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Des voyages incessants qui parfois ne se passent pas tout à fait comme prévu.

Par bateau aussi, la drogue parvient en Europe, en effet.  Avec parfois quelques déboires pour les trafiquants, dont celui arrivé en juin 2017 à un voilier, au large de Mimizan.

Cela démarre par cette photo, celle de paquets de cocaïne échoués sur la plage…. et une histoire qui ne manque pas de sel, racontée ici dans le JDD du 18 juillet 2017 : « Tout démarre par une annonce de location estivale postée sur le site du Bon Coin. Elle a été mise en ligne par une habitante de la région qui exerce la profession de… gardienne de prison. Ce qui explique sans doute sa réaction au téléphone. « Je ne parlerai à aucun journaliste », gronde-t-elle avant de raccrocher au nez du JDD. Et pour cause : à son insu, sa résidence secondaire a servi de base logistique pour le stockage de centaines de kilos de cocaïne. La réservation, passée selon nos informations par un Allemand sous le nom vraisemblablement fantaisiste de « Bosch », devait héberger les trafiquants de début juin à fin août. Un choix qui ne doit rien au hasard : une propriété reculée, à l’abri des regards, posée sur un terrain sec en périphérie du village d’Escource. Sur le ponton du port de plaisance de Mimizan, un pêcheur local assure, en revanche, avoir bien vu deux 4×4 mettre à l’eau deux ­bateaux pneumatiques le 19 juin au soir. Il faudra attendre l’aurore pour retrouver leur sillage, grâce à un autre pêcheur qui signale vers 6 heures du matin deux bateaux pneumatiques en difficulté avec un homme à la mer. Le temps que les secours arrivent, tout le monde a pu rejoindre le rivage. Fin de l’épisode ? Non. Vers 10h30, alors que la mairie a dépêché une pelleteuse pour désensabler un des canots, ce sont des agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui sont alertés de la présence de plusieurs véhicules manœuvrant sur des pistes interdites à la circulation. Des adeptes du camping sauvage ou d’une rave party en préparation ? Le contrôle se solde par une vérification d’identité avant que, depuis les dunes, les agents découvrent à la jumelle cinq hommes en train de rassembler 44 ballots de coke. Cette fois, la gendarmerie intervient. D’abord sur la plage » (ici à droite un voilier abandonné depuis plusieurs années sur cette même plage). « Puis dans la villa d’Escource, où 199 kg de cocaïne sont également saisis. Les restes d’un précédent débarquement ? « Des analyses sont en cours », répond prudemment au JDD Marie-Madeleine Alliot, procureur de la République de Bordeaux. Curieusement, aucune arme n’a été retrouvée, malgré une cargaison estimée à plus de 150 millions d’euros. Du sable d’une plage landaise aux rivages d’Amérique du Sud, en passant par les circuits financiers internationaux, c’est à une enquête planétaire que s’attellent gendarmes et policiers français. Des investigations ont déjà été lancées vers l’Espagne, l’Allemagne, la Grèce mais aussi auprès de tous les partenaires, américains compris, en prise sur la zone Caraïbes. Quant aux 12 membres de la « Greek connection » de Mimizan, ils ont été éparpillés dans toutes les prisons du Sud-Ouest. Dont celle où travaille la propriétaire de la villa d’Escource ».  

Pour passer inaperçus (ce qui avait raté, donc), les malfaiteurs venus en fait attendre la livraison de cocaïne par voilier avaient raconté à la propriétaire qu’ils « venaient tourner un film sur place » : « dans le secteur, l’arrivée du groupe n’est toutefois pas passée inaperçue. « Surtout avec trois gros 4×4 immatriculés outre-Rhin qui remorquent deux gros bateaux pneumatiques ! », souligne le propriétaire d’une maison voisine. Pendant trois semaines, les trafiquants jouent aux touristes. Le soir, ils n’hésitent pas à sortir le barbecue et à prendre l’apéro. Ils endorment les questions avec une couverture insolite. « Ils se faisaient passer pour des cinéastes en vacances ! », assurent des riverains encore bouche bée. Une voisine se souvient d’un jeune homme en short de bain venu demander une pelle ». Elle explique : «  avec le poids du bateau pneumatique, ils avaient ensablé un de leurs 4×4. On s’enlise facilement par ici… ».  Le sable et les baïnes, deux pièges que ne connaissaient donc pas les apprentis malfaiteurs… visiblement fort peu au courant des dangers sur les plages du Sud-Ouest !!! On peut être trafiquant et ignorer la géographie ou les courants marins. Voilà donc où on était resté, pendant trois longues années… et puis….

Un organisateur… argentin

L’enquête a rebondi trois ans après avec la découverte de l’organisateur de l’affaire « un argentin de 43 ans (il est né le 22 juin 1976) a été arrêté ce week-end dans la ville de Rosario (Argentine). Luciano Eugenio Conocchiari Scherer (ici à gauche accroché au mât de son bateau) est soupçonné d’avoir joué un rôle de logisticien dans l’acheminement par voilier de près de deux tonnes de cocaïne sur le littoral landais ». « La drogue, embarquée dans les Caraïbes, avait voyagé par voiliers. Le nom d’un bateau, battant pavillon américain, l’Island Time, a rapidement attiré l’attention (1). Mais c’est un autre voilier, saisi en Espagne, le « Ayane », qui a conduit à son propriétaire en Argentine. C’est près du domicile de sa mère à Rosario, selon la presse argentine, que La División Investigación Federal de Fugitivos y Extradiciones de la Policía Federal Argentina (PFA) a retrouvé la trace de Luciano Eugenio Conocchiari ». L’homme avait en effet affrété le bateau lui appartenant, l’« Ayane » de 14 mètres de long pour transporter la coke jusque d’abord Getxo, sur la côte espagnole à quelques encablures de Bilbao (à 12 km, d’ici décrit par le marin bloggeur Phil Winch qui navigue sur le Dark Tarn,).  C’est en tentant de transférer les balles de cocaïne dans les deux Zodiacs au large de Mimizan que la houle avait piégé ces deux embarcations de transfert, répandant en mer pour l’une d’entre elles les ballots qui avaient ensuite dérivé. L’homme s’était un peu trahi lui-même explique Tech2.;org « La détention de Conocchiari, qui figurait dans les réseaux comme un traducteur d’anglais, possédant une société de développement de logiciels et un entrepreneur agricole, a eu lieu au centre de Rosario, à quatre pâtés de maisons des tribunaux fédéraux, dans laquelle leur procédure de situation sera définie. Lucho qui, par le biais de ses réseaux sociaux, avait l’habitude de montrer ses voyages à travers le monde, souvent à bord d’un voilier, a déclaré, dans son profil professionnel en ligne après, avoir travaillé à la Bourse. Rosario exerçait des activités agricoles, ses racines familiales depuis une décennie. En outre, en 2010, il a développé une plate-forme Web (« Bochos S.R.L »),une entreprise créée en fait en 2011 avec un capital de 60 000 pesos) et une application Facebook pour étudier dans le cadre d’un projet d’éducation en ligne à Barcelone. Cependant, il n’y a actuellement aucune trace dans ses projets. Ils l’ont arrêté à Rosario pur un trafic de drogue en France. Luciano Conocchiari était recherché par Interpol depuis 2017 ». Quant à savoir quel voilier il pilotait, on penche pour un bel engin à pont de teck, mais plutôt vieilli : un Halberg Rassy (la firme a travaillé avec l’argentin Herman Frers).

Le défilé des saisies : beaucoup de marins anglais, irlandais, gallois ou néerlandais (2)

Le 6 septembre dernier, on apprenait qu’un yacht anglais appelé « Bold «   (« l’audacieux ! » en anglais, quelle ironie !) avait été arrêté quelques jours auparavant par la douane anglaise. La police était sur la piste de ses propriétaires, repérés depuis 2018 à Majorque, là où le voilier avait été acheté.  Après la visite d’Huleva en Andalousie, le navire s’était rendu à Ténérife, où on lui avait enlevé son immatriculation d’origine, pour s’embarquer direction le Suriname, puis faire le retour direct vers l’Angleterre et se faire pincer bien sûr au large du Pays de Galles avec à bord 750 kilos de cocaïne : ceux-là, ils n’étant pas allés au Suriname pour ramener des perroquets ou des fruits exotiques !  Les six occupants du bateau, dont une femmes, étaient des Gallois.  En fait il y a confusion sur le nom du bateau…

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HMC Protector

 

Le 28 août, c’était l’Atrevido et non le « Bold »  en effet (ici à droite), avec 750 kilos de coke (on pensait 250 seulement au départ) qui avait été ramené dans le port gallois de Fishguard par le HMC Protector.

A bord deux hommes et des complices retrouvés à Liverpool et Loughborough.

Le bateau est un Beneteau 50 (de 14,7 pieds).

 

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le PETREL I

Le 2 septembre, c’est aux Canaries que l’on amène un voilier appelé Seascape (ici à gauche) placé sous la surveillance du navire espagnol  Petrel I de 72,5 m de long.

Le trio de trafiquants à bord vaut le détour : il est composé d’un serbe, d’un russe  et d’un mexicain, chargés du transport de 800 kilos de cocaîne !!!  Le voilier avait été observé et suivi à partir du le 24 août, à environ 200 miles au sud-ouest des îles Açores.  Lors d’un passage d’avion au-dessus de lui, au cours de la manoeuvre d’approche, aucun drapeau n’avait été brandi par l’équipage, ni aucun autre signe pouvant indiquer clairement la nationalité du navire.  Il présentera pourtant lors de son arrestation « un certificat d’enregistrement des États-Unis d’Amérique » indique le communiqué.

Le 21 août, c’est à Ibiza, haut lieu du tourisme (mais aussi de la coke et de la jet set fortunée) que se fait une autre  découverte lors d’une opération appelée « haircut » ...  il y a cette fois 300 kilos de coke, interceptés sur un drôle de bateau entre entre Majorque et Eivissa.  Là encore, les trafiquants étaient sous surveillance depuis au mois un an: « les enquêteurs  du SVA (le service de surveillance des douanes espagnol) ont concentré leurs recherches sur un groupe de trafiquants néerlandais qui utilisaient Majorque comme centre logistique. Les recherches ont mis en évidence le fait qu’ils introduisaient d’énormes quantités de cocaïne de Colombie en Europe. Ils l’ont fait par le biais d’un yacht de luxe basé à Port Adriano, qu’ils avaient l’habitude de collecter la drogue en haute mer et de la transporter dans des ports de la péninsule. » En fait de « yacht de luxe », c’est l’HCH-X, appelé auparavant le Lady Esther, et qui ne ressemble pas vraiment à un yacht ordinaire et moderne à moteur.  C’est un engin gris et blanc de 28,5 mètres de long en acier, construit en …1973, en Louisiane, par Halter Marine…(3) un fabricant de remorqueurs ou de bateau d’assistance pétrolière  (comme on peut le voir dans cette publicité d’époque ici à droite) !!!  Refait entièrement en 1994, il avait été proposé à la vente en Allemagne à 780 000 euros.  Parmi l’équipage il y a un allemand et quatre hollandais, le bateau battant pavillon de Gibraltar.

Fait notable, ses réservoirs d’eau peuvent stocker environ 75 700 litres d’eau douce, et il contient  75 700 litres de diesel dans ses réservoirs de carburant,  » ce qui lui permet de faire l’aller-retour entre Hambourg en Allemagne et New York (à la vitesse de 12 nœuds, grâce à ses deux moteurs Detroit Diesel de 557 hp), et de revenir avec un réservoir de carburant » indiquait son annonce de vente. A-t-il effectué un trajet vers les Caraïbes, on l’ignore… (il semblait plutôt hanter tranquillement l’Elbe et approvisionner le cœur de l’Allemagne, donc, et Hambourg en priorité, mais il remonte en Tchéquie, ne l’oublions pas !).  A noter que l’on en vend un, d’Halter Marine, mais de plus grande taille, en ce moment même en Polynésie française, mais à un tout autre tarif (c’est le Suri):

Du haschisch aussi…

Il n’y a pas que de la coke, dans les voiliers.  Le 19 mai, l’Opération Libeccio menée par les policiers italiens à partir de Palerme, aidés par le groupe aéronaval de Messine en collaboration internationale avec les autorités françaises et turques arrête un voilier turc, le « Solen 1 », un sloop de 42 pieds.  Il emportait 5,5 tonnes de hash et venait de Sardaigne après une halte… dans le golfe d’Oran (cf ici à droite) !

Le 23 avril 2019, on reparle de Malaga, avec des images d’un ketch parti en direction des Baléares, arraisonné par deux embarcations souples tournant autour de lui.  L’un des deux occupants arrêté habite… Ibiza. A bord, 600 kilos de cocaïne (ici réunies à droite) dissimulés dans une cloison située à l’arrière du navire !  Selon la presse, le dossier avait été suivi par « les services de la douane française et la police estonienne ». A bord les trafiquants étaient lituaniens !!  L’opération conjointe ayant permis son arrestation s’appelait « Rabbit ».

Ibiza sert aussi d’aire de réception à un autre trafic connu : le 14 mai 2019, un autre grand voilier est saisi.  Il contient 150 balles de… haschich, soit 5 tonnes (!!!), pour une valeur marchande de 7 935 000 euros !!!  La police espagnole l’avait bloqué au large de Majorque.  On note ici que « les patrouilleurs Paíño et Arao ont effectué l’embarquement à 140 km au sud des îles Baléares. A la surprise des patrouilles de la SAV, les personnes à bord du bateau, actuellement en garde à vue, auraient tenté de faire couler le bateau avec la drogue à son bord, avant d’être interpellées par les autorités ».  Le yacht était très certainement de type Sun Odyssey 47 comme on peut le constater ici à gauche. Le haschich avait déjà fait parler de lui avec, le 18 septembre, un chargement de 2,5 tonnes saisies à 60 milles nautiques de Cabo de Gata (à Almería).  Le voilier appelé Maldia semble être de type Sun Odyssey 49  d’après sa proue (ici à droite).  Un autre cliché le confirme.  Le haschich vient bien entendu du Maroc :  le sud de l’Espagne joue sur les deux tableaux question trafic !!! Le 8 juin, 10 tonnes de haschich en 280 ballots avaient été découverts dans un autre voilier, amené à Carthagène, d’une valeur de 12 millions d’euros, avec comme skippers deux bulgares !!  Il y en avait partout à bord !

Le 7 qui précédait c’était un grand voilier de type sloop (assez récent) de 16 mètres, officiellement le « Bella », arborant pavillon américain), avec 7 tonnes de haschich en 200 ballots à bord qui avait été saisi, poursuivi par le Colimbo IV, et retenu dans l’arsenal de Carthagène par le navire patrouilleur. Surprise : les deux marins à bord sont de nationalité… russe, originaires de Saint-Pétersbourg !!!  Des russes avec le drapeau US !!!  Le bateau était plein à ras-bord, des balles étant même visibles sur le pont selon l’avion qui l’avait survolé !  L’engin utilisé était en fait baptisé à l’arrière l’Amira et l’opération de poursuite et saisie était appelée Zacatin. Le yacht semble être un Hanse 540, de 2007, qui se négocie aujourd’hui en occasion vers les 200 000 euros. Il fait 16.45m, c’est un 54 pieds, un engin de bonne taille donc !

Il n’y a pas que les voiliers

En février 2019, c’est au Portugal que ça se passe, mais avec l’aide de la police espagnole.  La scène se situe à Setubal, où a été ramené de force un grand navire de soutien pétrolier bleu et blanc immatriculé au Panama, le Seascan 1. L’engin qui fait 490 tonnes et 41 mètres de long en impose.  Il est photographié à quai, il avait été l’objet d’un suivi aérien.  A son bord, il y avait 2,5 tonnes de coke dans des paquets multicolores.  Même pas dissimulés !

Le 23 octobre 2018, on  change à nouveau de catégorie de bateau et de contenu, pour revenir à de la coke :  c’est un remorqueur qui est pris cette fois dans le filet de la police espagnole et le patrouilleur offshore Rayo (P-42), le « Breath », enregistré en Moldavie ! A bord, 1,4 tonne de coke, qui permet au espagnols de franchir alors la barre des 15 tonnes (!!!) de coke saisies pour la seule année 2018 ! Le remorqueur est reconduit jusque Las Palmas. Trois hommes ont été arrêtés :  un turc, un Géorgien et un Bulgare, sur les dix suspects retenus.  La coke était censée alimenter la mafia turque !!!  Les enquêteurs découvriront avec étonnement que le remorqueur Moldave était allé se promener au Guyana, et au Venezuela, ainsi qu’à Trinidad et Tobago, là où il aurait embarqué la coke en pleine mer :

En septembre, on apprend qu’en août la même sorte de vecteur avait déjà servi : c’est encore un remorqueur, le Titan III (Tercero), qui cette fois avait été trouvé avec  bord 2,5 tonnes de cocaïne.  L’engin avait été intercepté à 500 milles nautiques des Canaries. Il était passé auparavant à Cadiz, Agadir et air Sénégal du 21 avril au 10 mai !!!

Quatre hommes avaient été arrêtés, deux espagnols et deux sénégalais, et la police avait alors remonté vers un gang de 23 personnes… en Galicie (et deux à Tolède, un à Malaga et un à Hueva : on reste bien dans les Canaries).  Parmi eux, les trois membres aussi d’un bateau de pêche qui aurait servi pour transvaser la coke à la côte.

Le 30 août 2018, on repart sur les côtes anglaises.  C’est un grand catamaran de 40 pieds, le Nomad, qui cette fois est stoppé en mer par le HMC Vigilant et ramené au port de Newlyn.   Son équipage est fort représentatif du trafic actuel, à vrai dire :  il y a à bord deux anglais, Nigel Clark, 63 ans, et Dean Waters, 60 ans, le skipper
Richard Must, 48 ans, qui lui est estonien, et le reste de l’équipe avec Voldemars Gailis, 20 ans, venu de Lettonie et Raymond Dijkstra, 27 ans, un hollandais, on ne peut plus éclectique :  en prime, le catamaran est enregistré en… Belgique ! On n’indique hélas pas la quantité de cocaïne saisie ce jour-là, mais un cliché nous montre plusieurs ballots bien classiques lovés dans les pontons de l’engin (ici à gauche).

Le Le 3 juillet 2018, c’est l’interception de l’énorme voilier Wallstreet avec 1,4 tonne de coke à bord et deux ressortissants croates (aux initiales Vice Copic et Karlos Antoviz, qui avaient déjà été poursuivis pour trafic d’héroïne en 2009 et 2007, et un citoyen américain Roberto Juan Price Huelín, installé comme restaurateur à Malaga, quel hasard, tiens, encore. Le « Wallstreet », pris en chasse par le patrouilleur de la marine espagnole «Atalaya», arborait un pavillon hollandais.  Les militaires montés à bord n’en étaient pas revenus : les 90 millions d’euros de coke contenus dans 54 ballots n’étaient même pas dissimulés, « ils occupaient n’importe quelle place à bord« comme j’ai déjà pu vous le dire ici même en mars dernier au début de cette mini-série. Le bateau nous avait mené à une autre mafia, galicienne celle-là. Et pas moins pire que les autres.  Le bateau, au départ parti pour le Brésil (et Salvador de Bahia), avait chargé sa cocaïne dans la rivière Esequibo, en Guyana de l’est, revendiquée par le Venezuela.  « Il est clair que le Wall Street s’est amarré à Las Palmas le 20 avril en tant qu’étape précédente pour parcourir les 4 800 kilomètres (2 591 milles marins) qui manquaient encore vers la Guayana ». L’engin tombé en panne en Méditerranée était arrivé le 3 avril à Carthagène (en Murcie), puis le lendemain jusqu’à Motril (en Andalousie) pour arriver à Marbella (on y revient !) : « en fait cela ressemblait fort à une façade de croisière pour tromper ses suiveurs » avais-je écrit.  Ici à gauche le yacht intercepté, et à droite le même modèle faisant le charter en Grèce.  J’avais dit que « la discrétion sur le yacht intercepté s’expliquait par le fait que c’est un voilier très récent (aux lignes très basses de type Contest hollandais de grande taille, un 67CS comme le PH3) valant lui-même une fortune (plus de 3 millions de dollars), au contraire de tous les autres… »  Mais vérification faite, ce n’est pas un Contest, ce que confirment de nouveaux clichés de sa saisie (ici à gauche les détails de son pont). L’engin n’est pas neuf, non plus, à voir l’état de sa coque abîmée à plusieurs endroits.  Après deux jours de recherche intensive à éplucher les catalogues, on finit par retrouver l’engin exact :  c’est en fait bien un 62 pieds, en tout cas qui sert par exemple en charter chez Sotiris F. à faire découvrir les Cylades en Grèce, ou l’île de Santorin à 8800 euros la semaine, ou pour visiter Hydra, Syros, ou Mykonos. C’est un modèle de chez Dufour, dessiné en 1983 par Philippe Briand, le Dynamique en fait, de 19.2m de long.  Un modèle de ce genre est mis en vente à 239 000 euros, très loin du chiffre que je vous avançais (à droite son pont caractéristique sur le charter grec, avec la zone ronde en teck visible en partie sur le bateau saisi) !!!  Nous ne sommes pas très loin des colombiens achetant des jets Hawker 125 dans les mêmes tarifs pour les faire atterrir en plein champ au Mexique !!! (celui-là avait été annoncé en vente à 300 000 dollars, il a dû partir à moins !). Les investissements, sur mer comme sur l’eau, sont à peu près les mêmes.  Si certains voiliers s’échouent parfois, ou perdent en route leur cargaison, les avions eux aussi se plantent. Dans les champs ou sur les chemins, comme à Belize ou à la frontière mexicaine.  Je ne résiste pas à vous monter le plus récent dans le genre (atterri le 11 septembre dernier) :  saisissant, non, l’atterrissage en plein dans un champ de soja ?

 

Plus récemment, le 18 juillet 2018, c’est un yacht de 60 pieds, le Marcia, battant pavillon néerlandais, qui est intercepté par le HMC Vigilant, un modèle Damen bien connu, à environ 120 milles au sud-ouest de la côte des Cornouailles. A bord Maarten Peter Pieterse, le capitaine, âgé de 61 ans et un membre de l’équipage, Emile Adriaan Jeroen Schoemaker, 45 ans.  Les marins britanniques découvrent d’abord 1 600 kilogrammes de blocs enveloppés dans des sacs en plastique, placés dans un compartiment sous la zone de pont à l’arrière du bateau, et en cherchant davantage ce sont 2,1 tonnes de cocaïne de haute pureté qui sont trouvées, pour une valeur de gros estimée à 50 millions de livres sterling et 134 à la revente.  Les  paquets remontés sur le pont du voilier font un tas impressionnant. Le navire provenait… de Marina d’Angra, à Terceira, dans les Açores, qu’il venait de quitter le 9 juillet 2018 !!! Le capitaine était connu jusqu’ici comme joaillier, sponsor d’un festival de danse, (du tango et du LindyHop) de son quartier d’Oudedijk à Kralingen, près de Rotterdam (dans le quartier des boîtes de nuit (4)) A noter que dans l’affaire, Emile Adriaan Jeroen Schoemaker, ancien directeur d’une boîte de vidéo, EuworksDirect LTD, sera plus tard acquitté…

En juin 2018, c’est un autre record qui avait été battu : un double record, avec d’abord le Pepper Sauce, un voilier de 40 pieds (12 mètres) intercepté au large des Canaries avec à bord 61 balles de coke pesant 1,850 kilos (voir les vidéos ici) », et l’interception au sud de Faial (aux Açores) du yacht Oggi (ici à gauche, un modèle ancien indéterminé) inscrit aux British Virgin Islands (celles qui jouxtent l’île de Jeffrey Epstein !),
avec 1,4 tonne de coke, soit plus de 3 tonnes pour ce mois-là.  Le second avait un équipage triple composé d’un anglais de Torquay, d’un hollandais et d’un croate, le premier était aussi triple avec un anglais de Newquay, un surfer réputé appelé James McNaught,… et deux français cette fois dont les noms ne sont pas révélés.  L’avion d’Ibbotson emmenant Sala avait été photographié à Newquay, on le rappelle.  Ici en vidéo on voit l’interception de nuit du Pepper Sauce par le patrouilleur espagnol Petrel 1.  On le distingue aussi à quai au début du reportage.  Dans le même reportage, on montre les visages des deux occupants du Pepper Sauce autres que James McNaught (ici à droite)… le bateau lui-même apparaissant ci-dessous :  un bateau « sportif », sans cabine ou cockpit extérieurs d’un modèle ancien indéterminé. Le skipper n’était pas un ancien surfeur pour rien !!!

Les cargos aussi…

Les cargos aussi ne chôment pas. Le 25 avril 2018, près de 9 000 kilos de cocaïne, sont retrouvées dissimulés dans un conteneur réfrigéré de bananes, une pratique courante, en provenance de Colombie et voyageant à bord du navire «Lucie Schulte», battant pavillon singapourien, qui venait de les charger dans le port de Turbo (Colombie). Les paquets de coke (numéros) portaient pour certains la marque « iPhone ! (cf ici  à gauche). « La surveillance du conteneur a conduit les enquêteurs à un bâtiment industriel à Malaga, où trois personnes de nationalité espagnole ont été arrêtées. Deux autres hommes d’affaires membres de l’organisation qui avaient fui ont également été arrêtés. Ce sont deux personnes de nationalité française et résidant à Malaga dont la détention a été possible grâce à un mandat d’arrêt européen et aux efforts de la douane française ».
Il y en a pour 470 millions d’euros et l’expéditeur est le Cartel du Golfe mexicain, installé à Matamoros, dans le Tamaulipas, à la frontière avec le Texas, proche du Golfe du Mexique.  On notera la présence des deux français à la tête du réseau d’envoi :  ils habitaient Malaga, comme quoi rien n’a changé depuis la grande époque racontée en détail ici-même (Marbella et Malaga étant les deux mamelles nourricières du trafic depuis les années 70 !).

Toute cette drogue servait à qui et à quoi ?  Oh, là encore on a des surprises.  Ainsi a-t-on appris que des trafiquants espagnols, installés à Estepona sur la Costa del Sol, en Andalousie Orientale et à Malaga (encore une fois cité, on le remarque !) avaient bien sûr dilapidé leur argent en s’achetant moult voitures de luxe, montres de marques, des villas ou vivaient dans des hôtels.  Le quotidien de la frime des dealers, on le sait, ceci n‘est pas vraiment une surprise.  Ils pouvaient, en effet : il gagnaient 1,2 million d’euros par semaine de la revente de leur coke colombienne (ils en vendaient une tonne par an !).  Mais ce n’est pas ça qui a fini par les faire repérer.  Non, c’est leur comportement. Ils avaient en effet tout simplement décidé qu’ils avaient tellement d’argent qu’ils ne lavaient même plus leurs vêtements et en rachetaient continuellement de nouveaux quand ils étaient sales !!!!

(1) une info reprise ici dans « Ekathimerini.com », un quotidien grec  : « lun d’entre eux, âgé de 29 ans, s’est rendu en Colombie en mars et un autre de 28 ans s’est rendu au Venezuela quelques semaines à peine avant d’être arrêté en France. Il existe également des preuves selon lesquelles un suspect espagnol aurait déjà séjourné en Grèce et aurait pu jouer le rôle d’intermédiaire dans l’acquisition de la drogue en Amérique latine. Le propriétaire présumé du yacht à moteur Island Time, quant à lui, semble s’être rendu à l’île de la Martinique en mars à bord du navire, qui aurait également été enregistré au large des côtes du Venezuela. » Tout cela s’avérera une fausse piste, donc.

(2) le but n’est pas d’être exhaustif, j’ai simplement retenue les plus grosses prises de cette année et de l’année dernière surtout, (bien aidé par le site de l’ami Marc Fievet, dont je vous recommande la lecture bien entendu !) en souhaitant surtout montrer le rôle du pôle central de distribution que jouent les Canaries (et les Açores), ainsi que l’implication des principales mafias européennes.  Je n’ai pas non plus retenu le formidable travail de fond des forces françaises déployées dans l’arc des Caraïbes, notamment avec la frégate Ventôse (qui est allée aussi visiter l’Afrique) et ses prises importantes, mais qui ne peuvent expliquer le circuit qu’empruntent habituellement les trafiquants.  Sa dernière prise remonte au 26 et 27 mai dernier avec 416 kilos de cocaïne, saisis à deux dominicains.  En août dernier, la République Dominicaine annonçait en avoir fini avec un redoutable gang dirigé par deux champions de baseball Octavio Dotel des « Detroit Tigers », aujourd’hui retraité, et Luis Castillo et un propriétaire de boîtes de nuit, Cesar Emilio Peralta (alias « César The Abuser » !).  Quelques jours plus tard, un juge, José Alejandro Vargas, libérait les deux joueurs « faute de preuves » selon lui.  Dotel avait déjà versé un million de dollars pour sa caution !!!

(3) Halter Marine fabrique aujourd’hui des bateaux rapides d’assaut pour les Navy Seals, comme ici à droite ce HSAC MK MOD 2 « High Speed Assault Craft » mis en vente dans le civil (il semble avoir subi des dégâts !). Voilà qui devrait intéresser d’autres… trafiquants !

(4) Parmi les incongruités des enquêtes, il y a celle-ci : on tombe sur un cliché de notre homme, invité d’une émission de télévision réputée présentée par Angela Groothuizen, une ancienne chanteuse,et appelée « Un nouveau départ » ayant comme thème le relèvement d’individus brisés dans la vie.  Ce jour-là, l’invitée s’appelle Iris, et on raconte qu’à 17 ans elle est tombée amoureuse de son patron de 19 ans plus vieux qu’elle.  Aveuglée par l’amour, elle a abandonné ses études pour voyager avec lui.  Or c’est vite devenu un cauchemar pour elle, l’individu étant accro à l’héroïne et à la cocaïne, et « il passe son temps à la rabaisser » explique l’article.  Elle mettra trois ans à le quitter et renter chez elle, après avoir rompu tous ses liens avec sa famille.  « Elle s’est fait refaire depuis le nez, et à retrouvé un travail » note le magazine et « Maarten Pieterse de Het Juweel (un fabriquant de bijoux) lui a donné un beau collier ».

source

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Le 14 octobre 2018, cinq des généraux algériens au cœur du pouvoir réel, récemment limogés, ont été incarcérés pour « enrichissement illicite ». Un séisme politique difficile à comprendre du fait de l’opacité du régime.

Habib Souaïdia, ancien lieutenant de l’armée algérienne et auteur du livre La Sale Guerre (2001), donne à Algeria-Watch des informations essentielles pour le déchiffrer.

Lire

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Samir Labdazi a été exécuté lors d’un traquenard. Ce Mulhousien de 39 ans surnommé « Samir les yeux bleus », était impliqué dans des affaires de stupéfiants depuis de nombreuses années.

Mulhouse…Mulhouse, c’est là aussi que Sofiane Hambli a débuté dans le narcobusiness avant d’être enregistré au SIAT et de devenir le faiseur de saisies de l’OCRTIS de François Thierry.

Pourquoi ce meurtre ?

Aujourd’hui, une seule question se pose, Samir Labdazi était-il enregistré au SIAT, ce qui pourrait peut-être alors apporter une explication à ce meurtre.

Le décryptage de NS 55

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La declaratoria de culpabilidad y la cadena perpetua para Joaquín Guzmán Loera, «El Chapo», no solo significó su caída como capo criminal. Sino que dejó un vació en el mote del narcotraficante más buscado del mundo.

Este hueco no tardará en llenarse, pues hay varios capos de la droga que están en la mira del gobierno de Estados Unidos. Hay al menos cinco líderes criminales que podrán ocupar el lugar que Guzmán Loera tuvo alguna vez.

RAFAEL CARO QUINTERO, «El Narco de Narcos» es una añeja piedra en los zapatos para el gobierno de Estados Unidos. Rafael Caro Quintero, uno de los líderes del extinto cártel de Guadalajara, fue detenido el 4 de abril de 1985, en Costa Rica para luego ser extraditado a México.

Caro Quintero, junto con Miguel Ángel Félix Gallardo, «El Jefe de Jefes»; y Ernesto Fonseca, «Don Neto», fueron acusados –aparte de narcotráfico– de la tortura y asesinato de Enrique «Kiki» Camarena, agente encubierto de la Administración para el Control de las Drogas (DEA, por sus siglas en inglés).

Rafael, detenido y sentenciado por la muerte de Camarena, fue liberado en 2013 tras 28 años de prisión por violaciones al debido proceso, el capo tuvo que ser juzgado por un juez local y no federal, puesto que la víctima no ostentaba ningún cargo diplomático.

El gobierno estadunidense nunca ha perdonado el asesinato de «Kiki», por lo que ha buscado desde su liberación a Caro Quintero.

En la lista de los más buscados del Buró Federal de Investigación (FBI, por sus siglas en inglés) y de la DEA, Rafael Caro Quintero tiene sobre sus hombros una recompensa por 20 millones de dólares a quien dé información por su captura.

En diversas entrevistas que «El Narco de Narcos» dio a la periodista Anabel Hernández, el capo aseguró que él no estuvo implicado en el asesinato de «Kiki», que ya se había retirado del narcotráfico, que apenas costeaba su vida e hizo un llamado para que lo dejaran de perseguir.

Sin embargo, las autoridades estadunidenses lo colocan en la cúpula del cártel de Sinaloa, aunque se presume que en realidad mantiene una organización independiente con presuntos vínculos con la guerrilla colombiana para traficar droga a Estados Unidos a través de Sonora.

«El Narco de Narcos» es quizá la primera opción para ser el narcotraficante más buscado del mundo tras la caída de «El Chapo».

El jefe de la DEA, Ray Donovan, ha dicho que la prioridad de su administración es capturar a Caro Quintero, asegurando con Rafael se tiene «algo personal».

«EL MENCHO»

A pocos días de la declaratoria de culpabilidad contra Guzmán Loera, dos de los fiscales que hundieron a «El Chapo» en Nueva York ya tenían su siguiente objetivo: Nemesio Oseguera Cervantes, «El Mencho».

Se trata de Andrea Goldbarg y Anthony Nardozzi. Ambos fiscales tienen en sus manos las investigaciones contra «El Mencho» que datan desde el 2014.

El líder del cártel de Jalisco Nueva Generación (CJNG) comenzó a ser perseguido de forma ardua por el gobierno estadunidense desde agosto del año pasado, cuando aumentaron la recompensa en su contra a 10 millones de dólares, mientras que en México es de 30 millones de pesos.

Asimismo, dicha organización criminal que lidera fue ingresada como una de las cinco más violentas del mundo.

El CJNG ha aumentado su presencia en Estados Unidos, pisándole los pies al cártel de Sinaloa y ya desplazándolo en México como la organización criminal más extendida en el país.

Autoridades estadunidenses, sin embargo, lo han calificado como un fantasma, escondido en los límites de Jalisco, Michoacán y Colima.

«EL MAYO»

Ismael Zambada García, «El Mayo», es uno de los pendientes del gobierno estadunidense, tras medio siglo en el negocio de las drogas, nunca ha sido capturado y las posibilidades cada vez se disminuyen.

Cofundador del cártel de Sinaloa, «El Mayo» siempre se ha mantenido bajo la sombra de «El Chapo», cauteloso y fuera de los reflectores, se mantiene oculto dentro de la robusta sierra del Triángulo Dorado.

A diferencia de él, su familia sí ha sabido lo que es dormir en una fría celda. Su hermano Jesús «El Rey» Zambada y su primogénito, Vicente Zambada Niebla, «El Vicentillo», fueron piezas fundamentales en la caída de Guzmán Loera frente a los tribunales.

«El Mayo» está en la lista de los más buscados de la DEA y de la Fiscalía General de la República (FGR), esta última dependencia ofrece 30 millones de dólares por su captura.

Durante el juicio, los defensores de «El Chapo» aseguraron que el verdadero líder del cártel de Sinaloa era Zambada García y que, debido a la red corrupción que ha implementado tanto en México como en Estados Unidos, ambos países no les interesa atraparlo.

«LOS CHAPITOS»

Iván Archivaldo y Jesús Alfredo Guzmán Salazar, los hijos de «El Chapo» más aventajados en el «negocio», también podrían ocupar el lugar que dejó su padre.

«Los Chapitos» son hijos de la primera esposa de «El Chapo», Alejandrina María Salazar Hernández.

«Los Chapitos» acapararon con violencia el liderato del cártel de Sinaloa, lo disputaron con Dámaso López Núñez, «El Licenciado», y contra su tío, así como hermano de «El Chapo», Aureliano Guzmán Loera, «El Guano».

Actualmente hay fuertes rumores de que comenzaría una disputa por el cártel con «El Mayo».

Jesús Alfredo, apodado como «El Alfredillo», ingresó el año pasado a la lista de los diez más buscados de la DEA. Iván Archivaldo, por su parte, ha ingresado a prisión, pero liberado por «falta de pruebas».

Mientras que el 21 de febrero de este año, unas semanas después de que «El Chapo» fuera declarado culpable, el Departamento de Justicia de Estados Unidos acusó a Joaquín Guzmán López y Ovidio Guzmán López de distribuir cocaína, metanfetamina y marihuana.

Ambos son hijos de Guzmán Loera y de su segunda esposa identificada como Griselda López.

fuente

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Plus de 750 kg de ont été saisis au , dans la nuit de samedi à dimanche 30 juin 2019, à bord d’un navire en provenance du Brésil.

Les 750 kilogrammes de cocaïne saisis par la douane sénégalaise au port de Dakar étaient à bord d’un navire appartenant au groupe .

La drogue était dissimulée dans des emballages et des sacs de voyage et cachés dans une dizaine de voitures embarquées dans un navire en provenance du port de Paranagua au Brésil.

SOURCE

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ONUDC

La production mondiale de cocaïne a atteint un nouveau plus haut historique avec près de 2 000 tonnes en 2017, tandis que celle d’opium connaît un recul inédit, relève l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport annuel publié mercredi.

A 1 976 tonnes, la production de cocaïne a connu un bond de 25% par rapport à 2016, année où elle avait déjà augmenté d’un quart, selon les estimations de cette agence basée à Vienne.

Consommation en hausse

L’essor de la cocaïne, absorbée principalement par les marchés d’Amérique du Nord et d’Europe, est notamment lié à l’extension des cultures et des capacités de production en Colombie, souligne l’agence.

Dans ce pays assurant quelque 70% de la production mondiale, les surfaces d’arbres à coca ont progressé de 17% en 2017, une conséquence de l’accord de paix conclu en 2016 avec les Farc, qui a paradoxalement permis à des groupes criminels de prospérer sur des territoires auparavant contrôlés par cette guérilla. L’ONUDC déplore par ailleurs qu’ »une diminution des efforts d’éradication ait pu favoriser l’idée que cette culture est relativement peu risquée» en Colombie.

Les saisies progressent, certes, mais du seul fait de la progression du trafic et non de la plus grande compétence des services

Parallèlement, les saisies de cocaïne ont progressé à 1 275 tonnes en 2017, soit une hausse de 13%, indique l’agence onusienne, qui se félicite d’une meilleure efficacité de la coopération internationale en la matière.

La cocaïne reste toutefois consommée par 18,1 millions de personnes dans le monde, notamment aux Etats-Unis où elle touche 2,1% de la population adulte.

Opiacés de synthèse

A l’inverse, la production d’opium s’est effondrée pour la première fois en deux décennies, avec un recul de 25% en 2018, à 7 790 tonnes, relève l’ONUDC.
Ce recul s’explique notamment par une baisse de 17% des surfaces de pavot cultivées en Afghanistan, un pays qui assure plus de 80% de la production mondiale.

Due en partie à un épisode de sécheresse qui a frappé ce pays, cette évolution résulte aussi d’une baisse des prix «probablement liée à une surproduction les années précédentes», qui a «rendu cette culture moins lucrative» pour les paysans, estime l’agence.

Malgré cette chute, l’usage d’opiacés continue de progresser à travers le monde en raison du développement constant de la consommation de produits de synthèse en Amérique du Nord et en Afrique, s’alarme l’agence. Aux Etats-Unis, le nombre de morts liés à l’usage d’opiacés a ainsi progressé de 13% pour s’établir à plus de 47 000 décès en 2017, un nouveau record. Cette évolution est notamment due à la popularité du fentanyl, un opioïde synthétique 50 fois plus puissant que l’héroïne et aisément disponible sur ordonnance.

Parallèlement, le tramadol progresse en Afrique, où les saisies de cet antalgique ont été multipliées par douze en sept ans, à 125 tonnes, note l’ONUDC.

Au total, quelque 585 000 décès ont été répertoriés en 2017 dans le monde en lien avec la consommation de drogues, contre 450.000 en 2015. Cette progression est liée en partie à une meilleure prise en compte statistique dans certains pays comme l’Inde et le Nigeria. Elle n’inclut toutefois pas la Chine.
Au total, plus de 270 millions de personnes consomment de la drogue chaque année, le cannabis se taillant la part du lion avec 188 millions d’adeptes, selon l’ONUDC.

Les opioïdes affectent 53,4 millions de consommateurs.

Source

Dans le même temps les paradis fiscaux qui blanchissent aussi les profits du narcotrafic enregistrent des profits records.

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Michel GindrozDakar, 25 juin (APS) – L’attaché douanier régional de l’ambassade de France au Sénégal, Michel Gindroz, a salué mardi la « vieille tradition de coopération » liant les douanes françaises et sénégalaises, l’opération ’’Ailes africaines’’, mise en œuvre depuis plusieurs années, étant selon lui ’’emblématique’’ de cette coopération.
L’opération « Ailes africaines », mise en œuvre depuis plusieurs années, est destinée à contrôler les petits avions pour lutter plus efficacement contre les grands trafics, drogue, armes, etc.
Elle consiste d’abord en ’’une action de formation, et ensuite il y aura des opérations de contrôles approfondis qui seront opérées et coordonnées par les douanes de l’ensemble des pays de la sous-région’’, a indiqué l’attaché douanier régional de l’ambassade de France, à l’ouverture d’un séminaire de formation sur le contrôle de l’aviation privée.
Selon Michel Gindroz, ’’l’année passée, grâce à l’opération Aile africaine 5, il y a eu plus d’une demi-tonne de produits stupéfiants qui ont été saisis’’.
« Les résultats sont enregistrés et permettent ensuite une diffusion à l’ensemble des membres en temps réel de messages opérationnels’’, a-t-il expliqué.
Moctar Kettani Doucouré, coordonnateur de la Direction générale des douanes du Sénégal, note de son côté que l’opération les « Ailes africaines » vise à ’’cibler le trafic de drogue par le vecteur aérien notamment l’aviation privée’’.
’’La douane a des prérogatives de contrôle sur tous les moyens de transport, que ça soit des moyens institutionnels connus ou des moyens de transports privés’’, a-t-il souligné.
’’Si dans un pays, on identifie des vols privés, la douane est obligée d’être présente pour faire ses contrôles par des ciblages et par une présence permanente au niveau des aéroports mais aussi les aéroports secondaires’’, a rappelé M. Doucouré.
Il signale que quand un aéroport est secondaire, « la présence de la douane est intermittente’’, cela fait que chaque fois qu’il lui est donné l’occasion d’être informée de l’existence de vols privés qui arrivent, « la douane est présente pour faire ce contrôle parce que ce sont des vecteurs qui ne sont pas suffisamment contrôlés’’.
’’L’accompagnement de la douane française, c’est en termes de formation d’abord mais également en termes d’équipements, la douane française nous a dotés d’équipements à usage facile pour détecter la drogue’’, a précisé le coordonnateur de la Direction générale des douanes du Sénégal.
’’La formation est obligatoire parce qu’avant d’aller sur le terrain, il faut connaitre les routes de la drogue et elles ne se feront connaitre que par un échange d’expérience, par la formation, par l’identification des drogues’’, a-t-il insisté.
Des représentants d’une quinzaine de pays d’Afrique prennent part à cette formation dont l’objectif est de « renforcer la capacité d’intervention des douanes et des Forces de défense et de sécurité de ces pays pour les aider de mieux faire face aux nouvelles pratiques dans le trafic illicite par voie aérienne ».
Selon un communiqué de presse, « la formation réglementaire, des cas pratiques de l’opération de contrôle et le renseignement douanier en tant que nécessité opérationnelle incontournable seront entre autres modules présentés ».
Cette formation est rendue possible grâce à la collaboration de l’Organisation mondiale des douanes (OMD), de l’ambassade de France, de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et des administrations douanières, selon la douane sénégalaise.
VS/OID/BK
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Les aéroports et pistes du Sénégal

Aéroport international Blaise Diagne (AIBD)

Diass, 47 km de Dakar
Tél. : (221) 33 939 69 00 – 88 828 10 10

Kolda

Aérodrome de Saly

Saly Portudal
Piste en latérite, saison sèche seulement. Plus qu’un aérodrome, celui de Saly-Joseph, accueille des évènements tels que concerts, réceptions, conférences sur son espace de 1 000 m2 (…) Contactez Voir Aérodrome de Saly sur une carte

Aéroport de Bakel

Contactez Voir Aéroport de Bakel sur une carte

Aéroport de Cap Skirring

BP 37 Kabrousse
Contactez Voir Aéroport de Cap Skirring sur une carte

Aéroport de Kaolack

Kaolack
Contactez Voir Aéroport de Kaolack sur une carte

Aéroport de Kédougou

Contactez Voir Aéroport de Kédougou sur une carte

Aéroport de Matam

Ourossogui
Saison sèche seulement Contactez Voir Aéroport de Matam sur une carte

Aéroport de Saint-Louis

Bango BP 245 Saint-Louis
Contactez Voir Aéroport de Saint-Louis sur une carte

Aéroport de Tambacounda

Tambacouda
Contactez Voir Aéroport de Tambacounda sur une carte

Aéroport de Thiès

fermé au public Zone militaire, interdite au survol Contactez Voir Aéroport de Thiès sur une carte

Aéroport de Ziguinchor

Ziguinchor
Contactez Voir Aéroport de Ziguinchor sur une carte

Aéroport international Blaise Diagne (AIBD)

Diass, 47 km de Dakar
Nouvel aéroport international du Sénégal, mis en service le 7 décembre 2017. Capacité 3 millions de passagers par an. Code AITA : DSS. Code OACI : (…) Contactez Voir Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) sur une carte

Dakar Yoff
24 h / 24 – 7 jours / 7 Contactez Voir Aéroport International Léopold Sédar Senghor sur une carte

Podor
Piste en terre Contactez Voir Piste de Podor sur une carte

Simenti Parc du Niokolo Koba
Latérite Contactez Voir Piste de Simenti sur une carte

Djoudj
Au pied de l’hôtel Contactez Voir Piste du Djoudj sur une carte

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Les policiers en poste au port Tanger-Med, ont saisi 270 kilogrammes de haschich à bord d’une voiture immatriculée en Allemagne conduite par un ressortissant marocain de 51 ans.

La cargaison de cannabis était soigneusement dissimulée dans des boites en plastique de petite taille contenant des biens de consommation, a indiqué la DGSN dans un communiqué, précisant que la saisie a eu lieu au moment où la voiture s’apprêtait à monter à bord d’un bateau en direction d’un port français.

source

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La douane a saisi dimanche 23 juin 2019, à Tatatouine, 14.000 pilules de médicaments pour le traitement des douleurs neuropathiques et utilisés comme drogue, cachées dans le véhicule d’un contrebandier en provenance de Libye.
Les agents de la douane opérant dans le désert de Larzet à Tataouine ont intercepté 3 véhicules transportant de la marchandise de contrebande. Les conducteurs ont refusé de s’arrêter et ont même tenté de faucher des agents de la patrouille.

LIRE

 

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Les douaniers de l’aéroport de Roland Garros ont, hier matin, arrêté trois jeunes femmes en provenance de Paris. Dans leurs bagages: 30kg de résine de cannabis et 2700 cachets d’ecstasy.
« Les agents de la brigade de surveillance extérieure (BSE) de Saint-Denis-Gillot ont sélectionné trois voyageuses d’une vingtaine d’années au débarquement d’un vol en provenance de Métropole. Le passage des bagages à l’appareil à rayons X a fait apparaître à l’image des masses rectangulaires sombres semblant dissimuler des marchandises de fraude » détaille la direction des Douanes dans un communiqué publié ce lundi 24 juin.
« Parmi quelques vêtements et effets personnels des jeunes femmes, leurs valises contenaient des boîtes remplies de café renfermant des sachets thermo-soudés dans lesquels les douaniers ont découvert des savonnettes de résine de cannabis, pour un poids total de 29,9 kg«  dit encore la direction des Douanes.
L’une des voyageuses était également porteuse d’un sac zippé dans lequel les cachets d’ecstasy étaient conditionnés.

À l’issue de la procédure douanière, sur instruction du procureur de la République, les trois voyageuses ont « été remises à la Sûreté départementale » terminent les Douanes.

source

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Seulement 5 minutes!

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Avec la participation de Michel Charasse, l’ancien ministre du Budget, de l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, de l’ancien directeur de la DNRED jean Henri Hoguet et de l’ancien ministre Azouz Begag.

 

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Un mâcheur de qat (khat) à Sana’a, Yemen, janvier 2009. Ferdinand Reus /Wikimedia, CC BY-NC-SA

Par Céline Lesourd – Anthropologue, CNRS (Centre Norbert Elias), Aix-Marseille Université (AMU)

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« Brest, France, 18 mars 2019 : Suite à “une information reçue”, de bon matin, les forces de l’ordre procèdent à une perquisition dans un logement du centre-ville. Un “trafiquant” est interpellé et placé en garde à vue, il reconnaît les faits : ces six derniers mois, il aurait acheté quatre kilos de feuilles de khat sur Internet puis les aurait revendues en petits sachets. Pour un bénéfice total de 150 euros ». (Lu dans Le Télégramme du 18 mars 2019)

Prier, se détendre et couper la faim

À l’origine mastiqué par les érudits et dignitaires religieux musulmans des cités de l’est éthiopien, le khat a ensuite étendu sa treille dans les campagnes pour stimuler la prière des croyants mais aussi pour encourager au travail, couper la faim et offrir le temps, tout en mâchant, de discuter et se détendre, entre hommes.

En suivant les routes de l’islam, l’arbre et ses feuilles cabotent de comptoir en comptoir sur les pistes du commerce caravanier vers Djibouti, la Somalie le Somaliland (des pays consommateurs mais non producteurs) ou le Kenya. En empruntant les voies maritimes, il s’implante aussi au Yémen puis aux Comores et Madagascar où il débarque au début du XXe siècle.

Les chemins du khat, Éthiopie, 2001. Lemessa Dessacha, Author provided

Depuis une trentaine d’années, le public de mâcheurs – qui se féminise – s’étend en suivant les diasporas de la Corne de l’Afrique. Ainsi, le bouquet euphorisant poursuit sa route toujours plus loin, toujours plus vite – aux États-Unis, en Europe, en Australie et plus tardivement en Chine – en composant désormais avec les différentes réglementations nationales en vigueur.

Prohibitions

« 24 août 2015 : Golfe d’Oman, Sultanat d’Oman, 1 300 bouquets saisis par la douane ».

Le comité de la pharmacodépendance de l’OMS n’inscrit cependant pas le catha edulis dans la « Convention des Nations unies sur les psychotropes de 1971 ».

En effet, seules deux des principales substances actives contenues dans les feuilles de khat, et non les feuilles elles-mêmes, sont visées par cette convention : la cathinone (inscrite au tableau I) et la cathine (tableau IV) – qui partagent les propriétés des amphétamines de synthèse mais dont les effets, « naturels », sont beaucoup plus faibles.

Un client achète du khat à Harlesden, au nord-ouest de Londres, en juin 2014, quelques jours avant son interdiction et classification C parmi les drogues et substances illicites par le gouvernement britannique.

Justin Tallis/AFP

Il appartient donc à chaque État de légiférer : la France l’interdit en 1957, la Chine très récemment en 2014 alors que d’autres pays, comme l’Autriche, ne le prohibent pas.

Pourtant la consommation et le commerce des feuilles demeurent dans un réseau d’initiés. Des Éthiopiens, Somaliens, Kenyans et Yéménites, du Danemark au Minnesota comme dans le quartier londonien de Camden, mâchent pour adoucir l’exil.

D’autres s’étourdissent :

« Pour les hommes, je te parle de nos pères, c’est le seul moyen de se reposer et de se relaxer […]. À Londres, le week-end, la seule chose qu’ils veulent c’est khatter, être entre eux, comme s’ils n’étaient pas là […] Pour eux, le khat c’est être un Somali, faire comme un Somali, même loin […] ». (A., Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)

Un nouvel ennemi à abattre

Cette méfiance envers le khat répond à des considérations sanitaires : sur le long terme, la consommation de khat provoquerait, selon les études, insomnies, troubles de la sexualité, dénutrition, augmentation des risques de cancer de la bouche et de la gorge.

Mais les enjeux sécuritaires sont également forts. Il y a d’une part la war on drugs impulsée par les États-Unis – dont on sait qu’elle a fait plus de morts que les drogues elles-mêmes.

D’autre part la lutte mondiale contre le terrorisme se profile : l’argent du khat financerait des groupes terroristes en Somalie. Une liaison d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas étayée. La presse américaine ou britannique interrogent ainsi de façon souvent insidieuse, les liens entre khat et terrorisme. Le khat est donc cet ennemi supposé qui guette, dehors.

« Des gangs somaliens ont terrorisé les gens à Lewiston, dans le Maine, où la population africaine a grimpé de plus de 600 pour cent, en un court laps de temps. L’immigration frauduleuse continue. La Sécurité intérieure ne fait rien […]. Quand je pense à ce khat qui y est envoyé, surtout en cette période où on célèbre l’anniversaire du 11 septembre 2001, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qui est importé d’autre que les honnêtes citoyens ne peuvent même pas imaginer ». (Marietta Daily Journal, 4 avril 2012)

Mais le khat n’incarne-t-il pas – surtout ? – cet ennemi qui guette du dedans ? En effet, nombre de [propos recueillis sur le khat] font ressac sur les immigrés, le bruit et l’odeur des hommes [« à la peau sombre »).

« Ici [à Xiaobei, quartier de Canton] les gens ont peur de la police […]. Si tu es noir, pour la police, c’est une certitude que tu vends de la drogue ou que tu en prends […]. La semaine dernière j’ai fêté mon anniversaire dans un club […] avec mes amis, des Éthiopiens surtout, la police a débarqué, ils nous ont tous forcés à pisser dans des tubes […] » (A., étudiant, Guangzhou, Chine, juillet 2018).

Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes

Pour déjouer les contrôles et atteindre la clientèle de mâcheurs, les commerçants de Dire Dawa doivent sans cesse redéployer leurs réseaux et trajectoires. Ils expédient par avion vers des pays européens où le khat est autorisé et prévoient ensuite son acheminement avec chauffeur et voiture à travers les territoires de prohibition pour rallier les marchés de Londres ou d’Oslo… Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes.

« Il faut repérer des nouvelles destinations, répéter, c’est risqué, il faut changer tout le temps les itinéraires. On repère, on envoie un ou deux personnes en reconnaissance sur place, on leur envoie le colis dans leur hôtel, ils tournent, ou avec une boîte postale, on essaie, et ensuite on change […]. On a fait ça pour Guangzhou [Canton], ça a bien marché. » (D., Dire Dawa, Éthiopie, février 2015)

Or, les délais d’acheminement doivent être très rapides, c’est-à-dire moins de 48 heures avant que ne flétrissent les effets stimulants des feuilles fraîches. À destination des États-Unis, les commerçants recourent aux services express de Fedex/UPS ou empruntent les liaisons aériennes, avec valises en soute, en aménageant une escale pour tromper la vigilance des douaniers face aux arrivages directs « from Ethiopia » d’emblée connotés « khat ».

L’évèque Stanley Karuru offre des prières devant une botte de khat à l’église AIPCEA à Igembe (Kenya) pays particulièrement touché par l’interdiction d’exportation de khat au Royaume-Uni en 2014. Tony Karumba/AFP

Lyophilisé et réhydraté au Coca-Cola

Il est également possible d’affréter un container au départ du port de Djibouti. Avec détour, par Hanoï. Direction la Chine, pour noyer le khat dans le trafic qui met le cap sur les États-Unis. Plus modestement, et plus fréquemment, tout un chacun peut aussi prendre le chemin de la poste de Dire Dawa et envoyer son colis, toujours en ricochet.

« Je ne connais pas le gars aux États-Unis mais il connaît un gars de Dire Dawa qui m’appelle […]. Moi, j’envoie d’abord au Kenya, j’ai un ami là-bas […] qui envoie en Chine […] c’est pour effacer les traces, Dire Dawa, ils savent que c’est le khat […] et de la Chine, le gars envoie aux États-Unis […]. Le gars des États-Unis connaît le gars de Chine et le gars de Dire Dawa […]. Moi, je connais que le gars au Kenya et celui de Dire Dawa […] ». (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2014)

Dans ces deux derniers cas – container de 20 pieds ou boîtes à chaussures – la lenteur du transport impose alors de lyophiliser la marchandise : le khat est préalablement séché, réduit en poudre (étiqueté « henné » ou « thé ») et, à son arrivée, il est réhydraté au Coca-Cola.

« On ne fait pas les colis pour devenir riche, c’est la famille là-bas qui a besoin aussi de cette rentrée d’argent. Ce sont les femmes là-bas, surtout, qui nous demandent d’envoyer le khat, elles le vendent et avec le bénéfice, elle nous aide ici, participent aux dépenses de la famille. » (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)

Ces stratégies de contournement à l’international ont un coût financier et la probabilité accrue de tout perdre décourage de plus en plus et notamment ceux qui n’ont pas les moyens de prendre des risques. Il leur resterait alors le commerce transfrontalier et local. Quoique…

À Madagascar, les fermiers et paysans aussi cultivent le khat.

En Éthiopie : une manne financière à contrôler

Si le khat suit des chemins qui l’emportent au loin, rappelons toutefois que la première destination d’exportation des feuilles cultivées dans l’est éthiopien est le Somaliland, où 60 000 kilos sont exportés quotidiennement en toute légalité.

Une entreprise privée, la 571, gérée par un couple éthio-somaliland, exerce un monopole grâce, notamment, à sa flotte de livraison : 25 camions ISUZU FSR (contenance de 8 tonnes au moins) et deux Antonov basés sur le tarmac de Dire Dawa.

La seconde destination, tout aussi autorisée, est celle de Djibouti où chaque jour, 15 000 kilos y sont expédiés légalement.

Aujourd’hui quatre grandes compagnies « privées » (mais non sans lien avec l’État parti) et une centaine de licences attribuées – majoritairement à des hommes – trustent la filière en partenariat avec une société relais djiboutienne (la SODJIK) qui réalise en moyenne, à la revente, un chiffre d’affaires annuel de 32,8 millions de dollars.

Cette « rationalisation » du secteur de l’exportation au début des années 2000 – à l’ère du « libéralisme politique » et de la « libéralisation économique » – permet à l’État éthiopien de contrôler une partie des revenus générés par le khat ; de faire émerger ses propres figures de la réussite ; de limiter la prolifération d’outsiders locaux qu’il lui serait plus difficile d’identifier, de taxer et de surveiller. Et ce d’autant plus que dans cette région orientale, mâcher ensemble dans l’intimité des salons serait associé, vue du Palais, au complot et à la contestation sociale.

De plus, favoriser quelques entreprises fidélisées permet à l’État de manœuvrer politiquement dans cette région où des fronts de libération ont contesté/contestent le pouvoir de l’autorité centrale. Ainsi l’un de mes informateurs me rapporte à propos d’un des gros distributeurs de khat de la ville :

« Tu distribues le khat, tu fais de l’argent, tu deviens riche alors le gouvernement vient vers toi […]. Ils veulent […] que tu te présentes aux élections pour eux. C’est avec le khat qu’on gagne les élections ici à Dire Dawa et dans l’Ogaden ». (L., Dire Dawa, mars 2015).

Les femmes, ces aventurières quotidiennes du khat

Si le secteur se réorganise, la contrebande aussi : de Dire Dawa au Somaliland, 30 000 kg transiteraient par jour, tandis que 3 000 kg passeraient en douce vers Djibouti. Si le contrôle de l’État n’est pas sans faille, si les trafics demeurent, ce sont en revanche ses acteurs qui changent peu à peu.

« Il y avait une majorité de femmes sur les trains […], je dirai 80 % de femmes, surtout des femmes issas et oromos […] elles se faisaient taxer à chaque station, dès Dire Dawa, mais personne ne les empêchait de faire leur business, tout le monde y participait, on y gagnait tous […] sans la contrebande, Dire Dawa serait morte ». (J., Dire Dawa, février 2014)

En effet, des années 1970 au début des années 2000, ce sont les femmes qui embarquaient à bord des trains vers Djibouti avec du khat frais et redescendaient à Dire Dawa avec des produits de consommation courante (boîtes de sardines, vêtements) bravant la répression policière et les abus de pouvoir des hommes.

« Il était impératif pour ces commerçantes de coopérer avec le personnel du chemin de fer […]. Oui, les gars les aidaient parce qu’ils avaient couché avec elles […]. » (H., Dire Dawa, avril 2013).

Aux décisions politiques de réorganisation de la filière d’exportation (qui profitent à certains hommes, et bien moins aux femmes) s’ajoute celle de mettre fin à la circulation du train vers Djibouti.

Pour les commerçantes, ce coup de sifflet marque la fin du voyage et le repli sur les petits et grands marchés de khat locaux où, derrière leurs étals, elles exercent le monopole de la vente de proximité.

Pour l’’heure les femmes résistent d’autant mieux que les représentations sociales font encore rimer la vente du khat au féminin. Cette spécificité genrée de l’activité est volontiers justifiée par la division sexuelle du travail, par la soi-disant inadéquation féminine au ruminage, par les qualités essentialistes attribuées aux femmes mais, plus encore, par la corrélation entre l’effet que suscite la vendeuse et celui « sensuel » que procure le bouquet au mâcheur qui maintient les dames comme vendeuses et les messieurs comme clients.

Mais, pour combien de temps encore ce pré-carré ?

Devantures d’étals vendant du khat à Djibouti, mai 2015. Carl de Souza/AFP

Une autre mondialisation

Tantôt fléau à éradiquer, tantôt or vert qui fait vivre une région entière, le khat peut être lu comme une marchandise ambivalente qui change de statut, de valeur et de matérialité car ses circonvolutions à l’international l’exposent à l’altérité, aux différents bastions moraux. À la confrontation des normes. Aux rapports de pouvoir.

Ainsi, loin de Davos et de Wall Street, il y a ces resquillages permanents de commerçants qui continuent d’alimenter les marchés internationaux ; il y a aussi ces consommateurs qui continuent à se repaître à travers le monde, quelles qu’en soient les conséquences – puisque devenir un citoyen modèle ne serait pas compatible avec le masticatoire ; il y a enfin ces anciennes contrebandières sédentarisées qui doivent composer avec une potentielle confiscation des hommes.

L’ouverture d’une nouvelle ligne de train entre l’Éthiopie et Djibouti en 2018 bénéficiera-t-elle aussi aux vendeuses de khat ?

Suivre la marchandise khat propose donc de s’immerger dans une autre mondialisation, non pas celle des grandes entreprises transnationales, mais celle plus « discrète », celle dite « par le bas », pour en cerner certains des enjeux économiques et politiques. Entre l’intime et le monde, entre connexions et déconnexions, il convient d’entendre aussi ce que les hommes font du khat et ce que le khat, sur un marché globalisé, fait aux hommes. Et plus encore, aux femmes.

L’auteure vient de publier Puissance khat, Vie politique d’une plante stimulante aux éditions PUF.

 

The Conversation

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Le rocher de Gibraltar, à moins de 20 km des côtes africaines, c’est l’entrée sud de l’Europe. C’est aussi l’un des détroits les plus surveillés au monde, puisqu’il est devenu le passage obligé des tonnes et des tonnes de drogue des montagnes du Rif marocain…qui sont expédiées chaque jour.

La plupart du hasch consommées en France en Allemagne en Angleterre passe par le détroit de Gibraltar, avant d’arriver sur les plages de la Costa del Sol, de Tarifa, Cadix, Huelva ou sur les cotes algériennes, françaises, italiennes, portugaises , tunisiennes et parfois anglaises.

 

Estimation du trafic: 15 tonnes de haschich par 24 heures

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The international informant

When Marc Fievet becomes a spy for French customs
 
When Marc Fievet becomes a spy for French customs
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When Marc Fievet becomes a spy for French customs
The extraordinary true story of ordinary Frenchman, Marc Fiévet, moonlighting as a customs informant in Gibraltar. 
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The Informant
with
Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio
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Inspired by real events, The Informant is a gripping crime thriller from screenwriter Abdel Raouf Dafri (A Prophet) and director Julien Leclercq (The Assault). In order to free his family from financial worries, Marc Duval, a Frenchman expatriated to Gibraltar, becomes a spy for French customs. He progressively wins the trust of Claudio Lanfredi, a powerful cocaine importer tied to the dangerous Columbian cartels. This in-depth immersion in the world of drug trafficking forces Marc to take increasing risks. But, as he rises in the cartel hierarchy, he also discovers easy money, temptation and a luxury lifestyle.

http://www.institut-francais.org.uk/cine-lumiere/whats-on/new-releases/the-informant/

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La route du Sud

L’interception par la marine canadienne de trafiquants présumés d’héroïne, en mer d’Arabie, en janvier 2014.

LS D. BARD/MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE/REUTERS

La moitié de la production afghane transiterait par le Pakistan voisin. Une partie est consommée sur place – à moins de 1 euro le shoot -, le reste poursuit son chemin par des circuits complexes en direction de l’est (Inde, Extrême-Orient) ou de l’Afrique. Depuis quelques années, d’importantes saisies effectuées dans l’océan Indien, à proximité des côtes orientales du continent africain, ont démontré l’émergence de cette « route du sud ». Ainsi, en mai et juin 2015, les forces navales de la coalition internationale Task Force 150 ont récupéré 1,5 tonne d’héroïne à bord de sept bateaux au large de la Tanzanie.

Les anglophones surnomment cette voie d’exportation « the smack track » en argot américain, « la piste de l’héro ». En fait, il s’agit d’un ensemble de routes aériennes et maritimes reliant le Pakistan et l’Iran, d’un côté, aux pays du Golfe et à l’Afrique de l’Est, de l’autre. Seule une partie de la drogue est destinée à la consommation régionale, estimée à quelque 2,6 tonnes d’héroïne pure.
« Les zones de transit finissent toujours par devenir des lieux de consommation, explique Olivier Maguet, de Médecins du monde. Les narcos ont besoin d’intermédiaires locaux, qui peuvent être rémunérés en nature. Ces derniers cherchent alors à attirer de nouveaux consommateurs et à créer un marché sur place. »

La voie aérienne, la plus courte et la plus rapide, n’est pas la plus sûre: les aéroports disposent de moyens de détection plus systématiques et plus performants que les ports. Ainsi, les saisies se sont multipliées ces derniers temps dans le « hub » aéroportuaire des Emirats arabes unis (EAU), où transitent d’importants volumes de fret aérien, ainsi qu’au Qatar ou au Kenya.

Mais la très grande majorité des cargaisons d’héroïne parvient en Afrique par voie maritime.

Principaux points de départ: le port de Karachi, au Pakistan, et la côte sud de l’Iran, dans la région du Makran. La « came » traverse l’océan Indien cachée dans des conteneurs à bord de cargos ou sur des boutres, des caboteurs traditionnels à coque en bois. Ces bateaux, appelés dhows en arabe, sillonnent la mer Rouge et l’océan Indien. La plus grosse saisie effectuée sur un boutre date d’avril 2014: en plein océan, une frégate de la coalition navale internationale arraisonne un bateau faisant route entre le Pakistan et la Tanzanie.

A bord, 1032 kilos d’héroïne, dont la pureté avoisine les 60%. Une prise dont la valeur s’élèverait à plusieurs centaines de millions d’euros sur le marché européen. Au total, en 2014, près de 4 tonnes de cette drogue ont été interceptées par les navires de surveillance, soit le double de l’année précédente. Mais quelles quantités échappent aux contrôles? Plusieurs dizaines de tonnes, assurément.

Une fois débarquées sur le continent africain, les cargaisons sont stockées dans des entrepôts, fragmentées et reconditionnées en plus petites unités, souvent de 10 à 20 kilos. Puis la marchandise reprend sa route par rebonds successifs. Pour une part par voie aérienne, vers d’autres pays africains ou l’Europe. « Les vols d’est en ouest d’Ethiopian Airlines, d’Emirates Airline et d’Etihad Airways [EAU], par exemple, sont très surveillés », relève un bon connaisseur des filières.

La drogue circule aussi par la route. Soit vers l’Afrique centrale, via l’Ouganda. Soit vers le sud, à travers le Malawi et le Mozambique. Etape suivante: l’Afrique du Sud, où le port industriel de Durban fait office de carrefour. Une partie des stupéfiants poursuit alors son voyage en bateau, en contournant le cap de Bonne-Espérance; l’autre emprunte les vols internationaux à destination de l’Europe.

« L’Afrique tout entière est devenue une cible prioritaire pour les trafiquants d’héroïne, tant pour le transit que pour la consommation locale », souligne Pierre Lapaque, représentant pour l’Afrique centrale et de l’Ouest de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

« Le marché européen est saturé, poursuit cet ancien commissaire de police français, aujourd’hui en poste à Dakar, au Sénégal. Le continent africain, lui, va voir sa population, déjà très jeune [40% des habitants ont moins de 15 ans], doubler d’ici à 2050. Une véritable classe moyenne, de plusieurs centaines de millions de personnes, est en train d’émerger. Avec leur approche commerciale du crime, les narcos veulent mettre la main sur ce secteur très alléchant. » .

Ce scénario touche de plein fouet l’ouest du continent. En quelques années, les saisies d’héroïne et d’autres opiacés y ont largement augmenté. Avec un épicentre: le Nigeria, dont les gangs contrôlent la réception et le « reroutage » des produits dans la région.

Au-de là de Lagos, tous les grands ports du golfe de Guinée sont concernés, de Cotonou (Bénin) à Lomé (Togo) et Abidjan (Côte d’Ivoire). Faute de moyens de contrôle suffisants, et sur fond de corruption endémique, des colis de 20 à 100 kilos d’héroïne dissimulés dans un conteneur de 20 tonnes se faufilent sans peine entre les mailles du filet.

Une fois à terre, l’essentiel de la drogue prend la direction du nord, pour être acheminée vers les rives de la Méditerranée, puis l’Europe. Comme la cocaïne ou les méthamphétamines, l’héroïne emprunte alors les traditionnelles routes caravanières à travers l’immensité sahélo-saharienne. Certains tronçons – via Tombouctou et Gao, dans le nord du Mali, Agadez, au Niger, Sebha dans le sud-ouest de la Libye – sont contrôlés par des mouvements armés, notamment des groupes « hybrides », où narcos et djihadistes s’associent, voire se confondent.

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Narco-terro­­riste ?

En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdel­­rah­­man, des passeurs du nord du Mali, ont fran­­chi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Ac­­cra, la capi­­tale du Ghana. Ils étaient là pour rencon­­trer deux hommes qui leur avaient offert l’op­­por­­tu­­nité de gagner des millions de dollars en trans­­por­­tant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdel­­rah­­man des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pour­­boire aux gardes à l’en­­trée et ont salué Moha­­med (un radi­­cal liba­­nais) dans le hall d’en­­trée. Moha­­med les a conduits dans une chambre d’hô­­tel pour rencon­­trer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révo­­lu­­tion­­naires de Colom­­bie, ou FARC. « Hola Colom­­biano », a lancé Touré en entrant. Abdel­­rah­­man, qui voulait appe­­ler David « 007 » en espa­­gnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.

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Crédits : DEA

Touré et Abdel­­rah­­man venaient de Gao, une ville recu­­lée et aride du nord du Mali qui est depuis long­­temps utili­­sée comme plaque tour­­nante de produits de contre­­bande, des immi­­grants aux ciga­­rettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insur­­gés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Magh­­reb isla­­mique (AQMI). Au cours de mois de contacts télé­­pho­­niques et de rendez-vous, David et Moha­­med ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérille­­ros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhai­­taient travailler avec al-Qaïda, orga­­ni­­sa­­tion avec laquelle ils parta­­geaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Moha­­med. Et d’ajou­­ter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’or­­ga­­ni­­sa­­tion : il était à la tête d’une compa­­gnie de trans­­port et four­­nis­­sait, en échange de la protec­­tion de ses camions, de la nour­­ri­­ture et du carbu­­rant à Al-Qaïda.

Pour­­tant, David restait scep­­tique. Il devait s’as­­su­­rer que l’en­­tre­­prise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est syno­­nyme d’enjeux consi­­dé­­rables, étaient prêts à payer Touré et Abdel­­rah­­man à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient trans­­por­­ter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville auto­­nome espa­­gnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des char­­ge­­ments dix fois plus consé­quents suivraient si le premier voyage se dérou­­lait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Moha­­med qu’il était fati­­gué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contre­­bande, qui s’éten­­dait du Ghana au Maroc. Abdel­­rah­­man, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauf­­feur entre­­te­­nant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’ar­­mée malienne, qui les aide­­rait à traver­­ser la fron­­tière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on conti­­nue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdel­­rah­­man sont retour­­nés au Golden Tulip pour collec­­ter leur premier paie­­ment. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, atten­­dait dans un deuxième hôtel pour rece­­voir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrou­­vés nez à nez avec les poli­­ciers ghanéens.

Il s’est avéré que David et Moha­­med n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des infor­­ma­­teurs infil­­trés de la Drug Enfor­­ce­­ment Admi­­nis­­tra­­tion (ou DEA, l’Agence améri­­caine de lutte contre les drogues).

Quelques jours plus tard, Touré, Abdel­­rah­­man et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’en­­vo­­ler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribu­­nal fédé­­ral. Les trois trafiquants ont été incul­­pés — en vertu d’une dispo­­si­­tion peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terro­­risme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terro­­risme et l’autre dans le trafic de drogue. ulyces-narcoterror-02 À l’an­­nonce des charges, Preet Bharara, l’avo­­cate améri­­caine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terro­­ristes s’im­­pliquent dans le trafic de drogue, ils nous four­­nissent davan­­tage d’op­­por­­tu­­ni­­tés de les neutra­­li­­ser et de suppri­­mer les finan­­ce­­ments desti­­nés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la dispo­­si­­tion sur le narco-terro­­risme a été utili­­sée contre Al-Qaïda. Les suspects corres­­pondent préci­­sé­­ment à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne néces­­site pas que les acti­­vi­­tés incri­­mi­­nées se soient dérou­­lées aux États-Unis, a été créée.

Michele Leon­­hart, qui était direc­­trice de la DEA à l’époque des faits, a renché­­rit : « Les arres­­ta­­tions d’aujourd’­­hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des orga­­ni­­sa­­tions terro­­ristes dange­­reuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue inter­­­na­­tio­­naux qui alimentent leurs acti­­vi­­tés. »

Tandis que l’af­­faire des Maliens pour­­sui­­vait son cours, ses défauts sont toute­­fois deve­­nus évidents. Les préve­­nus appa­­raissent davan­­tage comme des hommes malchan­­ceux que comme des crimi­­nels endur­­cis, des amis d’en­­fance qui pensaient que les infor­­ma­­teurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a super­­­visé les dernières étapes de la procé­­dure, a déclaré : « Il n’y a aucune impli­­ca­­tion des suspects ou des infil­­trés… ni dans les acti­­vi­­tés d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’a­­vec la valeur de l’af­­faire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’­­hui citée par la DEA comme un exemple des exploits améri­­cains en matière de sécu­­rité natio­­nale. Depuis que les mesures sur le narco-terro­­risme ont été adop­­tées, la DEA a pour­­suivi des dizaines d’af­­faires qui corres­­pon­­daient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a reven­­diqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbol­­lah, les tali­­bans et les FARC, a insti­­tué le narco-terro­­risme au rang de menace préémi­­nente contre les États-Unis.

À chaque succès supposé, la DEA a fait pres­­sion sur le Congrès pour faire augmen­­ter ses finan­­ce­­ments. En 2012, Michael Braun, ancien­­ne­­ment chef des opéra­­tions de l’agence, a, lors de son témoi­­gnage devant les parle­­men­­taires améri­­cains, fait état des liens entre les terro­­ristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécu­­rité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les ensei­­gne­­ments de leurs expé­­riences. »

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Le trafic de drogue finance-t-il le terro­­risme ?

C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notam­­ment en Colom­­bie et en Afgha­­nis­­tan, il existe des preuves probantes de la colla­­bo­­ra­­tion entre terro­­ristes et barons de la drogue.

Mais un examen appro­­fondi des affaires pour­­sui­­vies par la DEA a révélé de nombreuses simi­­li­­tudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces pour­­suites ont été inten­­tées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terro­­risme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’in­­for­­ma­­teurs qui étaient rému­­né­­rés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inci­­ter leurs cibles à parti­­ci­­per à des mises en scène de complots narco-terro­­riste.

La DEA défend vive­­ment l’ef­­fi­­ca­­cité de ces opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion, affir­­mant qu’elles sont un bon moyen pour iden­­ti­­fier en amont les crimi­­nels qui consti­­tuent une menace pour les États-Unis.

Lou Milione, un haut fonc­­tion­­naire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-tota­­lité de nos enquêtes sont proac­­tives. »

Mais Russell Hanks, un ancien haut diplo­­mate améri­­cain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il offi­­ciait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regar­­dez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajou­­ter : « Ce n’était pas du terro­­risme ; c’était de la mani­­pu­­la­­tion de personnes fragiles, dans des pays écono­­mique­­ment faibles, afin de faire gonfler le nombre d’ar­­res­­ta­­tions. »

Prêts à tout

Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’Ame­­ri­­can Airlines a percuté le Penta­­gone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se préci­­pi­­tant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infil­­tré, Edward Follis, ancien agent fédé­­ral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont préci­­pi­­tés… pour reti­­rer les corps, mais il n’y avait pas de corps à reti­­rer. »

L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre orga­­nisme fédé­­ral de répres­­sion. Et elle comp­­tait envi­­ron 5 000 infor­­ma­­teurs et sources confi­­den­­tielles. Michael Vigil, qui était la tête des opéra­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trou­­ver, nous avons cher­­ché des infor­­ma­­tions sur ce qui s’était passé, qui était respon­­sable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque immi­­nente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui lais­­saient penser que les groupes terro­­ristes commençaient à dépendre du trafic  drogue pour leur finan­­ce­­ment. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propa­­ger. »

ulyces-narcoterror-04Mais d’autres agences de rensei­­gne­­ment ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terro­­risme.

Un ancien enquê­­teur du minis­­tère de la Justice en charge du blan­­chi­­ment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affir­­ma­­tions de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – finan­­cières — ont été trans­­fé­­rées de la DEA vers la lutte contre le terro­­risme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. »

Le narco-terro­­risme, m’a dit l’an­­cien enquê­­teur, « est devenu un moyen effi­­cace pour la DEA de justi­­fier son exis­­tence. »

La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus récep­­tive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécu­­rité natio­­nale, affirme dans son livre Trea­­su­­ry’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puis­­sance natio­­nale » puissent contri­­buer à l’ef­­fort pour « empê­­cher une autre attaque de frap­­per nos côtes ». Quelques mois après les atten­­tats du 11 septembre, lors d’un rassem­­ble­­ment d’or­­ga­­ni­­sa­­tions de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est impor­­tant que les Améri­­cains sachent que le trafic de drogue finance les actes terro­­ristes. Si vous renon­­cez à la drogue, vous rejoi­­gnez la lutte contre le terro­­risme en Amérique. »

En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la poli­­tique natio­­nale de lutte contre la drogue a trans­­formé le message du président en une série de spots de préven­­tion diffu­­sés durant le Super Bowl. Au lieu d’in­­for­­mer sur les dangers liés à l’usage de stupé­­fiants illi­­cites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publi­­ci­­tés mettaient l’ac­cent sur le fait que les drogues aidaient les terro­­ristes à « tortu­­rer le père de quelqu’un » ou à « assas­­si­­ner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources finan­­cières allouées à la branche inter­­­na­­tio­­nale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande parti­­ci­­pa­­tion étran­­gère de l’agence avait été réali­­sée au Mexique et dans la région andine de l’Amé­­rique du Sud, le plus grand produc­­teur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colom­­bie et le Sentier lumi­­neux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébel­­lions paysannes. Ils ont commencé à taxer les produc­­teurs et les contre­­ban­­diers de coca pour finan­­cer leur expan­­sion. La DEA a vu dans ces orga­­ni­­sa­­tions des exemples de la manière dont les moti­­va­­tions crimi­­nelles peuvent empié­­ter, et même prendre le dessus, sur l’idéo­­lo­­gie. À présent, l’agence se concen­­trait sur l’Af­­gha­­nis­­tan, qui avait été l’un des plus grands produc­­teurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les tali­­bans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’is­­lam et l’ont aussi­­tôt bannie. Presque immé­­dia­­te­­ment après la chute des tali­­bans, les agri­­cul­­teurs du pays ont commencé à replan­­ter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient deve­­nir une source de reve­­nus pour finan­­cer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été infor­­mée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le finan­­ce­­ment et a faci­­lité le trafic d’hé­­roïne », décla­­rait Asa Hutchin­­son, l’ad­­mi­­nis­­tra­­teur de la DEA, lors d’une audi­­tion au Capi­­tole en mars 2002.

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Crédits : Strat­­for

Hutchin­­son a ainsi cité plusieurs groupes d’in­­sur­­gés, origi­­naire des pays produc­­teurs de drogue du monde entier, et notam­­ment les FARC, le Sentier lumi­­neux et le Parti des travailleurs du Kurdis­­tan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis long­­temps tenu pour être un lieu impor­­tant du trafic de drogues. L’an­­cien admi­­nis­­tra­­teur a égale­­ment mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone fron­­ta­­lière entre le Para­­guay, le Brésil et l’Ar­­gen­­tine – qui abrite une large et pros­­père commu­­nauté de busi­­ness­­men arabes – est deve­­nue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbol­­lah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Coun­­ter-Narco-Terro­­rism Opera­­tions Center (Centre d’opé­­ra­­tions de lutte contre le narco-terro­­risme), un centre d’en­­traide pour tout rensei­­gne­­ment terro­­riste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’in­­va­­sion sovié­­tique en 1979.

Celle-ci a rassem­­blé des offi­­ciers de police origi­­naires de 19 pays d’Asie et d’Eu­­rope pour parti­­ci­­per à un projet d’échange d’in­­for­­ma­­tions appelé « opéra­­tion de confi­­ne­­ment », qui visait à stop­­per les flux d’hé­­roïne et d’opium afghans.

En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Af­­gha­­nis­­tan, et l’at­­ten­­tion de la DEA s’est tour­­née vers les tali­­bans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’in­­for­­ma­­teurs et des opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion visant les trafiquants liés aux insur­­gés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’a­­lors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’ar­­mée, qui n’était pas dispo­­sée à inter­­­ve­­nir. Edward Follis, l’an­­cien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des comman­­dants mili­­taires améri­­cains avaient pointé du doigt l’agence, quali­­fiant son action de « viola­­tion inten­­tion­­nelle et flagrante ». Selon lui, le Penta­­gone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de captu­­rer ou de tuer des combat­­tants enne­­mis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’af­­faire devant John Mackey, conseiller d’in­­ves­­ti­­ga­­tion répu­­bli­­cain au Comité sur les rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la Chambre des repré­­sen­­tants. L’an­­cien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent répu­­bli­­cain de l’Il­­li­­nois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très inté­­ressé par les ques­­tions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonc­­tionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du person­­nel. « On y trouve des tas d’in­­con­­nus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’im­­pul­­sion de Mackey, les légis­­la­­teurs répu­­bli­­cains ont fait pres­­sion sur le Penta­­gone pour qu’il soutienne les opéra­­tions de la DEA en Afgha­­nis­­tan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplé­­men­­taires, lui permet­­tant d’aug­­men­­ter signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de déve­­lop­­per ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advi­­sory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étran­­ger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des labo­­ra­­toires d’hé­­roïne.

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Le FAST à l’en­­traî­­ne­­ment
Crédits : DEA

L’agence a égale­­ment iden­­ti­­fié une cible afghane très impor­­tante, Haji Bashir Noor­­zai, un trafiquant d’opium qui entre­­te­­nait des liens étroits avec le chef des tali­­bans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noor­­zai sur la liste des barons de la drogue les plus recher­­chés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’hé­­roïne expor­­tées par Noor­­zai atter­­ris­­sait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était diffi­­cile pour la DEA de le pour­­suivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afgha­­nis­­tan, et a averti le Congrès que des gens comme Noor­­zai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élar­­gis­­sions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédi­­ger une loi qui confé­­re­­rait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terro­­risme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à atti­­rer l’at­­ten­­tion de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clai­­re­­ment que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste étran­­gère, les produc­­teurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être pour­­sui­­vis pour “soutien maté­­riel au terro­­risme”, que les substances illi­­cites soient desti­­nées ou non à entrer aux États-Unis. »

La loi a été adop­­tée en 2006. Mais des inter­­­ro­­ga­­tions chez des fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice sur son appli­­ca­­tion ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines auto­­ri­­tés se sont inquié­­tées du fait que des procu­­reurs trop zélés pour­­raient être tentés d’uti­­li­­ser la légis­­la­­tion sur le narco-terro­­risme contre les adoles­­cents toxi­­co­­manes arrê­­tés avec de l’hé­­roïne afghane en leur posses­­sion. Follis, qui ne plai­­san­­tait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez incul­­per un sand­­wich à la morta­­delle. » Cepen­­dant, lorsque les fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice ont proposé d’ajou­­ter des éléments de langage à la loi pour défi­­nir plus stric­­te­­ment la notion de terro­­risme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préci­­ser ce que nous enten­­dons par “terro­­risme” », a-t-il dit. « Vous le recon­­nais­­sez quand vous le voyez. » ulyces-narcoterror-07Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recher­­chés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrê­­ter, respec­­ti­­ve­­ment en Espagne et en Thaï­­lande. Un ancien haut fonc­­tion­­naire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accu­­sés de narco-terro­­risme, l’au­­to­­ri­­sa­­tion élar­­gie dont béné­­fi­­ciait la DEA pour enquê­­ter lui a donné les moyens de pour­­suivre les trafiquants. David Raskin, ancien procu­­reur prin­­ci­­pal du District sud de New York, a salué ces arres­­ta­­tions. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à propre­­ment parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient mani­­fes­­te­­ment des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »

En 2008, la DEA faisait partie de ladite commu­­nauté du rensei­­gne­­ment des États-Unis, qui regroupe les orga­­nismes mili­­taires et civils les plus impor­­tants de l’es­­pion­­nage améri­­cain depuis 1981. Michael Braun, qui est large­­ment consi­­déré comme l’ar­­chi­­tecte du programme afghan, a déclaré aux jour­­na­­listes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de géné­­raux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous obser­­vons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Compre­­nant de larges zones de terri­­toire lais­­sées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puis­­sance des groupes djiha­­distes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le conti­nent était perçu par le Dépar­­te­­ment de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terro­­risme. La DEA a iden­­ti­­fié l’Afrique de l’Ouest comme étant un impor­­tant point de tran­­sit pour la cocaïne sud-améri­­caine. Comme en Afgha­­nis­­tan, la plupart des drogues étaient desti­­nées au marché euro­­péen. Mais la DEA soute­­nait que l’argent de ce busi­­ness finis­­sait dans les mains de terro­­ristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colom­­biens qui avaient été arrê­­tés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir trans­­porté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les terri­­toires occu­­pés par AQMI. « Si quelque chose tran­­si­­tait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.

Fin 2008, Derek Maltz, qui diri­­geait alors la divi­­sion « opéra­­tions spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts diri­­geants du Penta­­gone fraî­­che­­ment établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécu­­rité natio­­nale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire person­­nelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présen­­ta­­tion par une série de photo­­gra­­phies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauve­­teurs para­­chu­­tistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fière­­ment. La troi­­sième photo montrait une ligne d’hé­­li­­co­­ptères station­­nés sur un aéro­­drome en Afgha­­nis­­tan. Il y avait un vide là où aurait dû se trou­­ver un héli­­co­­ptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’en­­nemi », a dit Maltz dit à l’as­­sem­­blée d’of­­fi­­ciers. « Mais parfois, c’est impos­­sible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »

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Des combat­­tants d’AQMI dans le Sahel

Les maîtres du désert

Harouna Touré est né dans un petit village d’éle­­veurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entas­­sés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agri­­cole qui construi­­sait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expres­­sifs, a démé­­nagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Alma­­tar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui trans­­por­­tait des marchan­­dises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la fron­­tière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’en­­droit grouille d’un commerce non régle­­menté datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict mini­­mum, et conduire 60 kilo­­mètres pouvait prendre une jour­­née entière. « Quand vous arri­­vez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était diffé­rent », dit-il. « Je pouvais rencon­­trer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’ar­­tère prin­­ci­­pale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entre­­prise dans le Sahel était, par défi­­ni­­tion, une acti­­vité « presque » légale. Lui et son frère trans­­por­­taient de la nour­­ri­­ture, du carbu­­rant, des maté­­riaux de construc­­tion, des ciga­­rettes et des travailleurs bangla­­dais – la plupart d’entre eux arri­­vés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrô­­lés. Les conduc­­teurs voya­­geaient dans des convois armés pour se proté­­ger, ainsi que leurs cargai­­sons, des bandits. Ils devaient aussi payer les mili­­taires, les commu­­nau­­tés tribales et les milices ethniques armées qui contrô­­laient le terri­­toire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le terri­­toire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nour­­ri­­ture ou du carbu­­rant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous expo­­siez à de gros problèmes. »

Pendant un certain temps, la situa­­tion a souri à Touré. Il a monté une entre­­prise de construc­­tion qui gérait de petits projets au sein des commu­­nau­­tés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voya­­ger jusqu’à Paris et payer le pèle­­ri­­nage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’ap­­pe­­laient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chan­­tiers sans avoir été payé pour les précé­­dents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le trai­­te­­ment de son frère Alma­­tar, devenu diabé­­tique et dont le pied avait été amputé. ulyces-narcoterror-09-1Au même moment, la DEA a commencé à plani­­fier ses opéra­­tions en Afrique de l’Ouest. Parmi les prin­­ci­­pales cibles de l’agence figu­­rait AQMI, qui avait récem­­ment commis un atten­­tat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étran­­gers, des diplo­­mates et des jour­­na­­listes pour obte­­nir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de compa­­rable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comp­­tait nombre d’em­­ployés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opéra­­tions sur le conti­nent afri­­cain ont été super­­­vi­­sées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terro­­risme en charge de la région était basée à Chan­­tilly, en Virgi­­nie. Et l’agence manquait si cruel­­le­­ment d’agents fami­­liers des dialectes afri­­cains qu’a été contrainte de s’ap­­puyer sur des infor­­ma­­teurs, rému­­né­­rés seule­­ment si leurs rensei­­gne­­ments donnaient lieu à des pour­­suites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonc­­tion de leurs infor­­ma­­tions, et que sa conduite en Afrique était diffé­­rente de celle qu’elle obser­­vait sur d’autres conti­­nents.) « Nous avions d’im­­por­­tantes lacunes dans nos connais­­sances », m’a confié un ancien fonc­­tion­­naire de la DEA en charge du rensei­­gne­­ment. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circu­­ler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Moha­­med faisait partie des infor­­ma­­teurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’af­­faires liba­­nais qui entre­­tient des liens avec les commu­­nau­­tés arabes d’Amé­­rique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’af­­faire des Maliens.

En septembre 2009, une enquête sur un complot indé­­pen­­dant a conduit Moha­­med à Oumar Issa, un Malien à la carrure impo­­sante, souriant, les traits angu­­leux, qui travaillait comme ouvrier agri­­cole et chauf­­feur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tour­­nante du trafic en Afrique de l’Ouest. Moha­­med a confié à Issa qu’il cher­­chait quelqu’un qui pour­­rait aider un groupe de riches Colom­­biens à faire tran­­si­­ter de la drogue du Ghana vers l’Es­­pagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour cher­­cher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’ado­­les­­cence, mais quand Issa a abordé la ques­­tion du trans­­port de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloi­­gné de l’is­­lam, était connu pour être un alcoo­­lique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, prin­­ci­­pa­­le­­ment pour des raisons reli­­gieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situa­­tion propo­­sée par Moha­­med. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traver­­ser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’au­­rait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »

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Accra, au Ghana
Crédits : Andrew Lyon

Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de reve­­nir sur sa déci­­sion. « J’ai pensé que si je pouvais me conten­­ter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pour­­rais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdel­­rah­­man, qui vendait des pièces d’au­­to­­mo­­biles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les infor­­ma­­teurs préten­­daient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdel­­rah­­man ont égale­­ment fait mine d’ap­­par­­te­­nir à un réseau crimi­­nel qui entre­­te­­nait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objec­­tif était d’ame­­ner les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opé­­ra­­tion, puis de dispa­­raître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très diffi­­cile de les berner.

Le 6 octobre 2009, Touré et Moha­­med se sont rencon­­trés pour la première fois, dans une chambre d’hô­­tel au Ghana. D’après la vidéo de l’en­­re­­gis­­tre­­ment fourni par la DEA, Moha­­med, un homme de grande taille dont la bedaine dépas­­sait de sa cein­­ture, a sorti une carte et proposé un itiné­­raire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Moha­­med que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des isla­­mistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Moha­­med, qui préfé­­rait les appe­­ler « nos frères », a dit : « Lais­­sons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Améri­­cains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Moha­­med deman­­dait plus de garan­­ties. Il a dit à Touré qu’il invi­­te­­rait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il rame­­nait un repré­­sen­­tant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Rami­­rez, un trafiquant de drogue déjà condamné origi­­naire de Detroit qui travaillait comme infor­­ma­­teur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdel­­rah­­man pour jouer le rôle du chef d’une milice affi­­liée à Al-Qaïda.

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L’ar­­ri­­vée de la police ghanéenne
Crédits : DEA

La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retrans­­crip­­tions sont diffi­­ciles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clai­­re­­ment été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cher­­chaient à obte­­nir des décla­­ra­­tions pouvant incri­­mi­­ner leurs inter­­­lo­­cu­­teurs. À une occa­­sion, Moha­­med a donné l’ins­­truc­­tion aux cibles de l’enquête de s’adres­­ser de façon plus agres­­sive s’ils voulaient persua­­der David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guer­­riers », a déclaré Moha­­med. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répé­­ter. Vous compre­­nez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’ache­­ter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puis­­siez l’ache­­ter. » Moha­­med a suggéré que la marque de confiance de David méri­­tait un retour d’as­­cen­­seur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Moha­­med. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vrai­­ment « les maîtres du désert ». Abdel­­rah­­man est inter­­­venu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

source

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Pour Marc Fievet, l’OHIM aurait pu demander à l’ex DG de la Douane française Jean-Dominique Comolli de venir partager son expérience de tabatier…

Le rapport de l’Office européen de lutte contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle vient d’être publié par l’Office Européen de l’Harmonisation du Marché Intérieur (OHIM). Que de noms compliqués pour des concepts simples !
L’OHIM est un organisme qui gère les marques européennes. Il y a quelques années, il a créé un bureau d’étude pour suivre l’évolution d’une pratique illégale qui nuit à l’économie européenne : la contrefaçon.

La contrefaçon est la copie des produits protégés par des droits intellectuels parce qu’ils sont le résultat d’une recherche, d’innovations techniques, biologiques, esthétiques.

En France, ces droits sont d’une importance capitale dans l’industrie mécanique, le luxe et la mode, la pharmaceutique et tant d’autres domaines… on estime que la contrefaçon y occasionne 60 000 pertes d’emplois, couterait 6,8 milliards d’euros . Il occasionne des risques graves pour la santé, freine l’innovation. Sans compter l’impact environnemental : surproduction de produits de mauvaise qualité, sur- consommation de produits à prix cassés, destruction de ces produits…
Ce bureau a notamment pour rôle de dresser la liste des produits les plus contrefaits, les pays producteurs et les nouvelles cibles des contrefacteurs. Sans surprise, la Chine produit l’écrasante majorité des contrefaçons et se diversifie comme aucun autre pays : tee-shirts de mauvaise qualité, jouets pour enfants décorés avec des peintures cancérigènes, pièces détachées d’automobiles ou produits pharmaceutiques. La contrefaçon est une gangrène qui se propage à toute l’économie réelle et devient sans cesse plus dangereuse. Et les saisies douanières sont là pour en témoigner : en quantité, en diversité, la contrefaçon est un phénomène qui croît sans discontinuer depuis des nombreuses d’années.
Dans cet océan de faux produits, certains s’en tirent bien, notamment les produits du tabac. Pourtant la Chine est de loin le plus gros consommateur au monde et le plus gros producteur également.

Mais en Union Européenne, il n’existe quasiment pas de contrefaçon de tabac. Les trafics sont composés quasi-exclusivement de cigarettes légitimes, provenant des usines des 4 multinationales du tabac.

Comment expliquer ce phénomène ? Facile : un paquet de cigarette ne coûte pas plus de 15 centimes à produire. Ce sont les taxes et les marges des fabricants qui gonflent son prix. A ce prix-là, impossible pour d’autres produits à prix cassé d’envahir un marché déjà occupé. Mais pourquoi les produits authentiques se retrouvent-ils tant sur les marchés parallèles ? Pour mettre à mal les politiques de santé publique qui, avec des prix prohibitifs, tentent d’empêcher les jeunes de commencer à fumer, il faut bien trouver un moyen de vendre du tabac. Or sans contrebande, l’argent de poche ne permet pas de s’acheter de paquets à 10 euros ! A 3 ou 4 euros c’est une autre histoire…
Pourtant, dans les publications annuelles sur les trafics (ou celles des innombrables relais que l’industrie crée, finance, instrumentalise), la contrefaçon apparait comme un problème central. C’est pour ça que ces publications sont critiquées pour leur méthodologie biaisée.
Pourquoi ces rapports mêlent-ils contrebande et contrefaçon dans une même catégorie ? Si l’on veut s’attaquer aux trafics de tabac en France, c’est à la contrebande qu’on doit s’attaquer. Mais si l’on veut protéger les “droits de propriété intellectuelle” des industriels du tabac, c’est à la contrefaçon qu’on doit s’en prendre. Un flou est entretenu dans tous les rapports financés par l’industrie du tabac pour que sa responsabilité soit diluée.
La dernière version du rapport KPMG (financé par Philip Morris !) publiée début juin 2019 qui contient comme d’habitude une section « Contrefaçon et contrebande » fait à nouveau de la contrefaçon un problème majeur.
Dans un fourre-tout insensé, ce sont contrebandes et contrefaçons qui sont mises ensemble. Insensé ? Pas vraiment, car ce faisant la responsabilité de l’industrie du tabac se trouve diluée.

On assimile les trafics aux méchants chinois, et on plaint les gentilles sociétés victimes et acculées… qui sont en réalité derrière ces trafics !

Que ce jeu malsain soit l’apanage de cols blancs peu scrupuleux, c’est désolant mais pas étonnant.
Cela devient révulsant quand ces pratiques trompeuses se généralisent à la sphère publique.

Preuve en est le dernier livre blanc de l’Unifab sur la contrefaçon sur internet. Cette association, reconnue d’utilité publique, est censée protéger les intérêts de ses adhérents contre la contrefaçon. Elle a publié le 5 juin dernier un rapport produit en collaboration avec l’Association de Lutte Contre les Commerces Illicites (ALCCI)… une association connue pour être financée par l’industrie du tabac.

Ce n’est d’ailleurs par la première fois que l’ALCCI participait à ce genre d’enfumage : déjà à Bruxelles il y a un an, un colloque financé par Philip Morris avait réuni tout le gotha sous le thème : « contrebande, contrefaçon et financement du terrorisme ». Car il n’y a pas de limite à l’instrumentalisation des pires malheurs pour se rapprocher des pouvoirs publics.

Les patrons de la Commission Européenne invités – dont Pierre Moscovici- après avoir accepté, ont courageusement décliné l’invitation, après que le Canard enchaîné a publié la participation du Commissaire européen aux taxes et aux douanes !

Une participation à un évènement financé par le plus gros industriel du tabac qui fait tout pour contourner ces taxes n’était en fait pas conseillé par son service de communication ?
Mais il n’y a malheureusement pas qu’à Bruxelles que ces fumisteries sont pratiquées.
En France, où il est avéré – par certains industriels du tabac eux-mêmes !- que la contrefaçon ne représente pas plus de 0,2% du marché français, on retrouve les mêmes manigances. Ainsi, pour présenter le système de lutte contre les trafics de tabac mis en place à partir du 20 mai 2019, la Douane française déclare sur son site que le système de traçabilité « permettra de mieux lutter contre la contrebande et la contrefaçon des produits du tabac ». Pourtant s’il y a bien une entité qui doit connaître le sujet, c’est la douane. Le bureau “fiscalité douanière” partage les point de vues des fabricants de tabac, même si la France a tout sauf les mêmes intérêts. D’ailleurs, quand il s’agit de communiquer sur les montants de la fraude, le bureau “affaires juridiques et lutte contre la fraude” de la Douane ne parle plus de contrefaçon, mais seulement de contrebande

images(232)8582288626521476937.jpgLa lutte contre les trafics de tabac aurait-elle plusieurs visages selon les bureaux de la douane concernés ?

Seul Rodolphe Gintz, Directeur Général des Douanes, et responsable tant des fraudes que des droits indirects pourrait expliquer pourquoi certains dans son organisation reproduisent ces concepts de communication pensés par l’industrie du tabac alors que d’autres parlent plus simplement de contrebande.
L’approche des douanes est donc difficilement compréhensible.

Ce que l’on comprend sans mal en revanche, c’est que le lobby du tabac est omniprésent et influent jusqu’aux plus hautes officines.

Jusqu’au Parlement Européen, où les plus curieux pourront demander à Sonia Krimi, députée de la République en Marche, pourquoi elle invite le 20 juin le responsable de Philip Morris International pour un colloque à l’Assemblée Nationale sur la lutte contre les trafics. Alors que l’OMS recommande expressément de ne pas laisser participer l’industrie du tabac lorsque ce n’est pas strictement nécessaire.

Sans doute attend-elle de sa part un éclairage opportun sur les liens entre contrebande, contrefaçon, manipulation et entrisme…

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