Articles Tagués ‘Charles Pasqua’

Depuis plusieurs semaines, Gérard Fauré a réussi à intéresser de nombreux médias pour promouvoir son livre.

Gérard Fauré dit le « prince de la cocaïne »revient sur cette époque, où les boîtes de nuit parisiennes n’ouvraient pas avant son passage.

Pourtant il semblerait que toutes les « révélations » de ce livre ont pris quelques libertés avec la réalité des faits.

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Aviseur International, spécialisé dans les ‘narconews’, ne connaissant pas Gérard Fauré, mais voulant en savoir plus, s’est rapproché du « Baron » qui vécut de nombreuses années dans le sud -Espagne pour un « interview vérité ».

Aviseur international: vous avez lu le livre « Dealer du tout Paris » de Gérard Fauré?

Le Baron:

Oui et il m’est impossible de laisser passer un tel livre sans réagir. Des écrits d’un affabulateur qui racontent une époque que j’ai particulièrement bien connue.

Tout d’abord en page 37, il écrit: ……. »Les vedettes des douanes n’hésitaient pas à tirer sur lui » dit il « et sur tout ce qui bougeait à bord puis à couler pour ne pas laisser de trace avant de ramasser les ballots de cannabis qui flottaient à la surface de l’eau, abandonnant les cadavres aux requins. »

C’est archi faux, primo, le travail des vedettes des douanes était d’intercepter et d’arrêter le bateau qui transportait de la drogue et non pas de le couler ! Et deuxièmement: les ballots de cannabis jetés à l’eau coulent alors que ce sont les ballots de coke qui flottent!

En page 40, il écrit: …. qu’il transportait du cannabis (Maroc-Espagne) et que….. eaux déchaînées du détroit de Gibraltar ou les vagues parfois gigantesques de l’Atlantique avec plusieurs centaines de kilos de cannabis …. difficile à arriver sur les côtes espagnoles etc…. traqués par les marines Marocaine, Britannique ou Espagnole qui nous tiraient dessus à coups de canon ou de mitrailleuse souvent sans sommation….

Incroyable de lire tout cela, tout d’abord ce n’est pas l’Atlantique ni la Méditerranée dans le détroit de Gibraltar. .enfin, il n’y avait pas de Marine Marocaine et encore moins Britannique près des côtes Espagnoles!

En page 45, il dit: qu’il est à Torremolinos en 1970 alors qu’il a 18 ans !

Si Gérard Fauré est né en 1946: en 1970 il a 24 ans !

En page 46, il dit ….argent sale d’Algérie envoyé en grosse quantité par valises en Espagne pour blanchiment etc…

RIDICULE et FAUX: Le Dinar algérien ne valait RIEN en Europe surtout en plus dans les années 70 ! Il dit qu’il avait le téléphone (portable) : Cet appareil est apparu dans les années 90 !

En page 50: Service militaire…Caserne… (?) Il dit connaître le Général Guillaume pour se faire réformer, puis….  » Et bien reprit le général qui accompagnait Guillaume (!), réformez ce garçon (Fauré) au plus vite si vous ne voulez pas passer en Cour Martiale » …..

ET TOC ! Cours Martiale………????!!!!

En page 57: Il dit quitter l’Espagne en 1972, mais qu’il a des problèmes avec le Général OUFKIR (Mort en 1972 !) qui le fait arrêter donc en Espagne pour le faire extrader au Maroc afin d’être interrogé. Gérard Fauré dit que son père alors s’est rendu à Madrid pour y rencontrer le Général FRANCO afin de lui demander son aide. FRANCO, dit il, était redevable à son père et il est intervenu directement pour faire libérer Gérard Fauré et sanctionner le Commissaire qui l’avait incarcéré. Le Commissaire, dit il, s’est excusé ensuite auprès de Fauré lorsqu’il l’a libéré. ………

C’est formidable de se faire libérer par le Général FRANCO directement ?! FABULEUX………. ! (FRANCO est mort en 1975 de vieillesse…) . D’autre part, Il n’y a pas de discothèque à Torremolinos en 1972.

En page 98: Retour en Espagne en 1975 (Il aurait 29 ans !)

Il dit qu’il exporte du cannabis-shit avec la complicité des militaires marocains et le régime franquiste sur les plages espagnoles.
Il dit se faire-faire prisonnier par les espagnols avec les marocains mais avec la complicité des franquistes pour voler le cannabis-shit qu’il vient d’amener. A la fin il dit que les marocains sont tués sur la plage ! …..
Rocambolesque! Que viennent faire encore les Franquistes …?

En page 101: Il dit que le SAC lui propose d’aller tuer plusieurs personnes à la frontière espagnole et que c’est le chef du SAC qui lui demande de faire cela. Il accepte avec Jean Gilbert et Paul.

Incroyable de lire cela. Le SAC tout d’abord n’existe plus depuis 1981 et n’a jamais rien fait en Espagne ou à la frontière espagnole ! Ce sont LES G.A.L en lutte contre l’E.T.A !

En page 102 : Il dit que son père a été empoisonné par le Roi du Maroc!
……..Ben voyons
En page 105: Il dit être incarcéré à la prison de Marbella mais qu’il s’évade sous l’eau. Il est repris à cause d’une écoute téléphonique et renvoyé à la prison de Marbella.
Il n’y a pas de prison à Marbella !
Il écrit ensuite que ses amis du SAC dont Jean Gilbert, Pablo mais aussi le Chacal viennent le délivrer pistolets et mitraillettes en mains avec l’aide de 2 policiers franquistes. Il écrit que c’est sous ses yeux que le Chacal de son vrai nom Gaston Ferran met un pistolet sur la tête du gardien principal etc…. Il écrit prendre ensuite rapidement un avion à Gibraltar pour Londres et la Hollande.
Extraordinaire! Tout d’abord, Gaston FERRAN n’a jamais eu comme surnom « Le Chacal » !
D’autre part, ce n’était pas dans les manières de Gaston FERRAN (Responsable du GAL Rouge) d’arranger un problème de cette façon là. Avec Gaston Ferran, cela se traitait directement avec les autorités qui n’avaient rien à lui refuser. De plus nous sommes là avant les années 80 et les GAL, eux, n’existaient pas encore !
Le GAL a été crée en 1983 et a été opérationnel jusqu’en 87.
Autre précision: Gaston FERRAN n’était pas sur la Costa del Sol mais en France à cette époque puis en Allemagne etc……

En page 111 et 112 : Il dit rencontrer Charles PASQUA qui le présente à Tany Zampa (photo à droite) à Paris ! Zampa dit qu’il l’invite à déjeuner et ….qu’ils parlent affaires, de Titi Pelletier, de Gérard Vigier etc… Il dit aussi se mettre en affaires avec les Palestiniens. il dit que Francis le Belge s’est excusé d’avoir douté de lui et le serre dans ses bras très amicalement.

Ben voyons ! Incroyable de lire ce genre de choses…. PASQUA qui l’invite à déjeuner etc…… INCROYABLE!
En page 131 : Il dit jeter plusieurs cadavres (12) dans le fleuve à Rotterdam et qu’il fait tuer 2 flics Hollandais par Zampa .

(Ah bon….que dire d’autres…………!)

En page 138 et 139 : Re rencontre avec Francis le Belge et grande amitié dit-il avec lui après le suicide de Zampa. Il dit revendre les bijoux et diamants volés au bijoutier de la Reine Juliana en Hollande…..

(Sans commentaire !)

En page 141 et 142 : Il dit travailler avec son grand ami Fernand Legros (photo à gauche) et qu’il dépose des millions de francs dans des banques britanniques, luxembourgeoises, espagnoles, françaises et hollandaises. (……… des millions partout quoi !) Fernand Legros sinon était un faussaire de tableaux de maître, homosexuel notoire très introduit dans la Jet Set. Gérard Fauré a connu par ce Fernand Legros (son grand ami….) toute la Jet Set avec laquelle il a joué le dealer de coke très certainement.

(je le lui accorde).
En page 147 et 149 : Arrestation en 1986 et ….discussion dit il informelle avec la Juge d’Instruction car Jacques CHIRAC ……….
(…ah bon ?!)
Il parle à la Juge d’Instruction de la prison de Malaga qui est très dure… avec des Capos etc… (…..Zut alors: il n’y a pas de prison à Malaga !)
En page 158 et 161 etc… : Il dit être ami avec Omar Sharif, Yves Mourousi, Fiona Gelin, Jeanne Moreau, Annie Girardot, Françoise Sagan etc…. etc… et Johnny Hallyday, Jacques Chirac !

Il met en cause toutes ces personnes comme de très bons clients de coke.

Il avoue de son côté prendre entre 3 et 4 grammes de coke tous les jours depuis 1972 jusqu’en 1986 mais qu’il est toujours vivant !

En page 190 : Il dit avoir été libéré par erreur de son renouvellement de mandat de dépôt mais que son Avocat a fabriqué un vrai renouvellement de dépôt à son insu et qu’il est resté en prison.
Pas mal…….. mais ça ne se passe pas vraiment comme cela dans ce genre de problème !
En page 199 : Il accuse les flics du Quai des Orfèvres de lui avoir volé la coke qui lui appartenait.

Ben voyons ! Manquez plus que de mêler et compromettre les flics du Quai des Orfèvres qui lui avaient saisi de la coke !

Enfin en page 209 : Il parle brièvement d’un nommé Nordine dit « La Puce » (photo à droite) en disant qu’il était son Garde du Corps avec « Uzy » toujours sur lui etc….
Impossible pour moi de ne pas faire le rapprochement avec un certain Nordine Benlali que j’ai bien connu à Marbella. ……BINGO ! Je ne me suis pas trompé : ce Nordine dit La Puce est bien le même que j’ai connu, assassin de Jacques Grangeon avec sa femme dans sa villa en 1996. Il a lui même été tué en 2001 à Séville par quelqu’un…… La Puce n’était le garde du corps de personne !

Aviseur international:

vous avec la dent dure et bonne mémoire me semble-t-il?

Le Baron:
J’ai trop bien connu cette époque, Paris…. Marbella etc…. l’O.A.S, le S.A.C et les G.A.L, le trafic de cannabis-shit et certaines affaires…. pour me taire lorsque je lis ce genre de multiples conneries…

Gaston Ferran (photo à gauche) était mon Ami, comme d’autres……

A cette époque, j’ai aussi acheté un bateau après avoir arrêté les ‘go-fast’ ; c’était un « Sunseeker Malibu 47 » avec lequel j’ai transporté à chaque fois des côtes marocaines aux côtes espagnoles 1000 à 2000 kilos de cannabis.
Sunseeker Malibu 47 
2 moteurs MAN intercooler turbo de 630 cv
qui permettaient les 40-42 noeuds.
Le Baron l’avait équipé à Gibraltar de 2 réservoirs supplémentaires,
et de 2 radars FURUNO côtier et pleine mer
Je sais donc de quoi je parle et je ne peux laisser dire ainsi ce qu’à écrit Gérard Fauré en pages 37, 40 etc….. !
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Incroyable vraiment ce livre mais le plus anormal me semble-t-il, c’est le manque de sérieux de quelques médias qui ne pensent qu’à faire du papier ou de l’image même si ……… c’est faux !
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LIRE AUSSI:

FRANCE (Stups – DNRED): de la concussion, de la corruption et de la magouille à tous les niveaux! Quant au 40, ce n’est qu’une carabistouille de dalloziens!

FRANCE (Douane Française): lorsque NS 55, l’agent infiltré de la DNRED, partait à Bogota

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Bien que son appartenance à des mouvances criminelles soit établie! Bien qu’il a été mêlé à de nombreuses affaires politico-financières et condamné  par deux fois: en 2008, à 18 mois d’emprisonnement pour financement de campagne électorale et en 2010, à un an de prison avec sursis, pour abus de biens sociaux et recel.

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A la lecture de l’article de Libération, « Gérard Fauré, une clientèle haut de came« , je ne peux m’empêcher de repenser à mon action d’infiltration pour le compte de la DNRED au sein des organisations criminelles qui m’ont à l’époque permis de constater la très grande proximité d’intérêts entre le sieur Pasqua Charles et les profits dégagés par le narcotrafic.

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EXTRAIT

Pasqua n’était guère cocaïnomane – «j’en suis sûr», atteste Gérard Fauré – mais l’argent parallèle du secteur a pu l’intéresser… Fauré, précoce dealer au Maroc puis un peu partout ailleurs continue en écrivant: « Moyennant la moitié de nos gains, il nous garantissait l’impunité sur des affaires juteuses et triées sur le volet, sachant exactement là ou il fallait frapper. »

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A l’époque, les fonctionnaires français de la DNRED et américains du DEA que j’eus en face de moi firent les sourds à mes déclarations.

Il y a quelques semaines, j’écrivais un article intitulé: FRANCE (Douane Française): lorsque NS 55, l’agent infiltré de la DNRED, partait à Bogotá

EXTRAIT

« Je retourne sur la Costa del Sol, mais je repense, sans cesse, à notre dernière conversation dans le bureau de Christian Gatard à l’échelon DNRED de  Nantes. J’ai dit à Jo Le Squere que j’irai jusqu’au bout et que je mettrais Pasqua au placard. David May, le correspondant du DEA à Paris, est resté interloqué et sa suprême laideur, dont il use pour provoquer ses interlocuteurs par des manœuvres déstabilisatrices, ne me permettra pas de constater la moindre réaction…Mais, les gens du DEA connaissent bien les réseaux de Monsieur Pasqua. Les dernières informations recueillies à Marseille m’ont encore conforté dans ma position jusqu’au-boutiste ! Ce type qui est ministre de l’intérieur…. » Lire plus

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Le livre de Gérard Fauré s’achève sur cet hommage indirect à la police française: lors d’une perquisition à son domicile, 10 des 15 kilos de cocaïne disparaissent, tout comme 90 % des 300 000 euros logés dans un tiroir. «Je n’ai pas pensé un seul instant me plaindre de la brigade du quai des Orfèvres, dans la mesure où les vols qu’elle commettait chez moi ne pouvaient qu’alléger ma future condamnation

Lire tout l’article de Libération

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Le M/Y Sea Harmony

Une réunion composée des agents du DEA de Rome et Paris (Davis May) en présence de Jo Lesquert (DNRED Nantes) m’avait permis de préciser toutes choses sur mon infiltration dans l’organisation Locatelli.

Au cours de ce debriefing, j’ai déclaré à mes interlocuteurs que j’irai jusqu’au bout de mon action et les ai alertés sur la grande proximité de Charles Pasqua, le grand ami de Nick Venturi et cie, avec les Français de l’organisation Locatelli.

J’ai été arrêté le 23 septembre 1994 et n’ai jamais pu déclarer devant un juge sauf pour plaider coupable pour satisfaire les innombrables pressions des douaniers français Christian Gatard, Philippe Galy, l’attaché douanier en poste à Londres et Bernard Roux, l’attaché douanier à Washington! Marc Lerestre, le prédécesseur de Galy, était venu me saluer amicalement à la prison de Bellmarsh à Londres.

J’ai été libéré 3.888 jours plus tard le 26 mai 2005!

Et mon dossier est toujours classé « SECRET DEFENSE« !

 

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The international informant

17 septembre 2015

Vis à vis de l’Iran aussi, notre Charly a eu de bien étranges positions, en acceptant de libérer (encore une fois) des terroristes au nom selon lui du secret d’Etat, qui dissimulait surtout d’autres intérêts. Ou d’autres personnes, dont un conseiller plus que critiquable… que l’on retrouvera mêlé étroitement à l’affaire de Tibhirine, qui n’a pas fini de nous étonner, elle aussi. Et contre laquelle se heurtent des juges français, confrontés à la réticence extrême des autorités algériennes à évoquer clairement le problème, ou a simplement soulever le voile de mensonges qui entoure l’affaire.

Unknown-3-14-5c4ea-d8becL’homme qui a un jour clamé vouloir « terroriser les terroristes » a fait tout l’inverse à plusieurs reprises : il a aidé certains à s’échapper. En décembre 1993, rebelote, Charly laisse partir vers l’Iran les deux auteurs du meurtre de l’opposant Kazem Radjavi (ici à droite). Ce dernier a été assassiné à Genève le le 24

Voir l’article original 5 721 mots de plus

Encore une fois, j’ai eu le sentiment d’être floué par les élus de gauche et leur représentant principal, ce premier ministre bombeur de torse, qui a commis ce jour là ce qui représente pour moi une véritable trahison. Je veux bien comprendre et admettre qu’on puisse saluer des adversaires en politique, mais ce qui a été fait pour Charles Pasqua, je ne peux l’admettre. Manuel Valls, ce faisant, a fait preuve d’une totale absence de vue historique. Pasqua a été l’exécuteur de fort basses œuvres, et l’hommage des députés socialistes est tout simplement une honte : on ne peut rendre hommage à un homme qui a trempé trop souvent dans d’aussi douteuses affaires telles qu’assassinats politiques, vente d’armes ou trafic de drogue.

Outré, j’ai décidé de revenir sur la carrière de cet homme charmeur mais plus que redoutable. Car Manuel Valls semble l’avoir oublié, mais il traînait derrière lui un bon nombre de cadavres ou de cas douteux, dans lesquels son nom était revenu avec insistance dans les enquêtes qui avaient suivi. Pasqua « était secret » (*) ai-je pu lire ces derniers jours. Il ne pouvait que l’être, à moins de révéler ses turpitudes. Sa carrière a plus consisté à dissimuler ses cas pendables qu’à être efficace. Pour le résumer, il a dépensé beaucoup d’énergie pour se rendre présentable, ce Machiavel de Canebière. Le jour où il l’était devenu, l’ensemble de la vie politique française avait vu en lui l’arrivée d’un mafieux comme premier flic de France, et rien d’autre : l’aurait-on déjà oublié ? Retour sur Mr Charly, que l’on n’avait pas à saluer ainsi, à moins de ne rien connaître de ses frasques passés. Comme l’a dit un jour Michel Debré, qui s’y connaissait en coups fourrés, « Pasqua ? jamais sur le pont, toujours dans les soutes… » : on ne peut meilleure définition.

Bienvenue dans l’univers du soutier Charles Pasqua, alias « Charly ».

Revenons tout d’abord en 1964. Cinq ans auparavant seulement, en en 1959, le Service d’action civique (SAC) avait été créé par Jacques Foccart et Achille Peretti et Charles Pasqua, mais aussi Roger Frey, Paul Comiti, Alexandre Sanguinetti, Dominique Ponchardier et Jean Bozzi. Pas vraiment des enfants de chœur, ceux-là. Le premier président du Sac est Pierre Debizet un résistant de taille imposante surnommé « Gros Sourcils » ou  » alors, qui a été tenté par l’extrême droite du Parti Patriote Révolutionnaire, un groupuscule dirigé par Jean-Baptiste Biaggi, qui a fini au FN après être passé à l’OAS. Avec Joseph Ortiz un cafetier, l’avocat JBiaggi seront à l’origine de le 24 janvier 1960, de « La semaine des barricades » : un député français borgne, nommé JMLePen, qui avait demandé leur extension en métropole sera arrêté et emprisonné. Comme couverture, l’homme qui ne s’est pas encore lancé en poliitique, travaille pour Ricard, boisson anisée qui alors connaît une ascension fulgurante : la France des années 60 en fera son emblème quasi national, au même titre que la baguette et le béret. Déjà, au sein de Ricard, Charly avait fait preuve d’un certain talent. Alors qu’il y travaillait encore, il avait préparé l’importation de l’Americano, produit italien concurrent, mélange de Campari et de vermouth : c’est en l’apprenant que son patron, Paul Ricard. l’avait viré : Pasqua travaillait pourtant chez lui depuis 1952 : jeune plagiste à Marseille, fils d’un policier marseillais, il y avait tenté sa chance, en venant jouer au vendeur dans le bureau même du directeur : sa gouaille et sa faconde l’avaient aussitôt fait embaucher. Chez Ricard, Charles Pasqua, devenu directeur des ventes à l’export, a sous ces ordres Jean Venturi : nous reparlerons de lui dans un autre épisode. Son homme de confiance s’appelle Jean-Charles Marchiani, dont nous reparlerons aussi un peu plus loin…

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https://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169199

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Boulin

Les cadavres dans le placard de Charly (14) : pour Boulin, l’affaire est dans le SAC

Et pour terminer cette série, la mort d’un autre ministre, encore plus révélatrice des turpitudes opposant les giscardiens aux gaullistes. Un combat à mort, dont a fait les frais Robert Boulin… son affaire vient de connaître avant hier un ultime rebondissement. On notera simplement qu’on ouvre à nouveau son épais dossier une fois Charly disparu. Une coïncidence qui en dit long sur les méandres de l’affaire… une des pires de la carrière de Jacques Chirac, vers qui converge, il faut le dire, l’ensemble de l’enquête.

jacques-chirac-et-edouard-balladur-6c611-e86c8Les relations entre giscardiens et gaullistes ont toujours été exécrables. C’est le Canard Enchaîné qui suit le décès de Charly avec une page entière consacrée à la disparition d’un de ses meilleurs clients côté bons-ou mauvais- petits mots, qui nous le rappelle de façon plutôt amusante : « En pleine campagne présidentielle de 1981, et juste après l’affaire des diamants de Bokassa, révélée par « Le Canard », de mystérieux commandos piratent les affiches électorales de Giscard. De petits papiers en forme de diamant sont collés à la place des yeux sur les portraits du président sortant. Effet électoral garanti ! Attribuée à tort aux Jeunes socialistes, l’initiative vient, en fait, de Pasqua et de ses amis du SAC (Service d’action civique), une officine gaulliste où se croisent barbouzes et truands, et qui a longtemps compté Charly parmi ses dirigeants. Cinq ans plus tard, en 1986, une brochure aussi anonyme que fielleuse, intitulée « L’autre visage de Raymond Barre », sort à la veille des législatives. Il s’agit alors de couper la route de Matignon à l’ancien Premier ministre de Giscard. Coïncidence ? Quelques mois plus tard, alors que Pasqua de vient Ministre de l’Intérieur, une vague de cambriolages frappe successivement Raymond Barre et son entourage, puis des proches de Mitterrand. Chaque fois, des dossiers ont été fouillés ou ont disparu. Et Charly de jurer, la main sur le cœur : « Ce n’est pas moi qui les ai volés. J’ai bien rigolé quand j’ai vu ça, mais ce n’est pas moi. » Parole d’expert… »

images-3-21-73609-d62aaL’homme n’a jamais hésité à flinguer… en politique, et sa cible préférée a toujours été les centristes, qu’il détestait. Pensez-donc, aucun n’avait aimé De Gaulle. Crime de lèse-majesté, pour Charly. Le plus gros coup de l’homme de chez Ricard demeure quand même, en ce cas, l’élection du rival de Giscard. Et pour ça, il va y mettre les moyens, et surtout, mouiller tout le monde, ce qu’il adorait faire : « pour mettre le plan de son leader –faire battre le président sortant– sur orbite, Pasqua n’hésite pas à actionner les plus secrètes officines », comme le raconte Frédéric Charpier dans son livre, Les Officines. Trente ans de barbouzeries chiraquiennes,publié en 2013 aux éditions du Seuil« Pour faire battre Giscard, on est même prêt à faire alliance avec l’ennemi socialiste à condition, bien sûr, que cette alliance reste secrète », écrit Charpier. « Charles Pasqua a convaincu Jacques Chirac de franchir le pas, sans scrupule ni états d’âme, en appelant à voter Mitterrand. » Reste à trouver un intermédiaire de contact : ce sera Philippe Dechartre, un temps vu aux côtés de Jacques Foccart et du « sulfureux » note Slate Colonel Barberot. En 1981, il est secrétaire général du Mouvement socialiste pour la solidarité par la participation, une organisation satellite du RPR. En tant que « gaulliste de gauche », il veut appeler à voter Mitterrand. L’idée est d’envoyer une lettre à tous les adhérents du RPR… mais ça coûte cher (rappelons aux plus jeunes qu’Internet, Facebook et Twitter n’existaient pas à ce moment-là !). On s’accorde sur William Abitbol, un des conseillers de Charles Pasqua, membre du RPF, député européens et souverainiste (?) : or c’est une ancien militant d’Occident, d’extrême droite, pour la rédaction du texte. Pasqua fournit la liste, fournie par Dominique Vescovali, adjoint au maire du XIIIe arrondissement de Paris. Il y a 800 000 adresses à faire, et le coût de l’opération avoisine le million de francs. Giscard, qui avait ses propres espions, se doutait de la manœuvre dans son dos. Il téléphonera à une permanence RPR pour demander pour qu’il il fallait voter. Il se verra répondre « pour Mitterrand ».

giscard-2-350d3-285d3En 2006, la plaie n’était toujours pas refermée : Giscard se déclarant toujours « victime d’un complot », affirmant que Mitterrand lui avait dit ‘il n’aurait jamais été élu en 1981 « sans l’apport des voix de Chirac », ce que Pasqua avait nié, comme il savait si bien le faire…. en 2009, il rajoutera une couche en clamant que Bongo avait aussi financé la campagne de Chirac. Ce qui est aussi exact, ce que lui avait confirmé Bongo en personne ... « Il a expliqué qu’en 1981, « normalement on n’acceptait pas des versements de fonds provenant de pays étrangers qui soutenaient des candidats en France ». Il était président de la République quand il a appris « que Bongo soutenait financièrement Jacques Chirac ». Il explique alors avoir appelé le président gabonais et lui avoir demandé très directement si tel était le cas. Après « un temps mort », Omar Bongo lui répond finalement « Ah, vous le savez ». A partir de ce moment là Valéry Giscard d’Estaing a « rompu (ses) relations personnelles avec lui ». Un dossier sérieux, qui avait vu Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, mis en examen dans l’affaire Elf au Gabon : et qui avait finalement bénéficié d’un non lieu… comme à l’habitude, dira-t-on….

barre_avec_vge-000_arp1311552_retaillee-55f36-71012Une ambiance délétère donc régnait entre les deux partis. Elle existe toujours. Giscard, en quête d’un nouveau premier ministre à la place du fort peu charismatique commence à s’intéresser à Robert Boulin. Barre a remplacé Chirac, qui a claqué la porte en 1976 avec fracas. L’homme affiche 15 ans de carrière ministérielle, a été ministre sous DeGaulle et Pompidou, et sa réputation d’intégrité n’est plus à faire, il est alors ministre du Travail en 1979. Mais il y a un hic : Boulin est gaulliste, et les fidèles de De Gaulle ne peuvent supporter qu’un des leurs trahisse leur cause pour rejoindre Giscard, qu’ils détestent tous de façon viscérale.tournet-1e60d-df5ea Alors, pour empêcher cela, on va mettre en place une campagne de dénigrement, lancée d’une officine dont la méthode rappelle beaucoup celles du SAC. L’homme est réputé irréprochable ? « On » lui – découvre un petit bout de terrain à Ramatuelle, où il a fait bâtir une petite maison de vacances, acquis par l’intermédiaire d’un « ami », appelé Henri Tournet. On l’a un peu oublié depuis, mais Tournet était aussi l’ami et l’associé de Jacques Foccart (qu’il a connu quand il s’appelait encore Jacques Koch-Foccart), membre fondateur du Service d’action civique… avec Charles Pasqua. Après l’affaire, il s’était exilé à Santiago du Chili… certainement par peur de représailles. Pourquoi avait-il mis autant de distance avec… Ramatuelle. Qui avait pu lui faire aussi peur ???

boulin-0c355-8cad9Selon Boulin, l’achat provenait de l’héritage de sa mère. Mais la presse s’en est déjà emparé : Minute et Le Canard enchaîné avaient révèlé que l’opération était douteuse… en se fiant à des déclarations de celui qui se serait présenté comme l’ami du ministre, un dénommé « Patrick Blanck« , un « communicant » désireux d’aider le ministre qui en fait ne souhaitait en rien en faire la publicité ! Fait moins connu, un proche, Luc La Fay fut pendant sept ans le conseiller en communication de Robert Boulin, décrira l’envoi à son cabinet d’une « double page à paraître dans un journal mettant en cause son fils, Bertrand, dans une affaire de pédophilie. Tout était faux, mais il en a été très affecté ». En somme, on a cherché à le miner, pour le pousser au suicide. L’opération sent fort le coup fourré politique de la grande période de l’OAS et du SAC !!!

On songe aussitôt à un Chirac pas du tout décidé à laisser son rival lui prendre une partie de son électorat. « Dès le printemps de 1979, la désignation, à Caen, d’un jeune et fougueux juge d’instruction, Renaud Van Ruymbecke, pour s’occuper du dossier de Ramatuelle – soutenu par un parquet qui se charge de pousser les feux – convainc Boulin qu’on ne lui fera pas de cadeau. Que son image d’homme intègre est en cause. Au moment précis où il voit s’entrouvrir, devant lui, les portes de Matignon. Ne parle-t-on pas de lui pour succéder à Raymond Barre à la tête du gouvernement ? La consécration, pour le maire de Libourne, de vingt ans d’une vie politique sans histoire. Une opération qui, dans la perspective de la présidentielle de 1981, renforcerait la position de Valéry Giscard d’Estaing en lui ralliant l’aile tiède du RPR. Mais qui ôterait, du même coup, toute chance au chef du parti, Jacques Chirac. Boulin n’en serait certainement pas marri. Il tient en piètre estime l’ambitieux Corrézien. Il n’a guère apprécié de le voir jouer Giscard contre Chaban lors de la consultation de 1974. Ni la manière dont, quelques mois plus tard. Chirac a conquis le secrétariat général de l’UDR opération que Boulin a osé appeler un « coup de force scandaleusement antidémocratique » et qui l’a poussé à quitter, un temps, le parti » écrit l’Express en 1988.

corps-2-80c09-4254eLe 30 octobre 1979 on le retrouve noyé dans l’étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines… dans 50 cm d’eau. C’est à à peine 200 mètres de la D138, qui relie Saint-Léger-en-Yvelines à Montfort-L’Amaury. Un des policiers ayant retrouvé le corps avait été appelé le 30 octobre 1979 à 7 heures avec ses hommes pour un « renfort aux étangs », avec pour « mission de rechercher ‘une haute personnalité susceptible de mettre fin à ses jours’ ». Ils seront selon lui « dessaisis » de l’enquête « 30 minutes » après la découverte du corps ». Ce policier c’est Francis Deswarte, qui remet en cause en 2011 la thèse officielle du suicide : « Je suis catégorique. Robert Boulin n’est pas mort noyé. Ce n’est pas possible. Il était quasiment à quatre pattes. La tête hors de l’eau ». Voici les propos de Francis Deswarte à l’époque chef à la brigade motorisée de Poissy (Yvelines) et aujourd’hui retraité. Dans un entretien au quotidien gratuit 20 Minutes publié jeudi, Francis Deswarte précise qu’il a été le premier à apercevoir le corps à la surface de l’étang. « Ma conviction, c’est qu’il tentait de ramper jusqu’à la berge. Et puis, il avait des traces sur le visage. Comme des griffures rouges », ajoute-t-il. « Il était à genoux » et « regardait vers sa voiture », une Peugeot « 305 » garée tout près, insiste-t-il. Francis Deswarte, 70 ans aujourd’hui, assure aussi que « deux ou trois mois plus tard », lors de l’audition, « les gendarmes ont voulu (lui) faire changer (sa) version ». « Alors que je parlais des traces sur son visage, ils m’ont expliqué que les pompiers avaient fait tomber le corps en le sortant de l’étang. Mais ce n’est pas vrai. J’étais là. Les pompiers l’ont sorti sans aucune difficulté », ajoute-t-il. « J’ai entendu beaucoup de mensonges. Il est temps de dire la vérité », dit encore le gendarme pour expliquer sa décision de parler. « 

Un Boulin, manifestement mort avant la date avancée pour son suicide matinal : « en septembre 2005, Yann Gaillard, sénateur (UMP) de l’Aube, ancien directeur de cabinet de Robert Boulin, confirme aux policiers avoir appris le décès du ministre du travail, à l’hôtel Matignon, vers 2 heures du matin le 30 octobre 1979, de la bouche de Philippe Mestre, directeur de cabinet du premier ministre Raymond Barre. Cette affirmation contredit les informations inscrites au dossier, selon lesquelles le corps de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979 à 8 h 45 par une patrouille motocycliste, dans un étang en forêt de Rambouillet, face contre terre, noyé dans une cinquantaine de centimètres d’eau. Interrogé à son tour, M. Mestre dément ces allégations. Dans un ouvrage du journaliste Benoît Collombat – Un homme à abattre (Fayard) –, d’autres témoins, dont Raymond Barre, corroborent la version de M. Gaillard. L’ancien premier ministre (1976-1981) de Valéry Giscard d’Estaing se souvient avoir été alerté de la disparition de Robert Boulin vers 3 heures du matin. Même version chez Marie-Thérèse Guignier, membre du cabinet de M. Boulin. Elle aurait été réveillée, entre 1 h 30 et 2 heures, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, par le procureur général de Versailles Louis-Bruno Chalret, qui lui aurait annoncé que le corps de Robert Boulin venait d’être retrouvé ».

Le problème, le gros problème, c’est que le fameux Louis-Bruno Chalret est aussi… une barbouze du SAC !!! « L’amie intime de ce magistrat très spécial, Marie-Thérèse Guignier, une proche des milieux gaullistes, ancienne collaboratrice de Robert Boulin (Fonction publique, Santé), nous avait confirmé, lors de plusieurs entretiens que Chalret avait immédiatement prévenu les principaux services de l’Etat et l’Elysée grâce au REGIS (Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial), l’interministériel de l’époque, avant de se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Boulin a été retrouvé, avec une équipe d’hommes de confiance, que Chalret avait alors qualifié de « gendarmes ». Quelques jours plus tard, le Procureur général confie à son amie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. » « Chalret était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses » , nous explique Marie-Thérèse Guignier. »

Un drôle de procureur que ce Chalret, comme avait pu le constater France-Inter :  « c’est un document explosif jamais entièrement dévoilé jusqu’ici. Dix pages d’écoutes téléphoniques de la Préfecture de police de Paris faisant état de « liens étroits existant » entre l’avocat Pierre Lemarchand, député de l’Yonne dont le nom est cité dans l’affaire Ben Barka, le magistrat Louis-Bruno Chalret qu’on retrouve dans l’affaire Boulin, et « des membres de la pègre ». Ce document daté du 22 novembre 1966 se conclut ainsi : « La nature des relations entre le député et la pègre est abondamment démontrée : il s’agit d’un trafic d’influence d’autant plus sordide et plus scandaleux qu’il touche le haut banditisme, le plus difficile à maîtriser. » C’est le Journal du dimanche, le 29 novembre 1981, qui évoque pour la première fois l’existence de ces écoutes, mais de façon partielle, en citant quelques extraits mettant en cause Pierre Lemarchand. Outre Pierre Lemarchand, ces écoutes mettent en évidence le rôle central joué par le Procureur général, Louis-Bruno Chalret, alors détaché auprès du ministère de l’Intérieur dirigé par Roger Frey. » A ce stade, difficile de parler de coïncidence !!!

sanguiUn cas plutôt étonnant, donc dénoncé par Lucien Aimé-Blanc en personne : Lucien Aimé-Blanc revient sur le parcours de Chalret dans les années 1960 auprès du ministre de l’Intérieur, Roger Frey, chargé de la lutte anti-OAS, aux côtés notamment d’Alexandre Sanguinetti (voir plus haut), en liaison avec le SAC et des truands « chargés d’infiltrer l’OAS ». « Chalret était un personnage central chargé d’organiser les libérations conditionnelles de voyous, explique Lucien Aimé-Blanc. Le contrat était simple : on vous fait sortir de prison, mais vous travaillez pour nous ! » « Chaque fois qu’on arrêtait des truands [liés au gang des Lyonnais] à la BRI, trois-quatre mois après, ils étaient relâchés, après intervention de Chalret », ajoute Lucien Aimé, qui rappelle les 10 pages d’écoute le démontrant… on peut croire au hasard, certes, mais l’apparition d’un tel personnage au milieu de l’affaire fait davantage pencher vers l’assassnat de type barbouzard qu’autre chose…. « Pour Lucien Aimé-Blanc, Chalret était « l’homme idoine » pour « écraser » l’affaire Boulin et « donner une orientation différente à l’enquête de ce qu’elle aurait dû avoir. » Alexandre Sanguinetti, un des fondateurs du SAC, déclarera avant sa mort devant Jean Charbonnel connaître « le nom des deux assassins de Robert Boulin » ; celui du commanditaire et celui de l’exécutant. « Jean Charbonnel convient que la chose lui était apparue tellement énorme qu’il l’avait prise pour de l’outrance. « Le nom du commanditaire, si c’est bien lui, est très connu. Celui de l’exécutant ne me disait rien en 1979. Depuis, je me suis renseigné. L’un comme l’autre sont encore en vie. Si la justice veut les interroger, il faut néanmoins qu’elle se presse (ça date de juillet 2015). » Cela signifiait nécessairement que l’un des deux sentait sa fin prochaine. Selon Sanguinetti, ce n’était que la suite des autres meurtres expliqués dans l’épisode précédent : « selon lui, si la confidence de Sanguinetti s’avérait exacte, cela provoquerait aujourd’hui encore un séisme politique. « Si personne n’a rien voulu voir et entendre, c’est que les répercussions auraient été trop fortes, sans doute. » Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? « Nous vivions une période de transition. C’était la fin du gaullisme gaullien (…) Les réseaux issus de la guerre, de l’OAS, ceux du SAC étaient encore actifs, sans véritable chef à la tête. Les barons du gaullisme, dont certains avaient lâché Chaban en 1974, avaient créé du vide. Les meurtres de Brooglie, Boulin et Fontanet ont eu ce vide pour toile de fond. » 

buck-77fb4-f4316-1Or le jour de son décès, Boulin qui avait dit à sa femme qu’il allait régler ses problèmes et dit à Ivan Levaï à un cocktail que « demain mes détracteurs seront confondus » avait rencontré le dénommé Heman Stromberg (ici à gauche), qui était membre… du SAC. Une autre barbouze. Une de plus. L’homme sera entendu par la police. Boulin lui aurait remis des documents, ainsi qu’au député RPR Charles Bignon. Selon les deux, Boulin aurait discuté l’après-midi même à Montort-Lamory avec Alain Peyrefitte (le Garde des Sceaux) et Christian Bonnet (le ministre de l’Intérieur), le rendez-vous avec Herman Stromberg étant pour extrader Tournet en Amérique du Sud. Un autre véhicule inattendu était présent avec à bord Erst Sigrist, associé suisse de Tourrnet, accompagné de gorilles et du dénommé Kopp, un membre connu de la French Connection : c’est un ancien nazi devenu le chimiste du trafic d’opium !!! Stromberg et Bignon auraient retrouvé Boulin « inanimé » (déjà mort) au bord d’un chemin, une fois les gorilles repartis . Des policiers leur disant alors de partir…(tout est visible ici). Tournet niera tout. Selon le reportage, Boulin s’apprêtait à dénoncer les agissements de Paul Nemegyei, faux-médecin roumain devenu propriétaire de plusieurs cliniques escroquant la Sécurité Sociale. Lui aussi décédera au bob moment : « le décès de Paul Nemegyei a été annoncé très opportunément, alors que la justice se rapprochait dangereusement de lui. Personnage trouble de la Ve République, il avait ses introductions dans plusieurs cénacles du Tout-Paris. Son nom apparaît notamment dans l’affaire des terrains de Ramatuelle, qui avait permis de piéger le ministre gaulliste Robert Boulin afin de le discréditer et donc, de l’éliminer de la vie politique. S’il n’avait pas bénéficié de protections haut placées, Paul Nemegyei aurait-il pu obtenir des pouvoirs publics qu’ils effacent l’ardoise des ses escroqueries ? Toujours est-il qu’en 1986 le préfet de Seine-Saint-Denis impose le rachat de l’ex-clinique Victor-Hugo par les Hôpitaux de Saint-Denis, au prix exorbitant de 12,5 millions de francs. Soit 2,3 millions au-dessus du prix fixé par les Domaines ! Au total, 33 millions de francs d’argent public seront engloutis dans le rachat et la mise en conformité d’un établissement qui, bien que basé à Pierrefitte, a été artificiellement rattaché au centre hospitalier d’une autre commune. Une opération dont se seraient bien passés les Hôpitaux de Saint-Denis. Cet achat forcé semble être l’une des causes de leurs difficultés financières actuelles. Une affaire qui nous réservera, sans aucun doute, bien des surprises... »

797-2-2708b-81c1c-1Or le même Bignon (ici à droite) sera retrouvé mort quelque temps plus tard. Dans de biens étranges conditions : le 29 mars 1980 à 1h45 du matin sur l’autoroute A 10, près de Rambouillet, sa voiture étant broyée par un camion !!! L’un des procédés favoris du SAC… L’oublié de l’histoire de la vie politique tumultueuse de Jacques Chirac. Bignon, jusque là obscur membre du parti gaulliste était aussi le président de la commission des conflits du RPR et pour cela avait vu passer un bon nombre de dossiers embarrassants à une époque où son leader s’appelait Jacques Chirac. Ceux, notamment, où apparaissaient un peu trop souvent le nom de Charles Pasqua, l’homme damné du gaullisme, celui du SAC et l’exécuteur des basses œuvres d’un De Gaulle qui n’était pas l’oie blanche que l’on avait décrite, loin de là. Le premier a annoncé la mort de Boulin à sa femme sera Guy Aubert, ami de Robert Boulin, qui lui dira le soir même vers 18h30, en parlant « d’enlèvement ». Il dira plus tard 20H30. Selon lui, c’est une secrétaire du ministre, Armelle Montard, qui lui aurait dit. Ce qu’elle nie.

L’enquête a un peu vite conclu au suicide, donc. Car trop d’erreurs l’entachent. Le cadavre a des lividités sous le corps, preuve qu’il n’est pas mort à genoux mais bien sur le dos, il a le nez fracturé, ce que l’autopsie n’a même pas vu, (il faudra la seconde de novembre 1983 pour ça) les bocaux contenant ses poumons ont été volés, des viscères enfouies dans un carré du cimetière de Thiais. Deux heures après la découverte du corps, le parquet parle de suicide alors qu’aucune autopsie n’a encore démarré, le Dr Xavier de Crépy, du Perray-en-Yvelines a rédigé l’acte de décès sans même avoir examiné le corps, et parmi les 14 courriers reçus par ses amis annonçant son intention de se donner la mort, aucune lettre n’est originale, ce sont toutes des photocopies (ce qui est rarissime, chez un suicidé, car on ne voit pas l’intérêt pour lui de garder les originaux !!). Sur les textes, qui s’en prennent aux envoyeurs, les caractères parlant du suicide ne sont pas les mêmes que le reste de la page. On ne retrouvera pas le document original. Et la machine à écrire du bureau de Boulin n’a même pas été examinée !!! Cela fait un peu beaucoup pour un « suicide »…

Sans oublier le mystérieux « MrPaul », un des hommes de main du Service d’action civique (SAC) appelé par Debizet pour aller récupérer des documents chez un ami de Robert Boulin… en 1983, venu le raconter en 2011 seulement, et incognito. Une récupération déguisée en vol commis par un gang : « Pierre Debizet est resté trois jours à Bordeaux. Le premier soir, il est venu me voir. Il m’a dit : « Il y a des documents très importants à récupérer dans le Libournais, Est-ce que tu veux t’en occuper ? » Je ne savais pas de quoi il s’agissait, j’ai dit oui. Il m’a alors demandé de me mettre en relation avec Regis D. C’était un cadre du SAC bordelais. Je le connaissais. Ancien des services secrets, il a viré truand à la fin de sa vie et est mort d’un cancer il y a trois ans. Le troisième jour, avant le départ de Pierre Debizet, nous avons dîné tous les trois. C’est là qu’ils m’ont dit que les documents concernaient Robert Boulin. Régis D. était très bien renseigné : il connaissait l’adresse et le lieu exact où ils étaient cachés, à l’intérieur d’une résidence secondaire d’un notable dans le Libournais. Régis D. a établi le mode opératoire. Je devais infiltrer un groupe de truands sans envergure qui avaient l’habitude de faire des casses dans des baraques de la région. « Je les ai suivis sur quelques coups, puis j’ai glissé l’adresse que m’avait donnée Régis D. Au cas où nous nous ferions arrêter par la police, on m’avait donné un numéro de téléphone à appeler. Pendant que les truands mettaient la maison sens dessus-dessous, j’ai visité la pièce qu’on m’avait indiquée. En quelques secondes, j’ai récupéré le dossier. Il était épais d’une dizaine de centimètres. Je ne l’ai pas ouvert. Ce n’est qu’après que j’ai compris l’importance de ces documents. Le soir même, j’ai tout remis à Régis D. avec qui j’avais rendez-vous dans un bar bordelais où le SAC avait ses habitudes. Il les a regardés et il a pris un avion. Je pense qu’il a tout remis à Debizet »... Que contenait ce dossier ? On n’en sait rien mais l »idée de monter un tel stratagème pour le récupérer indique qu’il devait avoir une certaine importance !!!

images-4-16-ace61-7313d-1Et surtout, on a oublié depuis que Boulin et Pasqua avaient eu des mots entre eux peu de temps avant la mort du premier, obligeant Chirac à trancher… en faveur du même : « Embarqué, l’année suivante, dans le RPR naissant, par raison autant que par attachement au gaullisme, il supporte de plus en plus mal le poids des amis de Chirac dans l’appareil. Et aussi, certaines meneurs du Rassemblement. Par exemple, les tripatouillages des scrutins internes. Il rend Charles Pasqua, l’animateur des fédérations, responsable de cette cuisine malsaine, qui tend à écarter des responsabilités les opposants au maire de Paris. Le 20 juin 1979, à l’hôtel Lutétia, le dépouillement des élections au conseil politique fait déborder le vase du mécontentement. La voix de Robert Boulin résonne haut et fort dans le concert des protestations. Six jours après, le président du RPR annule les élections et limoge Pasqua, qui ne rentrera en grâce qu’un an et demi plus tard. Boulin, lui, vient de se faire un ennemi de plus ». Le Canard Enchaîné du 8 juillet dernier raconte à ce propos une anecdote assez phénoménale… « A entendre l’ami Pasqua, les élections internes au mouvement gaulliste ont toujours été un modèle de démocratie, à l’époque où il mettait la main à la pâte. En témoigne cette scène touchante révélée par le Palmipède en juin 1979, après une réunion des instances dirigeantes du RPR à l’hôtel Lutetia. Un dirigeant du parti, André Fanton, surprend, dans les cuisines (cela ne s’invente pas…), un proche de Pasqua en train de tripatouiller les procès-verbaux pour assurer l’élection de Charly comme secrétaire général du RPR. Alerté, Chirac temporise. Il faudra que Fanton menace : « Tu le vires et tu annules les élections ou j’alerte la presse » pour que Pasqua accepte de quitter son nouveau poste. Et l’ancien Premier ministre Michel Debré de commenter : « Pasqua ? Jamais sur le pont, toujours dans les soutes… » Et quelles soutes !  » Charly, via son homme de main surpris de tripatouiller sa propre élection dans une cuisine, alors qu’il venait de la perdre à cause des probes du RPR qui en avaient eu assez de ces tripatouillages précédents, et qui se retrouve éjecté, avouez que ça vous donne sinon un mobile, du moins disons un fort ressentiment…

41Gy0jzgUeL._SX316_BO1,204,203,200_On a oublié aussi une autre chose, montrée par François Audigier dans son Histoire du SAC : selon lui, bien qu’étant resté fort discret sur le sujet, Robert Boulin était lui aussi membre du SAC !!! A Libournes, en effet, c’était le suppléant du député, Bertrand de Garnier des Garets qui s’occupait de l’organisation. « Cette collaboration entre le SAC et Robert Boulin existait également à l’échelle nationale puisque le ministre assistait volontiers aux grands rassemblements du service d’ordre. Le 28 octobre 1972, il avait participé avec Jacques Foccart et Jacques Godfrain à une réunion nationale du SAC tenue dans les salons du Lutétia et consacrée à la préparation des législatives de 1973. Lorsque, dans son Journal, Jacques Foccart citait parmi le personnel parlementaire et gouvernemental ceux qui étaient proches de la rue de Solférino, il ne manquait jamais d’évoquer sa personne » écrit Audigier, qui sort cette fort étonnante anecdote : « Lors des obsèques du ministre le 2 novembre 1979, une large délégation du service d’ordre assista à ses obsèques. Devant la commission, le journaliste James Sarazin (qui avait été menacé physiquement par des gens du SAC) rapporta une anecdote. Parmi les gerbes envoyées par les proches, les associations et la présidence de la République, on pouvait en apercevoir une relevant du SAC. Comme cette dernière gênait par ses dimensions les photographes présents, ceux-ci demandèrent à l’entourage de la pousser un peu pour qu’ils puissent faire leur travail. Cette initiative dut déplaire aux amis de Jacques Foccart puisque, quelques minutes plus tard, arriva un quarteron d’individus costauds aux cheveux courts, porteurs d’une gerbe qui étajt l’exacte réplique de la précédente. Sur la couronne on pouvait lire l’inscription : « À notre regretté ami, Robert Boulin, le SAC de Gironde »… »

dormeur-val-fabienne-boulin-burgeat-L-5PYNclLe 19 mai dernier encore, Fabienne Boulin-Burgeat, 63 ans, la fille de Robert Boulin (ici à gauche) espérait encore savoir un jour la vérité. Un homme, l’un des créateurs du SAC, vient de l’embarquer avec dans sa tombe, sans jamais rien révéler. Ironie du sort, elle habite toujours dans la maison incriminée par la campagne de dénigrement de son père. Il lui faut agir : l’affaire sera prescrite en janvier 2016. Elle a raconté cette anecdote saisissante : « peu de temps après la mort de mon père, le Président du Conseil Constitutionnel et maire de Neuilly est venu proposer à ma mère beaucoup d’argent contre son silence, en ajoutant que mon frère serait le suivant sur la liste si elle refusait cette offre. Ce qu’elle fit cependant, en lui lançant tout de go : « je sais tout ». Sur quoi il lui rétorqua : « alors faites sauter la République ! » Monsieur Achille Peretti, également co-fondateur du SAC, vous aura ainsi répondu… » Un homme avait assisté à la proposition : Alain Morlot, le « kiné » de Robert Boulin, resté caché durant l’entretien, qui annonce que Perreti, se jour-là, avait parlé d’offrir un ou deux milliards de francs… pour obtenir le silence de la veuve de Robert Boulin.

Il était temps, in extremis même (le délai de prescription était tout proche) qu’on ouvre à nouveau l’enquête. C’est chose faite depuis le 10 septembre dernier. Mais sans Charly, qui en aurait eu beaucoup à raconter, pourtant, sur cette sordide affaire.

 

sources :

http://www.atlantico.fr/decryptage/affaire-boulin-suicide-ou-assassinat-ombre-jacques-chirac-dans-deux-cas-benoit-collombat-622297.html

http://www.atlantico.fr/decryptage/affaire-boulin-suicide-ou-assassinat-ombre-jacques-chirac-dans-deux-cas-benoit-collombat-622297.html/page/0/1

Selon Collombat dans l’article ; « En 1979, l’autopsie est sabotée sur ordre du procureur : interdiction d’examiner le crâne, en invoquant une volonté familiale qui n’a jamais existé. Tous les prélèvements du sang de Robert Boulin et les organes du ministre sont ensuite détruits dans des conditions troubles. Rien n’a été fait pour prouver scientifiquement la soi-disant noyade de Robert Boulin, dont le visage ressemblait plus à un boxeur qu’à un noyé. Et ça continue aujourd’hui puisqu’en 2010 on a appris que des scellés judiciaires ont mystérieusement disparu, avant de réapparaître un mois plus tard, après la non-réouverture du dossier. » Or ce procureur, justement, c’est Louis-Bruno Chalret !

http://rue89.nouvelobs.com/2010/12/15/pasqua-jai-pris-beaucoup-de-risques-pour-chirac-180918

ou l’étrange aveu de Charly sur Chirac : « j’ai pris beaucoup de risques pour Chirac »…

http://destins.notrejournal.info/L-HISTOIRE-des-BARBOUZES

https://www.youtube.com/watch?v=DRwXowXleiU

http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/11/l-affaire-robert-boulin-en-6-unes-de-liberation_1380637

Trois livres de référence :

François Audigier « Histoire du SAC, la part d’ombre du gaullisme ».

Fabienne Boulin-Burgeat. « Le dormeur du Val »

Benoît Collombat « Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin »

gulfstreamLe livre contient une autre révélation : « Au cours de ses recherches, Collombat a découvert que le corps de Boulin avait été retrouvé juste à côté de la résidence de René Journiac, le «monsieur Afrique» de Giscard, considéré comme le fils spirituel de Jacques Foccart, fondateur du SAC et parrain de la Françafrique. Mort des années plus tard dans un étrange accident d’avion, Journiac a disparu avec ses secrets. Une zone d’ombre, parmi beaucoup d’autres, sur laquelle va désormais pouvoir se pencher la justice » écrit Libé, et Télérama ajoute : « L’avion utilisé par Journiac avait été prêté par Omar Bongo…«  L’avion était un Grumman-Gulfstream immatriculé TR-KHD.

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

source: http://www.centpapiers.com/les-cadavres-dans-le-placard-de-charly-14-pour-boulin-laffaire-est-dans-le-sac/

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dnredQuand le DI de la DNRED, Joseph Le Luarn, mentait effrontément… Mais ça, c’était hier!

De notre envoyé spécial à Toulouse

Elles avaient infiltré sans contrôle un trafic de cocaïne, leurs victimes ont été libérées. Une grosse tonne de cocaïne vient de retomber sur le bout des pieds de Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, alors ministres de l’Intérieur et du Budget dont dépendent les douanes; ces Balladuriens avaient pu se proclamer champions de la lutte antidrogue après la saisie près de Toulouse, en janvier 1994, de deux stocks de 171 et 881 kilos de pure cocaïne colombienne.
Le tribunal correctionnel qui jugeait cette semaine les trois Italiens interceptés avec la marchandise vient de souffler sur ce qui n’apparaît plus désormais que comme un montage grand’guignolesque à visée auto publicitaire. Les trois inculpés en question sont ressortis hier libres et acquittés du palais de justice de Toulouse.
L’histoire a commencé vers Caracas avec des James Bond des Douanes françaises infiltrant un réseau international de cocaïne. Elle s’est terminée prés de Toulouse par l’arrestation des malfrats et l’opportune disparition dans le feu de l’action des fonctionnaires infiltrés. Le 21 janvier 94, alors que LIBERATION racontait cet épisode, le patron national de ces services, Joseph Le Luarn, affirmait que cette version des faits n’était qu’une  » affabulation rocambolesque  » et que les très valeureux services policiers et douaniers de l’Etat ne devaient cette « prise historique » qu’à leur travail persévérant et à un « coup de fil anonyme ».
Savoir si le réseau était effectivement infiltré ou non est d’importance pour la justice. L’article 67 bis du code des Douanes autorise bien le travail de taupes mais cette sorte d’opération ne vaut devant les tribunaux qu’à la condition expresse que toutes les autorisations, y compris celle de la chancellerie, figurent dans la procédure pénale. Ce qui, en l’occurrence, n’était pas le cas.
Le président Ducassé était déjà fatigué de voir son procès patauger dans les contradictions. Il a fini par prendre la mouche en entendant les douaniers cités par les avocats avouer au tribunal que « oui », finalement  » qu’il s’agissait bien d’un coup monté depuis le début ». Du coup, il a fait citer le procureur de la République Francis Fréchet, qui a confirmé à la barre avoir lui-même donné le feu vert avec l’accord de son ministère. Il précisait encore qu’il avait choisi de ne pas produire les documents adéquats lors de l’instruction dans le seul but de préserver la vie de ces fonctionnaires de la lutte antidrogue. Silence dans le prétoire…Le président Ducassé lui a alors incidemment fait remarquer qu’existe pourtant la « cancellation », l’entourloupe légale qui consiste par prudence à masquer le nom de ce genre d’agents très spéciaux. Le propos a paru se perdre dans les oreilles du procureur.
« C’est le retour des lettres de cachet! ». Les avocats des trois contrebandiers arguant de la « vérité nécessaire des actes de justice », sont tout de suite montés sur leurs grands chevaux ; rien ne permettait selon eux, de juger du degré de responsabilité de leurs clients qui pourraient certes ressembler à des caïds de la cocaïne mais aussi n’être que trois lampistes manipulés dans un trafic organisé de bout en bout depuis la France. Le substitut du procureur avait réclamé dix ans de prison pour chacun des Italiens. Le tribunal a préféré faire comme si cette histoire n’avait jamais existé.

Le parquet a décidé de faire appel.

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Oh, dans cette histoire, rien n’est sûr en ce qui concerne le rôle ou non de Charly. Mais il n’empêche ; la disparition d’un jeune couple assassiné à la place d’un des leaders de l’OAS montre surtout le climat politique d’une violence extrême en France en 1964. L’OAS y est toujours pourchassée, et des officines douteuses se retrouvent derrière des assassinats, dont bien entendu le SAC de Charles Pasqua.

Les exactions du SAC ont été nombreuses : le 10 Mars 1962, Une camionnette piégée explose à Issy-les-Moulinaux, il y a trois morts, et de nombreux blessés. Bien entendu, c’est l’OAS, selon le gouvernement. Or le 31 on arrête bien trois individus… qui sont vite relâchés et qui disparaissent aussi des registres du commissariat : des barbouzes en fait. Une auto piégée explose dans la cour du ministère des affaires étrangères, faisant un mort et 33 blessés. Or on sait aujourd’hui que ce n’est pas non plus l’O.A.S, car le responsable Melnik raconte en détail l’attentat dans son livre « 1000 jours à Matignon » : pour beaucoup les deux camionnettes ont suivi la même mise en scène. Outre les explosions, il y a les meurtres, ou les tortures. « Coups, étranglements, électricité, ongles arrachés, yeux crevés, brûlures, sont le lot d’horreurs quotidien qu’ont eu à subir les malheureux prisonniers » peut-on lire ici. « Les tortionnaires utilisèrent la « chaise électrique ». Il s’agit d’un fauteuil où le dossier et le siège sont remplacés par deux ressors à boudin et un treillis métallique. On déshabille le patient et on l’attache, bien calé sur le dossier. On branche ensuite le courant entre le siège et le dossier et à régler la tension : 110 volts, puis 220, si le sujet résiste, 500. Les ressorts du siège et du dossier rougissent et le malheureux rôtit lentement. Des fouilles entreprises dans les jardins des villas en 1968 ont permis de mettre à jour une trentaine de squelettes dont certains avaient le crâne percé ».

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Debizet (ici à gauche) après 1968 va devoir un peu nettoyer ses écuries d’Augias, en allant même jusqu’au meurtre de ses membres les plus gênants : « Il va pourtant se trouver confronté à une mission délicate : celle d’assainir le Sac de ses éléments douteux, de tous ceux qui ont gonflé les rangs de l’association au moment de l’Algérie ou de Mai 68. Pour cela, il remplace la fameuse carte tricolore par une simple carte de plastique, style carte de crédit, et réclame aux nouveaux adhérents un extrait de casier judiciaire. Précautions sans doute insuffisantes puisque, au cours des dix dernières années, on recensera plus de 200 membres du Sac cités dans des rapports de police concernant des trafics d’armes, de drogue, d’alcool, de faux papiers. Dans plus d’un grand scandale, du meurtre d’un caïd lyonnais à celui d’un gréviste à Rennes, d’une officine de trafic d’influence aux raids anti-autonomistes en Corse, on retrouve de nouveau la marque du Sac. A chaque fois que son organisation se trouve ainsi impliquée, Debizet proteste et réclame une mise au point. »

Les éliminations physiques font donc partie du programme du SAC, qui évolue entre le SDECE, la police, la gendarmerie et l’armée. « Selon Constantin Melnik, qui on le rappelle fut le conseiller spécial de Michel Debré sur ces polices parallèles et autres barbouzes, il y aurait eu environ 500 assassinats politiques entre 1958 et 1962 à mettre à l’actif du SDECE, sous la responsabilité du général Paul Grossin (fondateur de la « main rouge ») : 135 en 1960 et 103 en 1961, dont une douzaine d’hommes politiques. L’Ecole de formation des cadres du SAC se situait à Saint-Germain en Laye, elle était dirigée dans un premier temps par le colonel de Rancourt puis, ensuite, par le Colonel Rémy et l’instructeur chef était le capitaine Sambo. Les finances de l’organisation sont contrôlées par André Rives, futur député UDR et Jacques Baumel, secrétaire général de l’UNR. Le commissaire Jean Dides est chargé de noyauter la police nationale et Roger Wybot, directeur de la DST, les services spéciaux ». 500 morts à l’actif de l’Etat, via les services secrets et ses « men in black » de l »époque : les gens du SAC de Pasqua, avec en priorité les assassinats de membres de l’OAS.

Le SAC et le SDECE ne tuent pas qu’en France, mais aussi parfois en… Suisse. Le 3 novembre 1960 à Genève, un leader camerounais de de l’UPC (Union des populations du Cameroun) Félix-Roland Moumié, qui déplaît fort à Paris (et à Foccart surtout) est invité à déjeuner dans la vieille ville par William Bechtel, dit le « Grand Bill », un baroudeur au CV bien chargé. Un Franco-Suisse qui a servi en Indochine au sein du commando « Conus », de la DGER (l’ancêtre du Sdece). Devenu membre de la sécurité chez Simca, il a l’habitude de s’opposer à la CGT, tout en servant le SDECE. Un faux coup de fil fait quitter la table à Félix-Roland Moumié. Aussitôt, Bechtel verse dans son… pastis (Ricard) une dose de thalium, un des composants de la mort aux rats, censé le rendre malade. Moumié, qui parle beaucoup, passe tout de suite au repas, où Bechtel arrive à glisser un peu de thalium dans son vin. Mais il finit le repas… avec le pastis, prenant double dose de thalllium. Il devait simplement tomber malade, le voici qui va mourir dans d’atroces souffrances. Bechtel est déjà en fuite : il ne sera retrouvé qu’en 1974… extradé en Suisse en 1976 pour y être jugé et… obtenir un non lieu !!!

Revenons pour cela en 1964, donc. Début juillet, un homme, Jean Méningaud, un avocat et membre fort actif de l’Organisation Armée Secrète (OAS) (il en est le trésorier !) parti se refugier à Genève, avait semble-t-il prévu de descendre à Fréjus, pour une réunion importante avec ses contacts français. L’homme, sûr de lui, n’est pas particulièrement discret dans ses déplacements : il traverse alors la France à bord d’une Volvo sport 122S… noire et blanche, reconnaissable de fort loin avec son toit blanc, et immatriculée bien entendu en Suisse (ici à droite un modèle de rallye). Son arrivée est prévue à Fréjus au petit matin, la voiture roulant de nuit. Cela, les services secrets français le savent. Et une équipe de « nettoyeurs » est donc appelée, pour se débarrasser le plus discrétement possible de celui qui manigance tant contre De Gaulle. Les « nettoyeurs » du SAC, bien entendu, qui ont échafaudé un scénario impararable. C’est un camion tous terrains de l’armée (un Unimog, acheté à la Suisse) qui se chargera de l’opération (au Liban il servira de plateforme au mitrailleuses ZPU-4) : l’Unimog est un 4×4 court doté d’une forte accélération, pour grimper plus vite : c’est l’outil idéal pour renverser une voiture, ou l’expédier dans le décor. Une 203 servant de « pointeur » pour indiquer l’arrivée de la fameuse voiture. Une 203 de la police, ou des gendarmes : sur sa plaque d’immatriculation figure un petit drapeau tricolore. Une vieille Traction sera là pour ralentir la Volvo et la faire accélérer au bon moment pour doubler… et tomber pile sur le camion qui débouche de la voie…

Tout va se passer comme prévu à 7 heures du matin sur la route de Puget à Fréjus ; au lieu-dit « les Esclapes », à Puget-sur-Argens. Une Volvo se présente à un léger virage sur la droite, avant le pont enjambant le Beal. La 203 donne le signal, une fois la Traction dépassée : l’Unimog dissimulé dans un chemin creux accélère soudain devant la Volvo, la heurte (très certainement, mais on n’a pas su si c’était le cas ou non) et l’expédie violemment contre un arbre, où elle s’enroule littéralement. Un choc d’une incroyable violence. L’assassinat parfait, sans témoins…. ou presque : tout aurait pu rester dans l’ombre, mais il y en a un, de témoin : un harki, Mohammed Moualkia, roulant en vélo, s’apprêtant à ce rendre à son travail à la cimenterie voisine et qui déclare l’année suivante, en 1965 seulement, que le camion l’a fait selon lui exprès : or les gendarmes n’ont même pas retenu son témoignage. En fait, il y a un gros hic à l’opération réussie d’élimination dans le plus pur style du SAC : ce n’est pas le responsable de l’OAS qui a été tué… mais deux jeunes personnes : Jean-Claude Saint-Aubin, 22 ans, et sa passagère, Dominique Kaydasch, 18 ans !!! Ils roulaient depuis toute la nuit, descendus de Suisse dans leur voiture, une Volvo noire à toit blanc portant des plaques d’immatriculations…. suisses. Ils cherchaient à rejoindre la propriété du Pin de la Lègue, où les attendaient les parents du jeune homme, Jean et Andrée, et les deux autres fils Saint-Aubin, François et Philippe. L’opération barbouzarde s’est tout simplement trompée de cible !

L’ambulance arrivée très sur place (il semble qu’elle soit militaire, voir ici à droite) emmène en effet deux corps et non pas un seul. En haut lieu, on s’affole, tant le ratage est de taille. La décision d »éliminer toutes les traces touche autant l’armée que la police et la gendarmerie à qui on demande une omerta totale. Les parents, aussitôt alertés, vont alors faire connaissance progressivement avec d’évidentes tentatives de maquillage des faits, et au fil des années de leur long calvaire pour tenter de connaître la vérité sur l’accident. L’année suivante, par exemple, les gendarmes ont surchargé le registre où le harki Moualkia à indiqué 7 heures, transformé en un maladroit « 5 » heures surchargé au stylo. Au camp militaire d’où provient le camion  (ici à gauche une reconstitution), le registre des sorties du jour, déclaré un temps disparu a finalement bien été retrouvé par un militaire, mais la page a été arrachée. Dans le compte-rendu des gendarmes, c’est la présence d’un dos d’âne « près de l’arbre » qui aurait provoqué l’envol de la Volvo : en fait il est situé à 80 mètres de l’arbre (certains diront 200 m), ce qui aurait permis largement de freiner. Ils demeurent dubitatifs pendant des années. L’épave de la voiture, retirée promptement par les gendarmes, leur est déclarée avoir été « détruite » en 1965. Or, en 1971, 6 ans plus tard, ils reçoivent la facture d’un garagiste qui leur réclame son gardiennage. Elle stipule 4 500 francs suisses ; car l’envoyeur est un garagiste genevois : comment donc ce bout de ferraille est-il arrivé là-bas, et qui a bien pu l’y amener ?

Les deux parents Saint-Aubin (à droite leur fils) ne croiront jamais à la thèse de l’accident, tant on leur a menti : de 1964 à 1990 on leur rendra 26 décisions de jugement infirmant leur thèse de l’attentat raté qu’ils ont fini par attribuer au SAC, vu que les militaires ont œuvré pour un objectif qui ne l’était pas. Au comble de leur douleur, en 1981, ils apprennent qu’en 1981, au moment où la gauche prend le pouvoir, que l’intégralité du dossier judiciaire de la mort de leur fils a disparu en 1978 des archives du Tribunal. La gauche voyait semble-t-il d’un bon œil l’ouverture d’une enquête (Mitterrand avait écrit une petite phrase dans « La Paille et le Grain », sur la douleur des deux parents) : en détruisant les documents, on lui rendait la tâche impossible. Il ne reste plus aucune pièce de l’enquête !!! Et ce n’est pas fini : en 1984, comme dans un véritable scénario de film, le témoin clé, Mohammed Moualkia, meurt dans d’étranges circonstances : il est en effet retrouvé asphyxié dans sa chambre, la police évoquant une cigarette qui aurait mis le feu à son lit. Le hic, c’est que Moualkia, n’avait jamais fumé de sa vie. Etrange coïncidence, il s’apprêtait à donner une interview à des journalistes de TF1 à propos de l’affaire… !!! En 1990, l’Etat octroie royalement aux époux Saint-Aubin la somme de 500 000 francs (76 200 euros) en dédommagement du préjudice de la disparition du dossier. Mais Robert Badinter n’ira pas plus loin : son enquête interne à à peine reconnu qu’un camion militaire « aurait pu » jouer un rôle. Mais de1986 à 1988 puis de 1993 à 1995, « Charly » est devenu ministre de l’intérieur, et ce n’est plus la peine d’espérer savoir un jour la vérité, puisque ce serait son groupe de sbires du SAC qui aurait fait le coup. Un Pasqua devenu omniprésent. En 1969, il avait été écarté du SAC, certains ayant trouvé qu’il désirait en administrer de trop près tous les rouages. En 1964, cinq ans avant, il était déjà un des plus haut placés de l’organisation : celui qui décidait des basses œuvres anti-OAS. Et de la vie et de la mort des opposants à De Gaulle. Selon Patrick Pesnot en effet, les services secrets du SDECE n’y sont pour rien, et le premier organisme auquel on doit songer comme responsable est la Sécurité Militaire, qui se faisait aider régulièrement par des gens du SAC. « Le SDECE n’a donc rien à voir dans l’affaire Saint-Aubin ! Toutefois, d’autres services de renseignement, tels la DST ou les Renseignements généraux, ont combattu l’organisation terroriste. Mais lorsqu’il s’agissait de représailles et d’actions violentes, c’était la SM, la Sécurité militaire, qui agissait. Avec l’aide d’auxiliaires plus ou moins recommandables, gangsters ou militants du SAC. » La méthode utilisée faisant surtout penser à celles du SAC…

Fréjus, il faut le noter, est à moins de 150 km de Marseille. A ceux qui avaient été tentés de signaler à Charly qu’un bon nombre de ses actions étaient anti-démocratiques, il avait répondu sobrement : « la démocratie s’arrête là où commence l’intérêt de l’Etat ». Deux jeunes gens n’avaient pas eu le temps de goûter l’aphorisme, en 1964…

 

sources :

Le mystère Saint-Aubin Denis Langlois (épuisé)

http://destins.notrejournal.info/L-HISTOIRE-des-BARBOUZES

http://denis-langlois.fr/Le-mystere-Saint-Aubin-L-affaire

http://www.lemonde.fr/ete-2007/article/2006/07/11/l-affaire-saint-aubin-le-mystere-du-camion-fantome_794328_781732.html

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-25/les-langues-se-delient/920/0/85587

source: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169493

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Charles Pasqua, Photo d'illustration.L’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua est mort à l’âge de 88 ans

Le narcotrafic, la French connection, Les otages français, les généreuses enveloppes de Elf, les allers-retours de certaines éminences de la classe politique en Afrique, les projets immobiliers douteux, les accords secrets avec le FN ou l’UDF, les contrats d’armes, l’affaire Boulin, le suicide de François de Grossouvre, les disgrâces de quelques barons qui avaient cessé de plaire au roi… etc.ETC.ETC. – Tout cela n’avait plus de secrets pour lui…et plus encore!

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La Pasqua connection

Publié par Bakchich il y a 8 ans

Ces portraits sont extraits du livre La maison Pasqua (Plon), paru en 2001. Le livre a fait l’objet de multiples procès en diffamation de la part de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani et Pierre Falcone… Tous ont été déboutés.

Etienne Léandri, le mentor

« Les deux premiers à accourir au chevet d’Etienne ont été Charles Pasqua et son fiston Pierre. C’est dire si la famille Pasqua doit beaucoup à l’ami Etienne, le grand argentier du clan. Laqués de rouge carmin et de liège précieux, les bureaux d’Etienne Léandri rue du Faubourg-Saint-Honoré sont surveillés par un homme à tout faire laotien, l’énigmatique M. Pao. Du haut de son mètre quatre-vingt-trois, Etienne domine implacablement son interlocuteur d’un beau regard de vieux séducteur. Tout, chez cet épicurien, est réglé comme du papier à musique. Un petit porto au début du repas, un petit Cointreau après le café, et encore, allongé d’un glaçon. Le reste du temps il se contente d’un Fernet-Branca, atroce breuvage d’herbes amères adouci d’un soupçon de sirop de menthe. Et le dimanche le bel Etienne rend visite aux Délices, pâtisserie alors célèbre de la plaine Monceau, dont il affectionne tant les petits pâtés.

Né à Gap dans une famille de militaires corses, « le Pépé » aura été un intermédiaire flamboyant. Secret, malin, ce redoutable négociateur aura vite compris que l’histoire s’était accéléré et que les frontières avaient explosé. Durant la dernière guerre qu’il vécut de façon délicieuse, ce play-boy fricote avec l’occupant, obtient des licences d’importation de suif et fabrique le produit Tokalon, l’unique crème de beauté de l’époque. Avec son ami intime Tino Rossi, Etienne devient une des coqueluches du Fouquet’s.

« Mondain et curieux, Etienne Léandri fréquente le Tout-Paris pendant la guerre, il n’est pas le genre à prendre les Allemands à rebrousse-poil », explique joliment l’écrivain Jean Montaldo, son ami et confident. Le 21 juin 1948, la Cour de Justice de la Seine condamne Etienne Léandri par contumace à 20 ans de travaux forcés « pour intelligence avec l’ennemi ». « Etienne s’était alors réfugié en Italie, en passant par Berlin, pour assister à la chute du IIIe Reich, poursuit Jean Montaldo, c’était un extravagant, il en existait beaucoup à l’époque. Il vécut cette époque comme le crépuscule des dieux. On le retrouve plus tard à Milan, abrité par des religieux, le temps d’attendre la fin de l’épuration et des exécutions sommaires ». La légende veut que, durant ses années italiennes, Etienne Léandri aurait approché le mythique parrain sicilien, Lucky Luciano qui, depuis les Etats-Unis, a négocié avec la CIA le débarquement américain en Sicile. « Le patron corse d’un bar parisien de la rue Ponthieu, qui connaissait les Siciliens pour avoir fait de la contrebande de cigarettes, lui sert de recommandation auprès de Luciano », explique un de ses anciens amis, l’universitaire Michel Carmona, auteur d’excellentes biographies de Richelieu ou du baron Haussmann. Cette version de l’histoire n’est pas unanime. « Etienne n’a jamais connu Luciano, s’insurge Montaldo, il détestait les truands ».

Une seule certitude, Etienne Léandri parvient à se faire de nombreuses et précieuses relations en Italie : les industriels du groupe Richard Ginore, soupçonnés de liens privilégiés avec les banquiers du Vatican ; le promoteur Cabassi, aujourd’hui décédé, qui a nettoyé Milan des décombres des bombardements alliés et acquis une grande partie des réserves foncières de la ville ; ou encore l’architecte Carlo Castelli, qui a conçu l’ensemble Milano Fiori, réplique à Milan du quartier de la Défense, dont la justice genevoise a retrouvé la trace en épluchant les comptes bancaire d’Etienne Léandri, Cabassi, Castelli…autant d’amis et de relation de feu Bettino Craxi, l’ancien président socialiste du conseil italien poursuivi par la justice de son pays et réfugié jusqu’à la fin de sa vie en Tunisie.

Revenons à l’après-guerre : le 3 mai 1957 donc, le tribunal permanent des forces armées de Paris déclare Léandri « non coupable de haute trahison ». Rentré en France en s’appuyant sur les réseaux anti-communistes, Etienne apprend vite les recettes du gaullisme immobilier. « A cette époque de divagations financières, raconte Jean Montaldo, Etienne graissait la patte des politiques, il était même un orfèvre en la matière. » « Il jouissait en faisant des affaires », explique l’actuel vice-président du RPF, Jean-Jacques Guillet, dont la société de communication négocia avec Etienne, dans les années 70, des espaces publicitaires…sur les tickets de loterie.

Ce natif de l’île de beauté est au mieux avec les Corses de l’UDR : Achille Peretti, Paul Comiti, René Tomasini, et naturellement Charles Pasqua. « Etienne Léandri était une relation de Christian Poncelet, l’actuel président du Sénat, a admis simplement Pasqua face aux juges, je l’ai vu à plusieurs reprises. Léandri faisant des affaires, je ne me suis jamais inquiété de savoir dans quel domaine. » On n’est pas obligé de le croire sur parole. Son bras droit, Jean-Jacques Guillet, a conservé, lui, des souvenirs plus précis : « dans les années 70, Etienne connaissait bien Marcel Boussac, qui était en train de liquider son groupe industriel. Comme Poncelet est élu dans les Vosges et l’entreprise Boussac est fort présente dans son département, il est amené tout naturellement à rencontrer Etienne Léandri. Or, à l’époque, Charles Pasqua, qui préside une première fois le conseil général des Hauts-de-Seine, cherche à reprendre les haras de Jardy, un des fleurons de l’empire Boussac. C’est pour cela que Poncelet, tout naturellement, lui présente Boussac et Léandri ».

Dans les années 90, Etienne croit au destin de Charles. Entre deux virées à la Scala avec ses amis milanais, le Pépé conclut de juteux contrats pour le compte de l’entreprise de bâtiments Lyonnais-Dumez, la société Thomson ou d’autres. Son associé en affaires est parfois Pierre Pasqua, le fils de Charles. « Etienne rendait à Pasqua le plus grand des services, note cruellement l’universitaire Michel Carmona, il occupait le fiston ».

Pierre Pasqua n’apparaît jamais publiquement. En revanche son nom figure sur quelques comptes discrets en Suisse ou à Monaco. Le fiston est le portrait de son père et son plus fidèle conseiller. Officiellement, sa jeunesse musclée dans les rangs du Gud, un syndicat étudiant d’Extrême droite, est sa seule incursion en politique. Agent immobilier à Grasse, avec pour associé le fils d’un gendarme du coin, Pierre tombe amoureux de l’Afrique et devient conseiller du milliardaire Jean-Claude Mimran, roi de l’agro-alimentaire au Sénégal. Grand voyageur, il effectue quelques escapades avec les amis de son père, Etienne Léandri bien sûr, qui l’emmène en 1994 en Corée, mais aussi le flamboyant André Guelfi, dit Dédé la Sardine, surnommé ainsi en raison de ses investissements passés dans les pêcheries en Mauritanie

Les faux frères Guillet

Grand copain de Pierre, Jean Jacques Guillet est le plus ancien des collaborateurs de Charles. Après avoir fait ses classes au cabinet de Jacques Chaban-Delmas alors Premier ministre de Pompidou, Guillet est chargé entre 1973 et 1976 des relations publiques du conseil général des Hauts-de-Seine, que préside une première fois Charles Pasqua. De sa jeunesse musclée dans les rangs d’Occident, un mouvement d’extrême droite, le vice-président du RPF a conservé un goût marqué pour les méthodes expéditives. Lors des élections présidentielles de 1981, quand Pasqua roulait pour Chirac, une de ses sociétés, l’institut de sondage Indice SA, attribuait au patron du RPR des scores mirobolants. Jean-Jacques le conceptuel prétendait introduire dans ses études d’opinion la dimension de « l’inconscient collectif ». Laquelle dimension, on l’aura compris, était à l’époque profondément anti-giscardienne. Autre atout, ce Guillet-là appartient à la Grande Loge Nationale de France (GLNF), un des trois grandes obédiences maçonniques, et ne s’en cache pas.

Conseiller diplomatique de Charles Pasqua, Bernard Guillet n’a aucun lien de parenté avec Jean-Jacques. « Dans la maison Pasqua, Bernard serait du genre à occuper la chambre de bonne », explique aimablement son avocat, l’ineffable Jacques Vergès. Plus sérieusement, ce simple fonctionnaire du Quai d’Orsay possède une belle maison estimée à trois millions huit cent mille francs au Vésinet, près de Paris. Cette modeste masure intéresse fort la justice qui a épluché ses comptes bancaire sans égard pour son rang de diplomate. Surnommé « Benguigui » par ses détracteurs en raison de son goût pour les pays arabes aussi démocratiques que la Syrie, l’Irak ou la Tunisie, Bernard Guillet apprécie également les golfs du Maroc, un pays où il fut longtemps consul de France. Pour le reste ce diplomate est connu pour u n autre passe-temps, la création d’association. De préférence à but non-lucratif…comme France-Orient et France-Sibérie-Russie, où oeuvra une vraie fausse journaliste prénommée Victoria, au mieux avec les pontes de l’ex-KGB.

Fort colérique, ce diplomate n’inspire pas une totale confiance à ses amis. Avant d’être interrogé par le juge Philippe Courroye l’hiver dernier, Bernard Guillet recevait par colis anonyme, un panier de charcuteries corses. Sans parles de quelques fromages de brebis en prime. Le message était parfaitement clair. Du genre : souviens-toi de ceux qui t’ont nourri.

Histoire d’éviter face à un juge bulldozer, quelques bavardages inutiles.

Daniel Léandri, dit « le tondu »

Daniel Léandri, qui n’a aucun lien de famille avec Etienne Léandri, est le fidèle d’entre les fidèles, le grognard de l’empereur, le « flambeau » dévoué corps et âme. Papa Léandri appartenait déjà à la maison Poulaga, où il avait côtoyé Papa Pasqua, également gardien de la paix. D’où la larme versée par Charles, lors de sa première nomination à l’Intérieur en 1986, en pensant à son père, simple flic, décédé quelques années auparavant. En novembre 1978, Jacques Chirac est hospitalise à l’hôpital Cochin, une jambe fracassée, après un accident de la circulation sur une route verglacée de Corrèze. Totalement dévoué à sa cause, Pasqua lui envoie le brigadier Léandri, pour veiller jour et nuit sur l’accidenté de la route. L’ami Daniel s’endormait, le soir, devant la porte de la chambre d’hôpital. C’est le moment où, sur son lit de douleur, le futur président de la République lancé, très exalté, son fameux appel de Cochin contre la politique giscardienne. « Comme toujours, quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre, avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la mort. » La présence du garde du corps Léandri s’explique par les relations fort tendues qu’entretenaient alors les gaullistes avec « le parti de l’étranger » de Giscard d’Estaing.

Trois jours avant l’audition de Charles Pasqua par les juges, au mois de mai 2001, on surprend Daniel Léandri, dans le bar d’un grand hôtel, à deux pas du ministère de l’Intérieur, en compagnie d’un grand flic de ce même ministère. Histoire de venir aux nouvelles.

S’il en faut un pour aller au contact, ce sera toujours Daniel, dit encore le « Tondu ». Ou encore « l’enrhumé ».

Le « préfet boum-boum »

« Il faut lui envoyer les voyous ». Dans le rôle du méchant, le préfet Marchiani est toujours parfait. Ses menaces ne sont jamais voilées, l’auteur de ce livre l’a appris à ses dépens. Alors que le Canard enchaîné avait publié l’hiver dernier, plusieurs papiers sur les comptes bancaires de proches de Pasqua, Jean-Charles Marchiani confiait à un ami : « ce Nicolas Beau, il faut lui régler son problème. En Corse c’est assez vite fait : boum, boum et terminé ». Ce qui valut une explication de gravure entre le préfet « boum boum » et le rédacteur en chef du Canard, Claude Angeli, mis au courant de ces menaces par un informateur du journal. Le journaliste conseillera à l’ami Jean-Charles de se calmer un peu.

Jean-Charles Marchiani n’en est pas à son coup d’essai. Apparemment, les « voyous » ont tenté de faire pression sur un journaliste de France 2, Eric Lemasson auteur de la seule biographie du préfet Boum-Boum parue. Début 1999, un dossier de presse annonçant la tenu d’un colloque des chirurgiens-dentistes est délicatement posé sur le bureau du journaliste. Le sujet imposé « la référence en prothèse », est parfaitement étranger à ses préoccupations. Plus surprenant, certains passages sont soulignés au feutre jaune :  » un protocole clinique et technique, lisait-on, permet d’améliorer le traitement de l’édentation totale ». Ou encore : « contrairement aux idées reçues, le nombre d’édenté totaux ne régresse pas ». Et enfin : « les praticiens hospitaliers mesurent un rajeunissement de la population édentée ». Or Eric Lemasson n’a pas dépassé à l’époque, la trentaine d’années. A bon entendeur, salut !

Plus tard, le même plumitif et père de famille reçoit, entre deux coups de fil menaçants (sur fond de bruit de cour de récréation) une étrange visite d’un avocat connu. Cet honorable représentant du barreau lui demande de supprimer certains passages du livre, contre la somme de cinquante mille francs. Pour les envoyés du préfet Boum-Boum, le retournement d’un journaliste vaut peu de choses. De tels tarifs sont presque insultants pour la profession.

Le parcours politique du préfet Boum Boum ne plaide pas en sa faveur. Etudiant en droit à Aix, où il rencontre déjà Pasqua alors représentant en pastis à Marseille, le jeune Marchiani est très engagé du côté de l’Algérie française. A moins, comme on le raconte volontiers, qu’il n’infiltre l’OAS pour le compte du SAC. Plus sérieusement, le préfet Boum Boum commence sa carrière à dix-neuf ans, au Sdece, l’ancêtre des services secrets de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), dont il est évincé en 1970 pour avoir joué un rôle trouble dans l’affaire Markovic.

« Il a toujours cultive un côté préfet chrétien et d’autre part, le genre voyou des services secrets », explique son camarade du RPF, Jean-Jacques Guillet, conseille de toujours de Pasqua. Et d’ajouter, cruel : « il a un côté Rintintin à courir partout même si on ne lui demande pas, encore qu’en matière politique, face à Chirac notamment, il fasse davantage penser à Rantanplan ».

A partir de 1993, Jean-Charles Marchiani devient l’interlocuteur privilégié des hommes du président angolais Dos Santos, le Franc-brésilien Pierre Falcone et le Russe Arkadi Gaydamak, deux amis plus récents de la bande à Pasqua. Pierre Falcone est un Franco-Brésilien né à Alger en 1952 de parents italiens émigrés. Un bien joli métissage. Touche-à-tout, il s’intéresse aussi bien aux armements qu’aux produits alimentaires ou à la santé financière des associations satellites du RPF. Accusé de commerce d’armes illicite, de trafic d’influence et de fraude fiscale, Pierre Falcone n’a jamais livré ses secrets de fabrication. « Il ne dit rien, il a une défense de voyou », estime un enquêteur.

Avant de connaître pendant une année, jusqu’à décembre 2001, une cellule de Fleury-Mérogis où la température ne dépasse pas huit degrés en hiver- et encore avec des cartons aux fenêtres-, Pierre était confiant en son destin : « dans mon pays au Brésil, on aime bien les maximes. Et celle-ci en particulier : bien faire et laisser dire. » «  Bien faire… » Pierre Falcone aura ainsi contribué à livrer cinq cent millions de dollars d’armement à l’Angola, un des pays les plus riches en pétrole de la planète et l’un des plus misérables pour le niveau de vie de ses habitants.

Bon camarade, Pierre Falcone a emmené dans ses aventures angolaises le milliardaire russe Arkadi Gaydamak, fort bien introduit dans le complexe militaro-industriel de Russie. Au départ, ce petit émigré aura été un bon informateur de la DST, le service de sécurité intérieur. « C’est un génie, le roi Midas en personne », souligne son avocat, William Goldnadel.

Cet Arkadi est surtout un ami de la France. De multiples portraits de Napoléon ornent les pièces de réception de son superbe appartement avenue Foch. A l’entendre, il aurait beaucoup fait pour libérer en 1995 les pilotes français, otages en Serbie. « La France devrait me traiter en héros , proteste aujourd’hui Arkadi, or elle me traite en bandit. » Recherché par la justice française, le Russe s’est réfugié en Israël, où il a hébraïsé son nom en « Ari Barlev ». De là il multiplie les propos vengeurs et les menaces voilées dans les nombreux entretiens qu’il accorde aux envoyés spéciaux de la presse française, qu’il reçoit volontiers dans sa belle maison de Césarée. Entre deux voyages en Angola…

Le clan des Corses

«  J’ai des amis corses, et alors ? Ce n’est pas un délit. » Cette confidence émouvante de Charles Pasqua au journal Corse-Matin durant l’été 2001 traduit une affection particulière pour deux familles dans l’île : les trois frères Feliciaggi, les deux frères Tomi. Et les proches de Charlie s’affichent avec Jean-Baptiste Jérôme Colonna, dit « Jean-Jérôme », dit encore « Jean-Jé », qui passe pour le parrain corse par excellence.

Au cinéma, les amis corses auraient joué le rôle des mauvais garçons ; de lourdes paupières, dès lèvres épaisses, des visages figés. Leur impassibilité est traversée parfois par une lueur d’intelligence, baptisée sur l’île le « vice du berger », ou encore « le vice du renard ». Autant dire la capacité de certains Corses à se tirer des situations les plus périlleuses.

Les Feliciaggi sont officiellement trois, l’histoire en retiendra surtout deux. Nés au Congo de parents fonctionnaires, Charlie et Robert Feliciaggi allient le meilleur et le pire des Corses expatriés en Afrique : l’esprit d’entreprise, l’énergie débordante, la générosité clanique, mais aussi cette propension à se sentir en marge de la loi commune. Chez eux le clan passe avant l’Etat-nation.

L’aîné, Charlie, vit en Angola où comme Jean-Christophe, Dédé la sardine et d’autres, il s’occupe officiellement de pêcheries. Encore que ce ne soit pas exactement l’impression de la justice de Monaco, qui s’intéresse de près à ses activités, et notamment aux 35 millions de dollars de matériel qu’il a livré à la garde présidentielle angolaise, avec l’aide notamment de Pierre Falcone. Le deuxième, le plus entreprenant, se prénomme « Jérôme », mais se fait appeler « Robert l’Africain ». Malgré la cure d’amaigrissement suivie l’été dernier dans une ville d’eaux, Robert a le visage empâté, les yeux sombres et le geste lent. Ce Corse est surtout le grand patron des jeux en Afrique. Sans parler de ces quelques casinos hexagonaux que Charles Pasqua lui a concédés lors de son règne au ministère de l’Intérieur, entre 1993 et 1995. il faut dire que Robert fut le principal artisan du lancement de Demain la Corse, l’antenne du RPF sur l’île. C’est lui encore, qui, pendant les européennes de 1999, renfloue les comptes de la patronne du PMU gabonais, Marthe Mondoloni, pour l’aider à avancer sept millions et demi au RPF…

Marthe est la fille de Michel Tomi, autre empereur des jeux et des casinos, qui tutoie Pasqua. Condamné dans la débâcle du casino de Bandol en 1996 à un an de prison, une peine confirmée voici quinze mois par la Cour de Cassation, cet honnête garçon vient d’obtenir d’un juge d’application des peines en Corse un régime de semi-liberté. Du genre souple.

Resté au pays, son frère, Jean-Baptiste Tomi, aura été élu maire du village familial de Tasso, sous les étiquettes successives de radical, de gaulliste puis de « divers droite ». Surnommé « le gros », le fringant Jean-Baptiste appartenait surtout au clan de feu Marcel Francisci, le patron des cercles de jeu à Paris. Hélas, le 15 janvier 1982, ce grand entrepreneur a été flingué dans un parking parisien et depuis, Jean-Baptiste s’est converti dans la restauration. Son auberge, le Col-Saint-Georges, se prête merveilleusement à de discrètes agapes, notamment lorsque le patron du RPF réunit ses amis politiques dans l’île.

Autre Corse d’Afrique, André Tarallo, l’homme fort d’Elf pendant un quart de siècle, est naturellement au mieux avec ce tout petit monde. Il connaît depuis toujours Charlie Feliciaggi, dont l’appartement, rue Jean-Goujon, tous volets clos, fait face aux locaux que lui-même a aménagés depuis son départ de la compagnie pétrolière. André a également côtoyé Robert Feliciaggi, qu’il « n’a pas revu depuis cinq ans ». Et bien sûr Jean-Jé Colonna, qui vit à Pila-Canale, le village des Feliciaggi, ne lui est pas inconnu. « Je l’aperçois parfois, je peux vous assurer qu’il est en pleine activité », admet André Tarallo, dans un sourire. Et d’ajouter, amical envers le journaliste de passage : « il ne faut pas s’attaquer à la bande de Pila-Canale, il faut vous méfier, ils peuvent vous retrouver d’ici deux ou trois ans ».

Officiellement employé par la supérette de sa femme pour dix mille francs par moi, Jean-Jé est avant tout connu comme le neveu de Jean-Jean. Ce dernier a trempé après guerre, dans l’affaire mythique du trafic de cigarette du combinatie, du nom du bateau détourné avec sa cargaison de blondes. Ce qui lui a valu, lors d’une fusillade de rue, de perdre les deux jambes. Maire à l’époque de Pila-Canale, le fief de la famille, Jean-Jean inaugura tout de même, en voiture roulante, une place du village à son propre nom. Le tout fut filmé par les actualité Pathé.

Jean-Jé est également le frère de Charles Colonna, longtemps maire-adjoint d’Ajaccio chargé du tourisme. Une position en or. Jusqu’au jour où, agacé par un jet d’eau chaude chez le coiffeur, l’élu arrosa la vitrine du commerçant de plusieurs balles de révolver.

Le jeune Jean-Jé passe vite sur le continent où il exploite un modeste bar marseillais, La folle époque. En fait, il travaille pour le compte de son oncle Jean-Jean. La police s’intéresse à lui une première fois en 1971, après avoir saisi à Orly un sac de douze kilos d’Héroïne. Plus sérieusement, il est interpellé en janvier 1975 dans l’affaire dite de la » french connection » et emprisonné aux Baumettes. On lui reproche d’avoir convoyé vers les Etats-Unis une tonne d’héroïne pure. Excusez du peu. Sept mois plus tard, Jean-Jé s’enfonce une lame dans la poitrine avant d’être admis à la salle des consignés de l’hôtel-dieu de Marseille, d’où il prendra la fuite. Le 13 janvier 1978, notre homme est condamné à 17 ans d’emprisonnement. Six mois plus tard, Jean-Jé obtient de façon totalement inédite, un sursis de la cour d’appel pour la peine qui lui avait été infligée pour trafic de stupéfiants ? Dix sept ans avec sursis, du jamais vu…

Sa seule peine pour évasion prescrite, Jean-Jé peut rentrer au pays de 1985. son séjour au Brésil n’aura pas été trop dur, il y connaît du beau monde, notamment Jules Filipeddu. Voilà un homme serviable. Propriétaire du restaurant la Caravelle sur le port de Bonifacio, qui accueille la jet-set parisienne, Jules est apparu au Brésil dans la fameuse affaire du vrai faux passeport délivré par Charles Pasqua à un ancien chef de cabinet du ministre socialiste Christian Nucci. Depuis son retour dans son bled de Pila-Canale, Jean-Jé a conquis de fortes positions, devenant le discret propriétaire de plusieurs établissements dans l’île, généralement sous des prête-noms. Cette vie paisible n’a été troublée qu’en juin dernier, lors de la visite inopinée de la police judiciaire d’Ajaccio à son domicile. Depuis, ces enquêteurs bien curieux épluchent ses comptes et ceux de ses proches.

Ainsi avec l’entourage de Charles Pasqua on ne s’ennuie guère. Entre armes et pétrole, roulette et baccara, les pépés flingueurs mènent joyeuse vie. »

source: https://www.bakchich.info/france/2007/10/08/la-pasqua-connection-50998

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Paris (France) | 22 février 1995

La guerre des gangs à la conquête de l’Elysée fait rage. L’heure du grand déballage est-elle arrivée ? L’un voulant enfoncer l’autre distille des informations ou monte des flagrants délits, et tout le monde rigole. Un vrai déballage toutefois devrait en dire beaucoup sur quelques questions.

Charles Pasqua pourrait être l’homme le plus puissant de France. Il y a peu le Premier ministre-Balladur mangeait dans sa main, allant jusqu’à reprendre point par point ses positions à l’occasion de l’affaire Maréchal-Leclair-Schuller-Balkany-Schimpf, malgré les multiples démentis judiciaires que ces messieurs ont pu accumuler en un temps record.

Il s’est profilé depuis quelques années comme un véritable « homme d’Etat », opérant un spectaculaire retournement. Jusque là, il était plutôt connu comme l’homme des basses oeuvres du gaullisme. Ses conceptions d’aménageur du territoire et, plus largement, de réformateur des lois de la République finissent par lui valoir un respect quasiment universel. On discuta de savoir s’il serait Premier ministre à son tour au cas où son poulain Balladur devenait Président de la République.

Pour en savoir plus sur la biographie de cet éventuel futur-Premier ministre, nous avons demandé à quelques spécialistes de dresser le catalogue de quelques questions qu’on évite généralement de poser dans la presse bien pensante. C’est dommage. Car les questions appellent des réponses. Et ce n’est que lorsqu’on a les réponses qu’on peut prétendre savoir.

Avouons quand même notre point de vue : la quantité et la nature des questions qui se posent légitimement quant à la biographie de Charles Pasqua auraient pu lui interdire l’accès aux plus hautes fonctions de la République, ne serait-ce que dans le doute. Ses liens avec la French Connection au moins mériterait enquête. Et s’il devait aller plus haut sans même avoir élucidé tout ça ? Eh bien ce serait une drôle de République que la nôtre. Une République capable de génocider le Rwanda, par exemple. Du jamais vu.

Ce n’est pas parce que la carrière de Charles Pasqua a commencé au niveau de la mer (comme plagiste sur la côte d’Azur), pour atteindre les plus hautes cimes de la République, qu’elle est linéaire.

Des incidents de parcours, des accidents mortels, des affaires non-élucidées jalonnent son itinéraire, aussi chaotique que mal connu, malgré l’abondante littérature qui lui est consacré.

La plupart d’entre nous ont déjà oublié jusqu’au nom de Robert Boulin. Il aurait pourtant mérité d’être retenu : dans l’histoire de la Ve République, il n’y a pas d’autre cas de ministre en exercice assassiné. Le grossier maquillage en suicide de son assassinat sert encore aujourd’hui de vérité officielle. Robert Boulin détenait jusque là le record de longévité au gouvernement.

Le rôle de Pasqua dans ce spectaculaire dérapage du circuit de la Ve République n’a jamais été évoqué. Voici un bouquet de questions demeurées sans réponse à ce jour :

Pourquoi le sérieux conflit qui opposa Robert Boulin à Charles Pasqua en juin 1979 a-t-il toujours été passé sous silence ?

Comment Pasqua a-t-il (été) démissionné de son poste de secrétaire national à l’organisation du RPR en juillet 1979 ?

Pourquoi Jacques Chirac a-t-il été amené à sanctionner lourdement son bras droit ? Rappelons que sans Pasqua il n’y aurait eu pour Chirac ni Matignon en 1974, ni appel de Cochin, ni RPR ?

Comment le même Chirac s’est-il trouvé dans l’obligation de revenir sur cette lourde sanction et d’ainsi se déjuger publiquement, moins de 6 mois après l’avoir infligée – et ce, juste après la mort de Robert Boulin ?

Pourquoi le RPR et les autres formations politiques ont-elles laissé pendant quinze ans de telles questions dans l’ombre ?

Autre épisode : en 1972, le quotidien new yorkais « Newsday » publie une série d’articles intitulés « The heroïn trails ». Une équipe de journalistes a commencé son enquête au Canada sur les agissements dans les années 60 de Jean Venturi, représentant local de la firme Ricard, dont le supérieur hiérarchique direct avait été à l’époque Charles Pasqua, directeur des ventes à l’export.

Après avoir obtenu confirmation auprès des services de police compétents du document du bureau américain des narcotiques incriminant Jean Venturi dans un trafic d’héroïne à destination des Etats-Unis, les journalistes new yorkais arrivent à Paris pour remonter cette ramification de la célèbre french connection. Leur récolte est maigre.

L’opacité de la firme Ricard ne leur a pas permis d’établir la vraie nature et l’ancienneté des liens unissant Pasqua et Venturi. Au moins ceux-ci étaient-ils liés par une réalité hiérarchique au moment de la cavale de Venturi, en 1967.

Il n’a pas été non plus établi si les Pasqua – que des liens familiaux unissent au Canada – étaient, par ce biais aussi, en contact avec les Venturi. Parallèlement, des recherches ont été menées sur le patrimoine de la famille Pasqua.

En 1994, à l’occasion d’une recherche, la disparition inexpliquée des archives de « Newsday » concernant cette enquête a été constatée.

En 1967, un mandat d’arrêt international a été établi à l’encontre de Jean Venturi. Il n’a jamais été arrêté.

Qu’est-il devenu ? De quelles complicités a-t-il bénéficié pour échapper ainsi à la Justice ?

Le nom de Charles Pasqua aurait-t-il figuré un temps sur la liste des personnes indésirables aux Etats-Unis ?

Jean-Charles Marchiani, éminence grise de Pasqua, reconnu comme tel depuis la première cohabitation en 1986, est l’homme que le président Georges Pompidou fit personnellement chasser du SDECE en 1969. Il le considérait comme l’auteur et le propagateur de photos truquées attentatoires à l’honneur de sa famille (affaire Markovic). Charles Pasqua a attendu la célébration en grande pompe par Balladur et Chirac du 20è anniversaire de la mort de Pompidou, en avril 1994, pour faire nommer Marchiani préfet. Il lui fit ensuite attribuer la légion d’honneur le premier janvier 1995.

Pourquoi cette insulte à la mémoire de Pompidou n’a-t-elle pas été relevée par la cohorte des fidèles, au premier rang desquels figurent, avec ostentation, Chirac et Balladur ?

Marchiani a-t-il joué un rôle dans la très longue cavale de Venturi ?

Au Maroc, Charles Pasqua a noué au temps de la fusion Pernod-Ricard d’étroites relations avec le roi Hassan II. L’hospitalité royale lui a notamment permis d’organiser en 1988, à l’hôtel de la Mamounia à Marrakech, un mystérieux réveillon commun avec Pierre Joxe, son successeur immédiat au ministère de l’Intérieur. Qu’avaient-ils donc à se dire ?

En janvier 1994, Pasqua a été l’unique ministre d’un Etat membre de l’Union Européenne à effectuer une visite de travail à El Ayoun (capitale du Sahara Occidental) cautionnant ainsi par sa présence – à la fureur du Quai d’Orsay – l’annexion par le Maroc de cette ancienne colonie espagnole.

Le Maroc a-t-il facilité la cavale de Jean Venturi ?

En Afrique noire, l’influence de Pasqua s’avère aussi ciblée que déterminante. Sa prochaine visite prévue début mars 1995 au Cameroun (si tout va bien), donne lieu à ce commentaire d’un spécialiste des affaires africaines dans La lettre du continent du 8 février 1995 : « Au Cameroun, deux dossiers sont à l’instruction contre des casinos et des salles de jeux qui favorisent la grande délinquance dans notre pays. Paul Biya (le président du Cameroun) devrait enterrer toute velléité de poursuivre au nom de l’amitié franco-camerounaise : en marge de la visite de Charles Pasqua, il serait inconvenant de heurter de front les intérêts corses ».

Marchiani est-il lié aux « intérêts corses » dans les salles de jeux camerounaises ?

Est-ce également le cas de Monsieur Raffali ?

Raffali, à l’époque directeur d’une célèbre salle de jeux parisienne, s’était notamment illustré en 1986, en transmettant pour le compte du déjà ministre de l’Intérieur, Pasqua, le vrai-faux passeport destiné à Yves Challier, du « carrefour du développement ».

Qui se cache derrière les « intérêts corses » maîtres des jeux camerounais ?

Ces « intérêts corses » ont-ils favorisé la cavale de Jean Venturi ?

Americano Gansia


NB : Cette série de questions n’est qu’indicative. Nous ne doutons pas que beaucoup de gens ont pu être amenés au fil de la longue carrière de Charles Pasqua à s’en poser bien d’autres. Les colonnes de notre journal leur sont ouvertes.

Source
Maintenant (France)