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Des condamnations allant de deux à dix ans de prison et des amendes jusqu’à 500.000 euros ont été prononcées jeudi par le tribunal correctionnel de Marseille contre dix-huit membres d’un tentaculaire réseau de blanchiment d’argent de la drogue.

Une gestion depuis la Belgique

L’accusation mettait à l’actif de ce réseau ayant sa tête au Maroc et géré depuis la Belgique quelque 310 transactions financières occultes entre août 2015 et novembre 2016, qu’il s’agisse de récupérations de sommes collectées auprès de réseaux de drogue un peu partout en France, de remises d’argent ou de transports de fonds en Espagne.

Considéré comme le collecteur principal, Abdlakrim Daoudi, un ancien garagiste de Grande Synthe (Nord), a été condamné à neuf ans de prison et à une amende de 200.000 euros. La même condamnation a été prononcée contre Tawfik Soudani, à la tête d’un réseau recourant au service de cette entreprise occulte de blanchiment.

Un système ancestral de compensation

Dirigé selon l’accusation par un homme d’affaires marocain, ce réseau de blanchiment fonctionnait sur le modèle de l’hawala, un système ancestral de compensation reposant sur la confiance entre des « sarafs » (des agents de change) pour des règlements transfrontaliers sans déplacement physique d’argent. L’argent entrait ensuite dans le système bancaire classique à Dubaï, où l’hawala est légale.

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DANGER – DANGER – DANGER

A lire ou relire par ceux qui estiment encore que l’État est doué d’un esprit supérieur et d’une honnêteté supérieure

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De plus en plus visibles, les lanceurs d’alerte n’en sont pas moins en danger. Régulièrement utilisés par les différents services de l’État pour la qualité de leurs informations, totalement indécelables en l’absence d’alerte, ils sont finalement les laissés-pour-compte de la République.

Par Pierre Farge, avocat.

La valeur de protection des lanceurs d’alerte n’est qu’instrumentale: elle vise à rassurer tous les potentiels lanceurs d’alerte, encourager leur partage d’informations, puis une fois fait, laisse ces individus ayant agi dans l’intérêt général assumer seuls les conséquences de leurs actes.

Sans rien enlever au caractère désintéressé du lanceur d’alerte, l’administration a mis en place plusieurs dispositifs pour protéger le geste démocratique du lanceur d’alerte, tout du moins en théorie:

– la loi Sapin 2 reconnaît ainsi le statut de lanceur d’alerte, mais refuse tout secours financier,

– la loi du 23 octobre 2018 reconnaît le lanceur d’alerte du fisc, ou aviseur fiscal, et, par principe, le secours financier,

– l’arrêté du 18 avril 1957 reconnaît le lanceur d’alerte des Douanes, ou informateur des Douanes, et accepte aussi par principe le secours financier.

Comment est-il donc possible que différents dispositifs visant les mêmes fins soient applicables et puissent se contredire? Comment est-il possible d’établir un dispositif protecteur, puis une fois les informations exploitées, ne jamais leur en faire bénéficier? Et comment est-il possible que personne ne légifère pour corriger le tir?

Des dispositifs opaques et contradictoires

La réponse se trouve dans l’histoire récente et symptomatique d’un employé qui adhère de moins en moins à la finalité de son travail, qui prend conscience de procéder à des opérations qui ne trouvent pas l’utilité sociale qu’il avait imaginé, et qui décide donc d’en dénoncer le caractère frauduleux.

Sur la base des informations publiquement disponibles, principalement en ligne, cet employé s’adresse à la Direction des douanes.

Il a ainsi d’abord partagé toutes les informations en sa possession, prenant d’énormes risques vis-à-vis de son employeur, et de toutes les représailles en cascade imaginables.

Il a ensuite donné de son temps à l’administration pour orienter les agents en charge de l’enquête et aider à interpréter les informations transmises, avant de finir par démissionner de son poste tant le double jeu lui était devenu intenable.

Il lui est ainsi dès le début opposé par l’administration le secret de la procédure; précisé qu’il existe de nombreux dispositifs permettant protection et secours financier, et donc de patienter sans s’inquiéter (tout cela apparaît de façon objective dans des échanges d’e-mails).

Il n’a donc jamais été informé par l’administration qui s’est précipitée sur ses informations que pour bénéficier d’un tel statut, il fallait entrer ab initio dans une procédure particulière accordant un tel statut.

Ce qui vous permet donc d’imaginer sans mal la position de l’administration aujourd’hui: une fois dénouée l’affaire grâce aux informations de premier ordre, celle-ci indique courageusement que l’informateur ne peut plus prétendre à aucune prise en charge à défaut d’avoir été considéré comme tel en temps voulu.

Le pouvoir concentré entre les mains d’une seule fonctionnaire

Pour bien comprendre cette situation kafkaïenne, il convient encore de rappeler qu’un indicateur des douanes peut être rémunéré en vertu des textes, même en cas d’insuccès partiel d’une opération, mais dans une limite de 3.100 euros, sauf décision contraire de la directrice générale des Douanes, en l’occurrence Madame Isabelle Braun-Lemaire.

Cette dernière concentre en effet tout le pouvoir de déplafonner ce seuil, en pratique dans une affaire sur dix, lorsque l’information débouche sur un trafic d’envergure ou une grosse confiscation.

Dans ce cas, le montant de la rétribution, « fixée de façon discrétionnaire et ne pouvant faire l’objet d’aucun recours », comme le précise l’arrêté, et comme s’autorise volontiers à le rappeler l’intéressé, est calculé selon un barème fluctuant et confidentiel, curieusement inconnu du Parlement, ou de toute autre forme de représentation nationale.

Pour résumer, le recouvrement potentiel de centaines de millions d’euros pour les caisses de l’Etat dépend donc

1) du pouvoir discrétionnaire concentré entre les mains d’une seule fonctionnaire,

2) qui agit dans l’opacité des textes,

3) et refuse toute communication au Parlement ou la Cour des comptes.

Un état de fait d’autant plus malheureux que l’on ne connait toujours pas en France le nombre exact de salariés dédiés à la cellule des lanceurs d’alerte, et donc de la dépense publique engendrée pour le contribuable (ils sont par exemple 21 aux États-Unis, et 12 en Grande-Bretagne).

Un tel postulat frappe l’Etat de droit, sape la confiance entre institutions et citoyens, et accentue une crise de la représentation qui ne nourrit pas la réforme, mais l’insurrection.

Au lendemain du 25e samedi de mobilisation des « gilets jaunes », cela fait penser à ce mot de Henry David Thoreau dans sa Désobéissance civile : « L’État n’est doué ni d’un esprit supérieur ni d’une honnêteté supérieure, mais uniquement d’une force physique supérieure. »

source

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ONUDC

La production mondiale de cocaïne a atteint un nouveau plus haut historique avec près de 2 000 tonnes en 2017, tandis que celle d’opium connaît un recul inédit, relève l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport annuel publié mercredi.

A 1 976 tonnes, la production de cocaïne a connu un bond de 25% par rapport à 2016, année où elle avait déjà augmenté d’un quart, selon les estimations de cette agence basée à Vienne.

Consommation en hausse

L’essor de la cocaïne, absorbée principalement par les marchés d’Amérique du Nord et d’Europe, est notamment lié à l’extension des cultures et des capacités de production en Colombie, souligne l’agence.

Dans ce pays assurant quelque 70% de la production mondiale, les surfaces d’arbres à coca ont progressé de 17% en 2017, une conséquence de l’accord de paix conclu en 2016 avec les Farc, qui a paradoxalement permis à des groupes criminels de prospérer sur des territoires auparavant contrôlés par cette guérilla. L’ONUDC déplore par ailleurs qu’ »une diminution des efforts d’éradication ait pu favoriser l’idée que cette culture est relativement peu risquée» en Colombie.

Les saisies progressent, certes, mais du seul fait de la progression du trafic et non de la plus grande compétence des services

Parallèlement, les saisies de cocaïne ont progressé à 1 275 tonnes en 2017, soit une hausse de 13%, indique l’agence onusienne, qui se félicite d’une meilleure efficacité de la coopération internationale en la matière.

La cocaïne reste toutefois consommée par 18,1 millions de personnes dans le monde, notamment aux Etats-Unis où elle touche 2,1% de la population adulte.

Opiacés de synthèse

A l’inverse, la production d’opium s’est effondrée pour la première fois en deux décennies, avec un recul de 25% en 2018, à 7 790 tonnes, relève l’ONUDC.
Ce recul s’explique notamment par une baisse de 17% des surfaces de pavot cultivées en Afghanistan, un pays qui assure plus de 80% de la production mondiale.

Due en partie à un épisode de sécheresse qui a frappé ce pays, cette évolution résulte aussi d’une baisse des prix «probablement liée à une surproduction les années précédentes», qui a «rendu cette culture moins lucrative» pour les paysans, estime l’agence.

Malgré cette chute, l’usage d’opiacés continue de progresser à travers le monde en raison du développement constant de la consommation de produits de synthèse en Amérique du Nord et en Afrique, s’alarme l’agence. Aux Etats-Unis, le nombre de morts liés à l’usage d’opiacés a ainsi progressé de 13% pour s’établir à plus de 47 000 décès en 2017, un nouveau record. Cette évolution est notamment due à la popularité du fentanyl, un opioïde synthétique 50 fois plus puissant que l’héroïne et aisément disponible sur ordonnance.

Parallèlement, le tramadol progresse en Afrique, où les saisies de cet antalgique ont été multipliées par douze en sept ans, à 125 tonnes, note l’ONUDC.

Au total, quelque 585 000 décès ont été répertoriés en 2017 dans le monde en lien avec la consommation de drogues, contre 450.000 en 2015. Cette progression est liée en partie à une meilleure prise en compte statistique dans certains pays comme l’Inde et le Nigeria. Elle n’inclut toutefois pas la Chine.
Au total, plus de 270 millions de personnes consomment de la drogue chaque année, le cannabis se taillant la part du lion avec 188 millions d’adeptes, selon l’ONUDC.

Les opioïdes affectent 53,4 millions de consommateurs.

Source

Dans le même temps les paradis fiscaux qui blanchissent aussi les profits du narcotrafic enregistrent des profits records.

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Seulement 5 minutes!

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Avec la participation de Michel Charasse, l’ancien ministre du Budget, de l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, de l’ancien directeur de la DNRED jean Henri Hoguet et de l’ancien ministre Azouz Begag.

 

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Afin de réagir contre le discours de banalisation et de légalisation du cannabis qui est actuellement relayé par certains députés (en marche, socialistes et communistes) et par la presse, l’UNI lance une pétition pour alerter et mobiliser les français contre cette légalisation.

Pour nous c’est tout réfléchi, « au niveau européen » comme en France : la drogue est un danger pour notre jeunesse. Troubles psychologiques, décrochage scolaire, isolement social, … aucun calcul politique, aucune argumentation économique ne sauraient cacher la vérité.

La toxicité du cannabis, tant psychique que physique, a été maintes fois démontrée. Elle n’est d’ailleurs plus contestée dans le milieu médical. Pourtant, de nombreux lobbys favorables à sa légalisation investissent de gros moyens de communication pour faire croire que cette drogue est un produit anodin.

La consommation de cannabis chez les jeunes induit, en effet, de lourdes conséquences en termes d’échec scolaire. Démotivation, absentéisme, inattention ou incapacité à accomplir les tâches : le cannabis fait peser une lourde menace sur l’avenir de nos jeunes ainsi que sur leur santé physique et mentale.

La consommation de cannabis implique également des comportements de passivité excessive ou au contraire de violence avec de graves répercussions sur les vies professionnelles et familiales des consommateurs. De plus, ces dernières années le nombre d’accidents sur les routes, liés à la consommation de cannabis, à fortement augmenté.

L’argument selon lequel une légalisation du cannabis entraînerait automatiquement une diminution du trafic est quant à lui parfaitement démagogique : la délinquance, par principe, recherche les zones de non-droit et le trafic ne ferait que se déplacer sur d’autres drogues ou d’autres marchandises illégales.

Enfin, Jean Costentin, Docteur en médecine et Professeur de Pharmacologie à l’Université de Rouen, explique que le THC, contenu dans le cannabis, modifie aussi les gènes.

« Dès lors, les individus en âge de procréer qui consomment du cannabis, exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) aux effets du THC. Leurs futurs enfants verront leurs récepteurs D2 accumbiques être moins nombreux et moins efficaces ; pour ressentir le même niveau de plaisir qu’un individu n’ayant pas subi cette modification épigénétique, ils auront besoin de les solliciter plus intensément, en recourant à des drogues et en augmentant régulièrement leurs doses. » (https://www.ceru.fr/spip.php?article200#kWzhCBuFmuHFp1U8.97)

En conclusion, un libre accès au cannabis des individus en âge de procréer favoriserait la toxicomanie de leurs enfants.

Une légalisation du cannabis ferait peser un grave danger sur notre société et sur la jeunesse.

Contre la légalisation du cannabis, je signe et je fais signer la pétition de l’UNI.

Se rendre sur la page pour signer

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Aviseur international bénéficiait jusqu’alors d’un référencement par le moteur de recherche Google sur les mots repris régulièrement dans ce blog d’informations régulières sur la drogue et le narcotrafic.

Douane française, DNRED, Drogue, narcotrafic, hachis, cocaïne, cannabis, héroïne… ETC.ETC.

J’ai le regret de constater qu’aujourd’hui, Google a décidé de m’écarter du système de référencement automatique.

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Roberto Gonzalez Franco de Los Mochis, lié au cartel de Sinaloa, est parmi les 22 prévenus arrêtés mercredi 5 juin dernier pour leur rôle dans un trafic d’héroïne et de fentanyl

La drogue était acheminée de Mexico à New-York

Roberto Gonzalez Franco de Los Mochis est accusé de trafic de drogue avec deux autres personnes.

L’agent spécial de la DEA de New York, Raymond Donovan, en charge de l’enquête, précise que le fentanyl est la menace la plus mortelle qui pèse sur les population à travers le monde, ajoutant que cette affaire est précieuse parce qu’elle permet d’analyser avec précision les mécanismes d’opération et de transport du cartel de Sinaloa. On apprend « qui amène l’héroïne, le fentanyl, et la mort jusqu’aux portes des consommateurs new-yorkais”.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls victimes

Cette organisation opère aussi en Colombie, au Panama, au Pérou, au Paraguay, au Brésil, en Argentine et en Europe. Selon Donovan ; “Grâce à cette enquête, nous avons sauvé des vies; nous avons intercepté 22,6 kilogrammes de fentanyl avant même qu’elle n’atteigne la rue”.

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Narco-terro­­riste ?

En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdel­­rah­­man, des passeurs du nord du Mali, ont fran­­chi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Ac­­cra, la capi­­tale du Ghana. Ils étaient là pour rencon­­trer deux hommes qui leur avaient offert l’op­­por­­tu­­nité de gagner des millions de dollars en trans­­por­­tant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdel­­rah­­man des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pour­­boire aux gardes à l’en­­trée et ont salué Moha­­med (un radi­­cal liba­­nais) dans le hall d’en­­trée. Moha­­med les a conduits dans une chambre d’hô­­tel pour rencon­­trer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révo­­lu­­tion­­naires de Colom­­bie, ou FARC. « Hola Colom­­biano », a lancé Touré en entrant. Abdel­­rah­­man, qui voulait appe­­ler David « 007 » en espa­­gnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.

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Crédits : DEA

Touré et Abdel­­rah­­man venaient de Gao, une ville recu­­lée et aride du nord du Mali qui est depuis long­­temps utili­­sée comme plaque tour­­nante de produits de contre­­bande, des immi­­grants aux ciga­­rettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insur­­gés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Magh­­reb isla­­mique (AQMI). Au cours de mois de contacts télé­­pho­­niques et de rendez-vous, David et Moha­­med ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérille­­ros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhai­­taient travailler avec al-Qaïda, orga­­ni­­sa­­tion avec laquelle ils parta­­geaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Moha­­med. Et d’ajou­­ter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’or­­ga­­ni­­sa­­tion : il était à la tête d’une compa­­gnie de trans­­port et four­­nis­­sait, en échange de la protec­­tion de ses camions, de la nour­­ri­­ture et du carbu­­rant à Al-Qaïda.

Pour­­tant, David restait scep­­tique. Il devait s’as­­su­­rer que l’en­­tre­­prise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est syno­­nyme d’enjeux consi­­dé­­rables, étaient prêts à payer Touré et Abdel­­rah­­man à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient trans­­por­­ter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville auto­­nome espa­­gnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des char­­ge­­ments dix fois plus consé­quents suivraient si le premier voyage se dérou­­lait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Moha­­med qu’il était fati­­gué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contre­­bande, qui s’éten­­dait du Ghana au Maroc. Abdel­­rah­­man, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauf­­feur entre­­te­­nant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’ar­­mée malienne, qui les aide­­rait à traver­­ser la fron­­tière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on conti­­nue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdel­­rah­­man sont retour­­nés au Golden Tulip pour collec­­ter leur premier paie­­ment. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, atten­­dait dans un deuxième hôtel pour rece­­voir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrou­­vés nez à nez avec les poli­­ciers ghanéens.

Il s’est avéré que David et Moha­­med n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des infor­­ma­­teurs infil­­trés de la Drug Enfor­­ce­­ment Admi­­nis­­tra­­tion (ou DEA, l’Agence améri­­caine de lutte contre les drogues).

Quelques jours plus tard, Touré, Abdel­­rah­­man et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’en­­vo­­ler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribu­­nal fédé­­ral. Les trois trafiquants ont été incul­­pés — en vertu d’une dispo­­si­­tion peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terro­­risme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terro­­risme et l’autre dans le trafic de drogue. ulyces-narcoterror-02 À l’an­­nonce des charges, Preet Bharara, l’avo­­cate améri­­caine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terro­­ristes s’im­­pliquent dans le trafic de drogue, ils nous four­­nissent davan­­tage d’op­­por­­tu­­ni­­tés de les neutra­­li­­ser et de suppri­­mer les finan­­ce­­ments desti­­nés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la dispo­­si­­tion sur le narco-terro­­risme a été utili­­sée contre Al-Qaïda. Les suspects corres­­pondent préci­­sé­­ment à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne néces­­site pas que les acti­­vi­­tés incri­­mi­­nées se soient dérou­­lées aux États-Unis, a été créée.

Michele Leon­­hart, qui était direc­­trice de la DEA à l’époque des faits, a renché­­rit : « Les arres­­ta­­tions d’aujourd’­­hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des orga­­ni­­sa­­tions terro­­ristes dange­­reuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue inter­­­na­­tio­­naux qui alimentent leurs acti­­vi­­tés. »

Tandis que l’af­­faire des Maliens pour­­sui­­vait son cours, ses défauts sont toute­­fois deve­­nus évidents. Les préve­­nus appa­­raissent davan­­tage comme des hommes malchan­­ceux que comme des crimi­­nels endur­­cis, des amis d’en­­fance qui pensaient que les infor­­ma­­teurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a super­­­visé les dernières étapes de la procé­­dure, a déclaré : « Il n’y a aucune impli­­ca­­tion des suspects ou des infil­­trés… ni dans les acti­­vi­­tés d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’a­­vec la valeur de l’af­­faire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’­­hui citée par la DEA comme un exemple des exploits améri­­cains en matière de sécu­­rité natio­­nale. Depuis que les mesures sur le narco-terro­­risme ont été adop­­tées, la DEA a pour­­suivi des dizaines d’af­­faires qui corres­­pon­­daient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a reven­­diqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbol­­lah, les tali­­bans et les FARC, a insti­­tué le narco-terro­­risme au rang de menace préémi­­nente contre les États-Unis.

À chaque succès supposé, la DEA a fait pres­­sion sur le Congrès pour faire augmen­­ter ses finan­­ce­­ments. En 2012, Michael Braun, ancien­­ne­­ment chef des opéra­­tions de l’agence, a, lors de son témoi­­gnage devant les parle­­men­­taires améri­­cains, fait état des liens entre les terro­­ristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécu­­rité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les ensei­­gne­­ments de leurs expé­­riences. »

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Le trafic de drogue finance-t-il le terro­­risme ?

C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notam­­ment en Colom­­bie et en Afgha­­nis­­tan, il existe des preuves probantes de la colla­­bo­­ra­­tion entre terro­­ristes et barons de la drogue.

Mais un examen appro­­fondi des affaires pour­­sui­­vies par la DEA a révélé de nombreuses simi­­li­­tudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces pour­­suites ont été inten­­tées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terro­­risme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’in­­for­­ma­­teurs qui étaient rému­­né­­rés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inci­­ter leurs cibles à parti­­ci­­per à des mises en scène de complots narco-terro­­riste.

La DEA défend vive­­ment l’ef­­fi­­ca­­cité de ces opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion, affir­­mant qu’elles sont un bon moyen pour iden­­ti­­fier en amont les crimi­­nels qui consti­­tuent une menace pour les États-Unis.

Lou Milione, un haut fonc­­tion­­naire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-tota­­lité de nos enquêtes sont proac­­tives. »

Mais Russell Hanks, un ancien haut diplo­­mate améri­­cain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il offi­­ciait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regar­­dez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajou­­ter : « Ce n’était pas du terro­­risme ; c’était de la mani­­pu­­la­­tion de personnes fragiles, dans des pays écono­­mique­­ment faibles, afin de faire gonfler le nombre d’ar­­res­­ta­­tions. »

Prêts à tout

Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’Ame­­ri­­can Airlines a percuté le Penta­­gone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se préci­­pi­­tant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infil­­tré, Edward Follis, ancien agent fédé­­ral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont préci­­pi­­tés… pour reti­­rer les corps, mais il n’y avait pas de corps à reti­­rer. »

L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre orga­­nisme fédé­­ral de répres­­sion. Et elle comp­­tait envi­­ron 5 000 infor­­ma­­teurs et sources confi­­den­­tielles. Michael Vigil, qui était la tête des opéra­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trou­­ver, nous avons cher­­ché des infor­­ma­­tions sur ce qui s’était passé, qui était respon­­sable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque immi­­nente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui lais­­saient penser que les groupes terro­­ristes commençaient à dépendre du trafic  drogue pour leur finan­­ce­­ment. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propa­­ger. »

ulyces-narcoterror-04Mais d’autres agences de rensei­­gne­­ment ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terro­­risme.

Un ancien enquê­­teur du minis­­tère de la Justice en charge du blan­­chi­­ment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affir­­ma­­tions de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – finan­­cières — ont été trans­­fé­­rées de la DEA vers la lutte contre le terro­­risme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. »

Le narco-terro­­risme, m’a dit l’an­­cien enquê­­teur, « est devenu un moyen effi­­cace pour la DEA de justi­­fier son exis­­tence. »

La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus récep­­tive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécu­­rité natio­­nale, affirme dans son livre Trea­­su­­ry’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puis­­sance natio­­nale » puissent contri­­buer à l’ef­­fort pour « empê­­cher une autre attaque de frap­­per nos côtes ». Quelques mois après les atten­­tats du 11 septembre, lors d’un rassem­­ble­­ment d’or­­ga­­ni­­sa­­tions de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est impor­­tant que les Améri­­cains sachent que le trafic de drogue finance les actes terro­­ristes. Si vous renon­­cez à la drogue, vous rejoi­­gnez la lutte contre le terro­­risme en Amérique. »

En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la poli­­tique natio­­nale de lutte contre la drogue a trans­­formé le message du président en une série de spots de préven­­tion diffu­­sés durant le Super Bowl. Au lieu d’in­­for­­mer sur les dangers liés à l’usage de stupé­­fiants illi­­cites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publi­­ci­­tés mettaient l’ac­cent sur le fait que les drogues aidaient les terro­­ristes à « tortu­­rer le père de quelqu’un » ou à « assas­­si­­ner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources finan­­cières allouées à la branche inter­­­na­­tio­­nale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande parti­­ci­­pa­­tion étran­­gère de l’agence avait été réali­­sée au Mexique et dans la région andine de l’Amé­­rique du Sud, le plus grand produc­­teur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colom­­bie et le Sentier lumi­­neux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébel­­lions paysannes. Ils ont commencé à taxer les produc­­teurs et les contre­­ban­­diers de coca pour finan­­cer leur expan­­sion. La DEA a vu dans ces orga­­ni­­sa­­tions des exemples de la manière dont les moti­­va­­tions crimi­­nelles peuvent empié­­ter, et même prendre le dessus, sur l’idéo­­lo­­gie. À présent, l’agence se concen­­trait sur l’Af­­gha­­nis­­tan, qui avait été l’un des plus grands produc­­teurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les tali­­bans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’is­­lam et l’ont aussi­­tôt bannie. Presque immé­­dia­­te­­ment après la chute des tali­­bans, les agri­­cul­­teurs du pays ont commencé à replan­­ter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient deve­­nir une source de reve­­nus pour finan­­cer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été infor­­mée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le finan­­ce­­ment et a faci­­lité le trafic d’hé­­roïne », décla­­rait Asa Hutchin­­son, l’ad­­mi­­nis­­tra­­teur de la DEA, lors d’une audi­­tion au Capi­­tole en mars 2002.

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Crédits : Strat­­for

Hutchin­­son a ainsi cité plusieurs groupes d’in­­sur­­gés, origi­­naire des pays produc­­teurs de drogue du monde entier, et notam­­ment les FARC, le Sentier lumi­­neux et le Parti des travailleurs du Kurdis­­tan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis long­­temps tenu pour être un lieu impor­­tant du trafic de drogues. L’an­­cien admi­­nis­­tra­­teur a égale­­ment mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone fron­­ta­­lière entre le Para­­guay, le Brésil et l’Ar­­gen­­tine – qui abrite une large et pros­­père commu­­nauté de busi­­ness­­men arabes – est deve­­nue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbol­­lah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Coun­­ter-Narco-Terro­­rism Opera­­tions Center (Centre d’opé­­ra­­tions de lutte contre le narco-terro­­risme), un centre d’en­­traide pour tout rensei­­gne­­ment terro­­riste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’in­­va­­sion sovié­­tique en 1979.

Celle-ci a rassem­­blé des offi­­ciers de police origi­­naires de 19 pays d’Asie et d’Eu­­rope pour parti­­ci­­per à un projet d’échange d’in­­for­­ma­­tions appelé « opéra­­tion de confi­­ne­­ment », qui visait à stop­­per les flux d’hé­­roïne et d’opium afghans.

En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Af­­gha­­nis­­tan, et l’at­­ten­­tion de la DEA s’est tour­­née vers les tali­­bans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’in­­for­­ma­­teurs et des opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion visant les trafiquants liés aux insur­­gés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’a­­lors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’ar­­mée, qui n’était pas dispo­­sée à inter­­­ve­­nir. Edward Follis, l’an­­cien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des comman­­dants mili­­taires améri­­cains avaient pointé du doigt l’agence, quali­­fiant son action de « viola­­tion inten­­tion­­nelle et flagrante ». Selon lui, le Penta­­gone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de captu­­rer ou de tuer des combat­­tants enne­­mis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’af­­faire devant John Mackey, conseiller d’in­­ves­­ti­­ga­­tion répu­­bli­­cain au Comité sur les rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales de la Chambre des repré­­sen­­tants. L’an­­cien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent répu­­bli­­cain de l’Il­­li­­nois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très inté­­ressé par les ques­­tions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonc­­tionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du person­­nel. « On y trouve des tas d’in­­con­­nus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’im­­pul­­sion de Mackey, les légis­­la­­teurs répu­­bli­­cains ont fait pres­­sion sur le Penta­­gone pour qu’il soutienne les opéra­­tions de la DEA en Afgha­­nis­­tan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplé­­men­­taires, lui permet­­tant d’aug­­men­­ter signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de déve­­lop­­per ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advi­­sory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étran­­ger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des labo­­ra­­toires d’hé­­roïne.

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Le FAST à l’en­­traî­­ne­­ment
Crédits : DEA

L’agence a égale­­ment iden­­ti­­fié une cible afghane très impor­­tante, Haji Bashir Noor­­zai, un trafiquant d’opium qui entre­­te­­nait des liens étroits avec le chef des tali­­bans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noor­­zai sur la liste des barons de la drogue les plus recher­­chés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’hé­­roïne expor­­tées par Noor­­zai atter­­ris­­sait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était diffi­­cile pour la DEA de le pour­­suivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afgha­­nis­­tan, et a averti le Congrès que des gens comme Noor­­zai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élar­­gis­­sions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédi­­ger une loi qui confé­­re­­rait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terro­­risme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à atti­­rer l’at­­ten­­tion de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clai­­re­­ment que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste étran­­gère, les produc­­teurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être pour­­sui­­vis pour “soutien maté­­riel au terro­­risme”, que les substances illi­­cites soient desti­­nées ou non à entrer aux États-Unis. »

La loi a été adop­­tée en 2006. Mais des inter­­­ro­­ga­­tions chez des fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice sur son appli­­ca­­tion ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines auto­­ri­­tés se sont inquié­­tées du fait que des procu­­reurs trop zélés pour­­raient être tentés d’uti­­li­­ser la légis­­la­­tion sur le narco-terro­­risme contre les adoles­­cents toxi­­co­­manes arrê­­tés avec de l’hé­­roïne afghane en leur posses­­sion. Follis, qui ne plai­­san­­tait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez incul­­per un sand­­wich à la morta­­delle. » Cepen­­dant, lorsque les fonc­­tion­­naires du minis­­tère de la Justice ont proposé d’ajou­­ter des éléments de langage à la loi pour défi­­nir plus stric­­te­­ment la notion de terro­­risme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préci­­ser ce que nous enten­­dons par “terro­­risme” », a-t-il dit. « Vous le recon­­nais­­sez quand vous le voyez. » ulyces-narcoterror-07Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recher­­chés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrê­­ter, respec­­ti­­ve­­ment en Espagne et en Thaï­­lande. Un ancien haut fonc­­tion­­naire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accu­­sés de narco-terro­­risme, l’au­­to­­ri­­sa­­tion élar­­gie dont béné­­fi­­ciait la DEA pour enquê­­ter lui a donné les moyens de pour­­suivre les trafiquants. David Raskin, ancien procu­­reur prin­­ci­­pal du District sud de New York, a salué ces arres­­ta­­tions. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à propre­­ment parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient mani­­fes­­te­­ment des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »

En 2008, la DEA faisait partie de ladite commu­­nauté du rensei­­gne­­ment des États-Unis, qui regroupe les orga­­nismes mili­­taires et civils les plus impor­­tants de l’es­­pion­­nage améri­­cain depuis 1981. Michael Braun, qui est large­­ment consi­­déré comme l’ar­­chi­­tecte du programme afghan, a déclaré aux jour­­na­­listes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de géné­­raux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous obser­­vons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Compre­­nant de larges zones de terri­­toire lais­­sées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puis­­sance des groupes djiha­­distes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le conti­nent était perçu par le Dépar­­te­­ment de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terro­­risme. La DEA a iden­­ti­­fié l’Afrique de l’Ouest comme étant un impor­­tant point de tran­­sit pour la cocaïne sud-améri­­caine. Comme en Afgha­­nis­­tan, la plupart des drogues étaient desti­­nées au marché euro­­péen. Mais la DEA soute­­nait que l’argent de ce busi­­ness finis­­sait dans les mains de terro­­ristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colom­­biens qui avaient été arrê­­tés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir trans­­porté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les terri­­toires occu­­pés par AQMI. « Si quelque chose tran­­si­­tait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.

Fin 2008, Derek Maltz, qui diri­­geait alors la divi­­sion « opéra­­tions spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts diri­­geants du Penta­­gone fraî­­che­­ment établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécu­­rité natio­­nale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire person­­nelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présen­­ta­­tion par une série de photo­­gra­­phies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauve­­teurs para­­chu­­tistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fière­­ment. La troi­­sième photo montrait une ligne d’hé­­li­­co­­ptères station­­nés sur un aéro­­drome en Afgha­­nis­­tan. Il y avait un vide là où aurait dû se trou­­ver un héli­­co­­ptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’en­­nemi », a dit Maltz dit à l’as­­sem­­blée d’of­­fi­­ciers. « Mais parfois, c’est impos­­sible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »

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Des combat­­tants d’AQMI dans le Sahel

Les maîtres du désert

Harouna Touré est né dans un petit village d’éle­­veurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entas­­sés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agri­­cole qui construi­­sait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expres­­sifs, a démé­­nagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Alma­­tar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui trans­­por­­tait des marchan­­dises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la fron­­tière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’en­­droit grouille d’un commerce non régle­­menté datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict mini­­mum, et conduire 60 kilo­­mètres pouvait prendre une jour­­née entière. « Quand vous arri­­vez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était diffé­rent », dit-il. « Je pouvais rencon­­trer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’ar­­tère prin­­ci­­pale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entre­­prise dans le Sahel était, par défi­­ni­­tion, une acti­­vité « presque » légale. Lui et son frère trans­­por­­taient de la nour­­ri­­ture, du carbu­­rant, des maté­­riaux de construc­­tion, des ciga­­rettes et des travailleurs bangla­­dais – la plupart d’entre eux arri­­vés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrô­­lés. Les conduc­­teurs voya­­geaient dans des convois armés pour se proté­­ger, ainsi que leurs cargai­­sons, des bandits. Ils devaient aussi payer les mili­­taires, les commu­­nau­­tés tribales et les milices ethniques armées qui contrô­­laient le terri­­toire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le terri­­toire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nour­­ri­­ture ou du carbu­­rant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous expo­­siez à de gros problèmes. »

Pendant un certain temps, la situa­­tion a souri à Touré. Il a monté une entre­­prise de construc­­tion qui gérait de petits projets au sein des commu­­nau­­tés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voya­­ger jusqu’à Paris et payer le pèle­­ri­­nage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’ap­­pe­­laient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chan­­tiers sans avoir été payé pour les précé­­dents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le trai­­te­­ment de son frère Alma­­tar, devenu diabé­­tique et dont le pied avait été amputé. ulyces-narcoterror-09-1Au même moment, la DEA a commencé à plani­­fier ses opéra­­tions en Afrique de l’Ouest. Parmi les prin­­ci­­pales cibles de l’agence figu­­rait AQMI, qui avait récem­­ment commis un atten­­tat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étran­­gers, des diplo­­mates et des jour­­na­­listes pour obte­­nir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de compa­­rable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comp­­tait nombre d’em­­ployés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opéra­­tions sur le conti­nent afri­­cain ont été super­­­vi­­sées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terro­­risme en charge de la région était basée à Chan­­tilly, en Virgi­­nie. Et l’agence manquait si cruel­­le­­ment d’agents fami­­liers des dialectes afri­­cains qu’a été contrainte de s’ap­­puyer sur des infor­­ma­­teurs, rému­­né­­rés seule­­ment si leurs rensei­­gne­­ments donnaient lieu à des pour­­suites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonc­­tion de leurs infor­­ma­­tions, et que sa conduite en Afrique était diffé­­rente de celle qu’elle obser­­vait sur d’autres conti­­nents.) « Nous avions d’im­­por­­tantes lacunes dans nos connais­­sances », m’a confié un ancien fonc­­tion­­naire de la DEA en charge du rensei­­gne­­ment. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circu­­ler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Moha­­med faisait partie des infor­­ma­­teurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’af­­faires liba­­nais qui entre­­tient des liens avec les commu­­nau­­tés arabes d’Amé­­rique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’af­­faire des Maliens.

En septembre 2009, une enquête sur un complot indé­­pen­­dant a conduit Moha­­med à Oumar Issa, un Malien à la carrure impo­­sante, souriant, les traits angu­­leux, qui travaillait comme ouvrier agri­­cole et chauf­­feur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tour­­nante du trafic en Afrique de l’Ouest. Moha­­med a confié à Issa qu’il cher­­chait quelqu’un qui pour­­rait aider un groupe de riches Colom­­biens à faire tran­­si­­ter de la drogue du Ghana vers l’Es­­pagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour cher­­cher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’ado­­les­­cence, mais quand Issa a abordé la ques­­tion du trans­­port de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloi­­gné de l’is­­lam, était connu pour être un alcoo­­lique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, prin­­ci­­pa­­le­­ment pour des raisons reli­­gieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situa­­tion propo­­sée par Moha­­med. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traver­­ser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’au­­rait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »

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Accra, au Ghana
Crédits : Andrew Lyon

Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de reve­­nir sur sa déci­­sion. « J’ai pensé que si je pouvais me conten­­ter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pour­­rais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdel­­rah­­man, qui vendait des pièces d’au­­to­­mo­­biles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les infor­­ma­­teurs préten­­daient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdel­­rah­­man ont égale­­ment fait mine d’ap­­par­­te­­nir à un réseau crimi­­nel qui entre­­te­­nait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objec­­tif était d’ame­­ner les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opé­­ra­­tion, puis de dispa­­raître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très diffi­­cile de les berner.

Le 6 octobre 2009, Touré et Moha­­med se sont rencon­­trés pour la première fois, dans une chambre d’hô­­tel au Ghana. D’après la vidéo de l’en­­re­­gis­­tre­­ment fourni par la DEA, Moha­­med, un homme de grande taille dont la bedaine dépas­­sait de sa cein­­ture, a sorti une carte et proposé un itiné­­raire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Moha­­med que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des isla­­mistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Moha­­med, qui préfé­­rait les appe­­ler « nos frères », a dit : « Lais­­sons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Améri­­cains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Moha­­med deman­­dait plus de garan­­ties. Il a dit à Touré qu’il invi­­te­­rait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il rame­­nait un repré­­sen­­tant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Rami­­rez, un trafiquant de drogue déjà condamné origi­­naire de Detroit qui travaillait comme infor­­ma­­teur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdel­­rah­­man pour jouer le rôle du chef d’une milice affi­­liée à Al-Qaïda.

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L’ar­­ri­­vée de la police ghanéenne
Crédits : DEA

La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retrans­­crip­­tions sont diffi­­ciles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clai­­re­­ment été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cher­­chaient à obte­­nir des décla­­ra­­tions pouvant incri­­mi­­ner leurs inter­­­lo­­cu­­teurs. À une occa­­sion, Moha­­med a donné l’ins­­truc­­tion aux cibles de l’enquête de s’adres­­ser de façon plus agres­­sive s’ils voulaient persua­­der David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guer­­riers », a déclaré Moha­­med. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répé­­ter. Vous compre­­nez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’ache­­ter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puis­­siez l’ache­­ter. » Moha­­med a suggéré que la marque de confiance de David méri­­tait un retour d’as­­cen­­seur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Moha­­med. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vrai­­ment « les maîtres du désert ». Abdel­­rah­­man est inter­­­venu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

source

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On a parlé avec un ex-policier qui a plus d’une mission d’infiltration derrière la cravate.

Illustration par Mathieu Rouland

Quand on parle d’infiltration, d’agent double, d’agent secret, on pense tout de suite à James Bond. Être un beau monsieur qui aime allonger de belles madames et qui sait se servir de plein de gadgets super technologiques. Mais est-ce que c’est vraiment ça, l’infiltration?

Je suis allée prendre un café avec Robert*, un policier à la retraite, pour lui soutirer des informations sur la vie d’infiltrateur. L’homme a plusieurs années d’expérience, et comme un pro, il esquive toutes les questions trop pointues à son goût.

VICE : C’est quoi la différence entre un agent double et un agent d’infiltration?
Robert : De nos jours, y a les Mister Big. C’est une méthode d’enquête, pour approcher un criminel quand on est convaincu qu’il a fait un meurtre. On envoie un gars qui infiltre son entourage pour essayer de le faire parler.

Le gars l’approche, peu importe les moyens, soit comme chum, comme ami, dans le but ultime, dans six mois ou un an, de le faire parler. Il lui paye la traite, l’amène dans les restos, lui paye des affaires, lui offre des opportunités de faire de l’argent et c’est comme ça qu’on voit si le gars est croche un peu. Ça, c’est un agent d’infiltration.

Alors qu’un agent double, c’est presque tout le temps relié aux stupéfiants. Un gars undercover qui va acheter de la drogue, pour essayer d’entrer dans un réseau. C’est un peu ça la différence.

Qu’est-ce qui t’a amené à faire de l’infiltration?
Faire de l’infiltration, ça te permet de patauger dans un genre de vie criminelle, sans y être complètement. Voir des affaires, tout en étant correct. J’irais pas jusqu’à dire que j’ai déjà rêvé de ça, mais je regarde mes amis quand j’étais jeune, j’aurais pu mal tourner… et y a le challenge de passer inaperçu dans ce milieu-là. Avoir 18, 20 ans, je suis pas certain que je retournerais dans la police. Ça apporte beaucoup, mais t’es toujours dans le négatif. T’as une vie familiale ‘fuckée’. Les horaires, c’est pas terrible. Le seul avantage, c’est que tu peux sacrer ton camp de bonne heure, avec une bonne pension.

La formation pour faire de l’infiltration, ça ressemble à quoi?

À l’époque, après la formation de policier, t’avais un mois de formation supplémentaire pour faire de l’infiltration. C’est pas assez, ça te prépare pas. Comment agir dans telles et telles situations, comment changer ton identité, comment te faire une deuxième vie… L’école, ça sera jamais comme être sur le terrain.

Est-ce qu’il y a des cours de jeu?
Non. T’improvises. T’embarques dans ton personnage pis tu t’arranges pour être prêt à réagir sur un 10 cennes.

C’est quoi les qualités que ça prend pour faire de l’infiltration?

Confiance en soi, être fonceur, mais il faut que tu sois allumé, parce que tu sais jamais qu’est-ce qui va se passer. Qu’est-ce que je fais icitte? Si je me fais poser telle question, qu’est-ce que j’vais dire? C’est comme un jeu d’échec, il faut que tu penses 15 coups d’avance. Le hamster roule tout le temps. T’es jamais tranquille à regarder les nuages.

Qu’est-ce que tu fais, pour pas te mélanger dans tes histoires?
À force de te forger des histoires, tu deviens bon menteur. Faut que tu les croies, tes menteries, parce qu’il faut que t’en parles, que tu t’imagines que tu l’as vraiment fait. Il faut que ça sorte tout seul quand tu en parles. Pis si on reparle la fin de semaine d’après, il faut revenir sur le sujet. Le danger, c’est que ça devienne pas clair dans ta tête, c’est plus difficile de convaincre les autres pis plus facile de te mélanger dans tes histoires. Ça fait que tu finis par croire tes histoires. C’est fucké, hein?

Combien de temps dure chaque mission?
T’es rarement là plus que deux ans, après ça, on t’envoie ailleurs. Tu retournes pas tout de suite en bleu [en uniforme], tu vas dans une section un peu à l’abri au début.

As-tu déjà eu peur pour ta vie?
[Long soupir] C’est arrivé, mais on dirait que j’ai fait une croix là-dessus. Je pourrais pas te conter quand j’ai eu peur parce que j’ai comme tassé ça de mon existence. Des fois, t’es tout seul dans un party avec des gens, tous criminalisés, pis sont pas comme toi pantoute. T’es bien entouré, par contre, t’as toujours le SWAT et des enquêteurs pas loin. Je me suis jamais senti abandonné, mais tu sais jamais comment ça peut tourner. Ça a comme un peu fucké ma vie… Encore aujourd’hui, quand je vais au restaurant, j’ai le réflexe de regarder partout, je vais en arrière, je m’assois toujours pour voir la sortie… Même chose quand je vais au centre d’achat, je pense à beaucoup de choses avant de choisir où je me stationne.

As-tu des anecdotes drôles?

Des fois, tu peux être dans un restaurant, pis là, t’as quelqu’un de ton autre vie qui vient te voir. Tu fais semblant de pas le connaître, alors qu’il vient te voir et qu’il t’appelle par ton prénom. « Je te connais pas, je t’ai jamais vu. T’es fucké. J’ai jamais fait ça. »

Ça peut te mettre dans la merde, j’imagine?
Je m’en suis bien tiré, mais c’est sûr qu’après, tu te fais poser des questions. « Comment ça qu’il t’appelle par un autre nom? » Les gars sont pas fous. Tu patines, pis t’es heureux d’avoir déjà pensé à tes portes de sortie.

As-tu déjà été découvert ?

Non. Personne ne s’est aperçu de ce que je faisais en mission, et, par la suite, j’ai jamais reconnu des visages que j’avais vus par le passé, pis qu’il n’aurait pas fallu que je reconnaisse.

Si ça arrive, comment il faut réagir?
Mettons que ça m’arrive demain matin, je suis retraité, c’est moins pire que si je me faisais voir en uniforme. Ça se peut que j’ai changé de vie pis que je me tienne tranquille. Quand tu patrouilles en uniforme, c’est là que c’est dangereux, parce que c’est assez dur de dire que t’es pas dans la police.

Tu dis quoi à ta blonde?
Tu la laisses. Tu peux pas faire ça avec une femme pis des enfants. C’est trop long, c’est pas comme si tu faisais ça une semaine ou deux. Tu peux pas cacher ça à ta blonde pendant trois ans… que tu fais une « autre affaire », que tu vis « dans un autre appartement » avec une « autre fake madame ».

Comment tu développes de vrais liens avec les gens?

T’en as quasiment pas. Même ma mère ne savait pas ce que je faisais.

Est-ce que ça t’est déjà arrivé de te faire une blonde « dans une autre vie »?
Une fréquentation, mais pas une blonde.

Est-ce que c’était dans le but d’obtenir ou d’apprendre quelque chose?
Non, pour le fun. C’est pour ça que ça a duré le temps d’une rose. Le danger, c’est de tomber en amour pour vrai pis d’oublier le but premier de ta mission. Faut mettre les distractions de côté. Le risque est trop grand quand tu deviens intime avec quelqu’un.

Est-ce qu’ils vous apprennent comment vous protéger de ça?
J’ai jamais eu de cours là-dessus. Tu l’apprends sur le tas. Tu gardes tes distances.

Quand tu arrives sur une mission, tu pars avec quoi comme information?
Ça dépend toujours, c’est du cas par cas. Des fois, on laisse ça à ta discrétion, des fois c’est des scénarios préétablis. On t’embarque dans un personnage pis on te dit quoi faire. Mais t’as toujours un bon dossier sur les voisins, les fréquentations du gars, plein d’autres affaires.

À qui on ne devrait jamais faire confiance?
Tu te fies juste à toi. Dans la vie, pis surtout dans ce milieu-là. Tu devrais pas faire confiance à personne. Sur Facebook, oui tu peux mettre des jokes, mais ce que tu manges, où, avec qui, pis où tu vas faire tes commissions l’après-midi, le moins possible.

Est-ce que dans le cadre de ton travail tu as déjà posé des actes illégaux ?
Oui, mais je peux pas te dire jusqu’à quel point. Qui n’a jamais fait des affaires illégales? Boire une bière dans un parc, c’est illégal.

C’est quoi tes outils pour te détacher de ces vies-là et rester sain d’esprit ?
Il faut que tu te trouves des passions en dehors de ça pour essayer d’oublier cette vie-là.

Zoé Lamontagne est sur internet ici et .

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En France, certains dossiers d’opérations d’infitration sont classés « SECRET DÉFENSE », et par exemple, à la Douane française, la lâcheté de François AUVIGNE, un DG énarque et inspecteur des finances, laissera NS 55 DNRED, un des agents infiltrés plus de dix ans en taule, expliquant qu’il n’avait pas à assumer les engagements pris par ses prédécesseurs.  lire
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Michel CHARASSE, le ministre du Budget d’alors

À la suite de la création du GAFI (groupe d’action financière), en juillet 1989 lors du sommet de l’Arche, la France s’est dotée, en 1990, d’une législation, en constante évolution, permettant de lutter contre le blanchiment d’argent à l’intérieur de ses frontières et dans un cadre international.

A cette occasion, elle a mis en place des outils structurels de lutte contre le blanchiment.

Deux organismes ont été créés en mai 1990, l’un placé auprès du ministère de l’économie, des finances et de l’industrie (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins – TRACFIN) chargé du volet préventif du dispositif, l’autre placé au sein de la direction centrale de la police judiciaire (OCRGDF), en charge du volet répressif de la lutte contre le blanchiment.

Sur un plan préventif, la loi instaure une véritable collaboration entre les pouvoirs publics, le secteur bancaire et financier et les professionnels du chiffre (commissaires aux comptes, notaires, huissiers…) et du droit (avocats) en matière de lutte contre le blanchiment (obligation de déclaration des opérations portant sur des sommes susceptibles de provenir de certaines infractions – trafic de stupéfiants, fraude communautaire, corruption, activités criminelles organisées, participation au financement du terrorisme- et obligation de vigilance).

TRACFIN a pour mission de recevoir les déclarations de transactions suspectes (ou déclarations de soupçons) provenant des professions assujetties. Ces déclarations sont analysées et dès qu’elles semblent révéler une opération de blanchiment réprimée par la loi, TRACFIN a transmet le dossier au procureur de la République du lieu de commission de l’infraction.

Sur un plan répressif, la législation a constamment évolué pour aboutir en 1996 à la création d’un délit général de blanchiment qui concerne l’ensemble des crimes et des délits y compris la fraude fiscale à l’exclusion des contraventions et au principe du renversement de la charge de la preuve en matière de trafic de stupéfiants et d’association de malfaiteurs (après qu’il soit établi que le train de vie des mis en cause dans ces infractions n’est pas en conformité avec leurs revenus déclarés).

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Pour Marc Fievet, l’OHIM aurait pu demander à l’ex DG de la Douane française Jean-Dominique Comolli de venir partager son expérience de tabatier…

Le rapport de l’Office européen de lutte contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle vient d’être publié par l’Office Européen de l’Harmonisation du Marché Intérieur (OHIM). Que de noms compliqués pour des concepts simples !
L’OHIM est un organisme qui gère les marques européennes. Il y a quelques années, il a créé un bureau d’étude pour suivre l’évolution d’une pratique illégale qui nuit à l’économie européenne : la contrefaçon.

La contrefaçon est la copie des produits protégés par des droits intellectuels parce qu’ils sont le résultat d’une recherche, d’innovations techniques, biologiques, esthétiques.

En France, ces droits sont d’une importance capitale dans l’industrie mécanique, le luxe et la mode, la pharmaceutique et tant d’autres domaines… on estime que la contrefaçon y occasionne 60 000 pertes d’emplois, couterait 6,8 milliards d’euros . Il occasionne des risques graves pour la santé, freine l’innovation. Sans compter l’impact environnemental : surproduction de produits de mauvaise qualité, sur- consommation de produits à prix cassés, destruction de ces produits…
Ce bureau a notamment pour rôle de dresser la liste des produits les plus contrefaits, les pays producteurs et les nouvelles cibles des contrefacteurs. Sans surprise, la Chine produit l’écrasante majorité des contrefaçons et se diversifie comme aucun autre pays : tee-shirts de mauvaise qualité, jouets pour enfants décorés avec des peintures cancérigènes, pièces détachées d’automobiles ou produits pharmaceutiques. La contrefaçon est une gangrène qui se propage à toute l’économie réelle et devient sans cesse plus dangereuse. Et les saisies douanières sont là pour en témoigner : en quantité, en diversité, la contrefaçon est un phénomène qui croît sans discontinuer depuis des nombreuses d’années.
Dans cet océan de faux produits, certains s’en tirent bien, notamment les produits du tabac. Pourtant la Chine est de loin le plus gros consommateur au monde et le plus gros producteur également.

Mais en Union Européenne, il n’existe quasiment pas de contrefaçon de tabac. Les trafics sont composés quasi-exclusivement de cigarettes légitimes, provenant des usines des 4 multinationales du tabac.

Comment expliquer ce phénomène ? Facile : un paquet de cigarette ne coûte pas plus de 15 centimes à produire. Ce sont les taxes et les marges des fabricants qui gonflent son prix. A ce prix-là, impossible pour d’autres produits à prix cassé d’envahir un marché déjà occupé. Mais pourquoi les produits authentiques se retrouvent-ils tant sur les marchés parallèles ? Pour mettre à mal les politiques de santé publique qui, avec des prix prohibitifs, tentent d’empêcher les jeunes de commencer à fumer, il faut bien trouver un moyen de vendre du tabac. Or sans contrebande, l’argent de poche ne permet pas de s’acheter de paquets à 10 euros ! A 3 ou 4 euros c’est une autre histoire…
Pourtant, dans les publications annuelles sur les trafics (ou celles des innombrables relais que l’industrie crée, finance, instrumentalise), la contrefaçon apparait comme un problème central. C’est pour ça que ces publications sont critiquées pour leur méthodologie biaisée.
Pourquoi ces rapports mêlent-ils contrebande et contrefaçon dans une même catégorie ? Si l’on veut s’attaquer aux trafics de tabac en France, c’est à la contrebande qu’on doit s’attaquer. Mais si l’on veut protéger les “droits de propriété intellectuelle” des industriels du tabac, c’est à la contrefaçon qu’on doit s’en prendre. Un flou est entretenu dans tous les rapports financés par l’industrie du tabac pour que sa responsabilité soit diluée.
La dernière version du rapport KPMG (financé par Philip Morris !) publiée début juin 2019 qui contient comme d’habitude une section « Contrefaçon et contrebande » fait à nouveau de la contrefaçon un problème majeur.
Dans un fourre-tout insensé, ce sont contrebandes et contrefaçons qui sont mises ensemble. Insensé ? Pas vraiment, car ce faisant la responsabilité de l’industrie du tabac se trouve diluée.

On assimile les trafics aux méchants chinois, et on plaint les gentilles sociétés victimes et acculées… qui sont en réalité derrière ces trafics !

Que ce jeu malsain soit l’apanage de cols blancs peu scrupuleux, c’est désolant mais pas étonnant.
Cela devient révulsant quand ces pratiques trompeuses se généralisent à la sphère publique.

Preuve en est le dernier livre blanc de l’Unifab sur la contrefaçon sur internet. Cette association, reconnue d’utilité publique, est censée protéger les intérêts de ses adhérents contre la contrefaçon. Elle a publié le 5 juin dernier un rapport produit en collaboration avec l’Association de Lutte Contre les Commerces Illicites (ALCCI)… une association connue pour être financée par l’industrie du tabac.

Ce n’est d’ailleurs par la première fois que l’ALCCI participait à ce genre d’enfumage : déjà à Bruxelles il y a un an, un colloque financé par Philip Morris avait réuni tout le gotha sous le thème : « contrebande, contrefaçon et financement du terrorisme ». Car il n’y a pas de limite à l’instrumentalisation des pires malheurs pour se rapprocher des pouvoirs publics.

Les patrons de la Commission Européenne invités – dont Pierre Moscovici- après avoir accepté, ont courageusement décliné l’invitation, après que le Canard enchaîné a publié la participation du Commissaire européen aux taxes et aux douanes !

Une participation à un évènement financé par le plus gros industriel du tabac qui fait tout pour contourner ces taxes n’était en fait pas conseillé par son service de communication ?
Mais il n’y a malheureusement pas qu’à Bruxelles que ces fumisteries sont pratiquées.
En France, où il est avéré – par certains industriels du tabac eux-mêmes !- que la contrefaçon ne représente pas plus de 0,2% du marché français, on retrouve les mêmes manigances. Ainsi, pour présenter le système de lutte contre les trafics de tabac mis en place à partir du 20 mai 2019, la Douane française déclare sur son site que le système de traçabilité « permettra de mieux lutter contre la contrebande et la contrefaçon des produits du tabac ». Pourtant s’il y a bien une entité qui doit connaître le sujet, c’est la douane. Le bureau “fiscalité douanière” partage les point de vues des fabricants de tabac, même si la France a tout sauf les mêmes intérêts. D’ailleurs, quand il s’agit de communiquer sur les montants de la fraude, le bureau “affaires juridiques et lutte contre la fraude” de la Douane ne parle plus de contrefaçon, mais seulement de contrebande

images(232)8582288626521476937.jpgLa lutte contre les trafics de tabac aurait-elle plusieurs visages selon les bureaux de la douane concernés ?

Seul Rodolphe Gintz, Directeur Général des Douanes, et responsable tant des fraudes que des droits indirects pourrait expliquer pourquoi certains dans son organisation reproduisent ces concepts de communication pensés par l’industrie du tabac alors que d’autres parlent plus simplement de contrebande.
L’approche des douanes est donc difficilement compréhensible.

Ce que l’on comprend sans mal en revanche, c’est que le lobby du tabac est omniprésent et influent jusqu’aux plus hautes officines.

Jusqu’au Parlement Européen, où les plus curieux pourront demander à Sonia Krimi, députée de la République en Marche, pourquoi elle invite le 20 juin le responsable de Philip Morris International pour un colloque à l’Assemblée Nationale sur la lutte contre les trafics. Alors que l’OMS recommande expressément de ne pas laisser participer l’industrie du tabac lorsque ce n’est pas strictement nécessaire.

Sans doute attend-elle de sa part un éclairage opportun sur les liens entre contrebande, contrefaçon, manipulation et entrisme…

Source

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Edouard Philippe semble oublier qu’en renforçant la lutte par une action hyper-répressive, il fait en réalité la partie belle au trafic, aux narcotrafiquants et aux narcofinanciers. La lutte contre la drogue est un autre combat, mais qui se heurte au fait que plus les individus se droguent, plus l’Etat se renforce.

La déclaration du premier ministre à l’Assemblée nationale:

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En France, cette drogue était au coeur de la réunion interservices qui a rassemblé, en début d’année, les enquêteurs du renseignement douanier (DNRED) et des douanes judiciaires (SNDJ), leurs collègues de l’Office des stups (OCRTIS) et de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), ainsi que les représentants de nombreuses administrations préoccupées par le sujet.

Quid de l’évolution d’un marché souterrain dont la hausse des saisies, notamment du Fentanyl, inquiète les douanes ?

Les groupes criminels ont également commencé à produire du fentanyl, mais pas du tout de la même manière que les laboratoires pharmaceutiques. Et qui aujourd’hui a donné naissance à un marché noir de ce produit, notamment par les cartels mexicains ou asiatiques, au point de se retrouver de plus en plus dans d’autres stupéfiants. Par exemple, vous avez des consommateurs qui peuvent acheter de la cocaïne en ligne coupée avec de la fentanyl.

En somme, de manière illicite, c’est un produit qui peut être utilisé comme un produit secondaire à certains opiacés comme l’héroïne. Les héroïnomanes qui recherchent un effet similaire peuvent s’y intéresser. On se rend compte également que ces groupes criminels peuvent le mettre dans d’autre produits sans en informer le consommateur.

Quelles sont les conséquences ?

Les opiacés dosés de manière classique vont rendre les personnes très détendue, très zen et avec une vision assez positive de la vie. C’est un super décontractant mais avec des effets secondaires très problématiques pour un opiacé 40 fois supérieur à l’héroïne.

Le fentanyl augmente donc les risques d’overdose en raison de sa nature mortelle à un faible dose, et où ce dosage peut être dur à faire pour un addict.

En effet, un héroïnomane qui s’est habitué à continuer à prendre de l’héroïne pour rester en vie n’est pas du tout habituer à la diminution nécessaire des doses pour prendre du fentanyl. On parle de milligrammes !

La dépendance dès la première dose dépend alors des individus, de leur métabolisme. Comme avec l’alcool, les gens sont inégaux devant les drogues. Mais à partir de quelques doses, on peut facilement devenir dépendant. Et comme les drogues évoquées plus tôt, la dépendance est extrêmement forte, rendant très difficile d’en sortir.

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El sumario de la ‘Operación Oikos’ detalla cómo Carlos Aranda, uno de los líderes de la presunta trama de amaños en Primera y Segunda División, blanqueó abundante dinero procedente del narcotráfico mediante la compra de partidos de fútbol y las apuestas relacionadas con ellos.

Según publica el diario ‘El Mundo’, el beneficio obtenido con el tráfico de drogas era utilizado para pagar a los jugadores a los que se compraba y también para realizar las apuestas que convertían en legal el dinero ilegal.

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Quelles sont pour vous les solutions qui permettraient de s’attaquer à ces fléaux ?

La première chose essentielle, c’est la prise de conscience du danger que ces produits font courir aux populations. Ils sont présents un peu partout en Afrique de l’Ouest, dans les pharmacies « par terre », des officines informelles qui vendent des médicaments de contrebande et que les autorités tolèrent souvent, car elles permettent aux pauvres d’avoir l’illusion de se soigner. Or il ne s’agit pas de médicaments, mais de poison.

Et même lorsqu’il s’agit de Tramadol – un véritable médicament, lui – son usage sans contrôle est excessivement dangereux.

Une deuxième solution serait de renforcer les services de sécurité en leur permettant de bénéficier des techniques modernes d’investigation, comme les interceptions judiciaires et la surveillance électronique.

Il faut réformer les services de sécurité et les services judiciaires dans le sens de la spécialisation. À un crime organisé spécialisé et professionnel, il faut opposer des policiers, des gendarmes, des douaniers et des magistrats également spécialisés.

Enfin et pour en finir, il faut développer une coopération internationale et transversale.

Pas une coopération de séminaires, avec des déclarations d’intention devant des buffets garnis. Non, il faut des actions efficaces et tangibles.

Les choses commencent à changer et même si la lutte contre le crime organisé a pris beaucoup de retard, je garde espoir. En fait, nous n’avons plus vraiment le choix.

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Atlantico: Dans « Africa Connection », vous proposez un grand panorama des cartes de la drogue et autres trafics illégaux sur le continent africain. Quelles sont tout d’abord les spécificités de ces réseaux aujourd’hui ?

Laurent Guillaume : Ces réseaux tiennent aujourd’hui la « dragée haute » au crime organisé classique, celui des mafias italo-américaines, des cartels sud-américains, des triades chinoises et des yakuzas japonais. Ces criminels jouent à domicile même si, pour être exact, depuis déjà plusieurs décennies, ils sont implantés aux quatre coins du monde.

Leur influence s’exerce au Brésil, aux États-Unis, en Thaïlande, en Chine, au Pakistan et même en Afghanistan. Ces réseaux – souvent nigérians – se caractérisent par une résilience exemplaire dans un univers mondialisé. Ils opposent des modèles criminels d’une grande souplesse, à l’organisation très fluide, peu hiérarchisés, à des structures traditionnelles verticales et pyramidales, très hiérarchisées et pérennes comme la Camorra. Par ailleurs, ces réseaux nigérians recrutent sur une base ethnique – souvent des Igbos ou Yorubas du sud du Nigéria – avec des cérémonies d’intronisation animistes au cours desquelles les membres doivent prêter un serment d’allégeance, serment qu’ils devront respecter au risque de voir s’abattre – du moins le croient-ils – les pires fléaux sur eux et sur leurs proches. Les trafiquants vont jusqu’à prendre ces familles en otage, en gage de loyauté et d’omerta. Ce recrutement ethnique des membres des réseaux nigérians rend toute tentative d’infiltration impossible. Enfin, ils utilisent des langues vernaculaires pour communiquer, ce qui complique les interceptions téléphoniques. En bref, ils représentent un véritable casse-tête pour les forces de sécurité.

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Le trafic de drogue attire les groupes terroristes en raison de sa rentabilité élevée, de risques relativement faibles, ainsi que du peu de barrières à l’entrée sur le marché. 

Le trafic renfloue les caisses, et les liquidités peuvent ensuite être utilisées pour l’achat d’armes, la formation de nouvelles recrues, la propagande et pour d’autres objectifs.

Il arrive moins fréquemment que les barons de la drogue connaissent une situation « inverse » en s’engageant dans une campagne de terreur à l’encontre des autorités publiques qui menacent leurs activités – au Mexique notamment. Selon les chercheurs, de cette situation naît ainsi une alliance stratégique entre terroristes et narcotrafiquants. Les premiers peuvent assurer la protection des routes, tandis que les seconds permettent d’utiliser leurs ressources logistiques dans la préparation d’attentats ou d’interventions armées.

Les effets indirects du trafic de drogues sont pourtant les plus forts. Les régions où sont produits les narcotiques connaissent également une consommation active. L’Etat consacre alors de grandes ressources pour lutter contre ce fléau, pour la réhabilitation des toxicomanes et pour le développement économique et sanitaire de régions « dangereuses ».

Cela se fait souvent au détriment de l’éducation – ce qui peut pousser une population pauvre et mécontente dans les bras des extrémistes. En plus de ces effets délétères, des actions dures et violentes sont souvent commises par les forces de sécurité dans leur tentative d’éradiquer les cultures de narcotiques.

Les dépenses en énergie et en ressources, pour s’opposer au trafic de drogues, privent les forces de sécurité de la possibilité de combattre efficacement les groupes radicaux.

… qui ne s’applique pas vraiment en Asie centrale!

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Lu dans

Par Brendan Kemmet

L’Office des stups ne semble plus devoir quitter la spirale des révélations compromettantes.

Le ménage est fait par une magistrate qui a découvert qu’un policier de l’office avait fait surveiller le numéro de son épouse. Selon nos informations, le patron de l’OCRTIS l’a d’abord caché à la magistrate.

Quand à l’été 2016 Vincent Le Beguec a franchi les portes vitrées coulissantes de la rue des Trois-Fontanot à Nanterre, il n’envisageait peut-être pas l’ampleur du chantier qui l’attendait à l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Libération écrivait alors que le commissaire avait pour « lourde tâche de redorer l’image d’un service ébranlé par les méthodes de son ancien patron ». Moins de trois ans après, le successeur de François Thierry se retrouve à son tour en difficulté et en proie aux critiques des magistrats spécialisés qui mettent en cause sa loyauté.
Déjà secoué par « l’affaire Hambli », du nom du principal indic de l’ancien patron du service, lui-même sous le coup de deux mises en examen à Bordeaux et Lyon, l’office des stups ne semble pas devoir quitter la spirale des révélations compromettantes. Il y a d’abord eu cette hiver la mise en cause d’un expérimenté chef de groupe, suspecté d’avoir informé son indic des allées et venues d’un rival qui l’avait floué.

Ce rival a été enlevé, séquestré et sévèrement battu, selon les révélations du Monde que Mediapart a détaillées. Le policier est soupçonné d’avoir « glissé » discrètement une demande de facturation détaillée (fadet) dans une enquête sans aucun rapport et menée par une juge d’instruction, appartenant à la Juridiction interrégionale spécialisée de Rennes (JIRS).

En découvrant l’affaire, la juge bretonne a dessaisi l’OCRTIS des quatre dossiers qu’elle lui avait confiés, mais elle ne s’est pas arrêtée là. Comme l’a dévoilé Europe 1, elle a demandé au chef des « stups » de justifier l’ensemble des demandes de « fadet » et de géolocalisation réalisées dans le cadre de ses procédures menées avec le prestigieux office de Nanterre. Et elle a eu une surprise en découvrant qu’un autre policier a fait surveiller le numéro de son épouse.

Ce qui pourrait n’être qu’une dérive individuelle, une erreur de Post-it mélangés, comme l’a expliqué le fonctionnaire, se double d’un aspect plus embarrassant pour les relations policiers-magistrats déjà sérieusement mises à mal depuis quatre ans. Depuis la saisie de 7 tonnes de cannabis lors d’une opération ratée de l’OCRTIS dirigé alors par François Thierry et dont la justice semble avoir tout ignoré…

Après la [fausse] saisie, le 18 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis à Paris. © Reuters

Selon les informations recueillies par Mediapart, quand, mi-avril, la juge d’instruction rennaise a demandé à qui était attribué le numéro litigieux, le commissaire Le Beguec a d’abord répondu qu’il s’agissait de celui « d’un policier de son service ». La magistrate est alors revenue à la charge en exigeant l’identité du policier. Le patron de l’OCRTIS a fini par reconnaître qu’il ne s’agissait en réalité pas d’un fonctionnaire de son service, mais bien de l’épouse d’un fonctionnaire de son service. « On a menti à un magistrat, commente une source judiciaire. C’est particulièrement grave. »

Le parquet de Nanterre a été saisi. Il précise qu’il a « reçu la semaine dernière un courrier du tribunal de grande instance de Rennes » et « étudie les suites à lui donner ». Contacté, Vincent Le Beguec n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart. Quant à la direction générale de la police nationale, elle n’a pas souhaité non plus faire de commentaires, arguant d’une enquête en cours.

En juillet 2017, le commissaire Le Beguec avait semblé plutôt désemparé au moment de rendre compte d’un entretien avec sa supérieure, Mireille Ballestrazzi, alors directrice centrale de la police judiciaire. Il s’entretenait avec son adjoint de l’époque, lui-même placé sous écoutes judiciaires dans l’affaire Hambli. « On n’arrête pas là maintenant les conneries ? s’interrogeait M. Le Beguec. Qu’est-ce qu’il faut, alors, c’est pas encore assez, un procureur adjoint, un JLD [juge des libertés et de la détention] qui sont également dans le dossier ? Enfin bon… des fois j’arrive plus à comprendre. »

Il fait là référence à deux magistrats mis en cause dans la procédure lyonnaise de François Thierry car soupçonnés d’avoir permis la fausse garde à vue d’un indic. Surtout, Vincent Le Beguec concluait : « J’en ai au moins profité pour bien lui [la directrice de la PJ] redire que la JIRS, c’était même pas la peine de penser qu’on allait travailler avec eux… » Le commissaire parlait alors de la JIRS de Paris. Désormais, son service est aussi confronté à la défiance de celle de Rennes.

Jérôme Bonet, le patron de la DCPJ

La perspective d’un changement de nom de l’Office des stups, comme l’a révélé Mediapart, suffira-t-elle à rétablir la confiance avec les magistrats ? Cette réforme imposée à marche forcée par l’Élysée doit aboutir avant l’été. D’ores et déjà, il semble que la sortie de l’OCRTIS de la police judiciaire n’est plus au goût du jour.

En revanche, gendarmes et douaniers auront un rôle renforcé et un magistrat de liaison devrait s’installer à demeure au sein de la nouvelle structure. Quant au nom de cette dernière, les hautes sphères policières hésitent entre « office central de lutte anti-drogue » (OCAD) et « office central interministériel anti-drogue » (OCIAD). Même si rien n’est gravé dans le marbre. Là encore, le suspense perdure, la direction générale de la police nationale se disant soumise à la « période de réserve électorale », jusqu’aux élections européennes.Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Si vous avez des informations à me communiquer, vous pouvez me contacter à l’adresse marcfievet@live.fr.

Si vous souhaitez m’adresser des documents, vous pouvez utiliser WahtSapp et me contacter sur 06 84 30 31 81.

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