Articles Tagués ‘MacDougall Airways’

Coke en stock (LXXV) : la CIA, l’héroïne … et l’Australie (Part 3)

Publié: 18 novembre 2014 par internationalinformant dans INFOS, NARCOTRAFIC
Tags:, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

ciaSUITE de

Coke en stock (LXXIII) : la CIA, l’héroïne … et l’Australie (Part 1).

Coke en stock (LXXIV) : la CIA, l’héroïne … et l’Australie ( part 2).

Coke en stock (LXXV) : la CIA, l’héroïne … et l’Australie (3)
par morice
mardi 18 novembre 2014

Au sommet de la pyramide, il y a toujours quelqu’un. Et l’histoire est là pour nous remémorer des faits étonnants arrivés jadis à un magnat d’entreprise australien, lui-même héritier d’un empire de presse et qui s’était retrouvé un jour au milieu d’un énorme scandale de trafic d’héroïne entre l’Australie et les Etats-Unis, tout en réussissant à passer au travers des mailles du filet de la justice US. L’homme avait la désagréable habitude de mépriser tout le monde, de croire toutes les personnes puissent être soudoyées, et s’était promené des années entières au travers de douanes les sacs remplis de billets (il ne supportait que cela comme type de règlement, dans n’importe laquelle de ses transactions. Des habitudes qui ne sont pas sans nous rappeler les découvertes de juin dernier sur un petit aéroport d’Australie…
L’Australie, historiquement, a déjà eu une vague de survols d’avions de la drogue, à l’époque de la marijuana, qui a vite fait place à l’opium des voisins (Thaïlande, Birmanie, Laos). A la fin des années 70, déjà, avec de biens curieux DC-3 (de chez MacDougall Airways, d’Afrique du Sud) survolant le nord, dans la région de Marreba ; région dans laquelle on surprendra des policiers faisant partie du trafic. « En Janvier 1978, un avion léger a été repéré sur le radar entrer dans les Territoires du Nord à l’ouest de Darwin. Par coïncidence, un C-130 Hercules (A97-168) de l’escadron n ° 37 revenait d’un voyage à Butterworth et était sur le point de rentrer en Darwin en même temps. En l’absence d’opposants à combattre, le capitaine d’un avion de transport de la RAAF a été invité à suivre l’avion de mystère alors qu’il parcourait les terres intérieures. Finalement, le C-130 a rattrapé ce qui se révéla être un bimoteur Aero Commander 680E. Le pilote de l’avion léger s’est écrasé dans un enclos boueux à 14 kilomètres au nord-ouest de Katherine, puis mis le feu à l’appareil dans une tentative de dissimuler ce qu’il y avait à bord, à savoir 270 000 « bâtons de bouddha thaïlandais »( une haute qualité de cannabis) vqui aut près de 4 millions de dollars. Après s’être caché dans la brousse pendant 40 heures, le pilote – plus tard identifié comme étant le trafiquant de drogue, Donald Tait – a été découvert par la police et arrêté. Tait a ensuite été emprisonné pendant sept ans. » Anecdotiquement, un C-47 B de la RNZAF (d’avril 1945 à mai 1947) utilisé par Pukeko vendu aux Polynesian Airlines en 1972 et revenu en Nouvelle Zélande pour entraîner des pilotes australiens et reparti aux USA a fini comme avion transporteur de drogue dans le Caraïbes. Il est tombé à Aruba dans les antilles néerlandaises !

Des avions, des cargos et des yachts

Au début des années 2000, c’est un Piper PA23-250 immatriculé VH-PFD qui se faisait saisir par la police de Cairns, bien plus au sud, avec de la drogue à bord. Les Aero-Commander étaient largment préférés en Australie, pour leur aile haute (ils ingurgitaient moins de sable et de poussière) et l’un d’entre eux, un Aero Commander 560E montré désormais à l’Australian Aviation Museum, de Bankstown a un lourd passé d’avion de trafiquants de drogue. Mais c’est en 2012 que l’on découvrait que Joaquin « Chapo » Guzman, l’homme à la tête du cartel mexicain de Sinaloa avait décidé de faire du continent australien un de ses nouveaux objectifs et nouveau marchés de cocaïne. Les navires semblaient avoir sa préférence, avec la découverte de 50 kilos de cocaïne cachés dans une cargaison de caisses de bière mexicaine. En 2013, c’était un chargement de « crystal meth » qui était saisi venant de Chine via un cargo. Il y en avait pour 448 millions de dollars. Un yacht , le Raj, était saisi en août 2013 au Vanuatu, avec 370 millions de dollars de coke à bord : sa destination était encore l’Australie. Lors de l’atterrissage du fameux Swearingen, certains se sont souvenus des épidodes antérieurs du trafic d’héroïne, de cocaïne et de marijuana dans les années 80 : « la ville du Nord Quensland loin de Mareeba a déjà été liée à des cartels internationaux de la drogue appartenant à la CIA L’ aéroport de Mareeba, juste à un jet de pierre de Cairns aéroport international, a été construit par les États-Unis pendant la guerre mondiale. Au cours de ces cinq dernières années, des avions étranges, atterrissant souvent dans le milieu de la nuit, dont certains, selon les experts des compagnies aériennes, appartiennent à Air America, une compagnie aérienne de la CIA en propriété exclusive, sont utilisés expressément pour le convoyage de drogues et d’armes dans le monde entier ».

Tous enregistrés au Delaware, paradis US de l’irresponsabilité pénale

Pour en revenir à nôtre avion du jour, l’enquête a révélé, on l’a vu, un enregistrement de départ dans un état américain bien particulier. Le Delaware, où le pilote situait le propriétaire précédent de l’avion, et particulièrement Wilmington, est un endroit plutôt… curieux, repéré par des internautes subtils : « Mais le fait que ce club a un siège social dans le Delaware pourrait être un indice très important. Le Delaware est l’un des états les plus étranges aux États-Unis, en termes de droit des sociétés surtout si il vous arrive d’être dans l’entreprise de gestion d’actifs. Ces types d’entreprises, dans le Delaware, jouissent de la liberté et le secret similaire à des clients d’autres organisations très secrètes comme la Banque du Vatican ou des institutions financières dans les îles Caïmans. Là-bas, les avions et bateaux, inscrits dans le Delaware utilisent un moyen de minimiser leur responsabilité fiscale car les actifs sont enregistrés à titre de fiduciaire appartenant à une société plutôt qu’à une personne. Ce qui en fait un excellent endroit pour se cacher si cela est votre souhait »… démontrait notre internaute.

Les avions de la torture, inscrits eux aussi dans le Delaware

Ce qui nous relie encore une fois à la CIA. Des avions de « renditions » ont terminé leur carrière aussi en Australie : or ils étaient eux aussi enregistrés eux aussi à Wilmington, et l’un d’entre eux a fait un parcours d’enregistrements successifs qui ressemble étonnament au parcours effectué par notre fameux Swearingen : le N581GA, devenu N379P chez « Premier Executive Transport Services », un paravent répertorié de la CIA, avant de changer d’immatriculation deux fois de suite encore N8068V et N44982 (là sous le nom d’une entreprise de…. l’Oregon (ah tiens), puis de changer encore en N126CH (enregistré à Miami, ah tiens encore), avant de l’être à la Wilmington Trust Company (eh eh), dans le Delaware en 2006 (encore le même endroit !). Après encore, l’avion est devenu… australien (à quel hasard encore), immatriculé VH-CCC au nom de Crown Melbourne Ltd, à savoir un avion des casinos Crown . Ces avions de chez Crown surnommés des « high rollers », à savoir de grands rapporteurs d’argent (« roll » étant un rouleau de billets) car ils emportent des VIP en priorité, ont volé surtout vers le Cambodge et la Thaïlande ou la Malaisie entre 2010 et 2012. Des vols (5 au total) ont eu lieu aussi vers la Polynésie Française. Certains observateurs de Flight Radar les ont suivis, en Australie même vers d’étranges destinations dans le pays même. Crown qui détient 3 Gulfstream (le VH-CCC Gulfstream G-V (ici à gauche), MSN 581 construit en 1999 celui des rendition flights), le VH-CGF Glufstream G-IV, MSN 1083 construit en 1988 et le VH-CRQ Gulfstream G-V, MSN 603 de 2000 a annoncé récemment vouloir les remplacer par trois modèles Global Express XRS plus performants. Ou comment on passe des activités de casinos à la CIA… serait-on tenté de dire…

Le cas pendable des casinos Crown

Car, à l’évidence, les hôtels-Casino Crown jouent un drôle de jeu, à bien y regarder (pas celui-ci, en fait). C’est dans celui de Melbourne, en effet, que s’est tenue en janvier 2013 une bien étrange réunion. Une conférence sur la paix qui a faili tourner au punching ball entre participants. Celle de généraux de haut rang chinois, venus faire une conférence à laquelle assistait aussi le japonais Yoshiaki Nakagawa, lieutenant général de l’armée japonaise. Ce dernier s’était fait littéralement oralement agresser par le représentant chinois, le lieutenant-général Ren Haiquan, très agressif en effet ce jour-là. Pas une surprise, en fait. Les chinois agissent toujours ainsi, pour arriver à leurs fins, déclarant par exemple pendant des années qu’un bout d’île est à eux (Diaoyu pour les chinois) et Senkaku (chez les japonais), le martelant, ou menaçant (là cette fois du début d’une troisième guerre mondiale, car le discours d’Haiquan évoquait le début de la seconde). Le Casino Crown de Melbourne servirait-il de lieu d’écoutes discrètes, plusieurs s’en doutent. La revue DSI N°107 d’octobre 2014 de ne laisse pas entendre autre chose, à propos de la technique de « persuasion » chinoise, dans un article sous la plume du connaisseur Romain Mielcareck (page 54), évoquant l’intense guerre psychologique menée par les chinois. Lors de la réunion le colonel Dai Xu de l’aviation chinoise (en pleine modernisation) en avait rajouté une couche ajoutant que « le Vietnam, les Philippines et le Japon n’étaient que les chiens de garde des USA ». Le propos date et surprend, car il rappelle fortement la période tendue de la guerre du Viet-Nam !

Une bien étrange réunion chez Crown

L’empire Crown a deux facettes à vrai dire : un côté « entertainment » (les casinos) et un côté immobilier, celui des complexe de loisirs dotés d’un ensemble hôtelier (on dit « resorts », en anglo-saxon). Son dirigeant, James Douglas Packer (ici à gauche) la troisième fortune australienne, héritier des médias australiens (son grand père Franck, anobli par la reine, avait fondé l’Australian Consolidated Press et Nine Network) lorgne aujourd’hui vers le marché chinois des loisirs, et s’est associé récemment à Greeland, qui comme son nom ne l’indique pas est une société chinoise , pour construire ensemble un gigantesque casino et des appartements à Brisbane. Son concurrent direct Echo Entertainment Group annonçant au même moment une association avec le groupe Chow Tai Fook Enterprises et Far East Consortium (FEC Australia). L’empire Parker est installé aussi à Macao (avec « City of Dreams » et « Altira Macau », et les cubs « Mocha »). En 2002, Packer s’était rapproché de Tom Cruise, et de l’Eglise de Scientologie australienne, pour l’abandonner ensuite. Quels sont les liens exact du groupe avec la CIA, à ce jour, on l’ignore encore. Pour l’instant, il défraie régulièrement la chronique people, plutôt (voire ses ex aussi). Entre son Boeing 737 Business Jet personnel (dont on fait ici la visite), son yacht Z Ellerston (un Mangusta 165 acheté en France 50 millions de dollars) ou son autre yacht fabriqué à partir d’un brise-glace, l’Artic P, l’homme à de quoi sillonner le monde.

Le digne fils de son père ?

Un homme très voyant donc…qui rapelle son père Kerry, en effet. Fils lui-même d’un homme frustre et inculte, devenu magnat de la presse (une sucess story à l’australienne ;, qui s’était terminée dans les griffes de Rupert Murdoch), persuadé qu’on pouvait acheter tout le monde sur terre, capable de saillies odieuses comme celle-ci sur les émeutes raciales aux USA : « l’éditeur était célèbre pour l’utilisation de ses intérêts dans les médias pour diffuser ses idées réactionnaires. « Dans un éditorial infâme du Telegraph, Frank Packer (ici à droite) ruminait sur la violence urbaine 1967 aux États-Unis. « Si à chaque fois que des révolutionnaires noirs décidaient de brûler et tuer, ceux qui maintiennent la loi tuaient 500 Noirs, les noirs pourraient décider de cesser de brûler et de tuer, » avait-il écrit. Kerry fonctionnait de la même façon à vue, comme son père : en octobre 1990, atteint d’une crise cardiaque à l’Australian Open Polo Championship de Sydney, il reste six minutes sans vie mais il est ressuscité par des infirmiers dans l’ambulance , une des rares à disposer à bord d’un défibrillateur. Dans les jours qui suivent, toutes les ambulances de la région reçurent des défibrillateurs semblables, qui devinrent vite des « Packerwhackers » pour les australiens. Une forme d’humanité tardive issue d’un égoïsme fondamental, venant d’un véritable tyran (au travail et domestique,) confronté à un cas auquel il n’avait jamais pensé auparavant. Kerry et sa femme méprisaient également leur propre fils (le fameux James, le futur héritier de l’empire, alors un enfant dyslexique) en l’appelant par exemple “Boofhead” (issu d’une vieille BD pour le père, signifiant attardé) et “Dummy » (crétin) pour la mère…

Un homme impliqué dans un trafic et un blanchiment

L’histoire de la famille relie les points évoqués ici entre eux. Kerry, le père héritier du magnat de la presse australienne, a été un temps suivi de près par le FBI. « Quand on a questionné Packer sur les 225 000 dollars qu’il avait reçu en 1980 de la faillite de l’investisseur du Queensland Brian Ray, qui a ensuite été accusé et acquitté de l’évasion fiscale, le magnat de la presse a déclaré que Ray lui avait prêté de l’argent après une mauvaise journée aux courses. « Je voulais qu’il paie en espèces parce que j’aime les espèces – je dois avoir une mentalité d’écureuil », avait-il dit en parlant du prêt de son partenaire d’affaires occasionnel. Les documents du FBI montrent que la commission royale était également intéressée par une transaction beaucoup plus importante – impliquant plus de 800 000 dollars apparemment envoyés de Hong Kong à la banque centrale nationale de Cleveland, Ohio ». On évoquait alors à demi mot du blanchiment d’argent sale : l’affaire se révélait pouvoir devenir un énorme scandale. Cela n’avait pas plu dans la famille, comme déballage, on s’en doute, même le personnage décrit dans la presse concurrente, fort peu reluisant, avait vu son identité réelle masquée : « Packer avait réservé une de ses colères mémorables pour le chef de la commission royale Frank Costigan (mort en 2005) , car très amer sur la compilation des résumés vagues et ouvertes cas qui lui avaient valu ensuite le surnom « d’écureuil » lorsqu’ils avaient été finalement divulgués à Fairfax. Le journal national The Times avait changé « Squirrel » (l’écureuil) en « Goanna » lors de la publication des événements, qui accusaient le suspect de crimes graves allant de la pornographie au trafic de drogue, et peut-être même à des assassinats. « Le style de vie Goanna est flamboyant et très coûteux », avait conclu le National Times ». La commission avait démontré en prime que le propre frère de Kerry, appelé Clyde, faisait partie du trafic, lui aussi. Les preuves réunies « détaillaient comment Clyde Packer, l’ancien politicien à la tête de NSW News devenu homme d’affaires expatrié, avait attiré l’attention de la Drug Enforcement Agency aux États-Unis, en 1977, lorsque son numéro de téléphone a été lié à une « grande organisation de distribution d’héroïne entre Los Angeles et Detroit ». Au final, ni l’un ni l’autre n’avaient pourtant été inculpés : pourquoi et comment donc la famille Packer avait-elle réussi à passer au travers du filet ? L’un des proches de Clyde, Ian Percival Coote, cité lui aussi dans le réseau par la DEA, avait été retrouvé mort dans d’étranges circonstances : on concluera à un suicide bien pratique. Packer ne sera même pas accusé d’évasion fiscale, aux Etats-Unis ! Un site effectue ici le recensement des côtés sombres de Kerry Packer. Il y a de quoi s’inquiéter en effet, de l’héritage laissé aujourd’hui à son fils… car il n’y pas que les souvenirs des alcoves d’Heidi Feiss de concernés. L’histoire des lingots d’or volés (pour 5,4 millions de dolars) révélée bien plus tard en dit long aussi sur ses méthodes… et ceux de sa propre secrétaire, Pat Wheatley, qui l’avait visiblement trahi. Au décès de cette dernière en 2008, la presse aura une phrase significative : « elle savait beaucoup sur les liens entre politiques et entreprises où des squelettes ont été enterrés, mais elle a gardé le silence ». Surnommée « Miss Moneypenny », elle avait quand même avoué se balader régulièrement avec 100 000 dollars en liquide dans son sac, au cas où… Kerry Packer aurait été inquiété à l’aéroport. Personne ne s’est jamais inquiété des sommes considérables en cash que trimballait partout le magnat australien ! Comprenez alors que de revoir autant de liasses au pays des kangourous ravivait le souvenir de l’ère Packer père !

Les fondements historiques du trafic

Les liens entre l’Australie et la CIA ne datent pas non plus d’hier, en fait. C’est en 1975 qu’on avait pu en voir les effets flagrants, avec le rôle trouble de John Kerr, Le gouverneur général, représentant du chef de l’État australien, la reine Élisabeth II, reine d’Australie ne l’oublions pas. John Kerr, (« sir » Kerr, il a été anobli lui aussi depuis) un pro-américain, un ancien des services spéciaux pendant la seconde guerre mondiale, avait tout d’abord participé à la fondation en 1966 de « Law Asia » (ou « lois d’Asie »), une organisation d’avocats d’Extrême-Orient anticommunistes, qui existe toujours, financés par la nébuleuse « Fondation d’Asie », fondée en 1954. En réalité, cette fondation était en fait l’un des fronts de la CIA les plus importants sur place, avec des bureaux et des représentants dans toutes les grandes capitales de l’Asie. Difficile d’imaginer qu’il n’en reste plus rien depuis. L’idée qui avait été établie à la base, était de servir avant tout à critiquer constamment la Chine, le Vietnam du Nord et la Corée du Nord, via notamment Radio Free Asia. Selon des sources, la CIA dira plus tard de Kerr qu’il « était notre homme » sur place. L’autre aspect de l’action américaine secrète était d’infiltrer les syndicats australiens pour défier tous les jours le parti travailliste alors au pouvoir. Cela jouera un rôle lors de la crise de 1975 où le Premier ministre Gough Whitlam, du Parti travailliste australien, sera révoqué par Kerr en personne après une longue crise politique. Aujourd’hui, c’est l’espionnage sur invitation à des « conférences » dans les casinos Crown qui semble plus efficace…

Des anciens d’Air America devenus banquiers !

Un autre aspect douteux du personnage, encore, étaient ses liens avec la Banque Nugent-Hand de Sydney, que la CIA utilisait pour blanchir de l’argent. Son fondateur n’était autre que Michael John Hand, un ancien pilote de la CIA, un ancien « green beret » qui avait volé avec Air America (on y revient !), le service aérien immortalisé dans le film avec Mel Gibson, fournisseur secret d’armes au Laos et à la Birmanie, avec au retour l’opium du Triangle d’Or pour financer ses activités là-bas. Michael Hand, après Air America, avait fondé sa propre banque avec Bernie Houghton et un avocat australien (on y revient aussi), Francis John Nugan. Et quelle banque ! « La Banque a également participé à des activités telles que ; le trafic de drogue, d’armes internationales, les liens avec le crime organisé (Hand avait enrôlé « Murray » Riley, un ancien policier devenu chef de gang !), dont le rôle était d’activer « le blanchiment d’argent pour le président Suharto, de fournir des services non spécifiés pour des Marcos, d’aider le Shah pour faire sortir l’argent de l’Iran, de canaliser l’argent de la CIA vers des partis politiques pro-américains et des opérations secrètes en Europe (on pense à Gladio), en essayant au passage le chantage sur un ministre de l’Etat australien qui enquêtait sur le crime organisé, d’effectuer le transfert de 2,4 millions de dollars au Parti libéral australien, et encore d’autres services « d’utilité sociale. » Il faut dire que la création même de la banque avait été rocambolesque : « la banque avait été créée avec une prétention frauduleuse de 1 million de dollars en capital : « Avec seulement 80 dollars dans le compte bancaire de l’entreprise et seulement 5 dollars dans le capital versé, Frank Nugan avait signé à sa propre entreprise un chèque personnel de 980 000 dollars pour acheter 490 000 parts de sa société. Il avait ensuite couvert son découvert massif lui-même, en signant un chèque de société pour le même montant « . Cela reposait sur une belle entourloupe ! Elle attirera des investisseurs pourtant, en leur promettant des rendements de 16% minimum (l’argent sale étant lessivé contre une taxe de 22% !). Comme façade sérieuse, la banque recrutera le vice Admiral Earl P. « Buddy » Yates comme président et surtout l’ex-responsable de la CIA, William Colby en personne comme conseiller ! Des précurseurs de Madoff, à coup sûr, tant la cavalerie interne servait à construire un système de type pyramidal, juteux on le sait que pour celui se tenant au sommet de la pyramide !

Une implication indéniable de l’armée US

Dans l’étude de la structure même de la banque Hugan, faite par des journalistes, on découvrait avec surprise l’intense degré d’implication de l’armée américaine et du pouvoir politique américain. L’équipe secrète de Nugan, décrite par le Major Général Secord, lors de son témoignage dans l’affaire des Contras, avait importé pour pas moins de 3 milliards de dollars avant 1976 en provenance de Thaïlande et de Bangkok prioritairement, via ce qui qui restait de la flotte importante des avions d’Air America. Un programme né au Laos en 1969 sous la direction du directeur de la CIA en personne, Theodore Shackley et son adjoint Thomas Cline, Secord étant le coordinateur des vols. L’un des clients de la banque Nugan étant Edwin Wilson, ancien agent de la CIA travaillant pour un programme secret de la Navy appelé « Task Force 157 » en fait le Naval Field Operations Support Group (le NFOSG, qui deviendra CENTRA SPIKE en 1993, et jouera un rôle important pour arrêter Pablo Escobar en Colombie). Une banque dont les liens avec l’armée ou les représentants de la loi US étaient évidents : ses bureaux utilisaient en Thaïlande le même immeuble que le bureau des narcotiques US, la DEA ! Parmi les personnes de haut rang citées comme responsables de l’opération, on trouvait Richard Armitage (ici à gauche), ancien baroudeur devenu l’assistant au secrétaire de la Défense sous Reagan (il sera mêlé plus tard à l’affaire Plame) : il était le « bursar » de l’équipe, autrement dit servait de porteur de valises de l’argent blanchi !!! On le soupçonnera d’avoir fait partie de l’infâmant programme Phoenix (lors de la défaite vietnamienne, il conduira les réfugiés… à Subic Bay !)… D’autres militaires ou anciens militaires complétaient le tableau : à la tête de la banque, lors de son effondrement, on trouvait ainsi le vice-amiral Earl F.Yates, qui avait été commandant du porte-avions John F.Kennedy. A la tête de la branche Philippines, on trouvait le général trois étoiles LeRoy Manor, et l’ancien Assistant Army Chief of Staff pour le Pacifique, le général Edwin Black. Complétait l’équipe l’ancien responsable de l’American Legion, Walter Mc Donald. L’ancien directeur de la CIA, William Colby étant « conseiller » de la banque. Un adjoint de Wislon, Frank Terpiil, avouera que le réseau existait depuis 1960, et qu’il avait comme point de départ… Miami, en Floride nous apprend le magazine « Agenda » d’octobre 1987, sous la signature de Henry E.Hardy (voir document PDF à la fin de cet article). En photo, Paul Helliwell de l’OSS, ancêtre de la CIA, celui qui avait financé l’armée de Chaing Kai-shek rencontrant Michael Hand et Frank Nugan. Heliwell avait financé en 1960 JM/WAVE, l’organisation derrière l’invasion de la Baie des Cochons. Au décès de JFK, il avait fondé aux Bahamas la « Mercantile Bankand Trust Company, » puis la « Castle Bank and Trust Company », les deux paravents bancaires de la CIA. Une enquête de Internal Revenue Service en 1973 l’avait obligé à les fermer, laissant le champ libre à Nugan.

Jusqu’aux Bermudes…

L’incroyable banque australienne était en effet liée à la Castle Bank & Trust des Bahamas, créée en 1960 par 1960s by Paul Helliwell, un ancien de l’Office of Strategic Services, donc, (le précurseur de la CIA !), qui avait jadis beaucoup aidé Chaing Kai-shek et Taïwan, en lui fournissant des armes en échange de l’héroïne (déjà ?) dans les avions du CAT, futur Air America, dont l’écroulement rapide en 1997 montrera les liens avec la CIA (un autre scandale, dans lequel par exemple John Fogerty et Creedence Clearwater Revival perdront un max d’argent (?). Helliwell avait aussi créé auparavant « Intercontinental Holding », une compagnie installée dans les îles Caïman, qui possédait de fait le fameux LearJet utilisé par Barry Seal pour transporter la coke, quand il ne volait pas avec son C-123 ; tout un petit monde alliant argent et coke voire héroïne venant d’Asie. Hand et Nugan iront même entre temps jusqu’à « importer » ce qui restait de l’armée Mhong de la Thailande pour l’installer dans les îles Turk and Caicos, en face même de Cuba, au cas où une autre invasion aurait été mise sur les rails par un président US plus belliqueux. Le suicide (douteux !) de Nugan (il sera retrouvé le 27 janvier 1980 dans sa Mercedes avec une balle de gros calibre dans la tête, à Lithgow, dans le New South Wales, un peu comme… Seal (abattu à la Nouvelle-Orleans le 19 février 1986) mettra à jour toutes ses opérations, obligeant son collègue Hand à se réfugier aux îles Fidji sous un faux nom, avant de rejoindre Vancouver, au Canada, et de disparaître sans laisser de traces dans New York même. On le cherche toujours. Sans oublier, à cet étrange affaire, peut-on ajouter aussi, le rôle de lobby militaire pour faire accepter aux australiens les fameux F-111, si décriés, après leur échec patent au Viet-Nam, pourtant. L’avion controversé tiendra 40 ans, pourtant, en Australie. On enterrera les derniers lors de leur retrait définitif…

Ecouler les surplus afghans et laver les billets

Alors d’où pouvait provenir ce trafic ? Avec la Thaïlande, pays dont la production s’est effondrée et à la législation féroce contre les trafiquants, c’est difficile à imaginer (la production afghane et thaïlandaise jouent les vases communiquants comme le dit Koutouzi dans son ouvrage : quand l’une est haute, l’autre descend. En ce moment, l’Afghanistan produit 90% de l’opium mondial et la Thaïlande plus que 10%. En revanche, le marché afghan pléthorique depuis la présence américaine (encore un autre hasard ?) est à écouler, et l’Australie est une des pistes possible comme consommatrice fort demandeuse. Et là, on retombe sur un autre problème connu : la circulation et le trafic d’opium au sein même de l’armée US, chose dont on peut apercevoir l’ampleur lors de faits divers sagement rangés dans la catégorie des événements à ne pas suivre, chez les journalistes. Ainsi pour la mort d’une gestionnaire de base militaire, retrouvée morte et un peu vote déclarée « suicidée » (une de plus ?). « Comme indiqué dans un précédent post, Ciara Durkin était un agent financier faisant partie base aérienne de Bagram en Afghanistan. Il n’y a pas longtemps, elle est morte mystérieusement. Avant son assassinat apparent, elle avait dit à sa sœur : « J’ai découvert certaines choses qui ne me plaisent pas et je me suis fait des ennemis à cause de cela. » Un autre soldat a dit à la famille que la drogue étaient endémique à Bagram, et qu’elle-même avait consommé de la drogue là-bas. Selon le soldat Santiago, elle avait vu les ventes de drogue qui se déroulaient dans une salle à la base, avec de grandes quantités d’argent comptant sur ​​une table. Le soldat a dit qu’elle croyait qu’elle a dû voir quelque chose qu’elle n’a pas approuvé, et elle l’a payé de sa vie .. Comme le chroniqueur de Kos, MichiganGirl, nous le rappelle, Seymour Hersh a fait un important exposé sur le commerce de ladrogue à Bagram .. (*)  » Même chose pour le sergent Juan Torres, retrouvé mort de la même façon.

Il y a un lien, à l’évidence, entre ce petit avion surgit du fond de l’histoire et les méthodes de la CIA. Rien n’a changé depuis plus de quarante ans. Le trafic de drogue est toujours une composante essentielle de l’agence américaine. Et c’est un petit bimoteur perdu en Australie qui vient de nous le rappeler.

(*) extrait : .. »La facile disponibilité de l’héroïne [en Afghanistan] représente également une menace pour le bien-être des troupes américaines. Depuis l’automne 2002, l’armée et un certain nombre de retraités fonctionnaires de la CIA me l’ont dit à propos de l’augmentation des rapports de consommation d’héroïne par des militaires américains en Afghanistan, dont beaucoup ont été là pendant des mois, avec peu de distractions. Un ancien officier de renseignement de haut niveau m’a dit que le problème ne venait pas des forces spéciales ou des unités de l’armée de combat qui étaient actifs dans le domaine, mais « des gars de la logistique » -les conducteurs de camion et les travailleurs de l’avitaillement et de maintenance qui sont en poste sur la grande base de Bagram, près de Kaboul. Cependant, je suis aussi dit qu’il y avait des préoccupations au sujet de l’héroïne dans les Marines. Les GI affectés à Bagram sont nominalement confinés à la base, pour des raisons de sécurité, mais les drogues, l’ancien officier de renseignement m’a dit, ont été fournies aux utilisateurs par des afghans locaux embauchés pour gérer les travaux subalternes. La haute direction du Pentagone a une « attitude tête-dans-le-sable », dit-il. « Il n’y a pas de désir de l’exposer et d’obtenir l’application en cause. Putain, ce que c’est difficile ! « , a-t-il ajouté, en parlant de l’héroïne. Le Pentagone, a qui j’ai demandé des précisions, a nié qu’il était préoccupé par l’usage de drogues à Bagram, mais a ensuite reconnu que « des procédures disciplinaires ont été engagées contre certains militaires américains en Afghanistan pour l’utilisation présumée de drogue. » Interrogé séparément sur les allégations contre les marines, le Pentagone a déclaré que certains Marines avaient été relevés de l’Afghanistan pour faire face à une procédure disciplinaire, mais a aussi blâmé plutôt l’alcool et de la marijuana plutôt que l’héroïne … »

-Le dossier des C-130 détournés :

http://www.fromthewilderness.com/fr…

-sur le cas de la famille Packer

livre référence : Paul Barry, The Rise and Rise of Kerry Packer (Sydney, Bantam, 1993)

0000000000000000000000000

Publicités