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LIECHTENSTEINUn gérant de fortune du Liechtenstein est accusé d’avoir blanchi l’argent des cartels mexicains entre Los Angeles, Saint-Gall et Vaduz.
François Pilet

L’affaire fait apparaître l’immense industrie du recyclage, dont les Etats-Unis restent la plaque tournante

L’histoire ne dira pas à quoi pensait Renaldo Negele ce jour de février 2013, au moment où l’avion perçait la grisaille de Kloten pour l’emmener vers le soleil de Californie. Côté face, ce Liechtensteinois de 50 ans se présentait comme gérant de fortune indépendant, entrepreneur et CEO de sa propre société, Swissloans Financial Services AG. Côté pile, il ne précisait pas que son entreprise n’existait que dans la boîte aux lettres d’un modeste appartement avec vue sur la route cantonale à Quarten, dans le canton de Saint-Gall. Il ne racontait pas non plus que son seul associé, un garagiste et ami d’enfance, l’avait laissé tomber quelques années plus tôt.

Pour se rassurer, lors de son voyage vers Los Angeles, Renaldo Negele pensait peut-être à la marée de narcodollars qui se blanchissent chaque jour impunément dans le système financier américain. Statistiquement, la petite affaire qu’il espérait conclure avait toutes les chances de passer inaperçue. S’il avait raison sur le premier point, il se trompait lourdement sur le second.

Le 10 décembre dernier, Renaldo Negele a été inculpé par le Département américain de la justice pour blanchiment en bande organisée. Le Liechtensteinois est accusé d’avoir offert ses services à un syndicat de blanchisseurs dirigé par Tu Chau Lu, alias Oncle Bill, 71 ans, président et CEO de la Saigon National Bank, à Los Angeles. En apparence, ce modeste établissement faisait crédit à l’industrieuse communauté vietnamienne de Little Saigon, au sud de la ville. En réalité, la petite banque d’Oncle Bill lessivait les narcodollars du cartel mexicain de Sinaloa, dirigé par celui qui était alors le trafiquant le plus recherché au monde, Joaquin «El Chapo» Guzman.

Tu Chau Lu, alias Oncle Bill, opérait un vaste réseau de blanchiment depuis sa petite banque du quartier vietnamien de Los Angeles, la Saigon International Bank
© Google Street View

Nouvelles «routes» de recyclage

L’organisation d’Oncle Bill était active au moins depuis 2008. Selon le Département de la justice, le syndicat était en permanence à la recherche de nouveaux partenaires et associés, dans le but d’établir de nouvelles «routes» de recyclage, et ainsi augmenter ses volumes. Les partenaires pouvaient conduire leurs propres activités de blanchiment, mais agissaient sur les instructions directes de Tu Chau Lu lorsqu’ils travaillaient pour l’organisation. A son apogée, en 2013, la blanchisserie d’Oncle Bill disposait de «routes» vers la Chine, le Vietnam, la Suisse, Hongkong et le Liechtenstein. Elle était en mesure de «traiter» jusqu’à 2 millions de narcodollars par jour.

Sur les quinze coaccusés de Renaldo Negele, dix ont été arrêtés début décembre en Californie, dont Oncle Bill. Le Liechtensteinois a échappé au coup de filet, tout comme un citoyen britannique installé à Hongkong, un Américain d’origine vietnamienne et deux Mexicains décrits comme «proches des gens d’El Chapo». Renaldo Negele reste introuvable à ce jour. Il est recherché par les autorités suisses et américaines.

La chute de la blanchisserie d’Oncle Bill, que Le Temps a pu reconstituer sur la base de documents de justice, offre une plongée spectaculaire dans la mécanique financière du narcotrafic. Elle montre que malgré l’intransigeance affichée par les Etats-Unis, le système bancaire américain reste extrêmement exposé au recyclage de l’argent de la drogue.

Carte suissePlusieurs schémas

L’affaire permet aussi d’observer plusieurs schémas de blanchiment utilisés par les trafiquants, chacun avec ses particularités, ses avantages, et, surtout, son prix (infographie ci-dessous). Il en ressort par exemple que l’usage d’une fondation du Liechtenstein, abritée par une banque connue de la place, est réputé dans le milieu comme une des solutions les plus sûres et opaques. Elle est aussi l’une des plus coûteuses, les narcos devant être prêts à céder 25% du pactole à blanchir sous forme de commissions.

Autre possibilité: un compte à la Bank of China, à Hongkong. L’offre est tout aussi efficace, et s’avère un peu plus économique, avec des commissions d’environ 15%. Seule limitation: par discrétion, le volume d’argent à blanchir ne doit pas dépasser un certain seuil. En l’occurrence, le réseau d’Oncle Bill ne pouvait y faire transiter que 20 millions de dollars à la fois. Des cacahuètes.

En comparaison, les banques américaines, en particulier californiennes, apparaissent à la fois comme une alternative low cost imbattable, avec des commissions entre 3% et 10%, et aussi comme les seules capables d’ingérer sans broncher les immenses quantités d’argent liquide que les narcos ont à recycler jour après jour.

Renaldo Negele n’a pas ménagé sa peine pour se faire une place sur ce marché hautement concurrentiel. Début 2013, le Liechtensteinois tient sa chance: Oncle Bill pense avoir trouvé deux nouveaux partenaires aux reins solides, qui auront besoin d’un service haut de gamme. Renaldo Negele fait spécialement le voyage vers Los Angeles pour les rencontrer. Rendez-vous est pris, le 21 février, dans un appartement discret à quelques blocs de la Saigon National Bank.

Entre professionnels, on joue franc jeu

Renaldo Negele s’y rend avec Ben Ho, son fidèle adjoint. Face à eux, les deux nouveaux clients ne tournent pas autour du pot. Entre professionnels, ils jouent franc jeu. Le duo est à la recherche d’un mécanisme de blanchiment qui leur permettra de recycler de l’argent provenant de la vente de drogue en Europe et du trafic d’armes vers le Nigeria. Ben Ho propose aux nouveaux venus de ne plus utiliser le mot «blanchiment», et de le remplacer par «protection», ou «titrisation». Renaldo Negele indique que désormais, il ne voudra plus rien savoir de l’origine des fonds des deux clients.

Cette introduction passée, Renaldo Negele et Ben Ho sortent le grand jeu. Ils proposent la création d’une fondation, qui pourra être utilisée pour transférer des fonds dans le monde entier sans être détecté, y compris vers les Etats-Unis. La commission des blanchisseurs sera calculée sur le capital de la fondation, déposé sur un compte auprès de la Bank Frick & Co de Vaduz. En tout, comptez 25%.

La fondation peut être créée avec des fonds déjà blanchis, ou pas. S’ils souhaitent l’ouvrir avec de l’argent sale, Negele explique que les billets peuvent être acheminés jusqu’à l’aéroport de Zurich par des mules – il faudra en prévoir au moins une dizaine –, où les dollars seront changés contre des francs et des euros. Le cash pourra ensuite être apporté directement à la banque Frick. S’ils le désirent, les deux clients pourront même compter les billets à l’arrivée, directement dans les locaux de la banque.

Dernière précision: les commissions versées à Renaldo Negele n’ont pas besoin de provenir de fonds blanchis. Ben Ho se dit également prêt à un geste commercial: il propose de virer immédiatement 50 000 dollars aux deux clients, depuis une fondation du Liechtenstein, pour bien leur montrer que les virements passent sans problème.Les deux hommes sont emballés. Ils remplissent sur-le-champ un formulaire d’ouverture de compte pour la fondation, fournie clés en main par la société saint-galloise Swissloans Financial Services. Renaldo Negele, Ben Ho et la clique d’Oncle Bill n’ont compris leur erreur que deux ans plus tard. Les deux clients étaient en réalité des agents du FBI sous couverture.

Durant cette période, le banquier avait ouvert toute son arrière-boutique aux deux hommes. Il leur avait montré comment ses employés acceptaient des sacs plastique remplis de narcodollars, sur des parkings de supermarchés asiatiques, et viraient chaque jour les montants correspondants, par chèques ou virements électroniques, vers le Mexique. Il leur avait expliqué que sa modeste Saigon International Bank était devenue trop petite, et qu’il devait avoir recours à ses «connexions» pour déposer le cash de ses clients auprès de trois autres banques américaines, dont la Wells Fargo et Bank of America.

Des efforts pour le compte du cartel d’El Chapo

Oncle Bill leur avait présenté ses deux partenaires mexicains qui cherchaient à lessiver 300 millions de dollars à un tarif de 3% pour le compte du cartel d’El Chapo. Plus fort encore: le banquier leur avait révélé que les Mexicains avaient investi 1 million de dollars dans sa banque, histoire d’huiler les rouages. Il proposait aux deux nouveaux venus de faire de même. Durant la crise de 2008, la Saigon International Bank avait reçu 1,5 million de dollars de Washington dans le cadre du plan d’aide au secteur bancaire.

Ce montant, qui aurait dû être remboursé depuis, ne l’a jamais été. Oncle Bill ne se doutait pas qu’en proposant aux deux hommes de racheter 24% de son établissement, cinq ans plus tard, il s’adressait en fait à des agents du même gouvernement fédéral qui l’avait aidé à survivre durant la crise. Le procès d’Oncle Bill et de ses associés s’ouvrira le 1er mars prochain.

«J’espère ne jamais 
le recroiser»

A Quarten, sur les rives du lac de Walenstadt, l’ex-associé garagiste de Renaldo Negele s’empresse de se distancier de son ancien ami. «Nous nous connaissions depuis l’enfance, raconte-il. Renaldo était un type sympa, très correct. J’ai coupé les ponts avec lui il y a plusieurs années. J’avais accepté de m’associer avec lui parce qu’il lui fallait un citoyen suisse pour monter la boîte. Mais il ne voulait pas tenir de comptabilité. Je n’ai pas voulu entrer là-dedans. J’espère ne jamais le recroiser.» Il y a peu de risques.

Nous coopérerons pleinement si les autorités suisses ou américaines venaient à nous le demander

Le Ministère public de la Confédération ne souhaite pas s’exprimer sur l’affaire. L’Office fédéral de la justice précise seulement que «les demandes de recherche et d’arrestation sont confidentielles et soumises au secret de fonction». Robert Wallner, procureur général du Liechtenstein, dit n’avoir eu aucun contact avec le Département de la justice. «Nous coopérerons pleinement si les autorités suisses ou américaines venaient à nous le demander», poursuit-il.

Un porte-parole de la Bank Frick & Co assure qu’après une «vérification détaillée», et «en l’état actuel de ses connaissances», l’établissement n’a «jamais entretenu de relation d’affaires avec Renaldo Negele ni avec la société Swissloans». Selon le procureur Robert Wallner, aucune arrestation ni blocage de fonds n’ont été effectués à ce jour dans la principauté dans le cadre de cette affaire.

https://www.letemps.ch/monde/2016/01/20/filieres-narcos-mexicains-passent-suisse

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La présence de la mafia italienne en Suisse Le Journal en continu / 2 min. / Aujourd’hui à 18:15
Le journaliste italien Roberto Saviano, auteur de « Gomorra », a livré à la RTS son analyse sur la présence de la mafia italienne en Suisse lors de son passage au Forum des 100 à Lausanne.

« La Suisse est accueillante pour toutes les mafias. La mafia italienne se remarque peut-être plus car elle importe la cocaïne tandis que les Russes et les Ukrainiens y déposent leur argent et investissent », estime l’auteur de « Gomorra ».

Même si l’activité criminelle sur territoire suisse reste discrète – « il n’y a pas de juges, de journalistes ou des prêtres assassinés » – il existe une présence physique de la mafia, assure-t-il.

Faux calme helvétique

Roberto Saviano explique le calme régnant sur le territoire helvétique par une volonté d’éviter les remous. « La Suisse est une sorte de zone franche pour la mafia », estime le journaliste et écrivain italien, qui y voit l’existence d’un accord tacite entre clans.

« Ici vous ne tuez pas, vous ne faites pas la guerre et vos problèmes vous les réglez dans votre pays ». Une situation similaire à Milan, « où l’on tire très peu ».

Les conflits et règlements de comptes mafieux se retrouvent confinés dans les territoires d’origine, « parce que là-bas une balle ne vaut rien », raconte Roberto Saviano. « Si je tire à San Luca (capitale de la mafia calabraise, ndlr), ça ne fera pas les gros titres. Si je tire ici (en Suisse) c’est l’ouverture garantie de tous les journaux télévisés européens. Et ça tous les mafieux le savent ».

Soit la Suisse fait ce pas, soit elle sera dévorée

Roberto Saviano

La médiatisation de l’existence d’une cellule de la Ndrangheta à Frauenfeld (TG) l’an dernier « a eu le mérite d’ouvrir les yeux des Suisses ». Si des membres supposés sont toujours en liberté, « ce n’est pas de la corruption », explique-t-il en visant le système judiciaire. « Il n’existe pas en Suisse de délit d’association de malfaiteurs ».

Un constat qu’il partage avec Michael Lauber, le procureur général de la Confédération, qui a lancé en début d’année un appel à réformer le Code pénal suisse sur les organisations criminelles.

http://www.rts.ch/info/suisse/6764218-la-suisse-est-une-zone-franche-pour-la-mafia-italienne.html

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La mafia étend ses tentacules en Suisse

On connaissait l’attirance des mafias italiennes pour le Tessin et la place financière luganaise. Désormais, le crime organisé franchit les barrières cantonales et étend ses tentacules en Valais et aux Grisons pour y blanchir ses milliards.

C’est ce qu’affirme la chercheuse zurichoise Stéphanie Oesch.

La couverture du livre image bien la menace qui plane sur la Suisse.

Entretien.

Die organizierte Kriminalität – eine Gefahr für den Finanzplatz Schweiz, (Le crime organisé – un danger pour la place financière suisse ?), tel est le titre de l’ouvrage signé par Stéphanie Oesch, qui montre comment la mafia et en particulier la ‘Ndrangheta calabraise, tisse ses liens en Suisse.

Ce mal diffus et presque invisible, dont la présence dans plusieurs cantons suisses est confirmée par la Fedpol (Police fédérale), représente un danger important que la Suisse aurait tort de sous-estimer, préviennent un nombre grandissant de magistrats et experts italiens.
swissinfo.ch : Vous affirmez que la mafia italienne progresse en Suisse et étend ses activités de blanchiment à des régions jusqu’ici réputées à l’abri du crime organisé. Qu’en est-il précisément?

Stéphanie Oesch: Cela concerne les cantons de frontière, au sud. Le Tessin, le Valais, et dans une moindre mesure les Grisons. Pour le Tessin, où la situation est nettement plus aigüe qu’ailleurs, la proximité géographique, la langue et le système financier et para bancaire en particulier, exercent un attrait important sur les organisations criminelles implantées en Italie.

Celles-ci – et surtout la ‘Ndrangheta d’origine calabraise qui est devenue très puissante en Lombardie – sont obligées de recycler des sommes d’argent colossales afin de pouvoir disposer de leurs capitaux. Il s’agit pour la plus grande partie de revenus découlant du narcotrafic et de la cocaïne en particulier, de même que du trafic d’armes.

En Valais, ce sont les secteurs de l’immobilier, de la gastronomie et de l’hôtellerie qui intéressent le plus ces organisations, qui veulent y blanchir l’argent du crime en investissant dans le bâtiment. Les grands complexes immobiliers et touristiques sont particulièrement prisés par la mafia.
swissinfo.ch : Vous évoquez une infiltration de l’économie mais aussi de la politique. On croyait pourtant la Suisse épargnée par le fléau de la corruption…

S.O. : Concernant l’infiltration de l’économie, celle-ci passe notamment par des participations dans le capital d’entreprises. Et dans un contexte de crise économique, le danger est décuplé.

Quant à la politique, je ne pense pas qu’il faille craindre un danger au niveau cantonal ou fédéral, où l’exposition médiatique des politiciens est importante et le risque d’être découvert est trop grand. Il s’agit davantage de phénomènes très locaux, et partant, plus discrets.

 

LIRE  la suite sur: http://www.swissinfo.ch/fre/la-mafia-%C3%A9tend-ses-tentacules-en-suisse/8138600

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