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Banques, Banquiers, Narcotrafiquants: que savent réellement le TRACFIN et la DNRED ?.

par morice
vendredi 10 avril 2015

Les généraux sont en cause, on l’a vu. Mais pour mettre à l’abri leurs fortunes longuement amassées, ils ont dû faire appel à des banques. Celles du blanchiment, qui sont bien entendu les mêmes que celles des trafiquants. La coke, et l’argent qu’elle génère, corrompt tout (*), au plus haut niveau. Jusqu’aux chefs d’Etat, parfois, ou bien leur famille, comme en Colombie. A ce stade, il n’y a plus à parler d’éthique. C’est à celui qui va empocher la mise le premier, car le flux est tel que tout le monde en profite. Devant cette chienlit qui envahit tous les rouages d’un Etat, certains se lèvent et résistent, comme un certain juge, qui, en France, avait fait front devant les mafieux. Son équivalent hondurien, Julian Aristides Gonzalez, a connu hélas le même sort… mais depuis quelque temps, ça se lézarde, et des rats quittent le navire vénézuélien. Et viennent raconter, une fois avoir mis leur famille à l’abri, les turpitudes d’un régime qui parle un double langage constant.

Un document implacable

Un excellent rapport de mai 2011 de l’ OFDT (**), signé David Weinberger, de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) nous dresse un tableau éloquent de la tendance générale du circuit de cocaïne désormais autour du Venezuela : « depuis 2005 et 2006, du fait des bouleversements régionaux susmentionnés, les États vénézuéliens du Zulia, du Táchira mais surtout d’Apure, limitrophes de la Colombie, deviennent ainsi, les principaux lieux de départ de la cocaïne colombienne vers le marché nord-américain, notamment au moyen du vecteur aérien. Si le crash d’un DC9 à Playa del Carmen avec 5,5 t de cocaïne à son bord en 2005 a marqué les esprits, il n’en reste pas moins exceptionnel car le trafic par les airs est majoritairement le fait de petits avions qui ne rejoignent que très rarement le Mexique sans escale. Ils atterrissent généralement dans des zones où l’espace aérien est moins contrôlé, comme en République Dominicaine et Haïti jusqu’en 2009, puis au Honduras, au Guatemala, au Costa Rica ou au Belize. » Exactement ce que je vous ai décrit ici en de multiples épisodes de la série « Coke en Stock » ! « Ces États, dotés de faibles moyens, sont désormais profondément déstabilisés par la mainmise partielle des organisations criminelles, notamment mexicaines, qui acheminent la drogue vers le nord par la voie terrestre ou maritime ». L’emprise de l’argent de la coke devenant le principal levier de corruption des hommes politiques dans ces pays.

Des avions, mais aussi des bateaux et des containers

Car il n’y a pas bien sûr que les avions pour transporter la drogue : « cependant, le moyen le plus usité reste celui des containers. Ceux-ci partent des grands ports vénézuéliens comme Maracaibo pour acheminer la drogue dans le monde entier, notamment vers le Panama et le cône sud du continent américain. Selon l’ONUDC, plus de la moitié de la drogue saisie en 2013 au Brésil proviendrait du Venezuela. Mais les portes-containers transitent généralement aussi en Colombie et il est donc difficile d’identifier le lieu précis de chargement de la drogue. Hormis ces routes, l’ONUDC observe, depuis 2005, une nette augmentation du trafic transatlantique destiné à l’Europe en provenance du Venezuela. Jusqu’en 2009, de nombreuses saisies maritimes ont été opérées, comme celle du Doña Fortuna arraisonné au milieu de l’Atlantique avec cinq tonnes de cocaïne (un petit bateau de pêche (ici à droite) ayant contenu 5 tonnes de cocaïne d’une valeur de 250 millions d’euros. En 2009, une frégate anglaise, l’HMS Iron Duke, avait arraisonné le MV Cristal (à gauche) au large des Caraïbes, il contenait lui aussi la même quantité en 212 ballots de cocaine de 26kg chacun..) ,  « mais depuis 2011 plus aucune saisie maritime majeure n’a été réalisée. Il semblerait que les trafiquants privilégient aussi les routes transatlantiques aériennes par avions privés au départ du Venezuela. La saisie la plus médiatisée est sans nul doute celle surnommée « Air Cocaïne », concernant un Boeing 727, chargé de plusieurs tonnes de drogues, retrouvé incendié au Mali en 2009  (c’est le point de départ fondamental de toute cette série !). Les radars vénézuéliens avaient détecté l’avion entrant dans l’espace aérien vénézuélien, avant de perdre sa trace dans la région d’Apure où vraisemblablement le Boeing a pris possession du chargement illicite. L’aéronef fut de nouveau observé au niveau de Valencia se dirigeant vers l’Atlantique. Fait notable, les pilotes vénézuéliens, deux frères, se trouvaient aussi à bord de l’avion retrouvé à Playa del Carmen (qui avaient donc été relâchés ou avaient bénéficié de complicités dans la police mexicaine…). Et ce n’est pas un cas isolé puisque nombre d’avions s’envolent depuis les aéroports côtiers du Venezuela vers l’Afrique mais aussi directement vers l’Europe. Ainsi, en 2011, les pilotes d’un jet privé ont été obligés par une dizaine de membres de la Garde nationale vénézuélienne de transporter 1,2 t de cocaïne qui a été interceptée aux Iles Canaries (Espagne). C’est le fameux Gulfstream 9H-FED Global Express 9234 qui a été ici l’objet ici d’une étude plus approfondie dans l’épisode précédent). » Partant des zones de stockage à la frontière colombienne, la cocaïne est chargée dans les aérodromes de Valencia et Barcelona, ou dans les ports de Maracaibo, La Guaira et Puerto Cabello. Les avions et les navires traversent alors l’Atlantique pour atteindre l’Afrique de l’Ouest, en passant notamment par l’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau) et le Cap-Vert : cette route est surnommée l’« autoroute 10 » car elle longe approximativement la latitude 10″… l’autoroute maritime ou aérienne de la drogue !!

Pas seulement le Venezuela, d’impliqué, le Mexique aussi

Une implication qui cache de belles malversations, des deux côtés, le côté gouvernemental mexicain n’étant pas beaucoup plus reluisant nous dit Anabel Hernandez : « on pensait que l’avènement du président Fox en 2000 changerait la donne, et ce fut l’inverse : « les Gens pensaient que Fox serait un gouvernement de transition, mais ce n’est jamais arrivé. Tous les groupes mexicains de pouvoir, à la fois légaux et illégaux, demeurent intouchables, et dans de nombreux cas, ils se connectent et se réunissent pour blanchir de l’argent.  Lorsque (Vicente) Fox est devenu président, il a changé radicalement les règles du jeu : au lieu de continuer à protéger tous les cartels de la drogue, ce que les administrations du PRI ont fait pendant des décennies, il a décidé de protéger seulement un seul cartel, celui de Sinaloa. C’est le gouvernement qui libéré « Chapo » Guzmán (Joaquín Guzmán) de la prison ; il ne s’est pas échappé dans un panier à linge, comme la version officielle le dit. La vérité est, et je le sais, parce que j’ai une copie du casier judiciaire, comme quoi un fonctionnaire travaillant pour l’administration de Vicente Fox a aidé Chapo Guzmán à sortir de prison : il lui a ouvert la porte principale et lui a dit : « Monsieur, vous pouvez y aller »  Une très grave accusation !!! Un pouvoir qui serait donc à la botte des cartels ? On songe alors aussi inévitablement au crash d’avion du 4 novembre 2008 (celui du Learjet 45 XC-VMC), en pleine capitale, incendiant tout un quartier, un « accident » fort opportun pour les trafiquants de drogue : celui ayant tué le ministre de l’intérieur mexicain Juan Camilo Mouriño du gouvernement de Felipe Calderon. Mourino ayant décidé auparavant de s’attaquer en priorité aux cartels de cla cocaïne. La commission d’enquête avait néanmoins conclu à un accident de pilotage, le Learjet ayant été pris selon elle dans les turbulences d’un gros 767-300 qui l’avait précédé. Officiellement s’entend…

Le frère d’Alvaro Uribe également dans la tourmente

Cette complicité manifeste avec les Cartels n’a pas de frontières : en Colombie aussi, le pouvoir a fait allégeance aux trafiquants. La famille du président Uribe en personne étant elle aussi mouillée, comme le révèle un ancien procureur tenace, Flavio Buitrago, le 27 mars dernier :  « en plus de ses propres liens présumés avec les paramilitaires d’Uribe, son frère Santiago Uribe a conduit un groupe paramilitaire appelé les douze Apôtres, qui a été actif durant les années 1990 et, selon les témoignages, qui s’est formé dans une ferme appartenant à la famille Uribe. Les autorités colombiennes ont ouvert une enquête sur Santiago Uribe en 1996, et les efforts pour empêcher l’enquête ont été réprimandé par la Cour suprême. Alors que l’ancien président a nié toute connaissance de son existence, Dolly Cifuentes, la petite amie de longue date de frère Jaime Uribe, a été extradée aux États-Unis en 2012 et a plaidé coupable à des accusations de trafic de drogue en 2013.

Ana Maria Cifuentes, la nièce de Alvaro Uribe, a été placée en bonne place sur la liste du Département du Trésor américain et été identifiée comme un membre du clan Cifuentes Villa, qui aurait aidé le cartel de Sinaloa à blanchir l’argent et pour la contrebande de plus de 30 tonnes de cocaïne aux États-Unis en plus de travailler avec d’autres groupes actifs dans le trafic de drogue ». Le président en Teflon, celui sur lequel toutes les accusations avaient glissé, rattrapé aujourd’hui par le passé de sa famille proche (***) ? Sans oublier le passé fort trouble de son propre père Alvaro (****)

Le rôle des banques dans le trafic

De grandes banques impliquées

De grandes banques sont bien complices de délinquants très organisés pour dissimuler les revenus de la coke. « Anabel Hernández nous rappelle qu’il y a eu une enquête très complexe réalisée par la DEA sur un réseau de blanchiment d’argent du cartel de Sinaloa. Deux hommes d’affaires, un brésilien et un portugais, ont créé un système pyramidal de l’investissement frauduleux ; ou chaîne de Ponzi, qui comprenait des centrales d’énergie renouvelable inexistantes dans le seul but de transférer des millions de dollars à partir de différents comptes bancaires. C’est comment ils ont réussi à mélanger l’argent de la fraude financière avec l’argent du trafic de drogue, rendant ainsi pratiquement impossible de retracer l’origine et la destination de cet argent.  La DEA a passé cinq années à enquêter sur ce cas, en essayant démêler l’écheveau, et l’argent de la drogue a été finalement trouvé. Les cartels de la drogue ont développé des moyens très sophistiqués pour blanchir de l’argent. Et cela ne peut être détruit par des balles ou des bombes, mais avec de la volonté. Les banques impliquées dans cette enquête, par exemple, sont Wachovia, Wells Fargo et Bank of America ». Toutes trois impliquées, rappelons-le dans les affaires douteuses de Viktor Bout, toujours emprisonné aux USA !!!

Un double langage constant

Le gouvernement vénézuélien emploierait donc un double langage, fustigeant devant la presse les trafiquants de drogue alors qu’il en serait l’un des principaux bénéficiaires : cette impression est corroborée par l’exemple par une visite d’un journaliste du New-York Times, William Neuman, venu enquêter en 2012 sur les fameuses pistes de l’Apure, soi-disant « détruites » par le gouvernement : « le gouvernement vénézuélien a claironné un nouveau coup majeur contre les trafiquants de drogue, exhibant les barils saisies de cocaïne liquide, les avions de la drogue récupérées, les laboratoires de cocaïne pillés et la destruction des pistes d’atterrissage. Mais une visite ce mois-ci dans une région éloignée des vastes plaines de l’Ouest du Venezuela, où un groupe de guérilla colombien a transformé l’endroit en l’un des aéroports les plus fréquentés de transit du monde pour le mouvement de la cocaïne aux États-Unis, a montré que acclamations triomphantes du gouvernement sont largement surestimées. Profondément dans la large savane, une piste d’atterrissage clandestine que le gouvernement avait dit avoir désactivée dans un raid récent de l’armée est apparue être de retour dans les affaires. Les restes de deux petits avions incendiés par l’armée en septembre avaient été déblayés. Les trafiquants travaillant avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui fonctionnent avec une aisance surprenante de ce côté de la frontière, semblait avoir récupéré la bande de terre pour continuer les navettes leur vols secrets de drogue colombienne vers les utilisateurs de la cocaïne aux États-Unis. Aucun signe que les soldats aient fait à l’explosif des trous dans la piste ou d’autres mesures prises pour les empêcher d’être utilisées à nouveau. Vers la même époque, la Colombie, avec l’aide des États-Unis, a commencé à resserrer la surveillance de son espace aérien. En conséquence, les trafiquants sont passés au travers de la frontière de l’Apure, où une piste d’atterrissage peut être façonnée dans la prairie plate en quelques heures en faisant glisser un tronc derrière une camionnette pour lisser le sol. Vous pouvez détruire un aérodrome ici et ce n’a pas d’importance « , a déclaré un habitant, debout à côté d’un trou de huit pieds de profondeur soufflé par les soldats dans une piste près de la rivière Cinaruco, le long des plaines qui s’étendent sur des miles. « Ils peuvent en faire une autre juste à côté. »(ici à gauche une piste clandestine découverte par l’armée faisant 1,4 km de long, près de la rivière Juriepe, dans la municipalité Agustín Codazzi Pedro Camejo, dans l’État d’Apure….). Rappelons qu’un avion de type Gulfstream a toujours besoin de 1800 m de piste (en dur !) pour décoller… mais de moins de la moitié pour se poser.

L’Apure, le centre nerveux du trafic

Mais peut-être que l’attraction principale pour les trafiquants est que la présence du gouvernement fédéral sur de grandes parties de Apure, l’État le plus pauvre dans le pays, est arrivée à son maximum. Dans de nombreuses régions, les habitants le disent, le vrai pouvoir est détenu par les FARC, qu’ils ont décrit comme pouvant se déplacer dans l’Etat en toute impunité. Un résident vivant dans le parc national Santos Luzardo, une pittoresque réserve riche en faune, a déclaré que le mois dernier deux membres des FARC ont patrouillé le secteur sur des motos, en demandant aux agriculteurs s’ils avaient entendu des avions (des motos qui sont parfois piégées par les FARC, comme le montre l’article ci-joint, en lien, ou celui-ci).  La préoccupation qui les concernait, apparemment, c’était le fait que des trafiquants utilisaient une piste d’atterrissage à proximité sans avoir à payer. Les guérilleros recueillent également de l’argent de la protection des entreprises, le business des entreprises locales, celle les éleveurs et les zones de pêche le long de certaines parties de longue frontière du Venezuela avec la Colombie. Un résident a dit que un petit groupe de membres des FARC s’est présenté dans une ferme en décembre et leur camp a été mis en place pendant une semaine, en l’utilisant comme base pour patrouiller la zone et éventuellement protéger les vols de drogue. Le propriétaire n’a pas le choix d’accepter ou non les guérilleros, même si ceux-ci apportent leur propre nourriture. Les résidents ont également exprimé leur peur et leur méfiance aux autorités du gouvernement (ci-contre la destruction d’une piste de narco-trafiquants, montrée aux médias). La plupart ont dit qu’ils croyaient que les fonctionnaires et les soldats locaux étaient de mèche avec les trafiquants et que de donner des informations sur les activités des trafiquants seraient suivies de représailles. Les résidents ont dit qu’ils avaient appris à coexister avec les trafiquants, comme ils s’étaient tout simplement habitués au son fréquents des avions volant à basse altitude la nuit. Mais beaucoup ont dit qu’ils ressentaient de la peur et de l’intimidation. « Ils savent tous ce qui se passe, mais personne ne dit rien, rien du tout » dit un homme à propos des contrebandiers qui utilisent une piste d’atterrissage locale. « Qu’est-ce qui devrait fait à ce sujet ? Celui qui devrait faire quelque chose est le gouvernement. Ils devraient patrouiller constamment la zone ». On le voit bien, l’Apure est bien une zone de non-droit, ou celle du laxisme gouvernemental, voire de sa collusion avec les maquillages d’avions incendiés présentés comme « abattus » !!!

Des documents accablants

Bref, impossible de nier l’implication d’un gouvernement fermant autant les yeux sur un tel trafic, d’une telle intensité ! En 2008, cette proximité de Chavez et des Farcs avait été mise à jour avec la parution de documents, des échanges de courriers entre Chavez et Manuel Marulanda, le chef des Farcs, notamment. Une aide financière de 300 millions de dollars avait été accordée, selon ce qu’avaient fini par dire les disques durs des ordinateurs de Paul Reyes. Des annonces aussitôt démenties par Caracas. Placés au pied du mur, certains continueront à le nier. Seul Michel Collon, en 2011, par exemple, affirmera que les aveux de Makled n’en étaient pas, car ils avaient été faits en échange de remises de peine aux USA. Ce grand ami de Dieudonné et de Meyssan semble ignorer tout de l’intensité du trafic et des mensonges du pouvoir vénézuélien, qu’il soutient, quoi qu’il puisse faire. Un partisan, incapable de recul sur la situation du pays, aveuglé par sa haine des USA. A ce stade, Collon n’est qu’un prosélyte d’un pouvoir à la dérive et de ses mensonges (en 2008, Chavez avait affirmé, rappelons-le, « avoir perdu tout contact avec les Farcs » !)…

L’équivalent du juge Michel, assassiné également

Un homme pourtant le savait et avait combattu cette proximité sordide entre généraux et trafiquants, l’avait dénoncée, mais il en est mort : l’équivalent exact, en France, du juge Michel et de son combat contre les truands. J’avais évoqué déjà son nom et son admirable figure dans Coke en stock, (XV) : « le Honduras, du côté de chez Swan » : « L’épilogue de ses entrées massives de drogue se situe un matin devant une école, le 8 décembre 2009 : celle où arrivait Julian Aristides Gonzalez, l’ancien général à la tête de l’antidrogue, un homme intègre et droit… abattu lâchement en pleine rue de 11 coups de pistolet, juste après avoir déposé sa petite fille. Une exécution dans les règles des cartels, menée à moto » (comme le juge Michel en France, dont un film relate l’histoire en ce moment même). « L’homme devait prendre sa retraite dans deux mois, et venait sur l’année de saisir plus de 5 tonnes de cocaïne ! Les trafiquants rappelaient à leur façon que c’étaient bien eux les maîtres du pays. Selon Julian Aristides Gonzalez, Hugo Chavez en personne était impliqué dans le trafic. « Soit le gouvernement vénézuélien est incapable, soit il est complice », avait-il déclaré peu de temps avant sa mort au Time. Ce qui résume parfaitement la question ! «  Un nombre incalculable de fonctionnaires, dont beaucoup sont des militaires en activité, trempent dans le narcotrafic. Les services d’intelligence étrangers s’y intéressent de plus en plus », assure Mildred Camero, l’ex-présidente de la Commission nationale contre l’usage des drogues (Conacuid), à l’actuel Bureau national de l’antidrogue (ONA). De 1999 à 2005, pendant les six premières années d’Hugo Chavez au pouvoir, cette ancienne juge a lutté contre un fléau sans cesse grandissant. Selon l’ONU, 51% de la drogue qui entre en Europe provient désormais du Venezuela, converti en 5e exportateur mondial de cocaïne. Dans un livre intitulé « Chavisme, narcotrafic et militaires » (paru en 2014) Mildred Camero dénonce et cite les 13 généraux et députés socialistes qu’elle considère comme étant les principaux narcotrafiquants vénézuéliens. Certains figurent sur la fameuse liste Clinton (Specially Designated Narcotics Traffickers) des entreprises et personnes recherchées par les Etats-Unis pour leur participation au narcotrafic, dont le général en chef des forces armées et gouverneur de la région de Trujillo, Henri Rangel Silva, le capitaine de corvette et gouverneur de la région de Guarico, Ramon Rodriguez Chacin, ou encore l’ancien maire de Caracas, Freddy Bernal. Le Département du Trésor américain leur reproche d’avoir soutenu les guérillas colombiennes, en protégeant leurs chefs au Venezuela ou en leur échangeant des armes contre de la drogue ». Mildred Camero, rappelons-le, avait été nommée en 1999 par Hugo Chavez à la tête de la CONACUID, et a été contrainte de démissionner six ans plus tard. Carlos Tablante avait suggéré son nom au gouvernement dans les premiers jours de Chávez, alors qu’il semblait encore vouloir lutter contre la corruption, ce qui n’a pas fait long feu…

Des captures encourageantes

Ce que le juge admirable avait énoncé, un autre vient de le confirmer de façon éclatante en janvier dernier, juste après la découverte de nombreux cas de transferts de quantités importantes de drogue via les avions aperçus en Apure et sérieux revers pour les trafiquants avec les arrestations importantes. En premier celle au Honduras de Jose (« Chepe ») Miguel Handal, – ici à gauche- arrêté récemment (le 13 mars 2015) dans l’hôpital de San Pedro Sula. Celui qui, justement organisait l’arrivée au Honduras des avions venant de l’Apure, et des envois par cargos au Guatemala fà destination des cartels des Zetas ou de Sinaloa. En même temps, un second coup était porté aux transferts aériens avec l’annonce de l’arrestation du dénommé Germán Arturo Rodríguez Ataya, surnommé « El Gago » le pilote attitré des Farcs. Surpris dans l’hacienda de la Manga de Coleo de Elorza, près de la municipalité de Rómulo Gallegos, en plein Apure. Il venait juste d’effectuer le 23 décembre qui précédait un vol qui s’était terminé sur une piste clandestine près de Cinaruco, selon le journaliste Javier Mayorca. Un proche de Germán Briceño Suárez, alias « Grannobles » (ici à droite sur la photo, avec El Gago superposé), un des principaux leaders des Farcs. La surprise étant que l’homme avait déjà été arrêté en 2005 dans le district de l’Arrosa, accusé de transporter à la fois des guérilleros et de la drogue pour les frères Rios. il s’était échappé et vivait depuis en Apure, ayant créé depuis une société pétrolière dont il était le financier, habitant alors Ciudad Ojeda, près de Lagunillas dans l’état de Zulia.

La présence prouvée des Farcs en Apure

Car un autre document du Colombian Post avait révélé cette omniprésence des FARC en Apure :  « la semaine dernière, un rapport des services de renseignement affirme que cinq commandants de la guérilla marxiste des FARC colombiens sont stationnés au sud-ouest du Venezuela, concentrés dans l’État d’Apure, Selon un rapport de la Direction de renseignement militaire vénézuélienne (DIM). Le document officiel, mis à la disposition de la PanAm Post, mentionne également l’existence de pistes d’atterrissage secrètes situés dans plusieurs Etats du Venezuela et utilisés dans le trafic des cargaisons de drogue. La surveillance militaire vénézuélienne révèle que les commandants en question appartiennent à la 10e front des Forces armées révolutionnaires, et qu’ils jouissent de contrôle effectif sur les communautés dans lesquelles ils sont basés. « Plusieurs personnes ont été vus portant des tenues de camouflage, portant de grandes et de petites armes, des insignes faisant allusion aux FARC … [Ils] ont mis en place différentes règles et mobilisé au cours de patrouilles deux jour et nuit, dans divers véhicules, $y compris des 4×4 Toyota et des motos tout-terrain, « le texte officiel dit. Un des officiers supérieurs des FARC, Jaime Alberto Parra Rodríguez (alias Mauricio Jaramillo, ici à droite), est décrit comme commandant du Bloc de l’Est des FARC, et il a son camp de base opérant dans la région de Rómulo Gallegos. Le deuxième patron de guérilla être identifié et localisé est « Polanco, » qui contrôle vraisemblablement les zones d’ Achaguas, de Guachara, de Yagual et d’Aguarito. Le document mentionne un autre dirigeant de haut niveau, sous le pseudonyme « Gollo, » qui concentre les témoignages de la population entière de Capanaparo, Tres Bocas, Paso Arauca, et Cunaviche, ainsi que l’ensemble du trafic de stupéfiants au Venezuela par l’intermédiaire de la frontière colombienne. Dans la carte fournie par les autorités vénézuéliennes, un autre commandant sous le nom de « Bouddha » est basé dans la ville de San Juan de Payara, avec trois autres agents des FARC. Au cours des enquêtes menées par les services de renseignement, le « Bouddha » a été vu en compagnie de Pedro Leal, plus de Peter Camejo, mais aussi avec un membre du parti au pouvoir socialiste uni du Venezuela (PSUV)… » Un sixième commandant communiqué par le DIM, alias Chapulín, opérait dans Elorza, l’un des centres de population les plus importants de l’Apure. Cependant, il a été tué dans une fusillade avec l’armée colombienne dans la zone de la frontière en 2014″. A noter que l’ELN, autre mouvement d’opposition est aussi présent à proximité de l’Apure… notamment ses chefs, Antonio Garcia et Nicolas Rodriguez Bautista, alias “Gabino.”

Une terrible défection

Mais ce n’était rien encore avant la défection d’un personnage venu dénoncer tout un système mafieux à la tête du pays. Il s’appelle Leamsy Salazar, et son propos a du poids, beaucoup de poids, car avant de devenir le garde du corps principal de Diosdado Cabello, l’homme fort à la tête du pays et de l’Assemblée Nationale, il avait été pendant dix ans celui de Chavez en personne, sous le nom ronflant de « Lieutenant Commander Salazar ». Or le voici à faire défection en janvier dernier, rejoignant les Etats-Unis après des contacts pris au préalable avec la DEA, prétextant son voyage de lune de miel pour fuir le pays et se réfugier aux USA. A peine débarqué, le voilà qui déballe tout, accusant notamment Diosdado Cabello d’être à la tête du trafic de drogue du pays, pas moins. Des révélations fracassantes, auxquelles il en ajoute une autre dont beaucoup d’observateurs se doutaient : selon lui, Chavez était décédé deux mois avant qu’on n’annonce sa disparition ! D’où les histoires « d’embaumement » qui tardait et qui ne sera en définitive pas effectué… officiellement. Histoire de préparer la mise en place d’un Maduro pas très au point pour assurer sa succession, et calmer les ardeurs des militaires, ceux à la tête du cartel de Los Soles, justement, fort tentés par un coup d’Etat qui ne devrait plus beaucoup tarder maintenant.

En attendant, d’autres événements aller renforcer cette idée, à la fois de l’imminence d’un coup d’Etat, de l’éviction d’un Maduro bien trop transparent et d’un renforcement du trafic de drogue, géré de main de maître par l’armée, qui n’aura donc effectivement jamais abattu de quelconque avion de la drogue…

(*) « Le luxe corrompt tout, dit Rousseau, et le riche qui en jouit, et le pauvre qui le convoite »

(**) l’indispensable analyse :

http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/efdxdwr5.pdf

(***) certains ont payé cher d’avoir révélé ses liens. Début 2010, on découvre la plus grande fosse commune de Colombie, dans la commune La Macarena, département du Meta. Un des témoins raconte : «  Le commandant de l’Armée nous avait dit que c’étaient des guérilléros tués au combat, mais les gens de la région nous disent qu’il s’agit pour la plupart, de responsables sociaux et syndicaux, de paysans et des défenseurs de communautés, qui tous avaient disparu sans laisser de traces ». Des corps pour la plupart mutilés, ayant subi d’horribles sévices. À San Onofre, Sucre, dans une propriété connue sous le nom de « El Palmar », le chef paramilitaire « Rodrigo Cadena » jetait les cadavres des victimes, et même des victimes encore vivantes, aux caïmans qui se trouvaient dans un bassin. (….) C’est comme ça que les victimes de la torture étaient jetées aux caïmans. Beaucoup de personnes ont ainsi totalement disparu, jetés en pâture aux caïmans, ou jetés dans les fleuves ou à la mer, ou brûlés dans des fours crématoires. Salvatore Mancuso, par exemple, avait avoué que pour éviter la découverte du corps du leader indigène Kimi Pernía, il l’avait fait déterrer de la fosse et jeter dans le fleuve Sinú. D’autres paramilitaires racontent que pour cacher ses crimes, le même Mancuso avait ordonné d’enlever la terre d’une fosse située dans une propriété à Ralito, et de la vider de ses cadavres que son groupe avait remplis. Des enquêteurs disent qu’aujourd’hui, les « Aigles Noirs », héritiers des paramilitaires, déterrent le contenu de plusieurs fosses et le jettent dans les fleuves. (…) Les témoignages de paramilitaires et les résultats des équipes de médecins légistes ont permis de conclure que les groupes d’Autodéfenses Unies de Colombie, non contents d’avoir élaboré une méthode d’équarrissage des êtres humains, ont poussé l’horreur jusqu’à son extrême limite : ils ont donné des « cours » en se servant de personnes vivantes emmenées dans leurs camps d’entraînement. Francisco Villalba, le paramilitaire qui avait dirigé sur le terrain les atrocités d’El Aro (Antioquia), où 15 personnes ont été torturées et massacrées pendant 5 jours, révèle les détails de ces « cours » : « Il s’agissait de personnes que l’on amenait en camions, elles étaient en vie et attachées (…) chacune était livrée à un groupe de cinq (…) les instructions étaient de leur couper un bras, la tête… de les découper vivantes ». Une délégation britannique venue inspecter les fosses affirmera : Dans ses conclusions, la délégation a déclaré : « Après avoir entendu de pareils témoignages, nous estimons que l’armée colombienne est responsable de la majorité des violations des droits humains contre la population civile », et que : « l’activité paramilitaire persiste, particulièrement dans les régions rurales, de même que les liens étroits entre les paramilitaires et l’armée sont une évidence. » Un des militaires repentis, Francisco Enrique Villalba Hernández qui avait rendu responsable le président Uribe en personne du massacre d »El Aro, le 25 octobre 1997, a lui-même été assassiné à La Estrella près de Medellin, en avril 2009.

(****) « Álvaro Uribe Vélez a été dénommé « précurseur de l’ Etat Narcotrafiquant  » par l’un des centres de recherche les plus importants en matière de trafic international de stupéfiants, « The Narco News » (http: // www.narconews.com), depuis qu’en 1997 et 1998, les douaniers des États-Unis en Californie ont arrêté trois avions suspects à destination de la Colombie qui, comme les douaniers le découvrirent, transportaient 50 tonnes de permanganate de potassium, un composant chimique nécessaire dans la fabrication de la cocaïne.

Selon un document signé par le chef de la DEA Donnie R. Marshall le 3 août 2001, les avions se rendaient à Medellín, Colombie, au nom d’une entreprise appelée GMP Produits Chimiques. Les 50 tonnes du composant chimique destinées à GMP étaient suffisantes pour fabriquer 500 tonnes d’hydrochlorate de cocaïne, d’une valeur de 15 milliards de dollars. Conformément au rapport de 2001 de la DEA, le patron de GMP Produits Chimiques était Pedro Juan Moreno Villa, chef de campagne et ex-secrétaire de gouvernement lorsqu’Uribe était Gouverneur d’Antioquia. De 1995 à 1997, Moreno était secrétaire de gouvernement et bras droit d’Uribe. Pendant ces années, selon le chef de la DEA Marshall, « entre 1994 et 1998, GMP a été le plus grand importateur de permanganate de potassium en Colombie ».

De 1980 à 1982, la première charge publique d’Álvaro Uribe a été Directeur de l’agence d’Aéronautique Civile de Colombie. Virginia Vallejo, dans son livre « En Aimant Pablo, en détestant Escobar », rend compte de la relation entre Uribe et Pablo Escobar et note qu’Uribe comme directeur de l’Aéronautique Civile a joué un rôle clef pour l’octroi de permissions massives de vol accordées au cartel de Medellín, sans lesquelles le cartel n’aurait jamais pu faire ses envois immenses de drogue aux Etats-Unis et n’aurait jamais pu accumuler son immense fortune. Uribe a eu pour second César Villegas quand il était directeur de l’Aéronautique Civile. Or celui-ci a été condamné à 5 ans de prison pour ses liens avec le Cartel de Cali puis assassiné pour taire son témoignage. (journal « el Tiempo » de Colombie 17/03/2002).

Quand dans « Tranquilandia » (l’Opération Yarí) la police et l’armée colombienne ont désactivé le plus grand laboratoire de fabrication de cocaïne trouvé jusqu’à ce jour en Colombie, ils mirent la main sur un hélicoptère Hughes 500, immatriculé HK 2704 X, propriété d’Aerofotos Amortegui Ltda, entreprise qui appartenait à la famille Uribe. Álvaro Uribe prétend que cet hélicoptère avait été vendu auparavant mais qu’il avait oublié de déclarer la vente ».

source: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-lxxxvi-l-implication-165185

FRANCE: quand un ancien DG de la douane française entrait chez HSBC et devenait inspecteur général, chef du groupe Audit France et membre du comité exécutif.

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