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Même marginale par rapport aux autres drogues, l’héroïne fait toujours des ravages dans le monde. En France, la consommation augmente faiblement, mais de nouvelles populations en sont friandes.

24/01/2016

Autrefois exclusivement injectée, et source de contaminations aux virus de l’hépatite B ou du VIH, l’héroïne est aujourd’hui de plus en plus sniffée, faisant tomber quelques barrières psychologiques auprès des consommateurs potentiels.

Quel est l’opium du peuple de France 

Si pour Renaud, il s’agit de « la bagnole, la télé et le tiercé », dans les faits, ce sont les antidépresseurs, l’alcool (42,8 millions de consommateurs dans l’année en 2014) ou le tabac (38 % de Français fument). Et ensuite, dans une moindre mesure, le cannabis, presque banalisé (17 millions d’expérimentateurs en 2014), ou la cocaïne (2,2 millions), accessibles dans des milliers de cages d’escaliers de l’Hexagone.

Mais sûrement pas l’héroïne, trop addictive et ravageuse depuis l’âge d’or de la French Connection (la filière qui organisa l’exportation de l’héroïne en Europe et aux États-Unis, ndlr). Même destinée à un public « de niche », elle n’en reste pas moins destructrice : dans l’Hexagone, la moitié des traitements contre les addictions concerne les opioïdes (héroïne et médicaments détournés) selon l’ONU.

1,5 % des adultes français l’ont déjà essayée

Effrayant, vous dites ? Pourtant, la « horse » (son nom anglais) est toujours d’actualité. Aux États-Unis, c’est même devenu un sujet majeur de campagne pour la présidentielle pour tous les candidats. Hillary Clinton a ainsi promis un plan de lutte de 10 milliards de dollars. Les overdoses d’héroïne ont causé 8.200 décès en 2013, soit deux fois plus qu’en 2011.

La Russie, où le cannabis et la cocaïne sont moins consommés, paye aussi un lourd tribut. Aujourd’hui, les estimations font état de 2 millions de personnes dépendantes et de dizaines de milliers de morts par an. Et même l’Afrique, autrefois très peu touchée, est devenue une terre de consommation et de dépendance depuis qu’une nouvelle route d’acheminement de la production afghane traverse ce continent.

En France, l’heure n’est pas à l’alerte rouge. Le nombre de 18-64 ans ayant expérimenté l’héroïne au moins une fois est certes passé de 500.000 en 2010 à 600.000 en 2014, soit 1,5 % des adultes, mais celui des usagers réguliers n’augmente pas. « En 2014, 0,2 % des plus de 18 ans en avaient consommé dans l’année, des chiffres stables par rapport à la dernière enquête de 2010 », détaille Agnès Cadet-Tairou, médecin de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Rassurant ? Oui et non. De nouvelles tendances nécessitent de rester attentif. D’abord sur le plan géographique : peu consommée sur la façade ouest de l’Hexagone, l’héroïne est par contre de plus en plus accessible dans les régions frontalières des Pays-Bas, où l’approvisionnement est plus aisé et bon marché.

Deuxième nouveauté, l’évolution des modes d’administration peut altérer son image de substance destructrice : finie l’injection, l’heure est au « sniff », qui réduit les risques de contaminations par des virus et rend le produit plus « fréquentable ».

Les surdoses plus nombreuses

Autre constat, au XXIe siècle, les publics concernés se diversifient, comme expliqué par Agnès Cadet-Tairou : « On retrouve des usagers précaires, des marginalisés, mais aussi des gens insérés socialement qui ont découvert le produit en milieu festif. Et on a aussi des gens qui travaillent tous les jours et parviennent à gérer leur addiction. »

Enfin, dernier signe inquiétant, les prix sont orientés à la baisse malgré une production afghane en berne cette année, la faute à « d’importantes réserves mondiales », selon Agnès Cadet Tairou, qui pointe aussi « des niveaux de pureté qui augmentent. En France, on était à 13 % de pureté moyenne dans le produit final en 2010, puis 7 % en 2012. Et depuis deux ans, on est remonté à 15 %. Et on observe entre 2012 et 2013 un accroissement de la part des surdoses dans lesquelles l’héroïne est impliquée, de 15 % à 20 %, alors que cette part était en diminution (33 % à 15 %) entre 2010 et 2012. »

Arnaud CLEMENT

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2016/01/24/la-french-connection-est-morte-pas-l-heroine

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Rapport national à l’OEDT – 2015

http://www.ofdt.fr/publications/collections/rapports/rapports-nationaux/

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