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Par figaro iconSoline Roy – le 30/05/2016
Dans une longue enquête qui remonte aux origines de la guerre contre la drogue, Johan Hari, journaliste britannique indépendant, tord le cou à la la vision classique et dominante de l’addiction.

«Disons que les drogues ont toujours fait partie de ma vie.»Johann Hari ne s’en cache pas: consommateur à ses heures, proche de toxicomanes, il avait une idée toute faite en faveur de la légalisation des drogues. «Une petite partie de mon cerveau se demandait cependant si ma théorie tenait vraiment la route», avoue le journaliste britannique indépendant. De son questionnement est née La Brimade des stups.

Le flic, le dealer, la droguée

Il y a de l’épopée dans ce livre étonnant. En 400 pages, Johann Hari nous livre trois ans d’enquête, des centaines de rencontres, des heures de plongée au sein d’études scientifiques, d’archives et de statistiques, pour retracer l’histoire de la guerre des drogues et dresser le portrait d’un monde qui, depuis un siècle, ne parvient pas à se débarrasser du fléau. «Chacun sortira grandi de cette lecture, qu’il y adhère ou non», assure le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et signataire de la préface. «Ce livre va en choquer plus d’un, car il tord la vision classique et dominante de l’addiction pour en reconstruire une autre et proposer une stratégie où l’apaisement remplace le conflit, l’enfermement, la “guerre contre la drogue”.»

Johann Hari démarre sur un triptyque: le flic, le dealer, la droguée, trois figures des débuts de la bataille. On y suit Harry Anslinger, premier patron du Bureau des narcotiques américains dans les années 1930, qui allait convaincre son pays puis le monde de déclarer une guerre sans merci à la drogue. Arnold Rothstein, élégant prince du trafic d’opium et de cocaïne, l’un des pères du crime organisé américain. Billie Holiday, chanteuse géniale, mais née pauvre et noire, «violée, vendue à un mac, plongée la tête la première dans l’héroïne pour oublier».

Criminalité, prostitution, violences, overdoses

Par petites touches, portrait après portrait, Johann Hari nous montre un visage terrifiant de la lutte contre la drogue. Criminalité, prostitution, violences, overdoses… toutes plaies qui naissent et prospèrent grâce à la prohibition, montre-t-il. La pénalisation profite d’abord à la mafia, mais surtout elle renforce l’addiction, qui naît de la douleur et de l’isolement bien plus que de la chimie des produits. Quand votre vie a fait que vous n’avez plus aucun lien, «il vaut mieux être junkie que rien», nous disent les personnes croisées au fil des pages. Cessez donc, crient-ils, de nous traiter comme des animaux ou des criminels, mais aidez-nous comme des personnes malades. Pour cela, une condition selon Johann Hari: dépénaliser l’usage des drogues, voire les légaliser «non parce qu’elles sont anodines, mais parce qu’elles sont dangereuses». Là où elles ont été menées, ces politiques audacieuses ont profité d’abord et avant tout aux citoyens non usagers et respectueux des lois, affirme l’auteur. Il nous invite alors à découvrir plusieurs laboratoires d’une autre politique et raconte leurs succès et leurs échecs. L’une de leurs forces: rendre la drogue… ennuyeuse. «Le côté excitant, salace, sexy, vient de la prohibition, pas de la régulation.»

Puis l’auteur achève son voyage en France, où il «tombe des nues»: «La France est l’un des seuls pays démocratiques où la consommation de drogues est un crime (…). Et, ô surprise: c’est le pays qui a un des taux de consommation (…) les plus élevés d’Europe.»

La Brimade des stups, Johann Hari, Slatkine & Cie, 400 p., 23 €

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/05/30/25029-contre-drogue-recit-dune-guerre-sterile-sans-fin

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