Sylvie Canovas-Lagarde, précisant qu’il s’agit de «personnes ancrées dans ce type de trafic», plusieurs ayant déjà été condamnées pour trafic de stupéfiants.

Onze personnes ont été mises en examen des chefs de transport, détention, offre et cession de stupéfiants, dont cinq ont été placées sous mandat de dépôt. Sur les onze, certaines sont également mises en examen pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Neuf autres personnes ont été déférées ce vendredi devant un juge d’instruction. Six ont été relâchées mais les investigations à leur encontre se poursuivent, a précisé la procureure.

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C’est, selon les experts des douanes, un commerce très lucratif, peu risqué et particulièrement en vogue en ce moment que celui du jambon fumé des Antilles

Des jambons un peu particuliers puisqu’ils peuvent être truffés de cocaïne, dont on sait que les départements d’outre-mer, connectés à l’Amérique du Sud, sont devenus une vraie plaque tournante.

L’expéditeur antillais a été condamné à de la prison ferme. La réceptionniste a été relaxée.

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Le Havre – CELTICS

Les douaniers pratiquent ainsi le ciblage, c’est-à-dire ce qui permet à un ordinateur de détecter automatiquement, bien avant que la cargaison n’arrive, les éventuelles anomalies.

C’est ce qui a remplacé le fameux « flair du douanier ».

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DNRED

Selon plusieurs douaniers interrogés par « france info », les saisies de cannabis et de cocaïne se font aussi, presque exclusivement, grâce au travail des services de renseignement.

La douane a ses propres indics, appelés « aviseurs ». Grâce à leurs indications, on ouvre peu de containers, mais on fait mouche à tous les coups ou presque.

Les aviseurs seraient donc indispensables à la réalisation des saisies mettant en valeur la qualité des services de la Douane française.

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L’inspecteur des Finances, énarque François AUVIGNE, ex DG de la Douane française

Seul hic, les DG de la Douane française, qui n’ont que mépris et total désintérêt pour les actions « undercover », dans lesquelles pataugent les aviseurs et autres agents infiltrés pour remonter des informations,  refusent d’assumer la moindre responsabilité laissant alors l’aviseur ou l’agent infiltré, seul à répondre devant des juridictions judiciaires étrangères.

L’exemple de Marc Fievet, aka NS 55 DNRED, qui est resté incarcéré durant 3888 jours dans 23 différentes prisons et plus de 300 cellules dans des prisons espagnoles, des HM prisons anglaises, des pénitenciers canadiens et des maisons d’arrêt, centres de détention et centrale en France, sans que les Directeurs généraux de la Douane française n’interviennent efficacement en fait l’éclatante démonstration.

Jean Paul Garcia, qui était en 1994, l’attaché dounaier en poste à Madrid, n’a pas réussi à obtenir du DG Jean Luc Viala, une attestation conforme à l’action que je développais pour la DNRED dans le sud Espagne et l’ensemble des douaniers avec lesquels je travaillais à l’époque ont accepté de se taire.

Jean Luc Viala, Pierre Mathieu Duhamel et Francois Auvigne n’ont rien fait allant jusqu’à refuser d’assumer les promesses et engagements faits à Marc Fievet.

Francois Auvigne, allant jusqu’à dire au directeur de la DNRED Jean Puons qui insistait pour qu’une intervention soit faite, qu’il n’avait pas à assumer les décisions, actions et promesses prises par ses prédécesseurs.

Quant à la « Justice française », des ‘JAP’ ont refusé de trouver une sortie à cette dérive kafkaïenne, arguant du fait qu’ils n’avaient pas les moyens techniques de remettre en liberté Marc Fievet.

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Les douaniers ne font pas leur travail, parce qu’on ne leur permet pas de faire leur travail. Dans le port du Havre, un conteneur sur 5 000 est ouvert. Un conteneur sur 5 000 ! C’est l’ouverture générale

François Ruffin

sur RMC/BFM TV

Selon Christelle Bertin, secrétaire de la CGT douanes au Havre: « les douaniers n’ont plus les moyens de faire leur travail ». « Les douanes font face à une baisse constante des effectifs« , explique-t-elle.

Un sentiment de frustration partagé par d’autres douaniers sur le principal port français, alors que le trafic de conteneur a fortement augmenté.

En 2000, au port du Havre, il y avait 500 douaniers, pour 1 million de conteneurs par an. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 350 environ, pour 2 900 000 containers qui transitent chaque année ! Probable, donc, qu’il y ait quelques failles, dans lesquelles se faufilent les trafiquants.

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C’est un important trafic de drogue qui semble avoir été démantelé. Les forces de police sont intervenues en nombre, lundi matin, pour arrêter 31 personnes, boulevard de Belfort, dans le quartier Moulins de Lille, annonce La Voix du Nord. A l’issue des gardes à vue, neuf suspects doivent être présentés, ce vendredi, devant la justice.

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La bande était dirigée par trois frères de la région de Lokeren et, grâce à un réseau étendu, faisait en sorte que la drogue soit récupérée dans des conteneurs arrivés dans les ports de Gand et Anvers

Douze suspects ont été interpellés et 33 voitures saisies.

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Au bonheur des narcos!

Le Comité scientifique spécialisé temporaire, dans son avis public, recommandait, ce mercredi, d’autoriser l’usage thérapeutique du cannabis pour soulager certaines douleurs.

Le conseil d’analyse économique a enfoncé le clou jeudi matin en conseillant à l’exécutif de légaliser cette drogue douce et de réinvestir les profits considérables par l’économie des mobilisations des régaliennes dans la prévention.

La réponse ne se fait pas attendre : « Le gouvernement reste clairement opposé à la légalisation du cannabis« , confirme une source de Matignon à BFMTV et sur la matinale de LCI, Elisabeth Borne, ministre des transports, certainement spécialiste de la problématique DROGUE … a réaffirmé: « La position du gouvernement est très claire: il n’y aura pas de légalisation du cannabis, une réflexion est en cours sur l’usage thérapeutique. »

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El Servicio Marítimo Provincial (SMP) de la Comandancia de Las Palmas interceptó en la noche del pasado 19 de junio una zodiac que transportaba 720 kilogramos e hachís cuando se encontraba a cuatro millas del sur de Gran Canaria, procediéndose a la detención de los tres ocupantes de la embarcación, todos de nacionalidad marroquí.

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Voici le témoignage de Jean-Luc Garcia:

« Le constat que je fais, c’est que la grande majorité des usagers de stupéfiants ne posent pas de souci. Seule une minorité en a une consommation problématique. Mais les premiers comme les seconds n’ont rien à faire dans un commissariat. Les premiers devraient avoir le droit de consommer. Les seconds doivent être rapprochés des services sociaux ou de santé, ce qui est trop peu souvent le cas.

Pour ce qui est des trafics, on estime que la légalisation permettrait de retirer du travail inutile aux policiers. La lutte contre le cannabis est très consommatrice en termes d’heures de travail pour les forces de l’ordre. Qui plus est, elle est contre-productive.

« Avec la législation la plus répressive d’Europe, la France a les pires résultats européens en matière de consommation : les jeunes fument beaucoup est très tôt.« 

Police contre la prohibition est pour la légalisation du cannabis. C’est un produit de consommation courante aujourd’hui. Et pour ma part, je suis pour une légalisation la plus large possible, un peu à la manière uruguayenne.

On doit permettre aux gens de cultiver chez eux. Et permettre l’existence d’un Cannabis Social Club, comme en Catalogne. Il faut promouvoir de petites structures, de petits agriculteurs. Il ne faut pas donner des licences à 4 ou 5 grosses boîtes, comme au Canada. Et il ne faut pas que ça devienne un produit toxique, comme au Paraguay où une bonne partie de la production se fait en utilisant des produits Monsanto. Il faut aussi s’inspirer de la Californie : donner prioritairement des licences à des gens qui ont des casiers judiciaires. Les gens vont découvrir que ces gens-là ont la main verte.

Si, en revanche, vous mettez en place un monopole d’Etat, je crains que les restrictions laisseront de la place au développement d’une économie parallèle. Et que les mafias récupèreront le manque à gagner en vendant des produits plus forts.

Enfin, je pense que la légalisation permettrait d’aplanir les relations entre la police et les jeunes des quartiers populaires. Aujourd’hui, les gens les plus arrêtés pour des stupéfiants sont issus des quartiers populaires. La légalisation permettrait de réduire cette discrimination. »

Propos recueillis par Tomas Statius

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par Angélique CLÉRET, le 20 juin 2019 à 21h38
Il avait fui son premier procès, devant le tribunal correctionnel de Vannes, et avait été arrêté au Maroc, en juin 2018. À 31 ans, ce père de cinq enfants a fait appel du jugement le condamnant à huit ans de prison, pour trafic de stupéfiants en récidive et blanchiment. Le procès se tenait à Rennes, ce jeudi.Roberto Blanchedent en est certain : les dés sont pipés. Son sort serait déjà réglé. La police vannetaise tiendrait là son ennemi numéro 1. Les médias locaux suivraient, en adoptant le même langage. Mais « où est le baron de la drogue ?, questionne-t-il devant ses juges, presque agressif et un poil provocant. Un baron de la drogue a des immeubles et desFerrari. » Lui est inconnu de l’administration fiscale et ne perçoit aucun salaire, depuis plus de dix années.

Ses seuls gains seraient ceux des jeux de hasard. Le trentenaire se dit passionné de paris sportifs. « J’ai misé 100 € une fois et j’ai gagné 19 000 € », déposés sur le compte bancaire de sa compagne, mère de ses cinq enfants.

Son train de vie ne laisse toutefois aucun doute, pour l’accusation. Sa montre de luxe ? « Offerte par un joueur de football », répond l’appelant. Le Range Rover et le scooter T-Max ? « Pas à moi. » Et de répéter : « Je m’appelle Roberto Blanchedent. La police vannetaise ne m’aime pas, c’est tout. » Son casier judiciaire est rempli de treize condamnations. La cour d’appel rendra sa décision le 19 septembre 2019.

la suite sur Ouest-France

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Un mâcheur de qat (khat) à Sana’a, Yemen, janvier 2009. Ferdinand Reus /Wikimedia, CC BY-NC-SA

Par Céline Lesourd – Anthropologue, CNRS (Centre Norbert Elias), Aix-Marseille Université (AMU)

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« Brest, France, 18 mars 2019 : Suite à “une information reçue”, de bon matin, les forces de l’ordre procèdent à une perquisition dans un logement du centre-ville. Un “trafiquant” est interpellé et placé en garde à vue, il reconnaît les faits : ces six derniers mois, il aurait acheté quatre kilos de feuilles de khat sur Internet puis les aurait revendues en petits sachets. Pour un bénéfice total de 150 euros ». (Lu dans Le Télégramme du 18 mars 2019)

Prier, se détendre et couper la faim

À l’origine mastiqué par les érudits et dignitaires religieux musulmans des cités de l’est éthiopien, le khat a ensuite étendu sa treille dans les campagnes pour stimuler la prière des croyants mais aussi pour encourager au travail, couper la faim et offrir le temps, tout en mâchant, de discuter et se détendre, entre hommes.

En suivant les routes de l’islam, l’arbre et ses feuilles cabotent de comptoir en comptoir sur les pistes du commerce caravanier vers Djibouti, la Somalie le Somaliland (des pays consommateurs mais non producteurs) ou le Kenya. En empruntant les voies maritimes, il s’implante aussi au Yémen puis aux Comores et Madagascar où il débarque au début du XXe siècle.

Les chemins du khat, Éthiopie, 2001. Lemessa Dessacha, Author provided

Depuis une trentaine d’années, le public de mâcheurs – qui se féminise – s’étend en suivant les diasporas de la Corne de l’Afrique. Ainsi, le bouquet euphorisant poursuit sa route toujours plus loin, toujours plus vite – aux États-Unis, en Europe, en Australie et plus tardivement en Chine – en composant désormais avec les différentes réglementations nationales en vigueur.

Prohibitions

« 24 août 2015 : Golfe d’Oman, Sultanat d’Oman, 1 300 bouquets saisis par la douane ».

Le comité de la pharmacodépendance de l’OMS n’inscrit cependant pas le catha edulis dans la « Convention des Nations unies sur les psychotropes de 1971 ».

En effet, seules deux des principales substances actives contenues dans les feuilles de khat, et non les feuilles elles-mêmes, sont visées par cette convention : la cathinone (inscrite au tableau I) et la cathine (tableau IV) – qui partagent les propriétés des amphétamines de synthèse mais dont les effets, « naturels », sont beaucoup plus faibles.

Un client achète du khat à Harlesden, au nord-ouest de Londres, en juin 2014, quelques jours avant son interdiction et classification C parmi les drogues et substances illicites par le gouvernement britannique.

Justin Tallis/AFP

Il appartient donc à chaque État de légiférer : la France l’interdit en 1957, la Chine très récemment en 2014 alors que d’autres pays, comme l’Autriche, ne le prohibent pas.

Pourtant la consommation et le commerce des feuilles demeurent dans un réseau d’initiés. Des Éthiopiens, Somaliens, Kenyans et Yéménites, du Danemark au Minnesota comme dans le quartier londonien de Camden, mâchent pour adoucir l’exil.

D’autres s’étourdissent :

« Pour les hommes, je te parle de nos pères, c’est le seul moyen de se reposer et de se relaxer […]. À Londres, le week-end, la seule chose qu’ils veulent c’est khatter, être entre eux, comme s’ils n’étaient pas là […] Pour eux, le khat c’est être un Somali, faire comme un Somali, même loin […] ». (A., Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)

Un nouvel ennemi à abattre

Cette méfiance envers le khat répond à des considérations sanitaires : sur le long terme, la consommation de khat provoquerait, selon les études, insomnies, troubles de la sexualité, dénutrition, augmentation des risques de cancer de la bouche et de la gorge.

Mais les enjeux sécuritaires sont également forts. Il y a d’une part la war on drugs impulsée par les États-Unis – dont on sait qu’elle a fait plus de morts que les drogues elles-mêmes.

D’autre part la lutte mondiale contre le terrorisme se profile : l’argent du khat financerait des groupes terroristes en Somalie. Une liaison d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas étayée. La presse américaine ou britannique interrogent ainsi de façon souvent insidieuse, les liens entre khat et terrorisme. Le khat est donc cet ennemi supposé qui guette, dehors.

« Des gangs somaliens ont terrorisé les gens à Lewiston, dans le Maine, où la population africaine a grimpé de plus de 600 pour cent, en un court laps de temps. L’immigration frauduleuse continue. La Sécurité intérieure ne fait rien […]. Quand je pense à ce khat qui y est envoyé, surtout en cette période où on célèbre l’anniversaire du 11 septembre 2001, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qui est importé d’autre que les honnêtes citoyens ne peuvent même pas imaginer ». (Marietta Daily Journal, 4 avril 2012)

Mais le khat n’incarne-t-il pas – surtout ? – cet ennemi qui guette du dedans ? En effet, nombre de [propos recueillis sur le khat] font ressac sur les immigrés, le bruit et l’odeur des hommes [« à la peau sombre »).

« Ici [à Xiaobei, quartier de Canton] les gens ont peur de la police […]. Si tu es noir, pour la police, c’est une certitude que tu vends de la drogue ou que tu en prends […]. La semaine dernière j’ai fêté mon anniversaire dans un club […] avec mes amis, des Éthiopiens surtout, la police a débarqué, ils nous ont tous forcés à pisser dans des tubes […] » (A., étudiant, Guangzhou, Chine, juillet 2018).

Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes

Pour déjouer les contrôles et atteindre la clientèle de mâcheurs, les commerçants de Dire Dawa doivent sans cesse redéployer leurs réseaux et trajectoires. Ils expédient par avion vers des pays européens où le khat est autorisé et prévoient ensuite son acheminement avec chauffeur et voiture à travers les territoires de prohibition pour rallier les marchés de Londres ou d’Oslo… Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes.

« Il faut repérer des nouvelles destinations, répéter, c’est risqué, il faut changer tout le temps les itinéraires. On repère, on envoie un ou deux personnes en reconnaissance sur place, on leur envoie le colis dans leur hôtel, ils tournent, ou avec une boîte postale, on essaie, et ensuite on change […]. On a fait ça pour Guangzhou [Canton], ça a bien marché. » (D., Dire Dawa, Éthiopie, février 2015)

Or, les délais d’acheminement doivent être très rapides, c’est-à-dire moins de 48 heures avant que ne flétrissent les effets stimulants des feuilles fraîches. À destination des États-Unis, les commerçants recourent aux services express de Fedex/UPS ou empruntent les liaisons aériennes, avec valises en soute, en aménageant une escale pour tromper la vigilance des douaniers face aux arrivages directs « from Ethiopia » d’emblée connotés « khat ».

L’évèque Stanley Karuru offre des prières devant une botte de khat à l’église AIPCEA à Igembe (Kenya) pays particulièrement touché par l’interdiction d’exportation de khat au Royaume-Uni en 2014. Tony Karumba/AFP

Lyophilisé et réhydraté au Coca-Cola

Il est également possible d’affréter un container au départ du port de Djibouti. Avec détour, par Hanoï. Direction la Chine, pour noyer le khat dans le trafic qui met le cap sur les États-Unis. Plus modestement, et plus fréquemment, tout un chacun peut aussi prendre le chemin de la poste de Dire Dawa et envoyer son colis, toujours en ricochet.

« Je ne connais pas le gars aux États-Unis mais il connaît un gars de Dire Dawa qui m’appelle […]. Moi, j’envoie d’abord au Kenya, j’ai un ami là-bas […] qui envoie en Chine […] c’est pour effacer les traces, Dire Dawa, ils savent que c’est le khat […] et de la Chine, le gars envoie aux États-Unis […]. Le gars des États-Unis connaît le gars de Chine et le gars de Dire Dawa […]. Moi, je connais que le gars au Kenya et celui de Dire Dawa […] ». (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2014)

Dans ces deux derniers cas – container de 20 pieds ou boîtes à chaussures – la lenteur du transport impose alors de lyophiliser la marchandise : le khat est préalablement séché, réduit en poudre (étiqueté « henné » ou « thé ») et, à son arrivée, il est réhydraté au Coca-Cola.

« On ne fait pas les colis pour devenir riche, c’est la famille là-bas qui a besoin aussi de cette rentrée d’argent. Ce sont les femmes là-bas, surtout, qui nous demandent d’envoyer le khat, elles le vendent et avec le bénéfice, elle nous aide ici, participent aux dépenses de la famille. » (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)

Ces stratégies de contournement à l’international ont un coût financier et la probabilité accrue de tout perdre décourage de plus en plus et notamment ceux qui n’ont pas les moyens de prendre des risques. Il leur resterait alors le commerce transfrontalier et local. Quoique…

À Madagascar, les fermiers et paysans aussi cultivent le khat.

En Éthiopie : une manne financière à contrôler

Si le khat suit des chemins qui l’emportent au loin, rappelons toutefois que la première destination d’exportation des feuilles cultivées dans l’est éthiopien est le Somaliland, où 60 000 kilos sont exportés quotidiennement en toute légalité.

Une entreprise privée, la 571, gérée par un couple éthio-somaliland, exerce un monopole grâce, notamment, à sa flotte de livraison : 25 camions ISUZU FSR (contenance de 8 tonnes au moins) et deux Antonov basés sur le tarmac de Dire Dawa.

La seconde destination, tout aussi autorisée, est celle de Djibouti où chaque jour, 15 000 kilos y sont expédiés légalement.

Aujourd’hui quatre grandes compagnies « privées » (mais non sans lien avec l’État parti) et une centaine de licences attribuées – majoritairement à des hommes – trustent la filière en partenariat avec une société relais djiboutienne (la SODJIK) qui réalise en moyenne, à la revente, un chiffre d’affaires annuel de 32,8 millions de dollars.

Cette « rationalisation » du secteur de l’exportation au début des années 2000 – à l’ère du « libéralisme politique » et de la « libéralisation économique » – permet à l’État éthiopien de contrôler une partie des revenus générés par le khat ; de faire émerger ses propres figures de la réussite ; de limiter la prolifération d’outsiders locaux qu’il lui serait plus difficile d’identifier, de taxer et de surveiller. Et ce d’autant plus que dans cette région orientale, mâcher ensemble dans l’intimité des salons serait associé, vue du Palais, au complot et à la contestation sociale.

De plus, favoriser quelques entreprises fidélisées permet à l’État de manœuvrer politiquement dans cette région où des fronts de libération ont contesté/contestent le pouvoir de l’autorité centrale. Ainsi l’un de mes informateurs me rapporte à propos d’un des gros distributeurs de khat de la ville :

« Tu distribues le khat, tu fais de l’argent, tu deviens riche alors le gouvernement vient vers toi […]. Ils veulent […] que tu te présentes aux élections pour eux. C’est avec le khat qu’on gagne les élections ici à Dire Dawa et dans l’Ogaden ». (L., Dire Dawa, mars 2015).

Les femmes, ces aventurières quotidiennes du khat

Si le secteur se réorganise, la contrebande aussi : de Dire Dawa au Somaliland, 30 000 kg transiteraient par jour, tandis que 3 000 kg passeraient en douce vers Djibouti. Si le contrôle de l’État n’est pas sans faille, si les trafics demeurent, ce sont en revanche ses acteurs qui changent peu à peu.

« Il y avait une majorité de femmes sur les trains […], je dirai 80 % de femmes, surtout des femmes issas et oromos […] elles se faisaient taxer à chaque station, dès Dire Dawa, mais personne ne les empêchait de faire leur business, tout le monde y participait, on y gagnait tous […] sans la contrebande, Dire Dawa serait morte ». (J., Dire Dawa, février 2014)

En effet, des années 1970 au début des années 2000, ce sont les femmes qui embarquaient à bord des trains vers Djibouti avec du khat frais et redescendaient à Dire Dawa avec des produits de consommation courante (boîtes de sardines, vêtements) bravant la répression policière et les abus de pouvoir des hommes.

« Il était impératif pour ces commerçantes de coopérer avec le personnel du chemin de fer […]. Oui, les gars les aidaient parce qu’ils avaient couché avec elles […]. » (H., Dire Dawa, avril 2013).

Aux décisions politiques de réorganisation de la filière d’exportation (qui profitent à certains hommes, et bien moins aux femmes) s’ajoute celle de mettre fin à la circulation du train vers Djibouti.

Pour les commerçantes, ce coup de sifflet marque la fin du voyage et le repli sur les petits et grands marchés de khat locaux où, derrière leurs étals, elles exercent le monopole de la vente de proximité.

Pour l’’heure les femmes résistent d’autant mieux que les représentations sociales font encore rimer la vente du khat au féminin. Cette spécificité genrée de l’activité est volontiers justifiée par la division sexuelle du travail, par la soi-disant inadéquation féminine au ruminage, par les qualités essentialistes attribuées aux femmes mais, plus encore, par la corrélation entre l’effet que suscite la vendeuse et celui « sensuel » que procure le bouquet au mâcheur qui maintient les dames comme vendeuses et les messieurs comme clients.

Mais, pour combien de temps encore ce pré-carré ?

Devantures d’étals vendant du khat à Djibouti, mai 2015. Carl de Souza/AFP

Une autre mondialisation

Tantôt fléau à éradiquer, tantôt or vert qui fait vivre une région entière, le khat peut être lu comme une marchandise ambivalente qui change de statut, de valeur et de matérialité car ses circonvolutions à l’international l’exposent à l’altérité, aux différents bastions moraux. À la confrontation des normes. Aux rapports de pouvoir.

Ainsi, loin de Davos et de Wall Street, il y a ces resquillages permanents de commerçants qui continuent d’alimenter les marchés internationaux ; il y a aussi ces consommateurs qui continuent à se repaître à travers le monde, quelles qu’en soient les conséquences – puisque devenir un citoyen modèle ne serait pas compatible avec le masticatoire ; il y a enfin ces anciennes contrebandières sédentarisées qui doivent composer avec une potentielle confiscation des hommes.

L’ouverture d’une nouvelle ligne de train entre l’Éthiopie et Djibouti en 2018 bénéficiera-t-elle aussi aux vendeuses de khat ?

Suivre la marchandise khat propose donc de s’immerger dans une autre mondialisation, non pas celle des grandes entreprises transnationales, mais celle plus « discrète », celle dite « par le bas », pour en cerner certains des enjeux économiques et politiques. Entre l’intime et le monde, entre connexions et déconnexions, il convient d’entendre aussi ce que les hommes font du khat et ce que le khat, sur un marché globalisé, fait aux hommes. Et plus encore, aux femmes.

L’auteure vient de publier Puissance khat, Vie politique d’une plante stimulante aux éditions PUF.

 

The Conversation

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