Archives de la catégorie ‘Police’

Le 7 octobre 2019

À 87 ans et quasi-aveugle, Armand Atlan n’a pas le « profil » du narcotrafiquant endurci.

Et pourtant. Décrit comme une « figure » du banditisme à l’ancienne, cet octogénaire a été condamné, ce vendredi 4 octobre, à 8 ans de prison assortis d’une amende de 500 000 € par le tribunal correctionnel de Paris. La justice a estimé que cet « Algérois », – nom donné aux juifs pieds-noirs rapatriés d’Algérie -, né à Batna, était l’un des principaux commanditaires d’un trafic international de cocaïne opéré, entre 2009 et 2010, via plusieurs pays sud-américains à destination de la France.

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Par Vincent Monnier

Un procès en diffamation face au quotidien « Libération » et au journaliste Emmanuel Fansten a donné, pour la première fois depuis sa mise en examen, l’occasion à François Thierry de justifier ses méthodes controversées.

En arrivant à la barre, François Thierry avait prévenu le tribunal : « J’adore ce sujet, on pourrait y passer la nuit. » Volubile, l’ancien patron des stups, costume noir, chemise noire, cravate sombre, n’a pas menti. Commencés en début d’après-midi, les débats devant la 17e chambre correctionnelle, où l’ancien grand flic poursuivait le quotidien « Libération » pour diffamation, se sont donc prolongés jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Il est vrai que François Thierry avait beaucoup de choses à dire. Depuis l’éclatement du « scandale des stups » en octobre 2015, une série d’affaires ayant mis au jour ses relations troubles avec Sophiane Hambli, l’un des plus gros trafiquants de cannabis français devenu le meilleur informateur de l’Office des Stups, le policier de haut rang ne s’était jamais exprimé publiquement sur les faits qui lui ont valu plusieurs mises en examen, notamment pour complicité de trafic de stupéfiants.

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L’affaire trouve son origine dans la saisie record, le 17 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis. La drogue était entreposées dans des camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le cossu XVIe arrondissement de Paris.

Les images des sept tonnes de cannabis saisies… par leparisien

La saisie, opérée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), avait été saluée par le président à l’époque, François Hollande.

Au milieu de la photo, Erwan Guilmin, le menteur énarque administrateur civil devenu douanier avant de devenir un faussaire en caviardant un document classé « secret défense » – (Commentaire de Marc Fievet)

L’affaire d’Exelmans a aussi mis au jour des rivalités entre douanes et police. En réalité, la saisie de 7 tonnes de cannabis n’a rien d’un franc succès. La douane n’a fait que torpiller une opération montée par ses concurrents de l’Office des « stups », et plomber sa meilleure source, Sophiane Hambli.

Censés travailler de concert pour lutter contre le trafic de drogue, les services de douanes et de la police judiciaire se mettent cependant parfois des bâtons dans les roues. François Thierry en a fait les frais.

En octobre 2015, Erwan Guilmin, le directeur de la DOD (Direction des opérations douanières) de la DNRED, rattachée au ministère des Finances, procède à la saisie de cannabis : 7 tonnes. Le coordinateur de ce trafic n’est autre que… Sofiane Hambli, qui travaillait en fait pour le compte de l’Octris.

La police judiciaire considère finalement l’intervention des douanes comme un coup bas qui perturbe le bon déroulement de son enquête.

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par Marc Fievet

Erwan Guilmin

Depuis Erwan Guilmin continue de percevoir son salaire de haut fonctionnaire puisque suite à don départ de la Douane, Jérôme Fournel l’a reclassé à Bercy comme « Chargé de mission à la sous-direction des politiques sociales – Secrétariat général » au Ministère de l’économie et des finances et ce depuis janvier 2018.

Injoignable à Bercy, où il n’apparait sur aucune liste, ni autre répertoire téléphonique, l’ancien DG Rodolphe Gintz approché répondit qu’il ne pouvait s’exprimer sur la Douane mais qu’assurément, à la DG de la Douane, ‘on’ savait où loger Erwan Guilmin.

Après contact direct à la DG avec Fabienne Debaux, la cheffe de l’ancienne « sous direction A », rebaptisée DRH, qui a dit qu’Erwan Guilmin n’était plus douanier et qu’il était désormais MINEFI !

Impossible d’en savoir plus sur Erwan Guilmin qui a disparu!

Posant alors la question à cette même Fabienne Debaux sur la position actuelle de Jean Paul Garcia, l’ex boss de la DNRED, disparu de Bordeaux, Fabienne Debaux déclara qu’il était parti en retraite…sans « pot de départ » sans doute!

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Montpellier rattaché à Marseille

Comme le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’a annoncé mardi à Marseille, il y aura seize antennes de l’Ofast, opérationnel le 1er janvier prochain, mais, Montpellier ne figure pas sur la liste. À croire que les discours récurrents lors des rentrées solennelles de ces dernières années à la cour appel et au tribunal de grande instance -TGI- de Montpellier répétant que, à cause des couloirs d’autoroutes A9 et A75, des tonnes de drogue circulent, les services du ministère de l’Intérieur restent aveugles et sourds.

Même position au ministère de la Justice : la création d’une Juridiction interrégionale spécialisée -JIRS- à Montpellier ne verra pas le jour, contrairement aux déclarations de Christophe Barret, l’ancien procureur de la République de Montpellier. Très courageusement, il a publiquement réclamé une JIRS, au vu de l’activité des services de police, de gendarmerie et de douanes dans la lutte contre le trafic des stupéfiants. Comme pour la JIRS, l’Ofast sera rattaché à l’antenne de Marseille.

Une CROSS à Montpellier

Bonne nouvelle quand même dans ce qui ressemble à un abandon de Montpellier dans la lutte contre les trafics de drogue : une Cellule du renseignement opérationnel contre les stupéfiants, CROSS, va être installée à l’hôtel de police. Quand ? Impossible de le savoir. Selon nos informations, cette CROSS 34 verrait le jour avant le début de l’année prochaine.

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Samir Labdazi a été exécuté lors d’un traquenard. Ce Mulhousien de 39 ans surnommé « Samir les yeux bleus », était impliqué dans des affaires de stupéfiants depuis de nombreuses années.

Mulhouse…Mulhouse, c’est là aussi que Sofiane Hambli a débuté dans le narcobusiness avant d’être enregistré au SIAT et de devenir le faiseur de saisies de l’OCRTIS de François Thierry.

Pourquoi ce meurtre ?

Aujourd’hui, une seule question se pose, Samir Labdazi était-il enregistré au SIAT, ce qui pourrait peut-être alors apporter une explication à ce meurtre.

Le décryptage de NS 55

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Un couple de touristes a été pris dans la fusillade, liée à une affaire de trafic de stupéfiants, selon le maire de la commune.

Le maire Robert Beneventi évoque un « règlement de comptes » ou « la volonté de reconquérir un réseau de trafic de drogues ». « Faire de la gratte ou de la surveillance, c’est de la délinquance. Et puis un jour… on en arrive là », déclare-t-il par ailleurs dans les colonnes de Var Matin.

Fréderic Piquel, secrétaire départemental du syndicat policier Alliance, s’est rendu sur place, dimanche soir. Pour cet enquêteur, la fusillade est due au fait que « le trafic s’exporte vers des endroits plus calmes, (où) les policiers sont moins nombreux » que dans les cités de Toulon, La Seyne-sur-Mer ou Hyères.

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Belle saisie de drogue opérée, jeudi soir, par les services des douanes et la police municipale de Toulouse dans un établissement commerçant de l’avenue des Etats-Unis.

Deux individus qui détenaient une importante quantité de cocaïne et d’héroïne ont été interpellés.

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L’enquête menée conjointement par le commissariat de Bar-le-Duc et la division stups du SRPJ de Nancy a conduit à l’interpellation de neuf personnes, ce lundi, dont deux frères à la tête d’un réseau établi depuis le printemps 2018.

L’héroïne était importée des Pays-Bas.

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Seulement 5 minutes!

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Avec la participation de Michel Charasse, l’ancien ministre du Budget, de l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, de l’ancien directeur de la DNRED jean Henri Hoguet et de l’ancien ministre Azouz Begag.

 

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Afin de réagir contre le discours de banalisation et de légalisation du cannabis qui est actuellement relayé par certains députés (en marche, socialistes et communistes) et par la presse, l’UNI lance une pétition pour alerter et mobiliser les français contre cette légalisation.

Pour nous c’est tout réfléchi, « au niveau européen » comme en France : la drogue est un danger pour notre jeunesse. Troubles psychologiques, décrochage scolaire, isolement social, … aucun calcul politique, aucune argumentation économique ne sauraient cacher la vérité.

La toxicité du cannabis, tant psychique que physique, a été maintes fois démontrée. Elle n’est d’ailleurs plus contestée dans le milieu médical. Pourtant, de nombreux lobbys favorables à sa légalisation investissent de gros moyens de communication pour faire croire que cette drogue est un produit anodin.

La consommation de cannabis chez les jeunes induit, en effet, de lourdes conséquences en termes d’échec scolaire. Démotivation, absentéisme, inattention ou incapacité à accomplir les tâches : le cannabis fait peser une lourde menace sur l’avenir de nos jeunes ainsi que sur leur santé physique et mentale.

La consommation de cannabis implique également des comportements de passivité excessive ou au contraire de violence avec de graves répercussions sur les vies professionnelles et familiales des consommateurs. De plus, ces dernières années le nombre d’accidents sur les routes, liés à la consommation de cannabis, à fortement augmenté.

L’argument selon lequel une légalisation du cannabis entraînerait automatiquement une diminution du trafic est quant à lui parfaitement démagogique : la délinquance, par principe, recherche les zones de non-droit et le trafic ne ferait que se déplacer sur d’autres drogues ou d’autres marchandises illégales.

Enfin, Jean Costentin, Docteur en médecine et Professeur de Pharmacologie à l’Université de Rouen, explique que le THC, contenu dans le cannabis, modifie aussi les gènes.

« Dès lors, les individus en âge de procréer qui consomment du cannabis, exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) aux effets du THC. Leurs futurs enfants verront leurs récepteurs D2 accumbiques être moins nombreux et moins efficaces ; pour ressentir le même niveau de plaisir qu’un individu n’ayant pas subi cette modification épigénétique, ils auront besoin de les solliciter plus intensément, en recourant à des drogues et en augmentant régulièrement leurs doses. » (https://www.ceru.fr/spip.php?article200#kWzhCBuFmuHFp1U8.97)

En conclusion, un libre accès au cannabis des individus en âge de procréer favoriserait la toxicomanie de leurs enfants.

Une légalisation du cannabis ferait peser un grave danger sur notre société et sur la jeunesse.

Contre la légalisation du cannabis, je signe et je fais signer la pétition de l’UNI.

Se rendre sur la page pour signer

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Aviseur international bénéficiait jusqu’alors d’un référencement par le moteur de recherche Google sur les mots repris régulièrement dans ce blog d’informations régulières sur la drogue et le narcotrafic.

Douane française, DNRED, Drogue, narcotrafic, hachis, cocaïne, cannabis, héroïne… ETC.ETC.

J’ai le regret de constater qu’aujourd’hui, Google a décidé de m’écarter du système de référencement automatique.

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Au total, 26 personnes dont huit femmes, âgées de 25 à 58 ans, originaires de Loire-Atlantique, ont été interpellées mardi, a indiqué la procureure Sylvie Canovas-Lagarde, précisant qu’il s’agit de «personnes ancrées dans ce type de trafic», plusieurs ayant déjà été condamnées pour trafic de stupéfiants.

Onze personnes ont été mises en examen des chefs de transport, détention, offre et cession de stupéfiants, dont cinq ont été placées sous mandat de dépôt. Sur les onze, certaines sont également mises en examen pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Neuf autres personnes ont été déférées ce vendredi devant un juge d’instruction. Six ont été relâchées mais les investigations à leur encontre se poursuivent, a précisé la procureure.

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par Angélique CLÉRET, le 20 juin 2019 à 21h38
Il avait fui son premier procès, devant le tribunal correctionnel de Vannes, et avait été arrêté au Maroc, en juin 2018. À 31 ans, ce père de cinq enfants a fait appel du jugement le condamnant à huit ans de prison, pour trafic de stupéfiants en récidive et blanchiment. Le procès se tenait à Rennes, ce jeudi.Roberto Blanchedent en est certain : les dés sont pipés. Son sort serait déjà réglé. La police vannetaise tiendrait là son ennemi numéro 1. Les médias locaux suivraient, en adoptant le même langage. Mais « où est le baron de la drogue ?, questionne-t-il devant ses juges, presque agressif et un poil provocant. Un baron de la drogue a des immeubles et desFerrari. » Lui est inconnu de l’administration fiscale et ne perçoit aucun salaire, depuis plus de dix années.

Ses seuls gains seraient ceux des jeux de hasard. Le trentenaire se dit passionné de paris sportifs. « J’ai misé 100 € une fois et j’ai gagné 19 000 € », déposés sur le compte bancaire de sa compagne, mère de ses cinq enfants.

Son train de vie ne laisse toutefois aucun doute, pour l’accusation. Sa montre de luxe ? « Offerte par un joueur de football », répond l’appelant. Le Range Rover et le scooter T-Max ? « Pas à moi. » Et de répéter : « Je m’appelle Roberto Blanchedent. La police vannetaise ne m’aime pas, c’est tout. » Son casier judiciaire est rempli de treize condamnations. La cour d’appel rendra sa décision le 19 septembre 2019.

la suite sur Ouest-France

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Les accusations sont lourdes.

Trois autres policiers ont été mis en examen ce jeudi dans l’affaire de corruption et de trafic de stupéfiants qui secoue la Brigade anticriminalité du XVIIIe arrondissement de Paris, a fait savoir une source judiciaire, confirmant une information du site Les Jours et d’Europe 1.

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Soupçonnés de racketter les dealers

Deux autres hommes, non policiers, avaient aussi été mis en examen la semaine dernière, notamment pour corruption active. « Ils sont notamment soupçonnés d’avoir corrompu “Bylka” », surnom du brigadier dans le quartier, « considéré par la justice comme l’organisateur des malversations », selon Les Jours.

Les deux policiers sont soupçonnés d’avoir « protégé des trafiquants de stupéfiants contre rémunération » et d’avoir blanchi l’argent ainsi obtenu, avait expliqué samedi une source proche du dossier. « Ils revendaient des informations sur les dispositifs policiers de lutte antidrogue et rackettaient les dealers », selon une source proche de l’enquête.

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Un trafic qui explose, et des méthodes de passage qui évolue

Un tiers des petites mains des trafiquants viendrait du Suriname, un autre tiers de l’Ouest, rural, de la Guyane. Avec un taux de chômage de 22% en Guyane, les trois-quarts de ces intermédiaires sont sans emploi, selon le Parquet, et donc attirés par l’appât du gain.

Leurs méthodes sont aussi en train de changer : il y a quelques années, avaler la drogue était majoritaire, mais selon un rapport de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCTRIS) rendu en février 2019, ce n’est plus vraiment le cas. Les mules avalent de moins en moins la drogue (seulement 24% des cas en 2018), et préfèrent plutôt la cacher sur eux (28% des cas) ou dans les valises (42% des cas, toujours selon rapport OCTRIS), ce qui permet d’en emporter plus. D’ailleurs, les quantités saisies par les douanes sont en hausse : 1,7kg en moyenne par personne interpellée, avec une fourchette comprise entre 1 et 20kg !

Des policiers et des douaniers en trop petit nombre

Avec 1.349 arrestations l’an passé à Cayenne, les forces de l’ordre interpellent plus de trois personnes par jour. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, car les policiers estiment à 8 ou 10 le nombre de mules envoyées pour chaque vol entre Cayenne et Orly. C’est la stratégie de la saturation : les trafiquants savent que les douaniers n’ont pas les moyens de traiter plus de deux ou trois personnes par jour.

« Une mule, c’est au moins 35 jours de procédure. Donc au minimum deux douaniers et un médecin », explique à Europe 1 Rodolphe Alexandre, le président de la Collectivité territoriale de Guyane. « Les services sont insuffisants. Prenons le cas du scanner ou de l’échographe, il faut soit un médecin soit un infirmier pour suivre ces opérations. »

Actuellement, l’échographe installé dans l’aéroport de Cayenne pour déceler la drogue dans les corps ne fonctionne pas.

Les autorités ont donc décidé de lancer un plan de lutte renforcé le 11 avril, avec l’affectation de quatre agents supplémentaires pour les douanes à la frontière d’ici l’été, ce qui doit faire passer les effectifs de 18 à 22 personnes à Saint-Laurent du Maroni, et huit lits carcéraux au lieu de quatre à l’hôpital de Cayenne pour prendre en charge ceux qui ont avalé la drogue. Il s’agit aussi d’augmenter les contrôles, sur les routes et à l’aéroport, en Guyane comme à l’arrivée en métropole.

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Roberto Gonzalez Franco de Los Mochis, lié au cartel de Sinaloa, est parmi les 22 prévenus arrêtés mercredi 5 juin dernier pour leur rôle dans un trafic d’héroïne et de fentanyl

La drogue était acheminée de Mexico à New-York

Roberto Gonzalez Franco de Los Mochis est accusé de trafic de drogue avec deux autres personnes.

L’agent spécial de la DEA de New York, Raymond Donovan, en charge de l’enquête, précise que le fentanyl est la menace la plus mortelle qui pèse sur les population à travers le monde, ajoutant que cette affaire est précieuse parce qu’elle permet d’analyser avec précision les mécanismes d’opération et de transport du cartel de Sinaloa. On apprend « qui amène l’héroïne, le fentanyl, et la mort jusqu’aux portes des consommateurs new-yorkais”.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls victimes

Cette organisation opère aussi en Colombie, au Panama, au Pérou, au Paraguay, au Brésil, en Argentine et en Europe. Selon Donovan ; “Grâce à cette enquête, nous avons sauvé des vies; nous avons intercepté 22,6 kilogrammes de fentanyl avant même qu’elle n’atteigne la rue”.

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Narco-terro­­riste ?

En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdel­­rah­­man, des passeurs du nord du Mali, ont fran­­chi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Ac­­cra, la capi­­tale du Ghana. Ils étaient là pour rencon­­trer deux hommes qui leur avaient offert l’op­­por­­tu­­nité de gagner des millions de dollars en trans­­por­­tant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdel­­rah­­man des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pour­­boire aux gardes à l’en­­trée et ont salué Moha­­med (un radi­­cal liba­­nais) dans le hall d’en­­trée. Moha­­med les a conduits dans une chambre d’hô­­tel pour rencon­­trer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révo­­lu­­tion­­naires de Colom­­bie, ou FARC. « Hola Colom­­biano », a lancé Touré en entrant. Abdel­­rah­­man, qui voulait appe­­ler David « 007 » en espa­­gnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.

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Crédits : DEA

Touré et Abdel­­rah­­man venaient de Gao, une ville recu­­lée et aride du nord du Mali qui est depuis long­­temps utili­­sée comme plaque tour­­nante de produits de contre­­bande, des immi­­grants aux ciga­­rettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insur­­gés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Magh­­reb isla­­mique (AQMI). Au cours de mois de contacts télé­­pho­­niques et de rendez-vous, David et Moha­­med ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérille­­ros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhai­­taient travailler avec al-Qaïda, orga­­ni­­sa­­tion avec laquelle ils parta­­geaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Moha­­med. Et d’ajou­­ter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’or­­ga­­ni­­sa­­tion : il était à la tête d’une compa­­gnie de trans­­port et four­­nis­­sait, en échange de la protec­­tion de ses camions, de la nour­­ri­­ture et du carbu­­rant à Al-Qaïda.

Pour­­tant, David restait scep­­tique. Il devait s’as­­su­­rer que l’en­­tre­­prise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est syno­­nyme d’enjeux consi­­dé­­rables, étaient prêts à payer Touré et Abdel­­rah­­man à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient trans­­por­­ter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville auto­­nome espa­­gnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des char­­ge­­ments dix fois plus consé­quents suivraient si le premier voyage se dérou­­lait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Moha­­med qu’il était fati­­gué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contre­­bande, qui s’éten­­dait du Ghana au Maroc. Abdel­­rah­­man, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauf­­feur entre­­te­­nant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’ar­­mée malienne, qui les aide­­rait à traver­­ser la fron­­tière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on conti­­nue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdel­­rah­­man sont retour­­nés au Golden Tulip pour collec­­ter leur premier paie­­ment. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, atten­­dait dans un deuxième hôtel pour rece­­voir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrou­­vés nez à nez avec les poli­­ciers ghanéens.

Il s’est avéré que David et Moha­­med n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des infor­­ma­­teurs infil­­trés de la Drug Enfor­­ce­­ment Admi­­nis­­tra­­tion (ou DEA, l’Agence améri­­caine de lutte contre les drogues).

Quelques jours plus tard, Touré, Abdel­­rah­­man et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’en­­vo­­ler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribu­­nal fédé­­ral. Les trois trafiquants ont été incul­­pés — en vertu d’une dispo­­si­­tion peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terro­­risme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terro­­risme et l’autre dans le trafic de drogue. ulyces-narcoterror-02 À l’an­­nonce des charges, Preet Bharara, l’avo­­cate améri­­caine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terro­­ristes s’im­­pliquent dans le trafic de drogue, ils nous four­­nissent davan­­tage d’op­­por­­tu­­ni­­tés de les neutra­­li­­ser et de suppri­­mer les finan­­ce­­ments desti­­nés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la dispo­­si­­tion sur le narco-terro­­risme a été utili­­sée contre Al-Qaïda. Les suspects corres­­pondent préci­­sé­­ment à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne néces­­site pas que les acti­­vi­­tés incri­­mi­­nées se soient dérou­­lées aux États-Unis, a été créée.

Michele Leon­­hart, qui était direc­­trice de la DEA à l’époque des faits, a renché­­rit : « Les arres­­ta­­tions d’aujourd’­­hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des orga­­ni­­sa­­tions terro­­ristes dange­­reuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue inter­­­na­­tio­­naux qui alimentent leurs acti­­vi­­tés. »

Tandis que l’af­­faire des Maliens pour­­sui­­vait son cours, ses défauts sont toute­­fois deve­­nus évidents. Les préve­­nus appa­­raissent davan­­tage comme des hommes malchan­­ceux que comme des crimi­­nels endur­­cis, des amis d’en­­fance qui pensaient que les infor­­ma­­teurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a super­­­visé les dernières étapes de la procé­­dure, a déclaré : « Il n’y a aucune impli­­ca­­tion des suspects ou des infil­­trés… ni dans les acti­­vi­­tés d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’a­­vec la valeur de l’af­­faire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’­­hui citée par la DEA comme un exemple des exploits améri­­cains en matière de sécu­­rité natio­­nale. Depuis que les mesures sur le narco-terro­­risme ont été adop­­tées, la DEA a pour­­suivi des dizaines d’af­­faires qui corres­­pon­­daient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a reven­­diqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbol­­lah, les tali­­bans et les FARC, a insti­­tué le narco-terro­­risme au rang de menace préémi­­nente contre les États-Unis.

À chaque succès supposé, la DEA a fait pres­­sion sur le Congrès pour faire augmen­­ter ses finan­­ce­­ments. En 2012, Michael Braun, ancien­­ne­­ment chef des opéra­­tions de l’agence, a, lors de son témoi­­gnage devant les parle­­men­­taires améri­­cains, fait état des liens entre les terro­­ristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécu­­rité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les ensei­­gne­­ments de leurs expé­­riences. »

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Le trafic de drogue finance-t-il le terro­­risme ?

C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notam­­ment en Colom­­bie et en Afgha­­nis­­tan, il existe des preuves probantes de la colla­­bo­­ra­­tion entre terro­­ristes et barons de la drogue.

Mais un examen appro­­fondi des affaires pour­­sui­­vies par la DEA a révélé de nombreuses simi­­li­­tudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces pour­­suites ont été inten­­tées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terro­­risme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’in­­for­­ma­­teurs qui étaient rému­­né­­rés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inci­­ter leurs cibles à parti­­ci­­per à des mises en scène de complots narco-terro­­riste.

La DEA défend vive­­ment l’ef­­fi­­ca­­cité de ces opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion, affir­­mant qu’elles sont un bon moyen pour iden­­ti­­fier en amont les crimi­­nels qui consti­­tuent une menace pour les États-Unis.

Lou Milione, un haut fonc­­tion­­naire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-tota­­lité de nos enquêtes sont proac­­tives. »

Mais Russell Hanks, un ancien haut diplo­­mate améri­­cain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il offi­­ciait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regar­­dez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajou­­ter : « Ce n’était pas du terro­­risme ; c’était de la mani­­pu­­la­­tion de personnes fragiles, dans des pays écono­­mique­­ment faibles, afin de faire gonfler le nombre d’ar­­res­­ta­­tions. »

Prêts à tout

Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’Ame­­ri­­can Airlines a percuté le Penta­­gone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se préci­­pi­­tant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infil­­tré, Edward Follis, ancien agent fédé­­ral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont préci­­pi­­tés… pour reti­­rer les corps, mais il n’y avait pas de corps à reti­­rer. »

L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre orga­­nisme fédé­­ral de répres­­sion. Et elle comp­­tait envi­­ron 5 000 infor­­ma­­teurs et sources confi­­den­­tielles. Michael Vigil, qui était la tête des opéra­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trou­­ver, nous avons cher­­ché des infor­­ma­­tions sur ce qui s’était passé, qui était respon­­sable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque immi­­nente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui lais­­saient penser que les groupes terro­­ristes commençaient à dépendre du trafic  drogue pour leur finan­­ce­­ment. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propa­­ger. »

ulyces-narcoterror-04Mais d’autres agences de rensei­­gne­­ment ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terro­­risme.

Un ancien enquê­­teur du minis­­tère de la Justice en charge du blan­­chi­­ment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affir­­ma­­tions de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – finan­­cières — ont été trans­­fé­­rées de la DEA vers la lutte contre le terro­­risme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. »

Le narco-terro­­risme, m’a dit l’an­­cien enquê­­teur, « est devenu un moyen effi­­cace pour la DEA de justi­­fier son exis­­tence. »

La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus récep­­tive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécu­­rité natio­­nale, affirme dans son livre Trea­­su­­ry’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puis­­sance natio­­nale » puissent contri­­buer à l’ef­­fort pour « empê­­cher une autre attaque de frap­­per nos côtes ». Quelques mois après les atten­­tats du 11 septembre, lors d’un rassem­­ble­­ment d’or­­ga­­ni­­sa­­tions de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est impor­­tant que les Améri­­cains sachent que le trafic de drogue finance les actes terro­­ristes. Si vous renon­­cez à la drogue, vous rejoi­­gnez la lutte contre le terro­­risme en Amérique. »

En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la poli­­tique natio­­nale de lutte contre la drogue a trans­­formé le message du président en une série de spots de préven­­tion diffu­­sés durant le Super Bowl. Au lieu d’in­­for­­mer sur les dangers liés à l’usage de stupé­­fiants illi­­cites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publi­­ci­­tés mettaient l’ac­cent sur le fait que les drogues aidaient les terro­­ristes à « tortu­­rer le père de quelqu’un » ou à « assas­­si­­ner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources finan­­cières allouées à la branche inter­­­na­­tio­­nale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande parti­­ci­­pa­­tion étran­­gère de l’agence avait été réali­­sée au Mexique et dans la région andine de l’Amé­­rique du Sud, le plus grand produc­­teur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colom­­bie et le Sentier lumi­­neux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébel­­lions paysannes. Ils ont commencé à taxer les produc­­teurs et les contre­­ban­­diers de coca pour finan­­cer leur expan­­sion. La DEA a vu dans ces orga­­ni­­sa­­tions des exemples de la manière dont les moti­­va­­tions crimi­­nelles peuvent empié­­ter, et même prendre le dessus, sur l’idéo­­lo­­gie. À présent, l’agence se concen­­trait sur l’Af­­gha­­nis­­tan, qui avait été l’un des plus grands produc­­teurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les tali­­bans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’is­­lam et l’ont aussi­­tôt bannie. Presque immé­­dia­­te­­ment après la chute des tali­­bans, les agri­­cul­­teurs du pays ont commencé à replan­­ter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient deve­­nir une source de reve­­nus pour finan­­cer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été infor­­mée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le finan­­ce­­ment et a faci­­lité le trafic d’hé­­roïne », décla­­rait Asa Hutchin­­son, l’ad­­mi­­nis­­tra­­teur de la DEA, lors d’une audi­­tion au Capi­­tole en mars 2002.

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Crédits : Strat­­for

Hutchin­­son a ainsi cité plusieurs groupes d’in­­sur­­gés, origi­­naire des pays produc­­teurs de drogue du monde entier, et notam­­ment les FARC, le Sentier lumi­­neux et le Parti des travailleurs du Kurdis­­tan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis long­­temps tenu pour être un lieu impor­­tant du trafic de drogues. L’an­­cien admi­­nis­­tra­­teur a égale­­ment mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone fron­­ta­­lière entre le Para­­guay, le Brésil et l’Ar­­gen­­tine – qui abrite une large et pros­­père commu­­nauté de busi­­ness­­men arabes – est deve­­nue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbol­­lah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Coun­­ter-Narco-Terro­­rism Opera­­tions Center (Centre d’opé­­ra­­tions de lutte contre le narco-terro­­risme), un centre d’en­­traide pour tout rensei­­gne­­ment terro­­riste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’in­­va­­sion sovié­­tique en 1979.

Celle-ci a rassem­­blé des offi­­ciers de police origi­­naires de 19 pays d’Asie et d’Eu­­rope pour parti­­ci­­per à un projet d’échange d’in­­for­­ma­­tions appelé « opéra­­tion de confi­­ne­­ment », qui visait à stop­­per les flux d’hé­­roïne et d’opium afghans.

En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Af­­gha­­nis­­tan, et l’at­­ten­­tion de la DEA s’est tour­­née vers les tali­­bans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’in­­for­­ma­­teurs et des opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion visant les trafiquants liés aux insur­­gés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’a­­lors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’ar­­mée, qui n’était pas dispo­­sée à inter­­­ve­­nir. Edward Follis, l’an­­cien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des comman­­dants mili­­taires améri­­cains avaient pointé du doigt l’agence, quali­­fiant son action de « viola­­tion inten­­tion­­nelle et flagrante ». Selon lui, le Penta­­gone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de captu­­rer ou de tuer des combat­­tants enne­­mis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’af­­faire devant John Mackey, conseiller d’in­­ves­­ti­­ga­­tion répu­­bli­­cain au Comité sur les rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la Chambre des repré­­sen­­tants. L’an­­cien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent répu­­bli­­cain de l’Il­­li­­nois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très inté­­ressé par les ques­­tions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonc­­tionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du person­­nel. « On y trouve des tas d’in­­con­­nus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’im­­pul­­sion de Mackey, les légis­­la­­teurs répu­­bli­­cains ont fait pres­­sion sur le Penta­­gone pour qu’il soutienne les opéra­­tions de la DEA en Afgha­­nis­­tan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplé­­men­­taires, lui permet­­tant d’aug­­men­­ter signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de déve­­lop­­per ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advi­­sory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étran­­ger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des labo­­ra­­toires d’hé­­roïne.

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Le FAST à l’en­­traî­­ne­­ment
Crédits : DEA

L’agence a égale­­ment iden­­ti­­fié une cible afghane très impor­­tante, Haji Bashir Noor­­zai, un trafiquant d’opium qui entre­­te­­nait des liens étroits avec le chef des tali­­bans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noor­­zai sur la liste des barons de la drogue les plus recher­­chés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’hé­­roïne expor­­tées par Noor­­zai atter­­ris­­sait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était diffi­­cile pour la DEA de le pour­­suivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afgha­­nis­­tan, et a averti le Congrès que des gens comme Noor­­zai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élar­­gis­­sions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédi­­ger une loi qui confé­­re­­rait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terro­­risme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à atti­­rer l’at­­ten­­tion de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clai­­re­­ment que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste étran­­gère, les produc­­teurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être pour­­sui­­vis pour “soutien maté­­riel au terro­­risme”, que les substances illi­­cites soient desti­­nées ou non à entrer aux États-Unis. »

La loi a été adop­­tée en 2006. Mais des inter­­­ro­­ga­­tions chez des fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice sur son appli­­ca­­tion ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines auto­­ri­­tés se sont inquié­­tées du fait que des procu­­reurs trop zélés pour­­raient être tentés d’uti­­li­­ser la légis­­la­­tion sur le narco-terro­­risme contre les adoles­­cents toxi­­co­­manes arrê­­tés avec de l’hé­­roïne afghane en leur posses­­sion. Follis, qui ne plai­­san­­tait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez incul­­per un sand­­wich à la morta­­delle. » Cepen­­dant, lorsque les fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice ont proposé d’ajou­­ter des éléments de langage à la loi pour défi­­nir plus stric­­te­­ment la notion de terro­­risme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préci­­ser ce que nous enten­­dons par “terro­­risme” », a-t-il dit. « Vous le recon­­nais­­sez quand vous le voyez. » ulyces-narcoterror-07Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recher­­chés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrê­­ter, respec­­ti­­ve­­ment en Espagne et en Thaï­­lande. Un ancien haut fonc­­tion­­naire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accu­­sés de narco-terro­­risme, l’au­­to­­ri­­sa­­tion élar­­gie dont béné­­fi­­ciait la DEA pour enquê­­ter lui a donné les moyens de pour­­suivre les trafiquants. David Raskin, ancien procu­­reur prin­­ci­­pal du District sud de New York, a salué ces arres­­ta­­tions. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à propre­­ment parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient mani­­fes­­te­­ment des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »

En 2008, la DEA faisait partie de ladite commu­­nauté du rensei­­gne­­ment des États-Unis, qui regroupe les orga­­nismes mili­­taires et civils les plus impor­­tants de l’es­­pion­­nage améri­­cain depuis 1981. Michael Braun, qui est large­­ment consi­­déré comme l’ar­­chi­­tecte du programme afghan, a déclaré aux jour­­na­­listes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de géné­­raux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous obser­­vons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Compre­­nant de larges zones de terri­­toire lais­­sées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puis­­sance des groupes djiha­­distes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le conti­nent était perçu par le Dépar­­te­­ment de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terro­­risme. La DEA a iden­­ti­­fié l’Afrique de l’Ouest comme étant un impor­­tant point de tran­­sit pour la cocaïne sud-améri­­caine. Comme en Afgha­­nis­­tan, la plupart des drogues étaient desti­­nées au marché euro­­péen. Mais la DEA soute­­nait que l’argent de ce busi­­ness finis­­sait dans les mains de terro­­ristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colom­­biens qui avaient été arrê­­tés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir trans­­porté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les terri­­toires occu­­pés par AQMI. « Si quelque chose tran­­si­­tait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.

Fin 2008, Derek Maltz, qui diri­­geait alors la divi­­sion « opéra­­tions spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts diri­­geants du Penta­­gone fraî­­che­­ment établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécu­­rité natio­­nale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire person­­nelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présen­­ta­­tion par une série de photo­­gra­­phies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauve­­teurs para­­chu­­tistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fière­­ment. La troi­­sième photo montrait une ligne d’hé­­li­­co­­ptères station­­nés sur un aéro­­drome en Afgha­­nis­­tan. Il y avait un vide là où aurait dû se trou­­ver un héli­­co­­ptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’en­­nemi », a dit Maltz dit à l’as­­sem­­blée d’of­­fi­­ciers. « Mais parfois, c’est impos­­sible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »

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Des combat­­tants d’AQMI dans le Sahel

Les maîtres du désert

Harouna Touré est né dans un petit village d’éle­­veurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entas­­sés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agri­­cole qui construi­­sait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expres­­sifs, a démé­­nagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Alma­­tar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui trans­­por­­tait des marchan­­dises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la fron­­tière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’en­­droit grouille d’un commerce non régle­­menté datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict mini­­mum, et conduire 60 kilo­­mètres pouvait prendre une jour­­née entière. « Quand vous arri­­vez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était diffé­rent », dit-il. « Je pouvais rencon­­trer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’ar­­tère prin­­ci­­pale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entre­­prise dans le Sahel était, par défi­­ni­­tion, une acti­­vité « presque » légale. Lui et son frère trans­­por­­taient de la nour­­ri­­ture, du carbu­­rant, des maté­­riaux de construc­­tion, des ciga­­rettes et des travailleurs bangla­­dais – la plupart d’entre eux arri­­vés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrô­­lés. Les conduc­­teurs voya­­geaient dans des convois armés pour se proté­­ger, ainsi que leurs cargai­­sons, des bandits. Ils devaient aussi payer les mili­­taires, les commu­­nau­­tés tribales et les milices ethniques armées qui contrô­­laient le terri­­toire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le terri­­toire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nour­­ri­­ture ou du carbu­­rant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous expo­­siez à de gros problèmes. »

Pendant un certain temps, la situa­­tion a souri à Touré. Il a monté une entre­­prise de construc­­tion qui gérait de petits projets au sein des commu­­nau­­tés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voya­­ger jusqu’à Paris et payer le pèle­­ri­­nage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’ap­­pe­­laient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chan­­tiers sans avoir été payé pour les précé­­dents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le trai­­te­­ment de son frère Alma­­tar, devenu diabé­­tique et dont le pied avait été amputé. ulyces-narcoterror-09-1Au même moment, la DEA a commencé à plani­­fier ses opéra­­tions en Afrique de l’Ouest. Parmi les prin­­ci­­pales cibles de l’agence figu­­rait AQMI, qui avait récem­­ment commis un atten­­tat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étran­­gers, des diplo­­mates et des jour­­na­­listes pour obte­­nir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de compa­­rable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comp­­tait nombre d’em­­ployés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opéra­­tions sur le conti­nent afri­­cain ont été super­­­vi­­sées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terro­­risme en charge de la région était basée à Chan­­tilly, en Virgi­­nie. Et l’agence manquait si cruel­­le­­ment d’agents fami­­liers des dialectes afri­­cains qu’a été contrainte de s’ap­­puyer sur des infor­­ma­­teurs, rému­­né­­rés seule­­ment si leurs rensei­­gne­­ments donnaient lieu à des pour­­suites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonc­­tion de leurs infor­­ma­­tions, et que sa conduite en Afrique était diffé­­rente de celle qu’elle obser­­vait sur d’autres conti­­nents.) « Nous avions d’im­­por­­tantes lacunes dans nos connais­­sances », m’a confié un ancien fonc­­tion­­naire de la DEA en charge du rensei­­gne­­ment. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circu­­ler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Moha­­med faisait partie des infor­­ma­­teurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’af­­faires liba­­nais qui entre­­tient des liens avec les commu­­nau­­tés arabes d’Amé­­rique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’af­­faire des Maliens.

En septembre 2009, une enquête sur un complot indé­­pen­­dant a conduit Moha­­med à Oumar Issa, un Malien à la carrure impo­­sante, souriant, les traits angu­­leux, qui travaillait comme ouvrier agri­­cole et chauf­­feur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tour­­nante du trafic en Afrique de l’Ouest. Moha­­med a confié à Issa qu’il cher­­chait quelqu’un qui pour­­rait aider un groupe de riches Colom­­biens à faire tran­­si­­ter de la drogue du Ghana vers l’Es­­pagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour cher­­cher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’ado­­les­­cence, mais quand Issa a abordé la ques­­tion du trans­­port de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloi­­gné de l’is­­lam, était connu pour être un alcoo­­lique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, prin­­ci­­pa­­le­­ment pour des raisons reli­­gieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situa­­tion propo­­sée par Moha­­med. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traver­­ser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’au­­rait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »

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Accra, au Ghana
Crédits : Andrew Lyon

Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de reve­­nir sur sa déci­­sion. « J’ai pensé que si je pouvais me conten­­ter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pour­­rais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdel­­rah­­man, qui vendait des pièces d’au­­to­­mo­­biles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les infor­­ma­­teurs préten­­daient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdel­­rah­­man ont égale­­ment fait mine d’ap­­par­­te­­nir à un réseau crimi­­nel qui entre­­te­­nait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objec­­tif était d’ame­­ner les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opé­­ra­­tion, puis de dispa­­raître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très diffi­­cile de les berner.

Le 6 octobre 2009, Touré et Moha­­med se sont rencon­­trés pour la première fois, dans une chambre d’hô­­tel au Ghana. D’après la vidéo de l’en­­re­­gis­­tre­­ment fourni par la DEA, Moha­­med, un homme de grande taille dont la bedaine dépas­­sait de sa cein­­ture, a sorti une carte et proposé un itiné­­raire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Moha­­med que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des isla­­mistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Moha­­med, qui préfé­­rait les appe­­ler « nos frères », a dit : « Lais­­sons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Améri­­cains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Moha­­med deman­­dait plus de garan­­ties. Il a dit à Touré qu’il invi­­te­­rait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il rame­­nait un repré­­sen­­tant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Rami­­rez, un trafiquant de drogue déjà condamné origi­­naire de Detroit qui travaillait comme infor­­ma­­teur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdel­­rah­­man pour jouer le rôle du chef d’une milice affi­­liée à Al-Qaïda.

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L’ar­­ri­­vée de la police ghanéenne
Crédits : DEA

La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retrans­­crip­­tions sont diffi­­ciles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clai­­re­­ment été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cher­­chaient à obte­­nir des décla­­ra­­tions pouvant incri­­mi­­ner leurs inter­­­lo­­cu­­teurs. À une occa­­sion, Moha­­med a donné l’ins­­truc­­tion aux cibles de l’enquête de s’adres­­ser de façon plus agres­­sive s’ils voulaient persua­­der David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guer­­riers », a déclaré Moha­­med. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répé­­ter. Vous compre­­nez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’ache­­ter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puis­­siez l’ache­­ter. » Moha­­med a suggéré que la marque de confiance de David méri­­tait un retour d’as­­cen­­seur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Moha­­med. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vrai­­ment « les maîtres du désert ». Abdel­­rah­­man est inter­­­venu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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On a parlé avec un ex-policier qui a plus d’une mission d’infiltration derrière la cravate.

Illustration par Mathieu Rouland

Quand on parle d’infiltration, d’agent double, d’agent secret, on pense tout de suite à James Bond. Être un beau monsieur qui aime allonger de belles madames et qui sait se servir de plein de gadgets super technologiques. Mais est-ce que c’est vraiment ça, l’infiltration?

Je suis allée prendre un café avec Robert*, un policier à la retraite, pour lui soutirer des informations sur la vie d’infiltrateur. L’homme a plusieurs années d’expérience, et comme un pro, il esquive toutes les questions trop pointues à son goût.

VICE : C’est quoi la différence entre un agent double et un agent d’infiltration?
Robert : De nos jours, y a les Mister Big. C’est une méthode d’enquête, pour approcher un criminel quand on est convaincu qu’il a fait un meurtre. On envoie un gars qui infiltre son entourage pour essayer de le faire parler.

Le gars l’approche, peu importe les moyens, soit comme chum, comme ami, dans le but ultime, dans six mois ou un an, de le faire parler. Il lui paye la traite, l’amène dans les restos, lui paye des affaires, lui offre des opportunités de faire de l’argent et c’est comme ça qu’on voit si le gars est croche un peu. Ça, c’est un agent d’infiltration.

Alors qu’un agent double, c’est presque tout le temps relié aux stupéfiants. Un gars undercover qui va acheter de la drogue, pour essayer d’entrer dans un réseau. C’est un peu ça la différence.

Qu’est-ce qui t’a amené à faire de l’infiltration?
Faire de l’infiltration, ça te permet de patauger dans un genre de vie criminelle, sans y être complètement. Voir des affaires, tout en étant correct. J’irais pas jusqu’à dire que j’ai déjà rêvé de ça, mais je regarde mes amis quand j’étais jeune, j’aurais pu mal tourner… et y a le challenge de passer inaperçu dans ce milieu-là. Avoir 18, 20 ans, je suis pas certain que je retournerais dans la police. Ça apporte beaucoup, mais t’es toujours dans le négatif. T’as une vie familiale ‘fuckée’. Les horaires, c’est pas terrible. Le seul avantage, c’est que tu peux sacrer ton camp de bonne heure, avec une bonne pension.

La formation pour faire de l’infiltration, ça ressemble à quoi?

À l’époque, après la formation de policier, t’avais un mois de formation supplémentaire pour faire de l’infiltration. C’est pas assez, ça te prépare pas. Comment agir dans telles et telles situations, comment changer ton identité, comment te faire une deuxième vie… L’école, ça sera jamais comme être sur le terrain.

Est-ce qu’il y a des cours de jeu?
Non. T’improvises. T’embarques dans ton personnage pis tu t’arranges pour être prêt à réagir sur un 10 cennes.

C’est quoi les qualités que ça prend pour faire de l’infiltration?

Confiance en soi, être fonceur, mais il faut que tu sois allumé, parce que tu sais jamais qu’est-ce qui va se passer. Qu’est-ce que je fais icitte? Si je me fais poser telle question, qu’est-ce que j’vais dire? C’est comme un jeu d’échec, il faut que tu penses 15 coups d’avance. Le hamster roule tout le temps. T’es jamais tranquille à regarder les nuages.

Qu’est-ce que tu fais, pour pas te mélanger dans tes histoires?
À force de te forger des histoires, tu deviens bon menteur. Faut que tu les croies, tes menteries, parce qu’il faut que t’en parles, que tu t’imagines que tu l’as vraiment fait. Il faut que ça sorte tout seul quand tu en parles. Pis si on reparle la fin de semaine d’après, il faut revenir sur le sujet. Le danger, c’est que ça devienne pas clair dans ta tête, c’est plus difficile de convaincre les autres pis plus facile de te mélanger dans tes histoires. Ça fait que tu finis par croire tes histoires. C’est fucké, hein?

Combien de temps dure chaque mission?
T’es rarement là plus que deux ans, après ça, on t’envoie ailleurs. Tu retournes pas tout de suite en bleu [en uniforme], tu vas dans une section un peu à l’abri au début.

As-tu déjà eu peur pour ta vie?
[Long soupir] C’est arrivé, mais on dirait que j’ai fait une croix là-dessus. Je pourrais pas te conter quand j’ai eu peur parce que j’ai comme tassé ça de mon existence. Des fois, t’es tout seul dans un party avec des gens, tous criminalisés, pis sont pas comme toi pantoute. T’es bien entouré, par contre, t’as toujours le SWAT et des enquêteurs pas loin. Je me suis jamais senti abandonné, mais tu sais jamais comment ça peut tourner. Ça a comme un peu fucké ma vie… Encore aujourd’hui, quand je vais au restaurant, j’ai le réflexe de regarder partout, je vais en arrière, je m’assois toujours pour voir la sortie… Même chose quand je vais au centre d’achat, je pense à beaucoup de choses avant de choisir où je me stationne.

As-tu des anecdotes drôles?

Des fois, tu peux être dans un restaurant, pis là, t’as quelqu’un de ton autre vie qui vient te voir. Tu fais semblant de pas le connaître, alors qu’il vient te voir et qu’il t’appelle par ton prénom. « Je te connais pas, je t’ai jamais vu. T’es fucké. J’ai jamais fait ça. »

Ça peut te mettre dans la merde, j’imagine?
Je m’en suis bien tiré, mais c’est sûr qu’après, tu te fais poser des questions. « Comment ça qu’il t’appelle par un autre nom? » Les gars sont pas fous. Tu patines, pis t’es heureux d’avoir déjà pensé à tes portes de sortie.

As-tu déjà été découvert ?

Non. Personne ne s’est aperçu de ce que je faisais en mission, et, par la suite, j’ai jamais reconnu des visages que j’avais vus par le passé, pis qu’il n’aurait pas fallu que je reconnaisse.

Si ça arrive, comment il faut réagir?
Mettons que ça m’arrive demain matin, je suis retraité, c’est moins pire que si je me faisais voir en uniforme. Ça se peut que j’ai changé de vie pis que je me tienne tranquille. Quand tu patrouilles en uniforme, c’est là que c’est dangereux, parce que c’est assez dur de dire que t’es pas dans la police.

Tu dis quoi à ta blonde?
Tu la laisses. Tu peux pas faire ça avec une femme pis des enfants. C’est trop long, c’est pas comme si tu faisais ça une semaine ou deux. Tu peux pas cacher ça à ta blonde pendant trois ans… que tu fais une « autre affaire », que tu vis « dans un autre appartement » avec une « autre fake madame ».

Comment tu développes de vrais liens avec les gens?

T’en as quasiment pas. Même ma mère ne savait pas ce que je faisais.

Est-ce que ça t’est déjà arrivé de te faire une blonde « dans une autre vie »?
Une fréquentation, mais pas une blonde.

Est-ce que c’était dans le but d’obtenir ou d’apprendre quelque chose?
Non, pour le fun. C’est pour ça que ça a duré le temps d’une rose. Le danger, c’est de tomber en amour pour vrai pis d’oublier le but premier de ta mission. Faut mettre les distractions de côté. Le risque est trop grand quand tu deviens intime avec quelqu’un.

Est-ce qu’ils vous apprennent comment vous protéger de ça?
J’ai jamais eu de cours là-dessus. Tu l’apprends sur le tas. Tu gardes tes distances.

Quand tu arrives sur une mission, tu pars avec quoi comme information?
Ça dépend toujours, c’est du cas par cas. Des fois, on laisse ça à ta discrétion, des fois c’est des scénarios préétablis. On t’embarque dans un personnage pis on te dit quoi faire. Mais t’as toujours un bon dossier sur les voisins, les fréquentations du gars, plein d’autres affaires.

À qui on ne devrait jamais faire confiance?
Tu te fies juste à toi. Dans la vie, pis surtout dans ce milieu-là. Tu devrais pas faire confiance à personne. Sur Facebook, oui tu peux mettre des jokes, mais ce que tu manges, où, avec qui, pis où tu vas faire tes commissions l’après-midi, le moins possible.

Est-ce que dans le cadre de ton travail tu as déjà posé des actes illégaux ?
Oui, mais je peux pas te dire jusqu’à quel point. Qui n’a jamais fait des affaires illégales? Boire une bière dans un parc, c’est illégal.

C’est quoi tes outils pour te détacher de ces vies-là et rester sain d’esprit ?
Il faut que tu te trouves des passions en dehors de ça pour essayer d’oublier cette vie-là.

Zoé Lamontagne est sur internet ici et .

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En France, certains dossiers d’opérations d’infitration sont classés « SECRET DÉFENSE », et par exemple, à la Douane française, la lâcheté de François AUVIGNE, un DG énarque et inspecteur des finances, laissera NS 55 DNRED, un des agents infiltrés plus de dix ans en taule, expliquant qu’il n’avait pas à assumer les engagements pris par ses prédécesseurs.  lire
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L’office central de lutte contre le crime organisé

Logo OCLCO

L’OCLCO, créé par le décret du 6 mai 2006, est compétent en matière de lutte contre les groupes criminels quelles que soient leurs activités illicites. Il s’investit particulièrement dans la répression du grand banditisme et des trafics d’armes et de véhicules volés ainsi que dans la recherche des fugitifs.

Pour accomplir ses missions, l’OCLCO s’appuie sur trois brigades :

– la brigade nationale de répression du banditisme et des trafics;
– la brigade de recherche des fugitifs;
– la brigade de recherche et d’intervention nationale.

Il anime et coordonne l’action des 12 brigades de recherche et d’intervention (BRI) mises en place au sein des DIPJ et des DRPJ et chargées des recherches visant à détecter, surveiller et interpeller les auteurs et complices d’actes relevant de la grande criminalité.

Dans son domaine de compétence, il initie ses propres enquêtes sur l’ensemble du territoire national et peut également assister ou agir en co-saisine avec un service de police ou de gendarmerie.

Il met à la disposition d’autres services des groupes spécialisés en matière de rapprochement analogique des modes opératoires et de téléphonie cellulaire avec exploitation en temps réel de données.

Cet office constitue pour la France le point central dans les échanges internationaux:

– il centralise les demandes de recherches sur le territoire émanant des pays étrangers;
– il entretient des liaisons opérationnelles avec les services spécialisés des autres pays et avec les organismes internationaux en vue d’obtenir toutes informations relatives aux recherches ;
– il contribue, au niveau national, à l’animation et à la coordination des travaux préparatoires aux réunions des enceintes et organismes internationaux auxquels il participe.

De manière plus précise, son domaine de compétence recoupe:

Le grand banditisme :

Les homicides commis entre malfaiteurs, les extorsions, y compris lorsqu’elles accompagnent un enlèvement de personne, les vols qualifiés, les évasions violentes et les associations de malfaiteurs en liaison avec ces infractions.

Les établissements bancaires, la bijouterie-joaillerie-horlogerie-orfèvrerie, le transports de fonds restent les cibles traditionnelles du grand banditisme qui se tournent vers d’autres objectifs présentant un faible risque : délinquance de proximité, grande distribution, … 

La recherche des malfaiteurs en fuite :

L’office est chargé de la recherche et de l’arrestation des auteurs présumés, des témoins défaillants ou importants d’une infraction faisant l’objet d’une enquête judiciaire, des personnes à l’encontre desquelles est décerné un mandat judiciaire et qui font l’objet d’un ordre de recherche émanant de l’autorité judiciaire ou d’une décision de condamnation à une peine privative de liberté sans sursis émanant d’une juridiction de jugement et des personnes évadées au sens des articles 434-27 à 434-29 du code pénal.

Les trafics d’armes :

L’office est chargé d’animer et de coordonner la lutte contre les infractions relatives à la fabrication, la détention, le commerce et l’emploi illicite d’armes, de munitions, de produits explosifs et de matières sensibles (nucléaires, biologiques, chimiques), quel que soit le domaine d’activité : criminalité organisée, terrorisme, délinquance dans les zones sensibles.

Les trafics de véhicules volés :

Une augmentation régulière depuis 2007, de la quantité de véhicules volés non retrouvés (80 000 environ par an), ainsi qu’un nombre de véhicules volés qui tend à stagner, voire à diminuer atteste de la permanence des réseaux de trafics de véhicules.
En 2009, 167 697 véhicules ont été dérobés (+ 3,9 % par rapport à 2008) et 84 696 véhicules ont été retrouvés.

Le continent africain, l’Afrique de l’ouest et le Maghreb ainsi que les Balkans et les pays Baltes constituent les principales destinations des véhicules et des pièces détachées volés.
Ces vols génèrent parallèlement un trafic de documents administratifs falsifiés ou contrefaits.

Les trafics de documents volés, falsifiés ou contrefaits :

La répression de ces trafics organisés doit s’attacher notamment à en neutraliser les sources. Si les officines traditionnelles de fabrication de faux documents tendent à disparaître, de nombreux délinquants poursuivent leur activité grâce aux nombreuses facilités offertes par les progrès informatiques.

Les vols à main armée commis en vue de l’appropriation de documents administratifs vierges ont cessé depuis 2005 grâce aux actions préventives menées par la police judiciaire en direction de ses différents partenaires (préfectures, consulats de France à l’étranger, imprimerie nationale, transporteurs mais aussi, par la mise en place des passeports électroniques (2006) et nouveaux certificats d’immatriculation (2009), produits et remplis directement par l’imprimerie nationale.

Depuis 2008, on observe cependant une tendance à la contrefaçon à «large spectre» de documents ou pièces administratives permettant de constituer frauduleusement en préfecture ou en mairie des demandes de délivrance de documents authentiques. Il s’agit de l’obtention indue, véritable fraude intellectuelle.

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