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Par Salomé Legrand

D’après un premier comptage, une quarantaine se font fait porter pâle et une dizaine ont posé un jour de congé sur les 70 enquêteurs que compte le service. Ils dénoncent la mise en examen de deux d’entre eux.

 

 

Des bureaux désertés par les enquêteurs. Les policiers de l’Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) ont passé un nouveau cap dans leur grogne mercredi matin. D’après les informations du service police-justice d’Europe 1, l’essentiel des agents se sont fait porter pâle aujourd’hui (une quarantaine sur 70, selon un premier décompte). Une dizaine d’autres ont posé un jour de congé.

Après avoir déposé symboliquement leurs armes lundi, ils ont rendu à leur hiérarchie toutes leurs procédures en cours concernant la  juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Paris, mardi et envoyé un mail à chacun des magistrats concernés pour dénoncer « l’insécurité juridique » qu’ils ressentent. En cause, la mise en examen (les 12 et 13 octobre dernier) par des magistrats de la JIRS75 de deux d’entre eux, dont un commissaire divisionnaire, pour « complicité d’importation de stupéfiants ».

« On veut éviter d’autres mises en examen ». « On est écœurés », lâchent de concert deux enquêteurs de l’Ocrtis rencontrés par Europe 1. « Là on est dans l’urgence, c’est un appel au secours, on veut éviter d’autres mises en examen », détaillent les deux policiers pointant « un problème de confiance et de loyauté ». Et d’expliquer qu’avec ces mises en examen, la JIRS75 remet en cause « des méthodes de travail (gestion des informateurs, livraison surveillées) discutées et avalisées par le parquet depuis plusieurs années ».

« S’il y avait des ripoux, je ne serais pas là », confie un chef de groupe qui souligne que le mouvement a été décrété « à l’unanimité » des enquêteurs et hors des syndicats, qui le soutiennent néanmoins. « Il y a des montages plus ou moins bien faits on pourrait affiner », admet le gradé, « mais tous autour d’une table, police et justice travaillant dans le même sens ».

« Des voies de recours existent contre les mises en examen ». En face le mouvement fait bondir Pascal Gastineau, président de l’association française des magistrats instructeurs qui le juge « excessif ». Interrogé par Europe 1, le magistrat rappelle que « des voies de recours existent contre les mises en examens qui visent des personnes précises en fonction de faits précis ». Et d’ajouter « : ceux qui vont en bénéficier sont les gens qui sont visés par ces procédures ».

« C’est regrettable que ce soit les investigations qui s’arrêtent », regrette Pascal Gastineau qui dénonce « une atteinte à l’Etat de droit ». D’après les informations d’Europe 1, un des dossiers en cours d’instruction renvoyés par l’Octris a d’ores et déjà atterri sur le bureau de la Brigade des stups parisienne.

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Lettre ouverte

Madame la garde des Sceaux,

Il s’est produit, lundi 16 octobre 2017, un événement notable: plusieurs dizaines de fonctionnaires de police de l’office central de répression du trafic illicite de stupéfiants ont symboliquement décidé de  » rendre les armes » et ont fait savoir, dés le lendemain, aux juges d’instruction parisiens chargés de la lutte contre a criminalité organisée qu’ils refusaient dorénavant d’effectuer dans des dossiers en cours, le moindre acte d’enquête.

En cause: les mises en examen de plusieurs fonctionnaires de ce service dans différentes enquêtes, suivies pour l’un d’entre eux, du retrait de son habilitation d’officier de police judiciaire.

Deux syndicats de police ont publiquement appuyé les pressions ainsi exercées sur les juges d’instruction. Comme souvent en pareil cas, ce bras de fer brutal n’a suscité aucune réponse de l’institution judiciaire laissant prospérer le fantasme dune magistrature hors de contrôle bridant une police qui, elle, assurerait par tous la protection des citoyens contre la délinquance organisée.

Ces façons de procéder de la part d’un service d’enquête qui revendique ainsi pour lui-même des formes d’impunité inacceptables dans une démocratie, appellent pourtant une réponse forte dénonçant les pressions exercées sur les magistrats chargés de ces enquêtes difficiles. L’indépendance de la Justice est un bien précieux qui garantit a chaque citoyen mis en cause – policiers compris – de bénéficier d’une enquête fondée sur des preuves régulièrement rapportées  et de la possibilité d’exercer des recours juridictionnels.

Pour l’heure, vous avez choisi de garder le silence – ce silence auquel vous nous avez déjà habitues dans votre relation avec le ministre de l’intérieur. Les magistrats ne comprennent pas que, devant le spectacle affligeant qui se donne à voir depuis lundi, une parole politique ne vienne pas rappeler les policiers à leur mission: appliquer la loi, sous l’autorité des magistrats qui dirigent les enquêtes qui leur sont confiées.

Nous souhaitons évoquer avec vous dans les plus brefs délais cette situation, qui met en péril à court terme l’action des magistrats spécialisés des JIRS, JIRS dont la plupart connaissent ou ont connu dans un passé récent, contrairement à ce qui est affirmé par les policiers, de graves difficultés avec cet office central.

Nous souhaitons ainsi revenir sur les voies de renforcement du contrôle de la mise en œuvre de certaines techniques d’enquêté, qui, dans le cadre juridique actuel, ouvrent la voie à des dérives, et plus généralement sur les rapports entre Police et Justice. C’est la raison pour laquelle nous vous demandons de nous accorder un entretien.

Compte tenu de la gravité de la situation, vous comprendrez que nous rendions ce courrier public.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Garde des sceaux, l’expression de notre vigilante considération.

Clarisse TARON

Présidente

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Si les enquêteurs de l’OCRTIS rendent tous les dossiers en cours qu’ils ont avec les magistrats de la Jirs Paris, c’est du jamais-vu et cela risque de déstabiliser l’institution policière et judiciaire! 

C’est un nouveau coup de tonnerre qui vient de retentir ce lundi 16 octobre au sein de l’un des principaux services de police, chargé de la lutte anti-stups.

Plusieurs dizaines de policiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), implanté à Nanterre dans les Hauts-de-Seine, ont décidé de déposer leurs armes de service en signe de contestation après la mise en examen, intervenue ce vendredi 13 octobre, de deux de leurs collègues.

Selon nos informations, un commissaire divisionnaire – ex-numéro trois de l’Ocrtis, responsable de la division opérationnelle – ainsi qu’un commandant, chef de groupe, sont notamment poursuivis pour « complicité de trafic de stupéfiants » par deux juges d’instruction de la juridiction inter régionale spécialisée (Jirs) de Paris.

Une dizaine de kilos de cocaïne importée

La justice leur reproche d’avoir « supervisé », à l’été 2013, une importation de cocaïne, acheminée depuis les Caraïbes à destination de l’aéroport d’Orly, dans le Val-de-Marne, pour le compte de trafiquants franciliens. Une « livraison surveillée (LS) », dans le jargon des policiers, spécialisés dans la lutte contre les narcotrafiquants, au cours de laquelle une dizaine de kilos de cocaïne avait été importée sous la surveillance de fonctionnaires de l’Ocrtis. Une importation de drogue censée avoir été validée par un magistrat.

Lire plus: http://www.lepoint.fr/societe/fronde-chez-les-policiers-de-l-anti-stups-17-10-2017-2165100_23.php

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« Complicité pour trafic de drogue« , voila donc les raisons qui auraient poussé les magistrats de la JIRS de Paris à mettre en examen un chef de groupe et le commissaire divisionnaire Stéphane Lapeyre dans un dossier de livraison surveillée de cocaïne à Orly.

Ce dossier qui pue la merde comme les précédents continue donc à polluer l’activité de lutte contre les stups qui depuis quelques mois est au ralenti!

Il serait vraiment souhaitable que les magistrats qui ont autorisé ces actions d’infiltration suivies de livraisons surveillées s’expliquent au grand jour.

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Qu’est-ce qu’une JIRS ?

Créées par la loi du 9 mars 2004 et mises en place en octobre 2004, les juridictions inter-régionales spécialisées (JIRS) regroupent des magistrats du parquet et de l’instruction possédant une expérience en matière de lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière dans des affaires présentant une grande complexité.

La loi a donné une compétence inter-régionale à 8 juridictions implantées, eu égard à l’importance des contentieux traités et aux aspects liés à la coopération transnationale, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Rennes, Bordeaux, Nancy et Fort de France. Les JIRS ne sont donc pas un nouvel ordre de juridiction.

Les JIRS sont compétentes pour l’enquête, la poursuite, l’instruction et le jugement des délits et des crimes entrant dans leur domaine de compétence :

  • En matière de criminalité organisée : trafic de stupéfiants, traite des êtres humains, proxénétisme aggravé, crimes aggravés d’extorsion, crimes de fausse monnaie, toute infraction commise en bande organisée (vol, meurtre, torture et actes de barbarie, escroquerie…), délit d’association de malfaiteurs…
  • En matière économique et financière : abus de biens sociaux, banqueroutes, travail illégal, emploi d’étrangers sans titre en bande organisée, infractions au code de la consommation, escroqueries en bande organisée, escroqueries à la TVA, abus de confiance et abus de faiblesse très élaborés, commis au préjudice de nombreuses victimes, contrefaçon de marques, contrebande de tabac et infractions au code des douanes, corruption, prise illégale d’intérêt, trafic d’influence…

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Ce que dit le Ministère de la justice au sujet des JIRS:

Les JIRS apportent une plus-value remarquable.

Elles se montrent capables d’aller au-delà de la délinquance visible, du fait identifié, et de percevoir les réseaux qui organisent cette délinquance et la font prospérer.

Ce sont des juridictions qui savent atteindre la racine, afin d’exercer une efficacité plus large, plus grande et plus durable.

Ce que ne dit pas le Ministère de la justice:

Pour mériter de tels compliments d’excellence, les JIRS peuvent compter sur les actions d’infiltration, les arrangements avec les indics et tout le travail des policiers de terrains qui, eux, sont amenés parfois à mettre les mains dans le cambouis!

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En France, l’opération PANGEA X a associé les services de police, de gendarmerie, la douane ainsi que les autorités de régulation et de contrôle compétentes en matière de médicaments et de santé publique (OCLAESP[1] , DNRED[2] , SNDJ[3] , ANSM[4] , DCPJ[5] /OCLCTIC[6] , DGGN/SCRC-C3N[7] ), avec le concours d’une partie des acteurs privés de l’Internet.

Le dispositif national de contrôle douanier a mobilisé la totalité des directions régionales des douanes, la douane judiciaire (SNDJ), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), ainsi que le service national de ciblage douanier (SARC) chargé du ciblage d’expéditeurs et de dénominations commerciales à risque en matière de produits de santé.

L’opération internationale « PANGEA X  » s’est déroulée du 12 au 19 septembre 2017 dans une centaine de pays.

Elle a donné lieu à un grand nombre d’arrestations et de constatations dans le monde entier, ainsi qu’à la saisie de milliers de médicaments potentiellement dangereux.

En France, l’opération a permis la saisie de plus de 433 000 produits de santé illicites et 1,4 tonne de produits de santé en vrac.

Plus de 70 % des produits saisis proviennent d’Asie (principalement d’Inde et de Singapour).

La majorité de ces produits est constituée de médicaments dépourvus d’autorisation de mise sur le marché, de médicaments détournés de leur usage et utilisés comme stupéfiants, de produits dopants (stéroïdes, hormones de croissance, etc.), de crèmes éclaircissantes pour la peau mais aussi de principes actifs pharmaceutiques en vrac.

Le Service Commun des Laboratoires du ministère des finances a effectué près de 130 analyses scientifiques concernant, entre autres, des produits dopants (dans 22 % des cas), des médicaments érectiles (14 % des cas), des psychotropes et stupéfiants (13 % des cas) et des médicaments variés (26 % des cas).

Au total, 185 sites internet illégaux de vente de faux médicaments ont été identifiés au cours de l’opération :

174 sites internet illégaux ont été identifiés par la douane.
27 enquêtes, portant principalement sur des médicaments (notamment érectiles), des produits en vrac (sous forme de poudre ou comprimés) et des produits dopants, ont été ouvertes.

11 sites internet illégaux de vente de médicaments identifiés par l’OCLAESP et le SCRC/C3N ont fait l’objet de procédures judiciaires.

Ces mêmes sites ont également fait l’objet d’un signalement aux autorités étrangères. Les infractions principalement visées sont d’une part l’exercice illégal de la profession de pharmacien mais également l’offre, la cession et la vente de substance ou plante inscrite en liste I et II ou classée comme psychotrope (ou vénéneuses) sur un réseau de télécommunication destiné à un public indéterminé.

PANGEA est la plus vaste opération de ce type menée sur Internet. Elle est coordonnée par Interpol, l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD), le Permanent Frum on International Pharmaceutical Crime (PFIPC), le Head of Medecine Agencies Working Group of Enforcement Officers (HMA/WGEO) et appuyée par les industriels du médicament.

En France, l’opération PANGEA X a associé les services de police, de gendarmerie, la douane ainsi que les autorités de régulation et de contrôle compétentes en matière de médicaments et de santé publique (OCLAESP[1] , DNRED[2] , SNDJ[3] , ANSM[4] , DCPJ[5] /OCLCTIC[6] , DGGN/SCRC-C3N[7] ), avec le concours d’une partie des acteurs privés de l’Internet.
Parmi les médicaments illicites, l’opération PANGEA X s’est axée sur le Fentanyl et ses dérivés
Dans un contexte international de recrudescence du trafic et de la consommation récréative de fentanyloïdes depuis environ cinq ans et d’apparition en France depuis début 2015 de cas de décès qui leur sont imputables, 16 nouveaux dérivés du fentanyl ont été inscrits le 8 septembre 2017 sur la liste des stupéfiants (arrêté du 5 septembre 2017 du Directeur général de la santé pris sur proposition de l’ANSM). La réglementation applicable aux stupéfiants permet en effet aux autorités de lutter plus efficacement contre leur trafic.

L’ANSM rappelle que ces produits présentent un risque grave pour la santé publique, compte tenu de leur potentiel d’abus et de dépendance et du risque d’overdose mortelle.

Les médicaments et les produits médicaux falsifiés constituent un réel danger pour la santé des consommateurs. La mise en vente de produits de santé sur Internet est réglementée. Seul le circuit des pharmacies d’officine et de leurs sites autorisés pour la vente en ligne de médicaments, régulièrement contrôlé par les autorités sanitaires, apporte des garanties sur la qualité, l’efficacité et la sécurité des médicaments achetés. À cet effet, le site du Conseil de l’Ordre National des Pharmaciens donne de précieux conseils

L’ANSM rappelle qu’en achetant des médicaments sur internet en dehors des circuits légaux, les consommateurs s’exposent à utiliser des produits dont la qualité n’est pas assurée, dont les conditions de transport ne sont pas garanties et dont le bénéfice/risque n’a pas été évalué.

[1] Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique
[2] Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières
[3] Service national de douane judiciaire
[4] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé
[5] Direction centrale de la police judiciaire
[6] Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication
[7] Service central du renseignement criminel / centre de lutte contre les criminalités numériques

Contact presse

  • Douane – Service de presse: 01 57 53 42 11

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En 1972, l’universitaire américain Alfred McCoy, professeur à l’université du Wisconsin, publiait un ouvrage désormais classique: La politique de l’héroïne en Asie du Sud-Est.

Il y étudiait dans la (longue) durée le trafic des opiacés dans cette région du monde, pointant les relations troubles de pouvoir entre États, agences de renseignement (notamment la CIA), armées régulières, guérillas, contrebandiers, confréries mafieuses et populations traditionnelles, tous pris dans la nasse de la guerre froide.

En s’appuyant en partie sur McCoy et sur d’autres travaux, retraçons ici la géopolitique de cette région-clé dans le trafic international d’opiacés, dont l’âge d’or fut les années 1960-1980.

Publié le 25 Septembre 2017
par  Alexandre Marchant, ENS, Cachan

L’économie coloniale de l’opium

L’opium a une vieille histoire en Asie du Sud-Est. Les populations Hmongs (ou Méos) des régions montagneuses du Laos, de Thaïlande ou du Vietnam, ou encore les communautés chinoises du Yunnan, cultivent traditionnellement le pavot depuis des siècles. Mais les premiers acteurs géopolitiques qui firent de cette région du monde un foyer majeur du trafic de stupéfiants furent les États.

Au XIXe siècle, les Britanniques inondèrent l’Empire de Chine d’opium indien à la suite de deux guerres authentiquement impérialistes (1839-1842, 1856-1860), afin d’ouvrir un juteux marché les armes à la main. Dès lors, l’économie de l’opium fut au cœur des empires coloniaux qui se mirent en place au XIXe siècle. Dès la conquête de l’Annam et du Tonkin, les colons français du Second Empire puis de la IIIe République comprirent le profit qu’ils pouvaient tirer de la culture et de la vente de l’opium. D’une «ferme de l’opium» mise en place dans les années 1860, l’administration coloniale mit en place en 1881 le régime de la Régie directe, en situation de monopole. Une manufacture d’opium fut installée à Saïgon, raffinant de l’opium acheté principalement aux Indes (et non dans les régions périphériques du pays), à destination des pharmacies mais aussi des fumeries. Au début du XXe siècle, un quart des recettes dans le budget de l’Indochine, soit environ 8 millions de piastres, provenait de la vente d’opium à prix fixé par la Régie1. Ailleurs, les colonisateurs établirent le même type de régime, comme les Néerlandais en Indonésie, ou privilégièrent la libre concurrence des compagnies d’opium, comme les Britanniques à partir de leurs concessions chinoises. Le gâteau chinois était aussi partagé par les Français qui jouirent, entre 1898 et 1945, de la possession d’un petit territoire côtier, Kouang-Tchéou Wan ou Fort Bayard.

À partir de 1914, l’administration française y créa une petite Régie, raffinant l’opium et le vendant à des intermédiaires commerciaux (y compris des contrebandiers chinois) pour l’exporter vers la Chine continentale2.

Lire aussi: INDOCHINE (Saïgon): quand la Douane vendait de l’opium pour le gouvernement français…

Cependant, cette économie florissante se retrouvait en porte-à-faux avec le système des conventions internationales, institué à la conférence de La Haye en 1911, perfectionné après la Grande Guerre sous l’égide de la Société des Nations (SDN)3. La catastrophe sanitaire de l’opiomanie en Chine fournissait les images de décadence pointées par les ligues de vertus en Europe et aux États-Unis. Mais toutes les administrations coloniales violèrent hypocritement, pendant des années encore, la prohibition internationale. Le profit était trop important: en Indochine française, par exemple, les recettes des ventes d’opium passèrent à 30 millions de piastres dans l’entre-deux-guerres. Le Japon eut une trajectoire différente, imitant les méthodes des Européens: il raffina industriellement de l’opium cultivé massivement dans le protectorat du Mandchoukouo, en injectant une grande partie dans la contrebande internationale. La SDN considérait en 1937 que 90% des opiacés illicites vendus dans le monde venait des Japonais. Le Japon dissimula à Genève la production de plus de sept tonnes d’héroïne dans les années 1930 et se lança jusqu’à la fin de la guerre dans une politique d’intoxication des populations occupées aussi bien en Chine qu’en Corée4. Il fallut la guerre et la décolonisation pour mettre un terme à ces économies semi-légales. L’ONU se chargea de rappeler après-guerre les règles du contrôle des stupéfiants au Japon vaincu. En 1949, la Chine devint communiste et Mao lança une véritable guerre à la drogue, assimilée à un poison déversé sciemment par les colonisateurs occidentaux. Cependant, au début des années 1960, les Américains soupçonnaient la persistance de cultures clandestines dans la province du Yunnan, avec la complicité des autorités, malgré le discours antidrogue de Pékin. De grosses quantités d’opium auraient franchi la frontière sino-birmane ou sino-thaïlandaise, leur vente servant à financer, par des revenus occultes, le parti communiste chinois. Pour transformer cet opium, des laboratoires clandestins fonctionnaient à Hong Kong, en Thaïlande, à Singapour, au Laos ou encore à Macao, et utilisaient depuis les années 1950 une main d’œuvre essentiellement composée de Chinois, dont la diaspora avait historiquement essaimé dans toute l’Asie du SudEst5. Enfin, toute activité de production légale d’opium cessa en Indochine à l’indépendance en 1954, mais la contrebande régionale survécut.

Armées, agences de renseignements et contrebandiers au temps des guerres indochinoises

Après les États, la géopolitique de la drogue fut aussi façonnée par les armées et surtout les agences de renseignements («l’État profond») qui participèrent à leur manière à l’effort de guerre, sachant que la péninsule indochinoise fut ensanglantée pendant presque trente ans. Pendant la guerre d’Indochine, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), autrement dit le contre-espionnage français, encouragea la culture du pavot par les Hmongs et les Thaïs des montagnes du nord et organisa son transport et sa revente, ramenant ensuite les fonds récoltés aux producteurs. Les commissions prélevées permirent de financer une partie des opérations militaires. Cette «Opération X» fut découverte en 1953 à la suite d’irrégularités comptables pointées par un officier trésorier du Groupement de commandos mixtes aéroportés (GCMA), émanation du SDECE créée en 1951. Elle dévoilait les responsabilités du général Salan, de l’armée régulière, et du colonel Belleux, du SDECE. Un avion Dakota avait transporté 1,5 tonne d’opium depuis le Laos en janvier 1953, marchandise ensuite stockée dans les locaux du GCMA à Saigon. L’opium était ensuite confié pour la revente locale et internationale aux Bihn Xuyen, confrérie criminelle de Cochinchine dont le quartier général, la salle de jeux du «Grand Monde», était basé à Saïgon et dont le chef, le parrain de la pègre Le Van Vien, était un ancien révolutionnaire qui s’était désolidarisé du Vietminh. Alfred McCoy fut l’un des premiers à évoquer cette trouble affaire dans son ouvrage de 1972, sur laquelle d’autres historiens ont travaillé depuis6.

En réalité, utiliser les ressources de la drogue pour financer un conflit n’avait rien d’exceptionnel, et l’Armée populaire du Vietminh ne se gênait pas pour faire de même de son côté, sur des surfaces bien plus conséquentes. Le financement des forces françaises par ce biais demeurait modeste: le trafic de piastres avait dans le même temps rapporté bien plus. Il s’agissait avant tout de s’attacher les populations montagnardes, opposées aux ethnies annamites constituant le Vietminh, afin d’obtenir des renseignements dans une zone stratégique, non loin de la frontière chinoise, puis de créer des maquis chargés de prendre à revers les forces d’Ho Chi Minh. Après la découverte du pot-aux-roses, le GCMA proposa de faire transiter les cargaisons par Bangkok mais Paris n’écoutait plus et le trafic fut stoppé net.

En 1954, tous les Français ne quittèrent pas l’Indochine. Des contrebandiers-aventuriers restés à Saïgon, à Ventiane ou à Phnom-Penh, reprirent le flambeau du commerce informel de l’opium, mais aussi de la morphine et de l’héroïne, produits par les laboratoires clandestins de la région. Ils se dissimulaient derrière la façade d’hôtels, de restaurants ou de sociétés de transports, tel un certain Roger Lasen propriétaire et exploitant de la bijouterie Mondia de Ventiane ou Henri Flamant lançant à Bangkok une affaire de produits alimentaires congelés. Parmi eux, on trouvait de nombreux Corses. Ils pouvaient aussi s’appuyer sur la corruption des administrations de ces pays, jeunes et encore fragiles (hormis la Thaïlande), parmi les hauts dignitaires de l’armée ou du gouvernement. Les trafiquants décidèrent à partir de 1962 d’abandonner la voie terrestre pour recourir au transport aérien, moins risqué. Avec la complicité de certains employés de la compagnie Air Lao, des lâchers d’opium, empaqueté dans des boîtes de conserve enveloppées de mousse, furent organisés par Dakotas au-dessus de la mer de Siam. La marchandise était ensuite récupérée par des bateaux de pêche mettant le cap vers Hong Kong ou Singapour. D’autres lâchers avaient lieu au-dessus du Sud Vietnam, rongé par la guérilla révolutionnaire, et dont les autorités, particulièrement corrompues, cherchaient à financer le conflit en faisant flèche de tout bois. Ainsi, l’organisation de Roger Lasen avait passé un accord avec le vice-président du Sud Vietnam, le général N’guyen Cao Ky, afin d’utiliser les aéroports militaires du pays. Cet accord tacite n’empêchait cependant pas les officiers sud-vietnamiens de procéder à des saisies arbitraires sur des appareils pilotés par des militaires laotiens. D’autres lâchers, enfin, étaient effectués dans les hautes montagnes, avec la complicité du général Ouan Rattikoun, chef d’état-major de l’armée laotienne. Ce dernier fournissait aux trafiquants la protection de ses troupes: les avions chargés de stupéfiants atterrissaient sur des bases où le personnel de l’armée les déchargeait. Si un pilote devait atterrir à l’étranger, comme en Thaïlande, l’état-major laotien exerçait des pressions pour le faire libérer. Mais, avec le début de l’intervention militaire américaine au Vietnam en 1964, le survol de la région devint plus risqué: radars et canons antiaériens abattirent plusieurs avions chargés en opium et morphine-base7.

CIA Air Operations in Laos, 1955-1974

Air America C-123 on ramp at Long Tieng, 1970. Photo courtesy of D. Williams

C’est alors que les services de renseignement américains rentrèrent en scène en reprenant l’habitude des collaborations troubles de leurs collègues français.

Recueillant nombre de témoignages au Laos, c’est ce que démontra Alfred McCoy dans son ouvrage en 1972. La compagnie aérienne Air America, utilisée par la CIA pour ses opérations clandestines en Asie depuis 1946 (soutien aux nationalistes chinois, puis aux forces anticommunistes d’Indochine), transportant déjà des marchandises de ravitaillement, fut mobilisée pour acheminer… de l’opium cultivé par les Hmongs et les Thaïs. Les buts de guerre étaient les mêmes que dix ans plus tôt: s’assurer du soutien des maquis Hmong contre le Nord-Vietnam et pouvoir compter sur de brillants meneurs d’hommes comme le général Vang Pao. Le trafic ainsi mis en place dura de 1965 à 1971. Mais il fut lourd d’effets pervers: produit à hauteur de 200 tonnes annuelles, l’opium était raffiné en héroïne dans des laboratoires clandestins de Ventiane ou de Long Tien, sous le couvert de généraux laotiens comme Rattikoun. Puis le produit se retrouva dans les veines des soldats américains en mal de paradis artificiels dans l’enfer de la jungle8. Ces opérations secrètes de la CIA cessèrent (curieusement…) l’année même où le président Nixon lançait aux États-Unis la «guerre à la drogue». Pour autant, l’agence continua d’un autre côté de soutenir le gouvernement thaïlandais, farouchement anticommuniste, fermant les yeux sur l’implication de certains militaires dans le trafic des opiacés.

Guérillas, pouvoirs corrompus et contrebandiers: la genèse du «triangle d’or»

Au début des années 1970, ressources en pavot, pouvoir corrompu et réseaux de contrebandiers faisaient la fortune du Laos dans le trafic d’héroïne en Asie du Sud-Est. Par exemple, un rapport franco-américain sur cette question, en 1971, indiquait que «Georges Campello, patron de bar français à Vientiane, un certain Michel Théodas, le général Kouprasith Abbhay, commandant de l’armée à Vientiane ont réussi à introduire en France de grandes quantités de stupéfiants dans les bagages du Premier ministre du Laos, Souvanna Phouma. Pour la contrebande de ces drogues, ces trafiquants utilisent les bagages diplomatiques, le personnel de la mission culturelle française et les membres de la mission militaire française au Laos. En retournant chez lui en France, chaque membre de cette mission a droit à 350 kg de bagages, avec le privilège d’être étiquetés diplomatiques, pouvant servir au transport de stupéfiants»9. L’utilisation de valises diplomatiques (et la corruption permettant d’accéder à ce type de contenant) est un moyen classique du grand trafic… Tandis que les notables français de l’ex-Indochine jouaient toujours un rôle prépondérant, tel un certain Michel Théodas, évoqué ci-dessus. Notable très en vue à Vientiane, directeur de la Société générale d’exploitation hôtelière et touristique du Laos entre 1963 et 1976, délégué au Conseil supérieur des Français de l’étranger entre 1967 et 1970, il assura, durant cette période, la vice-présidence du Rotary Club. Proche du ministère des Affaires étrangères laotien, il était en étroite relation avec Tiao Sopsaisana, ambassadeur du Laos en France et un dénommé Roger Zoile, trafiquant notoire et associé de la compagnie Lao Air Charter dont les cales servirent à la contrebande d’opiacés. En 1956, Théodas œuvrait pour le compte de la Mission officielle des États-Unis au Laos (USOM) et en utilisait les moyens pour amener des stupéfiants en contrebande à Saïgon et à Hong Kong. Dans les années 1960, il usa de ses réseaux diplomatiques pour envoyer des opiacés dans le reste de l’Asie et même en Europe. Mais aucune enquête ne parvint à débusquer cet intouchable: «En 1968, le service de police en civil de Bangkok a enquêté sur la famille Théodas à l’ambassade française de Vientiane. On lui a répondu que la famille Théodas était au-dessus de tout soupçon et qu’elle était étroitement liée d’amitié avec le Premier ministre Souvanna Phouma.»10… En 1975, la prise du pouvoir par les communistes obligea Théodas à revenir en France mais il poursuivit ses activités de contrebandier. En 1977, la Direction de la surveillance du territoire (DST) identifiait l’un des restaurants asiatiques parisiens dont Théodas était désormais le gérant, le Hang Tcheou, comme un point de passage obligé dans la revente d’une héroïne en provenance d’Asie du Sud-Est11.

À partir de 1975, le régime communiste laotien, la réunification du Vietnam par le Vietminh et la tragédie des Khmers rouges au Cambodge entravèrent pour un temps la production d’opium. Mais un pays indochinois épargné par le péril rouge avait pris la relève: la Birmanie. Le pays n’était pas pour autant stable, ne connaissant que la junte militaire comme forme de gouvernement depuis 1962. Ce qui favorisait les cultures illicites dans les régions frontalières difficiles d’accès et la vente d’opium comme moyen de financer un autre type d’acteurs: les guérillas politiques. Dès la fin des années 1960, le gouvernement birman, afin de lutter contre des groupes ethniques dissidents et contre la présence de groupes armés du Kuomintang (KMT) chinois, chassés de Chine populaire depuis 1949, et contrôlant des régions entières de Birmanie, créa des milices d’autodéfense (KKY). Ces dernières furent autorisées à pratiquer la culture et le commerce de l’opium pour se financer. De son côté, le KMT avait mis en place, dans le même but, des cultures et des raffineries de morphine-base employant des Chinois de Hong Kong. De même, deux chinois de Birmanie, les frères Lo Hsing-Han et Lo Hsing-Minh, fondèrent l’Armée révolutionnaire de l’État Shan-ARES, mouvement sécessionniste en apparence, paravent d’un gigantesque trafic d’héroïne à l’échelle asiatique qui enrichit considérablement les frères Lo. La junte militaire finit par les laisser faire, l’ARES s’imposant comme un utile instrument de lutte contre la démultiplication des maquis communistes. Alliée à des reliquats du KMT, elle bénéficia de soutiens financiers de la part de la CIA, en échange de l’envoi d’agents en Chine «rouge». Même la Thaïlande aida en douce l’ARES, convaincue que son activité affaiblissait directement ou indirectement ses ennemis héréditaires birmans et chinois12.

De leur côté, dissoutes en 1973, les KKY ne rendirent pas les armes mais entrèrent à leur tour en dissidence contre le pouvoir central, à commencer derrière un certain Chan Shee-Fu, surnommé Khun Sa (http://www.liberation.fr/portrait/1995/12/26/khun-sa-61-ans-seigneur-birman-du-triangle-d-or-se-range-des-voitures-apres-avoir-mene-une-vie-qui-s_151421). Ce dernier s’imposa vite sur les couvertures de magazines occidentaux comme le terrible «Seigneur de l’opium», à la tête de la Shan United Army. Dans sa lutte contre le gouvernement de Rangoon, la production et le commerce du pavot constituaient aussi l’essentiel de son financement. Comprenant les potentialités du marché des GI englués au Vietnam, Kuhn Sa accrut sa production annuelle à 400 tonnes13. Mais le départ des Américains au mitan de la décennie l’obligea à trouver de nouveaux débouchés pour éviter la surproduction. Cependant, la réputation du «triangle d’or» (zone frontalière entre Birmanie, Laos et Thaïlande) était désormais faite: des trafiquants d’autres régions du monde vinrent directement s’approvisionner à la source, tel l’Américain Frank Lucas, le «parrain de Harlem», à qui Ridley Scott consacra un film en 2008 (American Gangster). L’héroïne partit donc directement vers l’Amérique du Nord. Dès 1973, les policiers canadiens constataient qu’une héroïne ayant transité par Hong Kong ou Bangkok entrait clandestinement via le port de Vancouver14. Puis ce fut le tour de l’Europe. En 1974, un passeur d’héroïne chinois fut interpellé dans un aéroport parisien: pour l’OCRTIS, la Chinese Connection était née, même si cette expression des policiers français était un peu trop simplificatrice.

Mondialisation du trafic: la Chinese Connection (1974-années 1980)

L’ouverture du triangle d’or vers le marché international était d’autant plus nécessaire que le Laos produisait à nouveau. Dès 1978, afin d’acheter la paix avec les populations Hmongs en sécession, l’État laotien reprit ses mauvaises habitudes en autorisant dans l’ombre: achat, raffinement et transport de l’opium cultivé dans les montagnes. La production, de 50 tonnes en 1984, passa à 250 tonnes en 1987, le pavot devenant la première ressource agricole du Laos15. De son côté, Kuhn Sa se vantait toujours d’une production en centaines de tonnes d’opium. En 1988, interviewé au cœur de la jungle birmane par le journaliste australien Stephen Rice, il proposa, goguenard, au gouvernement australien de lui acheter sa production des huit années à venir pour 50 millions de dollars, afin de mettre un terme au trafic international. Un an après, il narguait les États-Unis en proposant une offre similaire16.

Les laboratoires clandestins d’Asie diversifiaient également les héroïnes acheminées depuis le triangle d’or et proposées sur le marché clandestin à Bangkok, Kuala-Lumpur, Singapour et Hong Kong puis dans le reste du monde. Il y eut l’héroïne brune ou brown sugar, de piètre qualité, coupée à la strychnine ou à la caféine, destinée normalement à être fumée par les consommateurs de Hong Kong mais injectée par les toxicomanes en Europe et en Amérique. Il y eut aussi une héroïne blanche de très grande qualité, purifiée à l’éther après acétylisation: surnommée White China aux États-Unis, sa pureté avoisinait celle de la «marseillaise» de la French Connection. Enfin, au début des années 1980, on trouvait aussi une héroïne «rose» (dite «chinoise» en France) qu’il fallait s’injecter rapidement car elle gélifiait dans la cuillère17. La réexpédition de ces marchandises vers le monde occidental était le fait d’un autre type d’acteurs: les organisations criminelles, les mafias asiatiques étant de gigantesques réseaux transnationaux aux sociabilités très ritualisées et régnant sur le monde du jeu, de la prostitution et de la contrebande. La nouvelle filière internationale de l’héroïne asiatique fut donc dominée dès les années 1970 par les «triades» chinoises implantées dans les communautés chinoises extérieures à la République populaire de Chine: la 14 K, de loin la plus puissante, originaire de Canton, puis repliée sur Hong Kong ; la Ka Ki Nang, basée en Thaïlande ; la Gi Kin San, opérant depuis Singapour et la Sap Baat Chai, ou groupe des 18 Immortels, implantée en Malaisie. Les passeurs recrutés pouvaient être vietnamiens, cambodgiens, laotiens, malais, etc. Des relais, prenant appui sur les diasporas asiatiques, s’implantèrent partout dans le monde: en Europe, c’est aux Pays-Bas que les chefs de la 14 K, composés pour beaucoup de criminels en fuite s’installèrent pour réceptionner et distribuer la marchandise aux autres pays, tel Li Hin Hing, ancien policier de Hong Kong corrompu, devenu trafiquant et dirigeant une maison de jeux à Rotterdam18. Les largesses de la loi néerlandaise anti-opium de 1919 autorisaient les immigrés asiatiques à fumer l’opium dans leurs arrière-salles de boutiques, ou dans des fumeries semi-légales, à condition que ces consommateurs s’abstiennent de tout prosélytisme envers la jeunesse batave19. Le nouvel Opiumwet de 1976 revint sur ces libéralités mais la brèche avait été entrouverte, créant un appel d’air pour les trafiquants asiatiques quand il s’agit d’exporter les surplus du triangle d’or et répondre à la hausse de la demande en Europe. Enfin, n’oublions pas ces particuliers qui, en dehors de toute mafia, se rendirent massivement dans les années 1970-1980 en Thaïlande ou en Malaisie pour acheter de l’héroïne, brune ou blanche, et en ramener pour leurs proches: ce trafic de «fourmis» dépeint par Armand Lercot dans son roman autobiographique Les chiens de Bangkok (1982). Usager-revendeur parti à Bangkok, il se fit trafiquant amateur avant d’être arrêté en 1977 et de connaître pour quelques années les sordides établissements pénitentiaires du pays20.

La filière asiatique de l’héroïne s’essouffla à la fin des années 1980. Les pressions diplomatiques sur les pays producteurs avaient fini par payer: les autorités thaïlandaises appliquaient désormais de façon drastique l’interdiction des produits servant à transformer l’opium et contrôlaient mieux leur frontière au nord de Chiangmai ; le nombre de laboratoires clandestins de production d’héroïne décrut progressivement au Laos et au Cambodge21. Puis les Drug Lords birmans se rendirent: en 1992, Lo Hsing-Han se reconvertit officiellement en homme d’affaires, à la tête de l’Asia World Group, entre Rangoon et Singapour, continuant cependant son activité trafiquante en sous-main ; Khun Sa déposa les armes en 1996 en échange de la promesse de la junte militaire de ne pas être extradé vers les États-Unis. Surtout, le triangle d’or subit la forte concurrence du «croissant d’or», en Asie centrale, qui le supplanta définitivement dans les années 1990: l’Afghanistan est depuis le premier producteur mondial d’opium.

Pour autant, la géopolitique de la drogue en Asie du SudEst n’est pas un domaine forclos. Des guérillas et des mafias restent actives dans le triangle d’or et de nouveaux barons de la drogue, tel le sino-birman Wei Shao Kang, à la tête de la United Wa State Army, une nouvelle guérilla fédérant cette fois l’ethnie Wa, ont mis en place dès les années 1990 des laboratoires de drogues de synthèse. L’ecstasy et surtout la méthamphétamine (yaa baa), après avoir saturé le marché thaïlandais, déferlent désormais sur toute l’Asie…

  • 1. PauleS X. L’opium, une passion chinoise (1750-1950). Paris: Fayard, 2011.
  • 2. Matot B. Fort Bayard: quand la France vendait son opium. Paris: François Bourrin, 2013.
  • 3. Marchant A. Une brève histoire des conventions internationales sur les stupéfiants au XXe siècle. Swaps 2015 ; 80-81: 3-4.
  • 4. Jennings J. The Opium Empire: Japanese Imperialism and Drug Trafficking in Asia, 1895-1945. Wesport: Preager, 1997.
  • 5. United State Senate, Rapport Organized crime and illicit traffic in narcotics. 1965: 680-8.
  • 6. Lepage JM. Les services secrets en Indochine. Paris: Nouveau Monde 2012: 104-11.
  • 7. Dossier Trafic des stupéfiants dans le sud-est asiatique. Archives de l’OCRTIS 1971, 38
  • 8. McCoy A. La politique de l’héroïne en Asie du Sud-Est. Paris: Flammarion, 1992 (1972).
  • 9. Dossier Trafic des stupéfiants dans le sud-est asiatique. Archives de l’OCRTIS 1971, 38
  • 10. Fiche de renseignement sur Michel Theodas. Archives de l’OCRTIS, 1972.
  • 11. Note «trafic de drogue Laos – France» juillet 1972 ; note «détection de restaurants chinois susceptibles de servir de couverture à des trafics de stupéfiants». OCRTIS, mai 1977.
  • 12. Dasse M. Les réseaux de la drogue dans le triangle d’or. In: Cultures et conflits 1991 ; 3: 75-86.
  • 13. Labrousse A. Géopolitique des drogues. Paris: PUF 2004: 20-2.
  • 14. Dasse M. Les réseaux de la drogue dans le triangle d’or. In: Cultures et conflits 1991 ; 3: 75-86.
  • 15. Le problème de la drogue au Canada, 1972-1973. OCRTIS.
  • 16. Khun Sa (Chan Chee Fu), master of the heroin trade, died on October 26th, aged 73. The Economist 8 novembre 2007.
  • 17. LeteurS.Lesproduitsstupéfiants. École nationale de police, 1989.
  • 18. Synthèse des affaires chinoises. OCRTIS 1984.
  • 19. Kort(de)M.Tüssenpatientendeliquent; Het Geschiedenis van het Nederlandse Drugsbeleid.Rotterdam:Verloren 1995: 81-115.
  • 20. LercotA.LeschiensdeBangkok. Paris: Grasset, 1982.
  • 21. Revue internationale de Police criminelle novembre 1988; 415, et janvier 1990; 422.

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INFO DOUANE

A la recherche de nouvelles routes et de nouveaux marchés, les cartels mexicains de la drogue ont diversifié leur trafic, principalement aux États-Unis, en mélangeant de la marijuana, des méthamphétamines, de la cocaïne ou de l’héroïne avec des produits conçus pour un public de gourmets.

Au Mexique, les organisations qui opèrent dans le pays utilisent déjà des sauces, des jus de fruits, du café, des produits en conserve, de la crème hydratante apparente, des cubes de cactus mou mariné, voire du goudron de coing.

Tout est bon pour que la drogue arrive sur le marché américain.

Ça ne devrait pas tarder à arriver en Europe!

En France, la Douane habilitée à contrôler ces activités de narcotrafic perd des BSI régulièrement!

Des zones géographiques vont donc devenir plus accessibles pour livrer des consommateurs de plus en plus nombreux!

On enterre le biréacteur en plein désert !

Sur place, on décide de la découper au lieu de l’incendier, et d’enterrer les morceaux les plus grands, les plus petits étant brûlés !

Avant cela, trois Chevrolet Suburban avaient été nécessaires pour la vider la Caravelle: elle contenait en effet environ entre 8 et 10 tonnes de cocaïne !

La police arrêtera plus tard un convoi de 16 véhicules de la police des transports dans lesquels avait été transvasé les 3/4 de la drogue contenue dans la Caravelle.

Les conducteurs de camion étaient tous… officiers de la police fédérale mexicaine !

C’était elle, l’organisatrice du réseau : l’avion avait vu entre temps ses ailes d’avion démantelées, ses équipements électroniques enlevés, et le reste avait été enterré dans le sable, comme on le retrouvera plus tard (voir l’image ci-dessous).  L’opération avait en fait été élaborée de bout en bout, par le chef du bureau mexicain des narcotiques, Mario Ruiz Massieu, qui était en réalité le maître de tout le réseau de cocaïne du pays. Les investigations de la police américaine poussèrent plus haut encore, et conclurent également à l’implication du frère aîné du président mexicain, Raul Salinas de Gortari. Pour effectuer de tels transferts, il faut remonter jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Aux USA, l’imbroglio entretenu des immatriculations

Sous Clinton, avait été également mis en place tout un système, dont les ravages continuent aujourd’hui, en particulier la valse des numérotations d’appareils, jamais vérifiée par les officiels de l’aviation US (la FAA): « Abbott m’a dit que la CIA volait des avions de l’aviation générale Aux États-Unis pour son utilisation propre (et celui du Conseil de Sécurité Nationale) et pour les envois de drogues illicites. Ce qui coïncidait avec ce que plusieurs d’entre mes informateurs m’avaient déclaré ces dernières années, et tel que l’avait décrit aussi Reed Terry, ancien de la CIA dans son livre « Compromised ». Certains des avions volés avaient été enregistrés au nom de la société Pacific Sea Food. L’avion volé avait été repeint et de nouveaux numéros de série lui avaient été appliqués, après quoi il avait volé en Amérique centrale et en Amérique du Sud avec des chargement d’armes, puis sur les vols de retour avec de la drogue. « L’opération « rachat » – « BuyBack » impliquait l’Operation Pacific Seafood Company de la  CIA. La drogue était  emballée dans des containers de crevettes et expédiés à divers endroits aux Etats-Unis. « Il s’agissait d’une opération commune DEA-CIA ; comme celle du « Snow Cone » – une opération voisine de contrebande de drogue en Amérique centrale ».  De la drogue et des fruits de mer, des crustacés ou du poisson, pour déjouer l’odorat des chiens détecteurs.

En Afrique, on effectuera la même chose avec les poissons des grands lacs… les fameux Tilapias. Avec un autre précurseur… anglais, cette fois-ci, Christopher Barrett-Jolley, qui travaillait pour le trafiquant belge Ronald Rossignol. A l’époque, pour embarquer des caisses de Kalachnikovs, on ne s’embarrasse pas trop : on les pose sur les sièges d’un BAC-101 qui était pourtant destiné à la ferraille… l’équilibrage d’un avion est tout un art, on le sait !!!

Des balises disséminées pour guider les avions

Pendant ce temps, la CIA ne chômait pas, en créant tout un circuit de passage d’avions déterminé par des points de contrôles savamment disséminés. Sans GPS, à l’époque, voilà qui aidait particulièrement bien les pilotes de nuit ! De véritables autoroutes à coke avaient ainsi été tracées… au détriment des brigades anti-drogues US : « Les différentes opérations sous Snow Cone comprenaient notamment le fonctionnement « Watch Tower », qui se composait de balises radio secrètes stationnées à des endroits éloignés les uns des autres entre la Colombie et le Panama. Les pilotes suivent les balises d’aide de la CIA pour voler de l’Amérique centrale au Panama au ras du niveau de la mer sans être détectés par des avions US d’interdiction de la drogue volant à haute altitude Les pilotes des vols de drogue suivaient les signaux basse fréquence émis par les balises pour atteindre leur destination d’Albrook Army Airfield au Panama. »

L’infrastructure mise en place par la CIA était donc très lourde pour assurer le trafic !!!

LIRE: http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-cvii-lincroyable-histoire-de-la-caravelle-enterree-au-mexique/

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While the US government publicly appears to be fighting the war on drugs, it is actually the principal supplier to the millions of drug users in America. While it sends recreational drug users and small time dealers to prison, it is making billions of dollars from their covert CIA drug smuggling operations.

Here are just a few:

Operation Snow Cone – Parent Central American drug smuggling operation. Various operations under Operation Snow Cone include: *Operation Watch Tower – Operation Watch Tower consists of secret radio beacons stationed at remote locations between Columbia and Panama. The beacons help CIA drug pilots fly from Central America to Panama at near-sea-level without being detected by high flying U.S. drug interdiction aircraft. Pilots of the drug flights home in on the low frequency signals emitted by the beacons to reach their destination at Albrook Army Airfield in Panama.

Operation Toilet Seat – The CIA uses Boeing 727 and C-130 aircraft to haul drugs from Central and South America. The drugs are dumped out the rear ramps of the aircraft into waters offshore of the U.S. in waterproof containers. There the drugs are retrieved by boat and brought into the U.S.

Operation Whale Watch – Consists of using offshore oil drilling rigs as a cover for drug smuggling. The drugs are offloaded by ship onto the oil drilling platforms. The drugs are then flown by helicopter to nearby U.S. coastal areas. Companies owning the oil rigs included Rowan International and divisions of Zapata Corp., such as Zapata Petroleum and Zapata Off-Shore. Zapata Corp. is partly owned by former President George Bush.

Operation Buy Back – Operation involving CIA front Pacific Seafood Company. Drugs are packed in shrimp containers and shipped to various points in the U.S. This is a joint DEA-CIA operation.

ADDITIONAL CIA DRUG SMUGGLING OPERATIONS:

Operation Indigo Sky – Massive CIA heroin smuggling operation based in Lagos, Nigeria. Heroin is grown and processed in Nigeria, then shipped for packaging to Amsterdam, Netherlands. From there the heroin is shipped to Europe and various points in the U.S., including bonded warehouses on the East Coast and Boeing Field in Seattle.

Operation New Wave – CIA heroin smuggling operation based in Thailand. CIA front Van Der Bergen International is responsible for getting the drugs out of the Orient. Typically the heroin is smuggled aboard freighters and cruise liners heading from the U.S. Transshipment points in the U.S. include San Diego, San Francisco, Seattle and Los Angeles. Other operations include: Operation Short Field * Operation Burma Road * Operation Morning Gold * Operation Backlash * Operation Triangle.

source: http://nstarzone.com/DRUG.html

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La procureure générale de la cour d’appel de Paris, Catherine Champrenault, a donc décidé de sanctionner François Thierry en lui retirant sa qualité d’OPJ.

Catherine Champrenaut reproche à Francois Thierry un«manque de loyauté» à l’égard de l’autorité judiciaire, des «négligences graves dans la surveillance des transports de quantités massives de stupéfiants», des agissements consistant à priver les autorités hiérarchique, disciplinaire et judiciaire de toute possibilité de contrôle, et par-dessus tout un «manque de professionnalisme et de discernement».

Catherine Champrenaut pense aussi que certains résultats judiciaires spectaculaires auraient conduit François Thierry à «s’installer et à se conforter dans un sentiment de toute puissance».

La sanction devrait faire l’objet d’un recours de la part de son avocat, Me Szpiner, devant la Cour de cassation, puis le cas échéant devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Maître Szpiner considère en effet que Catherine Champrenault, la procureure, est à la fois juge et partie dans ce dossier.

Quid de la responsabilité des magistrats qui autorisaient les livraisons surveillés de L’OCRTIS?

lire aussi: OCRTIS France: quel est le juge des libertés qui a avalisé la garde à vue fantôme de Sofiane Hambli?


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