AÉRO NARCOTRAFIC 🇫🇷🇪🇸🇪🇺🇬🇧🇲🇦: quand la drogue emprunte la voie des airs

Publié: 11 novembre 2019 par Marc Fievet dans Narcotrafic INFOS

Quand la drogue emprunte la voie des airs

Un rapport officiel met en garde contre les «fly fast», ces livraisons de stupéfiants par petits avions.

Par Jean-Marc Leclerc

Le 7 mars 2013

«Le pilote ne dĂ©pose pas de plan de vol, le transpondeur (servant Ă  tracer l’avion) est Ă©teint, il n’y a pas de contact radio, le vol est rĂ©alisĂ© Ă  l’aube ou de nuit, feux Ă©teints et Ă  basse alti­tude.» La procĂ©dure Ă  suivre pour Ă©chapper au contrĂ´le aĂ©rien est dĂ©taillĂ©e dans une note toute fraĂ®che de l’Institut national des hautes Ă©tudes de la sĂ©curitĂ© et de la justice (INHESJ), rattachĂ© Ă  Matignon.
Financée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), cette étude porte sur le «trafic de stupéfiants à partir des aérodromes secondaires non surveillés et les plates-formes de circonstance».

En clair: les «fly fast», ces livraisons illicites rĂ©alisĂ©es au moyen de petits ­avions, d’hĂ©licoptères ou d’ULM.

En France, «le risque est Ă  prendre très au sĂ©rieux», assurent les deux chercheurs, Nacer Lalam et David Weinberger, qui ont enquĂŞtĂ© sur le sujet des mois durant, en liaison Ă©troite avec la Direction gĂ©nĂ©rale de l’avia­tion civile (DGAC), la police aux frontières (PAF) et la gendarmerie des transports aĂ©riens (GTA), responsable de la sĂ»retĂ© des zones rĂ©servĂ©es des plates-formes aĂ©roportuaires et des aĂ©rodromes civils.

La police ne voit pas tout

Selon eux, «ce n’est qu’Ă  l’occasion de l’affaire dite de BĂ©ziers, en 2008, un hĂ©licoptère interceptĂ© en zone rurale chargĂ© de près de 560 kg de rĂ©sine de cannabis impliquant des acteurs du milieu, qu’il y eut un retentissement national et que l’on commença Ă  prendre conscience des capacitĂ©s de ce mode de transport». Les criminologues ont dĂ©jĂ  pu recenser une dizaine d’affaires. Or la police ne voit pas tout, tant s’en faut.
En 2012, deux interceptions d’aĂ©ronefs ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. La première en mai, sur l’aĂ©rodrome de Marck (Pas-de-Calais), avec la saisie de 63 kg d’amphĂ©tamines et 6 kg de cocaĂŻne, dans un ULM en partance pour le Royaume-Uni.

La seconde opĂ©ration, en octobre, coordonnĂ©e par les douanes françaises et britanniques, a eu lieu sur l’aĂ©rodrome d’Abbeville (Somme). Elle a permis de mettre la main sur 12 kg de cocaĂŻne et 1,1 kg d’hĂ©roĂŻne, dans un avion de tourisme Ă  destination de l’Angleterre. Le pilote a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©.

Des ballots jetés en pleine mer

Dans leur rapport, Lalam et Weinberger pointent Ă©galement du doigt la zone caraĂŻbe. Dans les Antilles françaises, «le transport de drogue par le vecteur aĂ©rien est amenĂ© Ă  croĂ®tre», prĂ©viennent-ils. Car la couverture radar y serait «quasi inexistante», selon eux. La mĂ©thode privilĂ©giĂ©e par les trafiquants opĂ©rant dans ces zones serait le largage de ballots de stupĂ©fiants directement dans l’ocĂ©an, des vedettes rapides ou des voiliers se chargeant ensuite de les rĂ©cupĂ©rer.
L’affaire du King Alexander a dĂ©frayĂ© la chronique. Sous l’autoritĂ© de la juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e (Jirs) de Rennes, en 2007, un voilier avait Ă©tĂ© arraisonnĂ© au large de Cherbourg, en provenance des Antilles avec 600 kilos de cocaĂŻne rĂ©cupĂ©rĂ©s par le navigateur Ă  l’issue d’un largage aĂ©rien au-dessus de flots. Il n’y a pas que la drogue qui transite par petits avions. Europol, l’agence europĂ©enne de police, dĂ©nonce des «trafics d’armes, de migrants clandestins, de numĂ©raires et de pierres prĂ©cieuses», rĂ©vèlent les chercheurs de l’INHESJ.

Petits avions

«Les petits avions et les jets d’affaires sont probablement l’une des clĂ©s de l’Ă©vasion fiscale», assure un haut gradĂ© de la gendarmerie qui explique combien il est difficile d’imposer un contrĂ´le strict dans ce milieu de l’aĂ©ronau­tique civile «qui n’aime guère les carcans».
Avec 1800 aĂ©rodromes secondaires et plates-formes pour ULM, la France dĂ©nombre annuellement 3 millions de mouvements aĂ©riens. «La seule plate-forme du Bourget, la première d’Europe, devant Londres, compte en moyenne 50.000 mouvements par an», prĂ©cisent les chercheurs de l’INHESJ.
Dans son rapport rĂ©alisĂ© en 2008 sur la sĂ»retĂ© des aĂ©rodromes secondaires, le prĂ©fet Dussourd notait «la difficultĂ© de dĂ©tecter et de suivre une large partie des vols de l’aviation gĂ©nĂ©rale».

«L’aĂ©rien, c’est la liberté»

Le rapport de l’INHESJ propose quelques rĂ©formes simples pour lutter plus efficacement contre les trafics. Que la gendarmerie des transports aĂ©riens ait, par exemple, un accès «en temps rĂ©el» aux plans de vols, que les services spĂ©cialisĂ©s soient Ă©quipĂ©s de balises et d’autres moyens de dĂ©tection Ă©lectronique des appareils, que les règles de vol des ULM soient calquĂ©es sur celles des avions de tourisme et surtout que soit instaurĂ©e une «obligation du transpondeur pour tous les aĂ©ronefs».
Cet Ă©quipement embarquĂ© permet aux stations de contrĂ´le au sol de dĂ©terminer la position de l’avion, sa vitesse, son altitude et son cap. Pour l’heure, ce dispositif est facultatif, sauf dans les ­zones contrĂ´lĂ©es oĂą le trafic aĂ©rien est plus intense. «MĂŞme installĂ©, le transpondeur peut ĂŞtre dĂ©connectĂ© comme on Ă©teint un poste de radio», dĂ©plore un gradĂ© de la gendarmerie. Le militaire ajoute: «Pour Ă©chapper au contrĂ´le aĂ©rien amĂ©ricain, les kamikazes du 11 Septembre avaient coupĂ© les transpondeurs de leurs avions.»

Comme les terroristes, les trafiquants en tout genre connaissent depuis longtemps les failles du système. Un pilote Ă©mĂ©rite le confie sans fard: «Quand on fait du rase-mottes, on coupe son transpondeur. Idem quand certains cadres dirigeants partent se dĂ©tendre en jet privĂ© en galante compagnie. L’aĂ©rien, c’est la libertĂ©!»

Pas vu, pas pris.

Explosion des vols suspects de l’Andalousie aux Pays-Bas

Ă€ en croire les chercheurs de l’Institut national des hautes Ă©tudes de la sĂ©curitĂ© et de la justice (INHESJ), les «fly fast» (livraisons rapides de stupĂ©fiants par petits avions ou hĂ©licoptères) sont en plein essor au plan mondial.
En Europe, l’Espagne demeure «le pays le plus exposé», assurent-ils. «La pĂ©ninsule IbĂ©rique est la principale porte d’entrĂ©e de la drogue par l’aviation lĂ©gère en provenance d’Afrique.» Depuis 2005, le trafic aĂ©rien entre l’Andalousie et le Maroc est en pleine expansion. Les radars espagnols et marocains ont dĂ©tectĂ© 49 vols suspects en 2010, deux fois plus qu’en 2009.
«Ces rotations seraient le fait de trois Ă  quatre organisations criminelles transnationales installĂ©es dans le sud de l’Espagne organisant chacune deux Ă  trois vols par semaine», prĂ©cisent les criminologues. En 2011 et 2012, les autoritĂ©s espagnoles ont pu identifier «132 pistes clandestines». Pour Ă©viter la couverture radar et les aĂ©rodromes espagnols de plus en plus surveillĂ©s, les trafiquants «privilĂ©gient dĂ©sormais les ULM et les hĂ©licoptères». «Plus inquiĂ©tant, les cargaisons de cocaĂŻne accompagnent dĂ©sormais celles de la rĂ©sine de cannabis, confirmant ainsi le renforcement des cartels latino-amĂ©ricains au Maroc», prĂ©cise le rapport sur les «fly fast».
Les Pays-Bas, pour leur part, ont intensifié leurs contrôles en pointant les décalages entre les plans de vols déposés et la trajectoire radar.

Livraisons par drones

Les aĂ©rodromes secondaires hollandais sont surveillĂ©s «à l’aide de lecteurs automatiques de plaques d’immatriculations, de camĂ©ras de surveillance et de sonorisation des locaux et des hangars ainsi que de senseurs sonores pour identifier les Ă©ventuels vols nocturnes». Mais les trafiquants utilisent dĂ©sormais les plages pour atterrir et dĂ©coller…
Le Royaume-Uni a identifié 43 traversées aériennes transatlantiques suspectes en 2010.

Les Britanniques ont interceptĂ© 16 aĂ©ronefs depuis 2006. «Certaines affaires mettent en cause directement des exploitants d’aĂ©rodromes et des pilotes», rĂ©vèlent les chercheurs de l’INHESJ.
Aux États-Unis, les trafiquants vont jusqu’Ă  recourir aux drones, les avions sans pilotes, pour certaines livraisons. Les autoritĂ©s amĂ©ricaines identifient «3 Ă  4 avions suspects» par jour. Enfin, l’INHESJ dĂ©plore une «absence totale de contrĂ´le en Afrique de l’Ouest, hormis le projet français “les ailes maliennes”». L’intervention militaire antiterroriste, gĂ©rĂ©e depuis Paris, semble cependant provisoirement avoir coupĂ© la route de la drogue dans cette rĂ©gion.

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